Le Fokker Dr.I : l’épouvantail volant aux trois ailes

– Comme avion, il est encore sûrement une légende de l’aéronautique allemande (aux yeux des passionnés notamment). Conçu comme une réplique à un rival britannique, le Fokker Dr. I (« Dr. » pour « Dreidecker », soit triplan) est resté célèbre pour avoir contribué aux heures glorieuses du Fliegender-Zirkus (« Le cirque volant* »). Sauf que, résultat d’un développement empirique, l’avion n’était pas si infaillible qu’on le pense. Et s’il a représenté un épouvantail pour les pilotes alliés (surtout le modèle peint en rouge), les limites de sa production n’en n’ont nullement fait une autre « arme absolue » pour dominer le ciel, loin de là.

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– La genèse de l’appareil est une conjugaison de plusieurs données. D’une part, dès 1916, le Hollandais Antony Fokker et Reinhold Platz travaillent sur de nouveaux modèles d’avions triplans. Ensuite, en 1917, les Britanniques mettent en service le Sopwith triplan. Si l’appareil a des défauts (notamment au niveau du moteur), il se montre particulièrement performant par rapport à ce qu’aligne la LSK. Après l’ajout peu probant d’une troisième aile aux Albatros (Dr. I), les pilotes du Kaiser finissent alors l’octroi de vrais triplans afin de répliquer aux Britanniques.

– Sitôt dit, sitôt fait, Fokker et Rheinhold reprennent à la fois leurs Continuer à lire … « Le Fokker Dr.I : l’épouvantail volant aux trois ailes »

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Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918)

– Premièrement, il est pertinent de rappeler que la particularité du front d’Afrique Orientale est justement… qu’il n’y a pas de front ! En effet, pour les voyageurs adeptes de Safari et de faune sauvage africaine qui pourraient se rendre en Tanzanie, toute trace des combats de la Grande Guerre semble s’être définitivement évanouis, hormis une antique voie ferrée, presque égarée dans le temps, qui semble fendre la brousse en deux au milieu de nulle part. C’est toute la spécificité de ce front, un temps oublié, à savoir celle d’avoir été clairement une guerre de mouvement durant laquelle les Germano-Ndébélé-Ngonis de Paul-Emil von Lettow-Vorbeck vont jouer au chat et à la souris avec une coalition comptant des Britanniques, des Sud-Africains, des Indiens, des Belges et des Portugais. Un jeu de poursuite de plus de deux ans, marqué par de violentes morsures du plus petit sur le plus gros.
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1 – PROFITER DE SES (QUELQUES) AVANTAGES ET DU PAYS

– Le 8 mars 1916, le Général Jan Smuts déclenche une vaste de campagne afin de mettre fin à la résistance de la Schützttruppe germano-africaine dans l’actuelle Tanzanie. Sur le papier, l’ancien chef boer dispose d’une nette supériorité numérique et matérielle, avec 300 000 hommes, dont les Belges du Général Charles Tombeur qui peuvent attaquer par le Congo. Les Alliés ont aussi pour eux la logistique, grâce aux ports du Kenya et d’Afrique du Sud, ainsi que le chemin de fer qui permet de couvrir. En face, les Allemands et leurs Askari apparaissent en nette infériorité, n’alignant qu’environ 58 000 hommes dont une très forte proportion de porteurs (45 000), avec beaucoup moins d’artillerie et quelques mitrailleuses. Et les bons Continuer à lire … « Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918) »

L’hydravion « Felixstowe » F.2 et F.2A

Une merveille de technologie aéronautique de la Première Guerre mondiale : l’hydravion biplan « Felixstowe » F.2A qui se révéla fort utile à la lutte anti sous-marine et à la surveillance des convois. Les faits d’armes de ses pilotes durant la Grande Guerre resteront bien sûr dans l’ombre des as du RFC mais le « Felixstowe » servira de base à la conception de plusieurs hydravions, dont le « Catilina ».

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– Avec la guerre menée contre les Unterseeboote et les Zeppelins du Kaiser, les Britanniques arrivent rapidement à la conclusion qu’ils ont besoin d’avions à plus long rayon d’action et à plus grande autonomie, afin d’équiper décemment le Royal Navy Air Squadron (les unités aériennes de la Royal Navy). Ils achètent d’abord aux Etats-Unis des Curtiss H4 et H8 américains, suivis par de H12 surnommés respectivement « Small America » puis « Large America ». Mais les deux modèles manquent de puissance et leur conception doit être revue (1).

– Cette tâche d’ingénierie est dévolue au  Continuer à lire … « L’hydravion « Felixstowe » F.2 et F.2A »

La stratégie des convois, victoire des Alliés sur les torpilles

Le début de l’année 1917 est marqué par une sensible escalade dans la guerre navale. Suivant les données et conseils (mal avisés) de l’Amiral Henning von Holtzendorff, Erich Ludendorff convainc Guillaume II de déclencher « la Guerre sous-marine à outrance » afin de répondre au blocus imposé à l’Allemagne par la Royal Navy. Les stratèges du Guillaume visent à affamer la Grande-Bretagne en coulant 6 millions de tonneaux afin de la contraindre à s’asseoir à la table des négociations pour demander grâce. Pour cela, Ludendorff ordonne aux commandants d’Unterseeboote de torpiller ou attaquer tous les navires de commerce (même les neutres) qui font vapeur ou voile vers les ports anglais. Et pour ainsi dire, les quatre premiers mois de 1917 vont donner des sueurs froides à Londres et Paris. Mais plusieurs éléments conjugués vont réduire à néant les efforts des sous-mariniers allemands : l’imagination de responsables navals français ; les efforts britanniques malgré les réticences des responsables navals, ainsi que l’entrée en lice de la troisième marine du monde ; l’US Navy.

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1 – CHARBON ET NAVIRES MARCHANDS NORVÉGIENS

– Mis en place à partir de 1917, le système d’escorte des convois maritimes dans l’Atlantique découle de tentatives effectuées par la Royal Navy depuis 1914. On l’oublie, les Britanniques faisaient escorter des navires neutres, notamment Hollandais  et scandinaves face à la menace des flottilles de surface allemandes. En 1916, chaque convoi relie la Grande-Bretagne à la Hollande tous les deux jours encadrés par 4 à 9 navires de l’Harwich Force du Vice-Admiral Tyrwhitt. C’est ce qu’on appelle le « Beef trip » (« voyage du bœuf »), qui devient l’activité principale de l’Harwich Force, au grand dam de Tyrwhitt (1).

– Deux Français vont apporter un concours précieux. D’une part le Capitaine de Vaisseau Vandier qui est l’un des initiateurs de la protection des convois de charbon. Le  7 janvier 1917, dans une étude minutieuse remise à l’Admiralty, il développe son argumentation pour obtenir que ce système des convois soit, dans un premier temps, mis en place pour acheminer le charbon d’Angleterre  en France. Voici ce que dit Vandier : Continuer à lire … « La stratégie des convois, victoire des Alliés sur les torpilles »

Entretien avec un poilu : « on leur en mettra plein la figure et ensuite qu’on nous fiche la Paix ! »

Afin de vous plonger dans le quotidien d’un poilu avant les grandes offensives de 1918, nous sommes retournés dans les tranchées, par un temps à pierre fendre. Avec l’accord d’un Colonel de régiment composés de solides paysans provinciaux, nous interrogeons un sergent promu au feu, plusieurs fois décoré cité, comme il y en a tant d’autres.
Poilus, 1918
«  Gaston Chervieux*, vous avez donc rejoint les rangs de votre Régiment dans l’Ain lors de la Mobilisation de 1914. Depuis, vous avez connu de nombre coups durs durant quatre années (Artois, Champagne, Verdun, Somme, Chemin des Dames, Malmaison…). Comment s’annonce l’année 1918 pour vous ?

– Gamin, tu n’as donc pas lu « Le Crapouilot » ou « Tacatac Teuf ! Teuf ! », les deux seuls journaux valables qu’on peut trouver ? Cette année, elle démarre comme les autres. On se les gèle dans nos tranchées, en plus que cette année l’hiver est dur. Jamais vu ça ! On ne ressent plus ses doigts, ce qui peut être dangereux. On ne compte plus les cas d’engelures et pour le coup, on envierait presque les types qu’on envoie à l’ambulance. Pendant ce temps,  on râle et on attend la relève pour l’hiver. Mais tu connais nos Gouvernants vu que t’es du métier, ils nous abreuvent de toutes leurs conneries : « victoire par ci », « offensive victorieuse par-là ». On en soupe depuis 14 ! Voilà ! On est gouverné par des lascars qui fixent les dates d’offensive et qui iraient se jeter dans les jupons de leur mère au moindre coup de feu ! Peuh ! Mais ne t’inquiète pas petit ! Le Boche ne pointera le bout de son groin par un temps pareil**. Et puis, on l’attend de toute façon et il ne fera pas le malin.

– Vous dîtes ainsi que vous en « soupez de la guerre » mais que vous continuerez à vous battre. Pouvez-vous nous expliquer ?
– On se pose bien la question. Je peux te donner plusieurs Continuer à lire … « Entretien avec un poilu : « on leur en mettra plein la figure et ensuite qu’on nous fiche la Paix ! » »

Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique

Depuis 1914, l’Armée allemande n’a cessé d’innover dans l’emploi de son Infanterie. La formation d’unités d’assaut (Sturmtruppen et Stosstruppen) dont les méthodes opératoires varient selon le type d’engagement (contre-attaque localisée ou contre-offensive plus générale) a donné à la Kaisersheer une qualité tactique redoutée. Et à mesure que le conflit avance, Erich Ludendorff confie de plus importantes missions aux Sturmtruppen jusqu’à en faire l’ossature principale de plusieurs dizaines de divisions. Et ce sont ces divisions, forgées par Oskar von Hutier, qui vont causer (en partie) l’écroulement de l’Armée russe à Riga et le désastre (inachevé) de Caporetto. Dans plusieurs articles précédents, il a été nettement question des méthodes tactiques d’assaut et d’infiltration en groupes interarmes soutenus par un court mais violent bombardement d’artillerie*. Ici, voyons en quoi les Sturmtruppen ont constitué un élément majeur des Offensives de Ludendorff mais aussi en quoi leurs succès tactiques masquent difficilement un échec stratégique patent.

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Sturmtruppen armé d’un  Bergmann PM 18

1 – UN EMPLOI TACTIQUE SOPHISTIQUE 

– Les succès de Riga et de Caporetto entraînent inévitablement Erich Ludendorff à miser le succès offensif sur les Sturmtruppen. La raison principale de cette confiance accrue reste la vitesse d’exécution. En effet, Ludendorff se rend compte dès le début 1917 qu’il a besoin de remporter une victoire rapide à l’ouest à cause de l’arrivée en nombre des Américains sur le sol français et en Grande-Bretagne. L’objectif du Haut Commandement allemand est de rompre l’alliance entre Britanniques et France. Pour les Allemands, attaquer les Français ne pourrait être décisif car en face, Philippe Pétain pourra imposer une stratégie défensive en profondeur qui risque d’épuiser la Kaisersheer et l’exposer à de dangereuses contre-attaques. Et les Français ont montré qu’ils avaient encore de la Continuer à lire … « Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique »

Edmund Allenby : « j’ai offert Jérusalem en cadeau de Noël à la Grande-Bretagne »

Le 9 décembre 1917, quelques esprits instruits à Jérusalem, à Londres et à Sydney se souviendront de la prise de la Ville Sainte par les troupes anglo-indo-australo-néozélandaises. Soit un fait exceptionnel, plus de huit siècles après la Première Croisade. Pour en savoir davantage sur cet événement – plus médiatico-politique que réellement stratégique – la rédaction « d’Acier & Tranchées » a eu la permission d’entrer chez Athéna pour interroger son principal artisan, Edmund Allenby. Bien qu’il ait conservé son mauvais caractère, le Vicomte de Meggiddo et de Felixstowe nous octroie plusieurs dizaines de minutes entre deux conversations animées avec Douglas Haig et Lawrence d’Arabie.

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– A&T : « Sir Edmund, merci de nous recevoir. Tout d’abord, nous voudrions savoir pourquoi vous diriger vers Jérusalem ? Au vu de sa configuration et de son manque d’infrastructures lourdes, la Ville Sainte n’est pas vraiment d’une importance hautement stratégique ?

– Edmund Allenby : Je m’en suis rendu compte après-coup, ça n’est sûrement pas Amiens ou Arras question logistique ! Mais au moins les vallons décharnés et arides permettent d’effectuer des manœuvres correctes qui changent des plaines boueuses de Picardie. Mais passons. Si j’ai ordre de la prendre c’est aussi symbolique que politique. Le Premier Ministre [David Lloyd-George, NDLR]  m’a donné ordre de Continuer à lire … « Edmund Allenby : « j’ai offert Jérusalem en cadeau de Noël à la Grande-Bretagne » »