Sambre et Meuse, acte final – Partie 2

A mes trois arrières grands-pères « Poilus », Jules Aoustin, Louis Renault et Louis Blanchard, que je n’ai pas connu mais devant lesquels je me sentirait toujours si petit.

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–  FRANÇAIS ET AMÉRICAINS SUR LA MEUSE

– Le 1er novembre, Pershing s’est accordé avec Foch pour donner un dernier coup de reins sur Sedan et Mézières. Mais en dépit de la discrétion du renseignement et de la diplomatie, les rumeurs de paix vont bon train dans les rangs. Du coup, ni les Poilus ni les Doughboys n’ont une envie délibérée de prendre des risques inutiles. Pas de sale coup mais la quille pour bientôt, comme diraient les soldats français. Seulement, Pershing ne l’entend pas ainsi et décide de poursuivre l’offensive. Les éléments des First et Second US Armies attaqueront donc conjointement.

– En revanche, comme le relève Peter Hart, s’il y a bien un général américain lucide, c’est William Wright, le commandant de la 89th US Division. Dans une instruction à ses soldats, il explique qu’il faut s’attendre à une résistance acharnée. Afin de limiter les pertes, Wright donne ordre de pratiquer des attaques coordonnées et plus méthodiques. Suivant la tactique du « mopping-up » chère aux Britanniques, il enjoint ses hommes de consolider chaque objectif conquis et d’utiliser au mieux les moyens de communication (buzzers, télégraphe, téléphone, pigeons voyageurs) afin de maintenir une liaison constante avec les unités de soutien. Et toute attaque des fusiliers doit être systématiquement couverte par le feu des mitrailleuses. Et les officiers-mitrailleurs doivent étudier dans le moindre le terrain à conquérir (à l’aide de photographies et relevés aériens), afin de pouvoir s’adapter à la situation. Les ordre de Wright marquent un Continuer à lire … « Sambre et Meuse, acte final – Partie 2 »

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Le Quesnoy 1918 : Kiwis contre Vauban

Durant la dernière phase des combats de 1918 que l’on dénomme « Bataille de la Sambre », la Division Néo-Zélandaise se retrouve devant un obstacle d’un nouveau type pour elle : la Forteresse du Quesnoy bâtie durant le règne de Louis XIV sous la direction du Marquis de Vauban. Or, la prise de la ville par la Third Army britannique est nécessaire pour déboucher en direction de la Sambre. La résistance allemande s’annonçant plus vigoureuse, les Néo-Zélandais d’Andrew Russell vont faire preuve d’une remarquable adaptation, couplée à une bonne vitesse d’exécution.

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– Peuplé de 5 000 habitants avant le déclenchement de la Guerre, Le Quesnoy reste occupée par les Allemands. Située en zone de repos pour les troupes allemandes, la ville voit son importance s’accroître sur le plan des opérations en 1918, puisqu’elle couvre Maubeuge par l’ouest, ainsi que les cours de l’Ecaillon et de la Rhonelle. De plus, la ville est située sur la voie ferrée Valenciennes – Maubeuge. Par conséquent, prendre Le Quesnoy devient un impératif tactique.

– Mais la défense de la ville est facilitée par la citadelle érigée par Vauban, située en plein centre à l’emplacement d’une ancienne motte médiévale et qui enserre une partie des habitations. La citadelle se présente avec un plan en étoile, comprenant des bastions indépendants. Et les fortifications sont protégées par des douves mais celles-ci sont généralement asséchées. Mais le danger réside dans configuration architecturale de l’édifice qui permet d’effectuer d’efficaces tirs croisés. Enfin, les murailles de briques sont hautes de 15 m environ et coiffées par des petites buttes de pelouse. Et outre les mitrailleuses, les Allemands disposent également de Continuer à lire … « Le Quesnoy 1918 : Kiwis contre Vauban »

Vittorio-Veneto : la victoire alliée en Italie

– Rappel : durant l’été 1918, Ferdinand Foch et Clemenceau font pression sur Armando Diaz, chef d’état-major du Commando Supremo italien pour qu’il lance une puissante offensive sur la Piave contre l’Armée impériale austro-hongroise. Foch appuie son argumentation en mettant en avant les offensives victorieuses lancées par les forces alliées en France à partir du mois de juillet. Or, Foch voit la situation sur un plan stratégique d’ensemble. En effet, si les italiens passent à l’offensive, Vienne ne pourra guère compter sur un soutien de Berlin, d’autant que la double monarchie est placée dans une situation de vassale.

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– Ainsi, pour la Reggia Escercita (Armée royale italienne), le moment est donc propice d’engager une nouvelle offensive, d’autant que les troupes italiennes efficacement soutenues par les Britanniques (Frederick Lambart Earl of Cavan) et Français (Jean-César Grazziani) ont remporté une nette victoire sur la Piave en juin, privant ainsi les armées austro-hongroises de toute capacité offensive. L’Armée italienne – remise sur pied par Diaz – bénéficie donc d’un très bon moral, moins d’un an après la lourde défaite de Caporetto.  Mais Diaz joue la montre et ne lance aucune offensive durant l’été et à l’entrée de l’automne, ce qui Continuer à lire … « Vittorio-Veneto : la victoire alliée en Italie »

L’Offensive Meuse-Argonne – (2 Oct. – 3 Nov. 1918) – 3

6 – LA LÉGENDE DU « LOST BATTALION »

– Après l’échec de la première phase de son offensive, John Pershing est bien décidé à conduire sa First US Army au-delà de la Kriemhield-Stellung qui, formée en équerre, verrouille le front allemand sur les lignes Cunel – Romagne-/s-Montfaucon et Romagne-s/-Montfaucon – (Meuse). Et la position fortifiée couvre la route Mézières – Stonne. Pendant cinq jours, Pershing donne effectue un redéploiement d’Infanterie et d’artillerie, ce qui ne va pas sans difficultés. La médiocre conduite des (opérations logistiques) devant être mise en cause. La nouvelle offensive contre la Kriemhild-Stellung est prévue pour le 4 octobre. Sauf que pour donner une meilleure offensive, les Américains doivent nettoyer le Mont et le Ravin de Charlevaux, dans le secteur de la 77th US Division de Robert Alexander. (Histoire du Bataillon perdu). Alexander ne croit tellement pas à la situation désespérée du « Lost Battalion » qu’il va lancer sa division dans la seconde phase de l’Offensive, sans chercher à dégager les unités isolées dans le Ravin de Charlevaux (1).

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– Le 1er octobre, chargé de la conduite des opérations dans le secteur de la Forêt d’Argonne, le General Evan Johnson ordonne à la 77th US Division d’ Alexander (celui-là même qui ne jure que par l’efficacité du fusil Springfield M 1903) de nettoyer un secteur de la « Hagen-Stellung » qui comprend le Bois et le Ravin de Charlevaux, le Ravin d’Argonne et la route Binarville – La Viergette, afin de couper une partie du ravitaillement de la V. Armee allemande. A son tour, Alexander confie la charge de nettoyer ce secteur à la sa 154th Brigade qui comprend les 307th et 308th Infantry Regiments. Alexander a ordonné à ses unités de ne pas reculer et de continuer d’avancer sans se préoccuper de leurs flancs. Notons que la 77th US Division est formée de soldats de l’Etat de New York et de la ville même et qui représentent un mélange de diverses origines.

– Le 2 octobre à 05h00, l’assaut de la 77th Division démarre et les premières lignes allemandes sont Continuer à lire … « L’Offensive Meuse-Argonne – (2 Oct. – 3 Nov. 1918) – 3 »

La libération des Flandres (sept.-oct. 1918)

Depuis la fin avril 1918, le Front des Flandres est resté relativement calme. Mais en septembre, Foch décide de déclencher une offensive dans le secteur d’Ypres afin d’y fixer une partie des forces du Heeres-Gruppe « Rupprecht », tandis que le BEF parachèvera la percée de la Ligne « Hindeburg », tandis que Français et Américains poursuivront leur attaque dans les Flandres. Sur ce front, les objectifs sont assez limités, puisqu’il s’agit d’abord de dégager le saillant d’Ypres afin d’appuyer l’offensive britannique contre la Ligne « Hindenburg ».

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– Ceci dit, cette offensive ne se départit pas d’une dimension politique claire (1). En effet, le Roi des Belges Albert Ier souhaite que son armée joue un rôle de plus grande importance aux côtés des Alliés. Il est vrai que depuis la « Course à la Mer » en 1914, la petite armée royale s’est contentée d’un rôle de surveillance de la partie du front des Flandres comprise entre Ypres et la Mer du Nord. En outre, il a fallu rééquiper les divisions belges avec de l’équipement français et britannique, tout en instruisant les Continuer à lire … « La libération des Flandres (sept.-oct. 1918) »

La Bataille de la Selle (8-23 octobre 1918)

Après la percée de la Ligne « Hindenburg » sur les Canaux du Nord et de Saint-Quentin, les Forces Britanniques qui opèrent entre Douai et Saint-Quentin sont en mesure d’atteindre Cambrai et le Cateau et d’exercer une puissante pression sur les troupes allemandes des Heeres-Gruppen « Rupprecht » et « von Böhn », en coordination avec l’action du Groupe d’Armées des Flandres du Général Degoutte et les forces franco-américaines qui effectuent une poussée entre sur la Vesle et la Meuse, comme dans l’Argonne.

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1 – SITUATION

– Comme l’explique le Colonel Michel Goya dans son dernier ouvrage « Les vainqueurs », les Britanniques sont en mesure de jouer le rôle principal en cette dernière phase de la guerre, car Philippe Pétain le veut. En effet, le Généralissime de l’Armée française sait qu’après les intenses combats de l’été, ses troupes sont épuisées. Pétain veut donc limiter la casse chez ses Poilus afin d’éviter tout effondrement moral. C’est pour cette raison qu’il est disposé à laisser la politesse à Haig qui ne s’en trouve guère offusqué, bien au contraire (1)  En dépit des lourdes pertes de l’année 1918, les Alliés ont réussi à maintenir un niveau de forces encore acceptables. Mais comme l’explique l’historien britannique Peter Hart, le BEF dispose d’une artillerie et d’une logistique tellement puissante que la progression doit, paradoxalement, s’effectuer méthodiquement pour Continuer à lire … « La Bataille de la Selle (8-23 octobre 1918) »

Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918)

– Grâce à leur série d’offensives lancées en août et septembre, les forces du Commonwealth se sont considérablement approchées des fortifications de la Ligne « Hindenburg » (ou « Siegfried-Stellung » pour les Allemands). Pour le coup, les troupes de Douglas Haig se trouvent face à un véritable rempart bétonné et maçonné qui leur barre le passage entre le Front des Flandres et le nord de l’Aisne, leur interdisant le franchissement des Canaux du Nord et de Saint-Quentin. Pour « enfoncer la porte », on va retrouver à l’œuvre deux des meilleurs généraux du Commonwealth, Arthur Currie et John Monash. Cet article propose donc d’expliquer comment ces deux généraux s’y sont pris pour faire sauter cette fortification, avec des techniques et tactiques touchant davantage à la poliorcétique qu’à la simple manœuvre.

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1 – LE DERNIER GRAND REMPART DU KAISER

– Pour rappel, la Ligne « Hindenburg » n’est pas la première ligne fortifiée allemande. Érigée en 1917 sur ordre de Ludendorff et Hindenburg, elle s’intègre en vérité à un ensemble fortifié érigé depuis 1915. Originellement structurée en trois parties (une zone avant, une zone de Blockhäuse, une zone de contre-attaque et une zone de réserve), elle s’étend originellement du secteur de Farbus (Pas-de-Calais) jusqu’à l’entrée du Canal de Saint-Quentin. En outre, elle est prolongée à partir de Moeuvres (à l’ouest de Bourlon) par la Ligne Quéant – Drocourt qui est tombée aux mais des Canadiens le 10 septembre. Mais bien plus qu’une triple ligne de défense, « Hindenburg » se caractérise par un ensemble de lignes (2 principales et 7 plus petites) qui protègent les nœuds routiers et logistiques que sont Cambrai et Mézières. Les lignes « Wotan » et « Hindenburg » sont les mieux fortifiées avec leurs Continuer à lire … « Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918) »