Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique

Depuis 1914, l’Armée allemande n’a cessé d’innover dans l’emploi de son Infanterie. La formation d’unités d’assaut (Sturmtruppen et Stosstruppen) dont les méthodes opératoires varient selon le type d’engagement (contre-attaque localisée ou contre-offensive plus générale) a donné à la Kaisersheer une qualité tactique redoutée. Et à mesure que le conflit avance, Erich Ludendorff confie de plus importantes missions aux Sturmtruppen jusqu’à en faire l’ossature principale de plusieurs dizaines de divisions. Et ce sont ces divisions, forgées par Oskar von Hutier, qui vont causer (en partie) l’écroulement de l’Armée russe à Riga et le désastre (inachevé) de Caporetto. Dans plusieurs articles précédents, il a été nettement question des méthodes tactiques d’assaut et d’infiltration en groupes interarmes soutenus par un court mais violent bombardement d’artillerie*. Ici, voyons en quoi les Sturmtruppen ont constitué un élément majeur des Offensives de Ludendorff mais aussi en quoi leurs succès tactiques masquent difficilement un échec stratégique patent.

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Sturmtruppen armé d’un  Bergmann PM 18

1 – UN EMPLOI TACTIQUE SOPHISTIQUE 

– Les succès de Riga et de Caporetto entraînent inévitablement Erich Ludendorff à miser le succès offensif sur les Sturmtruppen. La raison principale de cette confiance accrue reste la vitesse d’exécution. En effet, Ludendorff se rend compte dès le début 1917 qu’il a besoin de remporter une victoire rapide à l’ouest à cause de l’arrivée en nombre des Américains sur le sol français et en Grande-Bretagne. L’objectif du Haut Commandement allemand est de rompre l’alliance entre Britanniques et France. Pour les Allemands, attaquer les Français ne pourrait être décisif car en face, Philippe Pétain pourra imposer une stratégie défensive en profondeur qui risque d’épuiser la Kaisersheer et l’exposer à de dangereuses contre-attaques. Et les Français ont montré qu’ils avaient encore de la Continuer à lire … « Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique »

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Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction

Suite à leur succès défensif, en partie dû aux mauvaises décisions britannique, les Allemands décident de passer à la contre-attaque qu’ils planifient durant la bataille. L’objectif principal est de reconquérir les portions perdues de la « Siegfried Stellung ». Pour cela, Rupprecht et von der Marwitz vont employer les nouvelles techniques d’assaut qui ont fait le succès de l’Armée du Kaiser en Russie comme en Italie.

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1 – STURMTRUPPEN ÜBER ALLES !

– Pour l’état-major allemand, une nécessité s’impose très vite : reprendre les portions de la Ligne « Hindenburg » conquises par les Britanniques et repousser ces derniers le plus loin possible afin de sécuriser le secteur de Cambrai. Il faut dire aussi que le secteur de Cambrai servira de base arrière et de soutien à l’offensive qu’Erich Ludendorff prévoit de lancer en direction de Saint-Quentin pour le printemps 1918. Raison de plus pour déclencher une contre-offensive localisée. Aucune volonté de la part des Allemands de chercher une victoire décisive, tout simplement parce qu’ils ne disposent nullement des effectifs humains requis*. La contre-attaque allemande vise donc davantage un rééquilibrage tout en cherchant à infliger aux Britanniques une sévère correction.

– L’idée est posée sur la table de lu Grand Etat-Major impérial par le Kronprinz Rupprecht de Bavière. Marque de la souplesse opérationnelle allemande, elle sera lancée par Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction »

Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique

– Avec l’échec de deux grandes offensives (Chemin des Dames et Passchendaele) et quelques succès offensifs localisés (Messines, Verdun et le Fort de la Malmaison), l’année 1917 ne se termine guère sur une note positive pour les Alliés sur le Front de l’Ouest. Mais Douglas Haig ne renonce nullement à ses projets offensifs. Afin de soulager le Front des Flandres et dans l’espoir d’emporter un succès d’importance, le Fieldmarschall décide de lancer une offensive destinée initialement à soulager l’effort de Passchendaele. Ayant choisi le secteur de Cambrai, les généraux britannique qui ont planifié l’opération vont remporter un spectaculaire succès, marqué par de nettes innovations tactiques et techniques, le 20 novembre mais qui ne donnera pas suite.

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1 – ENTHOUSIASME MAIS MANQUE DE COHÉRENCE DANS LES OBJECTIFS

– Les Britanniques ont l’idée d’une attaque d’un nouveau style, assez différents des principes conventionnels du moment. John Frederick Fuller, chef d’état-major du Tank Corps propose en effet un raid massif à l’aide de blindés engagés en nombre. Jusque-là, les Britanniques avaient employé leurs Tanks comme « canons roulants » pour appuyer les attaques de l’Infanterie, comme ce fut le cas durant la Bataille de la Somme, à Bullecourt, Messines et Passchendaele. Mais à l’été 1917 durant la Troisième Bataille d’Ypres, Fuller et son supérieur, le Brigadier-General Hugh Elles se sont rendus compte qu’engagés en petit nombre, les Tanks pouvaient se retrouver isolés et beaucoup plus vulnérables. Il faut donc les employer de façon concentrée afin de percer les premières lignes allemandes de la Ligne Hindenburg avec l’appui d’une première vague de fantassins lourdement armés. Une seconde vague d’infanterie devra consolider les zones conquises à l’issue de la percée. Sur le papier, techniquement, le plan britannique est particulièrement novateur. Sauf qu’une fois de plus Haig et Byng retrouvent leurs (mauvais) réflexes de cavaliers, puisqu’ils prévoient de faire passer le Cavalry Corps de Kavanagh dans la brèche obtenue. Les Britanniques comptent sur l’effet de surprise, ce qui implique une préparation aussi minutieuse que secrète. Après avoir consulté le plan proposé par Fuller et Byng, Haig approuve (1).

– Le plan d’attaque étant défini, il faut cibler un secteur selon des Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique »

Cent ans de Caporetto – Partie 2

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le spectaculaire succès allemand du 24 août. Premièrement, l’emploi des troupes spécialement formées au combat en montagne et la transposition des tactiques d’infiltration déjà utilisées en France et en Russie qui vont totalement surprendre le commandement italien et déboucher sur une bataille de mouvement à une altitude élevée. Mais celui-ci n’est pas exempt de tout reproche, loin de là, ayant complètement négligé l’aspect défensif, d’autant que ses troupes sont déjà fatiguées.

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2 – PLANS, OBJECTIFS ET TACTIQUES

A – LE PLAN AUSTRO-ALLEMAND : DES OBJECTIFS AU DEPART RELATIVEMENT LIMITES 
– Dans les plans dressés par Ludendorff et Otto von Below, il est prévu de sécuriser la position du Heeres-Gruppe « Borojevic » (1. et 2. Isonzo-Armeen) sur les plateaux de Bainsizza et du Corso. L’offensive offensive principale sur l’Isonzo est donc confiée à la XIV. Armee austro-allemande. Mais des offensives de soutien auront lieu sur la partie orientale du front des Alpes. Ainsi, le Heeres-Gruppe « Tirol » commandé par le Continuer à lire … « Cent ans de Caporetto – Partie 2 »

Lawrence d’Arabie :« Contenir l’ennemi par la silencieuse menace d’un désert inconnu »

Parmi les personnalités excentriques et anti-conformistes qui peuplent l’histoire militaire britannique, Lawrence d’Arabie reste incontestablement la plus connue. Une célébrité en très grande partie due par la magistrale interprétation du grand Peter O’Toole dans le chef-d’œuvre au sept Oscars de David Lean. Le portrait qui est dressé du personnage historique est plutôt proche de la réalité : cultivé, charmeur, habile rhétoricien mais idéaliste jusqu’à la mégalomanie, irréaliste, prisonnier de ses rêves et finalement, un « pion » dans l’échiquier stratégique britannique qui le dépasse. Cependant, d’un point de vue de l’Histoire militaire, Lawrence reste sûrement l’un des grands novateurs de la Première Guerre mondiale. Son hétérodoxie militaire et son absence de préjugés l’on conduit à mener une guerre de guérilla, particulièrement efficace, qui tint compte des réalités arabes et qui a longtemps fait école.

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1 – DE L’ARMÉE D’UN EMPIRE AUX TRIBUS ARMÉES 

– Après les échecs de Gallipoli et de la première expédition de Mésopotamie (Kut al-Amara) en 1915-1916, le Foreign Office décide de jouer la carte des Tribus arabes afin de pressurer et d’épuiser « l’Homme malade de l’Europe ». Jamais à cours de promesses quand il s’agit de se trouver des alliés, les Britanniques, par l’entremise de Sir Henry MacMahon, ont promis à Hussein de constituer un grand royaume arabe qui engloberait La Mecque et Médine mais aussi, Bagdad, Jérusalem et Damas. Or, en 1916, les accords Sykes-Picot (signés hâtivement et sans vision à long terme) ont défini les zones de partage des restes de l’Empire Ottoman entre la France et la Grande-Bretagne dans le dos de Hussein, bien évidemment. Et comme si cela ne suffisait pas, influencé par Chaim Weissmann, Sir Arthur Balfour signe en 1917, sa fameuse Continuer à lire … « Lawrence d’Arabie :« Contenir l’ennemi par la silencieuse menace d’un désert inconnu » »

La Réserve Générale d’Artillerie lourde française (R.G.A.L)

– Contrairement à une idée reçue, l’Artillerie française n’avait pas que le Glorieux 75 dans ses parcs. Avant le déclenchement de la Guerre, le Ministère de la Guerre n’ignore pas le besoin de disposer de canons lourds. Plusieurs projets de fabrication de bouches à feu sont lancées avant 1914. Mais ils viennent assez tard pour équiper l’Artillerie française lors de l’entrée en Guerre. Jusqu’en 1917, l’Armée de Terre puise dans ses stocks de pièces datant des années 1880, tout en bénéficiant du concours de la Marine qui peut fournir des canons lourds qui ne seront pas installés sur des navires. Et ce, en attendant que les pièces plus modernes (les types Schneider ou Filloux notamment) . Le Commandement et l’Inspection de l’Artillerie réussissent – avec le concours de l’Industrie – à doter les armées du front de canons lourds, notamment de quelques pièces montées sur rail. Lors de la bataille de la Somme notamment, l’Artillerie française n’affiche plus le même visage qu’en 1914, avec un net accroissement de la proportion de pièces à feu lourdes, aux dépens des canons de 75. En dépit de ces efforts notables, l’emploi de l’Artillerie lourde n’est pas encore nettement centralisé, bien que l’état-major ait ordonné de créer un Etat-Major de l’Artillerie pour en perfectionner l’emploi. Jusqu’à fin 1916, les pièces lourdes sont disséminées au sein des Groupes d’Armées ou des Armées, selon les besoins opérationnels, ce qui n’est pas sans créer quelques remous chez certains généraux peu désireux de céder leurs pièces lourdes le moment.

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Pièce GPF Filloux 155 M 1917 sur affût biflèche

– A la fin de l’année 1916, l’état-major français décide de rationaliser l’emploi de l’artillerie lourde française. Ce n’est pas nouveau puisque le GQG avait déjà tenté d’y mettre de l’ordre fin 1915 lors de son développement. L’Artillerie lourde est alors scindée entre l’Artillerie lourde à grande puissance et l’Artillerie lourde sur voie ferrée (ALVF). Les régiments sont confiés à chaque Groupe d’Armée mais cette répartition ne donne pas la satisfaction attendue. Toujours fin 1916, le GQG décide donc de créer une Réserve Générale d’Artillerie (RGA) dont le but sera de coordonner l’emploi des canons et obusiers lourds sur l’ensemble du front. Le 1er janvier 1917, le nouveau Généralissime français Georges Nivelle confie la direction de la RGAL au Général Edmond Buat, polytechnicien de formation et alors commandant de la 121e Division qui devait prendre la tête du IInd Corps d’Armée en remplacement de sa bête noire, Denis Duchêne (1). Le 11 janvier, après avoir laissé le commandement de division au Continuer à lire … « La Réserve Générale d’Artillerie lourde française (R.G.A.L) »

Erich Ludendorff, le tacticien qui a perverti la pensée de Clausewitz

S’il fallait donner un visage au militarisme allemand du début du XXe siècle, celui d’Erich Ludendorff pourrait figurer dans la tête du classement. De plus, avec son visage aussi massif que sévère, barré par une moustache et alourdi par d’épaisses paupières, l’homme fait presque figure d’épouvantail. Néanmoins, il ne faut pas gonfler les talents et la justesse de jugement stratégique du personnage. En effet, s’il s’est montré un tacticien talentueux, du point de vue stratégique Ludendorff s’est montré quelque peu prisonnier de l’idée de la bataille décisive. Et si on doit mettre à son crédit de bonnes analyses sur l’industrialisation de la guerre, il ne faut pas oublier que c’est lui Paul von Hindenburg qui ont causé l’entrée en guerre des Etats-Unis et avec cela, la chute du Reich Wilhelmien.

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1 – LES DÉBUTS D’UN OFFICIER PROMETTEUR

– Fils d’August Ludendorff, propriétaire terrien de son état et officier de réserve et de Klara née von Tempelhoff (dont la mère est issue de la noblesse polonaise), Erich Ludendorff naît le 9 avril 1865 à Kruzsewnia dans la région de Posen (Poznan). A cette époque, l’actuelle Posnanie est une terre au peuplement majoritaire polonais mais rattaché à la Prusse, d’où une forte présence militaire allemande dans cette ancienne région de colonisation. Erich Ludendorff connaît une enfance confortable grâce aux Continuer à lire … « Erich Ludendorff, le tacticien qui a perverti la pensée de Clausewitz »