Edmund Allenby : « j’ai offert Jérusalem en cadeau de Noël à la Grande-Bretagne »

Le 9 décembre 1917, quelques esprits instruits à Jérusalem, à Londres et à Sydney se souviendront de la prise de la Ville Sainte par les troupes anglo-indo-australo-néozélandaises. Soit un fait exceptionnel, plus de huit siècles après la Première Croisade. Pour en savoir davantage sur cet événement – plus médiatico-politique que réellement stratégique – la rédaction « d’Acier & Tranchées » a eu la permission d’entrer chez Athéna pour interroger son principal artisan, Edmund Allenby. Bien qu’il ait conservé son mauvais caractère, le Vicomte de Meggiddo et de Felixstowe nous octroie plusieurs dizaines de minutes entre deux conversations animées avec Douglas Haig et Lawrence d’Arabie.

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– A&T : « Sir Edmund, merci de nous recevoir. Tout d’abord, nous voudrions savoir pourquoi vous diriger vers Jérusalem ? Au vu de sa configuration et de son manque d’infrastructures lourdes, la Ville Sainte n’est pas vraiment d’une importance hautement stratégique ?

– Edmund Allenby : Je m’en suis rendu compte après-coup, ça n’est sûrement pas Amiens ou Arras question logistique ! Mais au moins les vallons décharnés et arides permettent d’effectuer des manœuvres correctes qui changent des plaines boueuses de Picardie. Mais passons. Si j’ai ordre de la prendre c’est aussi symbolique que politique. Le Premier Ministre [David Lloyd-George, NDLR]  m’a donné ordre de Continuer à lire … « Edmund Allenby : « j’ai offert Jérusalem en cadeau de Noël à la Grande-Bretagne » »

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Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction

Suite à leur succès défensif, en partie dû aux mauvaises décisions britannique, les Allemands décident de passer à la contre-attaque qu’ils planifient durant la bataille. L’objectif principal est de reconquérir les portions perdues de la « Siegfried Stellung ». Pour cela, Rupprecht et von der Marwitz vont employer les nouvelles techniques d’assaut qui ont fait le succès de l’Armée du Kaiser en Russie comme en Italie.

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1 – STURMTRUPPEN ÜBER ALLES !

– Pour l’état-major allemand, une nécessité s’impose très vite : reprendre les portions de la Ligne « Hindenburg » conquises par les Britanniques et repousser ces derniers le plus loin possible afin de sécuriser le secteur de Cambrai. Il faut dire aussi que le secteur de Cambrai servira de base arrière et de soutien à l’offensive qu’Erich Ludendorff prévoit de lancer en direction de Saint-Quentin pour le printemps 1918. Raison de plus pour déclencher une contre-offensive localisée. Aucune volonté de la part des Allemands de chercher une victoire décisive, tout simplement parce qu’ils ne disposent nullement des effectifs humains requis*. La contre-attaque allemande vise donc davantage un rééquilibrage tout en cherchant à infliger aux Britanniques une sévère correction.

– L’idée est posée sur la table de lu Grand Etat-Major impérial par le Kronprinz Rupprecht de Bavière. Marque de la souplesse opérationnelle allemande, elle sera lancée par Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction »

Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique

– Avec l’échec de deux grandes offensives (Chemin des Dames et Passchendaele) et quelques succès offensifs localisés (Messines, Verdun et le Fort de la Malmaison), l’année 1917 ne se termine guère sur une note positive pour les Alliés sur le Front de l’Ouest. Mais Douglas Haig ne renonce nullement à ses projets offensifs. Afin de soulager le Front des Flandres et dans l’espoir d’emporter un succès d’importance, le Fieldmarschall décide de lancer une offensive destinée initialement à soulager l’effort de Passchendaele. Ayant choisi le secteur de Cambrai, les généraux britannique qui ont planifié l’opération vont remporter un spectaculaire succès, marqué par de nettes innovations tactiques et techniques, le 20 novembre mais qui ne donnera pas suite.

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1 – ENTHOUSIASME MAIS MANQUE DE COHÉRENCE DANS LES OBJECTIFS

– Les Britanniques ont l’idée d’une attaque d’un nouveau style, assez différents des principes conventionnels du moment. John Frederick Fuller, chef d’état-major du Tank Corps propose en effet un raid massif à l’aide de blindés engagés en nombre. Jusque-là, les Britanniques avaient employé leurs Tanks comme « canons roulants » pour appuyer les attaques de l’Infanterie, comme ce fut le cas durant la Bataille de la Somme, à Bullecourt, Messines et Passchendaele. Mais à l’été 1917 durant la Troisième Bataille d’Ypres, Fuller et son supérieur, le Brigadier-General Hugh Elles se sont rendus compte qu’engagés en petit nombre, les Tanks pouvaient se retrouver isolés et beaucoup plus vulnérables. Il faut donc les employer de façon concentrée afin de percer les premières lignes allemandes de la Ligne Hindenburg avec l’appui d’une première vague de fantassins lourdement armés. Une seconde vague d’infanterie devra consolider les zones conquises à l’issue de la percée. Sur le papier, techniquement, le plan britannique est particulièrement novateur. Sauf qu’une fois de plus Haig et Byng retrouvent leurs (mauvais) réflexes de cavaliers, puisqu’ils prévoient de faire passer le Cavalry Corps de Kavanagh dans la brèche obtenue. Les Britanniques comptent sur l’effet de surprise, ce qui implique une préparation aussi minutieuse que secrète. Après avoir consulté le plan proposé par Fuller et Byng, Haig approuve (1).

– Le plan d’attaque étant défini, il faut cibler un secteur selon des Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique »

Bataille de Gaza : les Britanniques enfoncent la Sublime Porte

La campagne du Sinai de 1916 s’est soldée par une victoire nette britannique à Romani mais qui n’a pu être entièrement exploitée par la suite. Mais à la fin de l’année 1916, l’Egyptian Expeditionnary Force (EEF) enregistre plusieurs succès. Elle s’empare d’El Arish le 21 décembre 1916, puis de Rafa en Palestine le 9 janvier 1917. Par conséquent, les Britanniques viennent de passer la porte d’entrée de l’Empire Ottoman. Par conséquent, les Ottomans ont  fait évacuer 50 000 civils de Jaffa de crainte de les voir coopérer avec les troupes Britanniques. Ainsi, au début de l’année 1917, David Lloyd-George envisage de grands projets au Moyen-Orient afin de sortir Constantinople de la Guerre afin de mieux isoler Berlin. Mais ce projet grandiose se heurte aux conceptions stratégiques de William Robertson, si bien que sur le terrain, le rythme des opérations sera ralenti. De leur côté, les Turcs qui ont reçu de l’aide allemande, doivent combattre sur plusieurs fronts. Mais tenir la région de Gaza est vital pour conserver des ressources qui font déjà défaut à l’Armée et à l’Economie mais aussi pour garder fermée la route vers Jérusalem et Damas.

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1 – CONTEXTE STRATÉGIQUE EN 1917

– En décembre 1916, les autorités militaires britanniques du Caire se retrouvent face à un important défi logistique. Ils doivent assurer le ravitaillement à  200 000 hommes dans le Sinai (non-combattants compris), requérant près de 5 millions de litres d’eau. Or, l’acheminement de l’eau dans un milieu désertique s’avère techniquement complexe. L’extension de l’échelle des opérations accroît les nécessités logistiques dont dépendent les potentiels prochains succès militaires. Pour améliorer la logistique et le transport, le commandement du Caire demande à Londres des véhicules sur roues afin de moins dépendre des dromadaires, même si ceux-ci conservent une large part dans le ravitaillement.

– Mais pour subvenir aux besoins de l’Egyptian Labour Corps et du Camel Transport Corps, le commandement du Caire doit davantage puiser dans les ressources offertes par l’environnement rural de l’Egypte (main d’œuvre, dromadaires, grains, eau…), ce qui n’est pas sans créer des tensions avec la population égyptienne. Cela oblige les officiels britanniques d’intervenir bien plus agressivement afin de détourner les activités économiques et agricoles de l’Egypte au profit de Continuer à lire … « Bataille de Gaza : les Britanniques enfoncent la Sublime Porte »

Cent ans de Caporetto – Partie 2

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le spectaculaire succès allemand du 24 août. Premièrement, l’emploi des troupes spécialement formées au combat en montagne et la transposition des tactiques d’infiltration déjà utilisées en France et en Russie qui vont totalement surprendre le commandement italien et déboucher sur une bataille de mouvement à une altitude élevée. Mais celui-ci n’est pas exempt de tout reproche, loin de là, ayant complètement négligé l’aspect défensif, d’autant que ses troupes sont déjà fatiguées.

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2 – PLANS, OBJECTIFS ET TACTIQUES

A – LE PLAN AUSTRO-ALLEMAND : DES OBJECTIFS AU DEPART RELATIVEMENT LIMITES 
– Dans les plans dressés par Ludendorff et Otto von Below, il est prévu de sécuriser la position du Heeres-Gruppe « Borojevic » (1. et 2. Isonzo-Armeen) sur les plateaux de Bainsizza et du Corso. L’offensive offensive principale sur l’Isonzo est donc confiée à la XIV. Armee austro-allemande. Mais des offensives de soutien auront lieu sur la partie orientale du front des Alpes. Ainsi, le Heeres-Gruppe « Tirol » commandé par le Continuer à lire … « Cent ans de Caporetto – Partie 2 »

Passchendaele (12) – L’échec devant Bellevue (9-12 octobre)

– Le 8 octobre, durant le thé avec Plumer, c’est un Alexander Godley enthousiaste qui explique à Haig que la prochaine attaque ne soit nullement sujette à un report, son II ANZAC Corps étant prêt à l’attaque pour le lendemain. Mais dans ce qui va suivre, l’Armée britannique succombe à l’une de ses tares : l’enthousiasme prend le pas sur la méthode et la technique. Et le rôle de Herbert Plumer – certes pressuré entre son supérieur Douglas Haig et son subordonné Godley – n’est pas très clair.

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1 – L’ATTAQUE BÂCLÉE DU 9 OCTOBRE)

– Sauf que cette fois, après l’attaque réussie du 4 octobre, les Royal Engineers sont contraints d’étendre les routes et les voies de chemin de fer dans un délai record. La route Wieltje-Gravenstafel, artère vitale, est ainsi entretenue continuellement dans un harassant travail de fourmis par des compagnies de travailleurs, dont des Chinois. A l’instar de la méthode employée à Vimy, le meilleur moyen pour étendre ou construire des routes consiste à planter de grosses billes de bois dans le sol sur lequels sont posées des planches permettant aux véhicules et chargements hippomobiles de circuler. Mais si la logistique britannique peut maintenir un flux continu, celui-ci est perturbé par l’artillerie allemande. Cela pose vite problème quant à la fourniture en Continuer à lire … « Passchendaele (12) – L’échec devant Bellevue (9-12 octobre) »

Cent ans de Caporetto – Partie 1

La défaite italienne de Caporetto est imputable à deux éléments : d’une part, l’inaptitude du Commando Supremo à crever la défense austro-hongroise et à insuffler la motivation nécessaire aux soldats et d’autre part, les innovations tactiques allemandes qui ont bien failli causer l’effondrement moral et politique presque total du jeune Royaume transalpin, alors que la situation de l’Empire Habsbourg empire de semaine en semaine. Loin d’avoir été le fruit de la dissidence de soldats grévistes comme le prétendra Luigi Cadorna et encore moins celui d’un prétendue sédition socialo-communiste (thème qui fera les gorges chaudes de la propagande du Régime fasciste quelques années plus tard), la défaite de Caporetto est d’abord la conséquence de l’épuisement de l’Armée italienne (symbole d’un jeune Etat imparfaitement unifié) après onze offensives aux gains médiocres. Epuisement dont les unités allemandes de montagne vont amplement profiter en créant un véritable choc psychologique chez leurs adversaires. Mais contrairement à ce qui s’est passé à Riga un mois auparavant, la défaite de Caporetto va provoquer un électrochoc qui, paradoxalement, va permettre à l’Italie de poursuivre le combat.

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1 – ETAT DES FORCES

A – LES ITALIENS : UNE ARMEE MOINS MAUVAISE QUE L’ON CROIT MAIS MAL DIRIGEE

– Contrairement à une légende encore tenace, l’Armée Royale italienne de 1917 n’est nullement une armée de va-nu-pieds. Au contraire, partie au combat contre l’Autriche-Hongrie en 1915 avec des moyens vétustes, la Reggia Escercita a accéléré sa modernisation au prix d’un coûteux effort industriel et financier, supporté par les poumons économiques du nord (Turin et Milan). Les chiffres parlent en ce sens : en 1915, l’Armée italienne aligne 600 mitrailleuses périmées, 2 000 vieilles pièces d’artillerie légères et seulement 30 avions. En 1917, ce sont Continuer à lire … « Cent ans de Caporetto – Partie 1 »