« Georgette » ou la Quatrième bataille des Flandres – Partie 2

1 – « GEORGETTE » SE DÉCHAÎNE : LA PERCÉE SUR LA LYS

– Le début de la « Bataille de Lys » ou « Quatrième bataille des Flandres » commence quasiment de la même sorte que « Michael » moins de trois semaines plus tôt. Le 9 avril à 04h15, les positions Anglo-Portugaises sont réveillées par un tir de préparation court mais particulièrement violent. 900 pièces d’artillerie sont mises à contribution (). Les Allemands noient d’abord les batteries d’artillerie de la First Army sous des nuages de gaz avant de cibler les voies de communication, les PC, etc. Ensuite, les Minenwerfern et Granatwerfern crachent leurs roquettes sur les premières lignes ennemies, pendant que les Sturmtruppen prennent position dans leurs secteurs d’attaque. Enfin, l’artillerie de campagne et lourde allemande déchaîne un violent barrage derrière lequel progressent les groupes de Sturm-Truppen, comprenant fusiliers, grenadiers, mitrailleurs, servants de lance-flamme et pionniers de combat.
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– A 08h45, Ferdinand von Quast lâche ensuite 9 divisions des II. Königlich-Bayerische-Korps (32. et 38. Div.), XIX. Korps (35. et 42. Div.) et IV. Korps (18. et 43. Div.) sur les positions de Henry Horne comprises sur 15 km entre le Canal de La Bassée et Armentières. Mais von Quast a décidé de mettre le poids principal de son attaque sur les Portugais du Général Abreu. Les Sturmtruppen, qui progressent en

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« Georgette » ou la Quatrième bataille des Flandres – Partie 1

Prévision ou anticipation ? On se souvient qu’Erich Ludendorff avait demandé aux QG des Heeres-Gruppen « Rupprecht », IV.  et VI. Armeen de plancher sur un plan d’offensive contre les positions britanniques dans les Flandres, entre Passchendaele et Armentières. Offensive qui serait lancée SI « Michael »  ne débouchait pas sur un succès escompté. Or, c’est bien ce qui se produit à la fin du mois de mars. Les plans des états-majors étant encore chauds, « Pollux » décide donc d’infliger aux Anglais un second coup direct.
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1 – DE « GEORG I » A « GEORGETTE »

– Alors que « Michael » connaît ses derniers engagements sanglants sur la Scarpe et sur l’Avre, Erich Ludendorff décide de profiter des capacités offensives de ses armées pour porter le fer dans les Flandres. On se souvient que le Plan « Georges » soutenu par plusieurs généraux avait fait l’objet de débats et avait été rétrogradé au rang « d’offensive de secours », du moins si l’on peut dire. Par conséquent, Ludendorff bascule l’effort principal – alors porté entre la Scarpe et l’Oise – entre le Saillant d’Ypres et la Lys. Sachant pertinemment que ce sont les Britanniques qui surveillent cette partie du front, le Quartier-Maître général espère les faire craquer. Toute une armée britannique n’a-t-elle pas manqué d’être volatilisée sous les coups de trois armées lancées en Picardie ? Mais il a fallu que ces diables de Français interviennent dans l’affaire et sauvent la mise à leurs alliés d’Albion. Mais cette fois, dans les Flandres, il n’y a que les Anglais aidés par les Belges. L’affaire pourrait être vite conclue. Du coup, Ludendorff donne pour instruction au Continuer à lire … « « Georgette » ou la Quatrième bataille des Flandres – Partie 1 »

« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie

 

ETAT DES  FORCES EN PRESENCE 

Abordons maintenant les forces en présence à la veille du 21 mars. Certes, en raison de leurs terribles pertes de 1917 et de l’impréparation des Américains, les troupes alliées partent avec des handicaps mais pas autant qu’on peut le penser, loin de là. En effet, la crise des effectifs ne doit pas masquer l’accroissement de la puissance de feu et de la mobilité des Français et des forces du Commonwealth. Et il ne faut pas négliger un autre aspect : la mécanisation. Et à ce jeu-là, les Alliés gagnent quasiment par KO. Enfin, les impressionnants succès des premiers jours de l’Offensive « Michael », ne doivent pas faire oublier que les troupes Allemandes partent à l’assaut sur une jambe de bois.

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Source : www.histoire-image.org

1 – LA KAISERSHEER : UNE ÉPÉE ÉMOUSSÉE

– Au début de 1918, la Kaisersheer compte 147 divisions à l’Ouest. Mais elles passent à 192 en mars 1918, dont 84 en réserve. Et elles passeront à 205 – 208 en mai. Le tout regroupe 3,5 et 3,7 millions d’hommes. Cependant, Ludendorff n’a pu rameuter toutes les divisions nécessaires de Russie et doit en laisser 37 pour surveiller les Bolcheviks et veiller sur les blés d’Ukraine (1). Pour l’offensive de mars 1918, l’OHL décide donc de miser sur l’engagement de ses 55 Sturm Divisionen. Sauf que, pour former ces divisions dites d’élite, Ludendorff les a nettement privilégiées par rapport aux divisions des second et troisième échelons. Ainsi, l’OHL leur a octroyé en priorité les armes, un surplus de munitions et d’armes collectives, ainsi que des chevaux supplémentaires. D’autre part, afin d’être en meilleure condition physique, les soldats sont mieux nourris que les autres. Par conséquent, ce privilège accordé nuit gravement aux autres divisions défavorisées, quasiment sous-alimentées et sous-armées (2). Par conséquent, les Sturm-Divisionen peuvent être comparées à un pistolet à un seul coup. Et le coup que joue Ludendorff est très risqué en regard du manque de soutien sérieux.

– Au sein des Sturm-Divisionen, les officiers et soldats reçoivent un entraînement spécial fondé sur Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie »

« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Première partie

PRÉPARATIFS ET PLANS ALLEMANDS

Inutile de le redire, l’ambitieux Erich Ludendorff est un planificateur aussi froid qu’appliqué et déterminé. Le Quartier-Maître Général – et quasi-chef d’Etat officieux de l’Empire allemand – a décidé d’offrir aux Alliés une ouverture du printemps 1918 dont ils se souviendront. Son objectif stratégique ultime est de terminer la guerre en misant sur une séparation (aussi géographique que politique) de l’alliance entre Londres et Paris, tout en ne laissant pas le temps à l’US Army – alors en plein apprentissage de la guerre moderne – n’entrer en lice. Pour cela, Ludendorff a imposé à la schlague prussienne, un Traité de Brest-Litvosk désavantageux aux Bolcheviki, ce qui lui a permis de rameuter plusieurs centaines de milliers d’hommes vers le Front de l’Ouest, tout en formant des divisions d’élite et en faisant transférer des milliers de pièces d’artillerie et de Minenwerfern. Avec 192 divisions contre 175, l’Allemagne a, en apparence, les moyens de remporter la bataille décisive qui décidera du sort des armes. « Pollux » a pour le moment convaincu presque tout le monde à Berlin : Français et Britanniques vont passer un très sale quart d’heure et leurs séides américains n’auront plus qu’à traverser piteusement l’Atlantique en sens inverse. Cependant, Ludendorff sait que le temps est compté pour des raisons aussi bien extérieures (entrée en guerre des Etats-Unis) qu’intérieures (graves difficultés économiques, agitation sociale croissante et contestation de la Monarchie des Hohenzollern). En effet malgré le masque d’assurance et de détermination qu’offrent Hindenburg et Ludendorff, l’Allemagne est au bord du gouffre et son armée est minée par d’indéniables faiblesses en termes d’effectifs, de matériel et au niveau technique. Et la recette du succès espéré contient les ingrédients suivants : Somme, Aisne, Picardie, Sturmtruppen, Oskar von Hutier et Otto von Below, entre autres.

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– En cinq années, l’orgueilleuse Allemagne wilhelmienne a changé de visage. La puissance économique de l’Avant-guerre à l’industrie florissante et dynamique est devenue un pays malade, avec une population durement frappée par les privations frumentaires et alimentaires. A tel point que les aliments de base (pain, saucisse, etc.) sont fabriqués à partir de fibres de bois ou de produits chimiques mais sont sans valeur nutritive. La mortalité infantile, fléau que l’on pensait relégué dans les placards de l’histoire, frappe de nouveau et de nombreux enfants allemands souffrent de sous-nutrition (1). Les achats de lait à la Hollande ont permis de freiner le mal mais dès que Wilson a sommé aux Neutres disposant de flottes de ne plus rien vendre aux Allemands, la situation s’est durement aggravée. Il n’y a que la Suisse qui fournit encore l’Allemagne en denrées. Mais la petite Confédération, qui affiche une stricte neutralité, ne peut pas vraiment combler toutes les carences. Seule satisfaction dont peut se vanter Ludendorff, l’annexion de territoires russes et ukrainiens permet à Berlin de faire venir des quintaux de blés, au détriment des populations civiles russes et ukrainiennes (2).

– Le tableau est tout aussi noir pour l’industrie qui tourne pour l’économie de guerre, sous la férule de Ludendorff. Les mines de charbon de la Ruhr et de Silésie tournent à Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Première partie »

Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918)

– Premièrement, il est pertinent de rappeler que la particularité du front d’Afrique Orientale est justement… qu’il n’y a pas de front ! En effet, pour les voyageurs adeptes de Safari et de faune sauvage africaine qui pourraient se rendre en Tanzanie, toute trace des combats de la Grande Guerre semble s’être définitivement évanouis, hormis une antique voie ferrée, presque égarée dans le temps, qui semble fendre la brousse en deux au milieu de nulle part. C’est toute la spécificité de ce front, un temps oublié, à savoir celle d’avoir été clairement une guerre de mouvement durant laquelle les Germano-Ndébélé-Ngonis de Paul-Emil von Lettow-Vorbeck vont jouer au chat et à la souris avec une coalition comptant des Britanniques, des Sud-Africains, des Indiens, des Belges et des Portugais. Un jeu de poursuite de plus de deux ans, marqué par de violentes morsures du plus petit sur le plus gros.
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1 – PROFITER DE SES (QUELQUES) AVANTAGES ET DU PAYS

– Le 8 mars 1916, le Général Jan Smuts déclenche une vaste de campagne afin de mettre fin à la résistance de la Schützttruppe germano-africaine dans l’actuelle Tanzanie. Sur le papier, l’ancien chef boer dispose d’une nette supériorité numérique et matérielle, avec 300 000 hommes, dont les Belges du Général Charles Tombeur qui peuvent attaquer par le Congo. Les Alliés ont aussi pour eux la logistique, grâce aux ports du Kenya et d’Afrique du Sud, ainsi que le chemin de fer qui permet de couvrir. En face, les Allemands et leurs Askari apparaissent en nette infériorité, n’alignant qu’environ 58 000 hommes dont une très forte proportion de porteurs (45 000), avec beaucoup moins d’artillerie et quelques mitrailleuses. Et les bons Continuer à lire … « Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918) »

Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction

Suite à leur succès défensif, en partie dû aux mauvaises décisions britannique, les Allemands décident de passer à la contre-attaque qu’ils planifient durant la bataille. L’objectif principal est de reconquérir les portions perdues de la « Siegfried Stellung ». Pour cela, Rupprecht et von der Marwitz vont employer les nouvelles techniques d’assaut qui ont fait le succès de l’Armée du Kaiser en Russie comme en Italie.

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1 – STURMTRUPPEN ÜBER ALLES !

– Pour l’état-major allemand, une nécessité s’impose très vite : reprendre les portions de la Ligne « Hindenburg » conquises par les Britanniques et repousser ces derniers le plus loin possible afin de sécuriser le secteur de Cambrai. Il faut dire aussi que le secteur de Cambrai servira de base arrière et de soutien à l’offensive qu’Erich Ludendorff prévoit de lancer en direction de Saint-Quentin pour le printemps 1918. Raison de plus pour déclencher une contre-offensive localisée. Aucune volonté de la part des Allemands de chercher une victoire décisive, tout simplement parce qu’ils ne disposent nullement des effectifs humains requis*. La contre-attaque allemande vise donc davantage un rééquilibrage tout en cherchant à infliger aux Britanniques une sévère correction.

– L’idée est posée sur la table de lu Grand Etat-Major impérial par le Kronprinz Rupprecht de Bavière. Marque de la souplesse opérationnelle allemande, elle sera lancée par Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 2 : Contre-attaque allemande. Riga et Caporetto en réduction »

Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique

– Avec l’échec de deux grandes offensives (Chemin des Dames et Passchendaele) et quelques succès offensifs localisés (Messines, Verdun et le Fort de la Malmaison), l’année 1917 ne se termine guère sur une note positive pour les Alliés sur le Front de l’Ouest. Mais Douglas Haig ne renonce nullement à ses projets offensifs. Afin de soulager le Front des Flandres et dans l’espoir d’emporter un succès d’importance, le Fieldmarschall décide de lancer une offensive destinée initialement à soulager l’effort de Passchendaele. Ayant choisi le secteur de Cambrai, les généraux britannique qui ont planifié l’opération vont remporter un spectaculaire succès, marqué par de nettes innovations tactiques et techniques, le 20 novembre mais qui ne donnera pas suite.

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1 – ENTHOUSIASME MAIS MANQUE DE COHÉRENCE DANS LES OBJECTIFS

– Les Britanniques ont l’idée d’une attaque d’un nouveau style, assez différents des principes conventionnels du moment. John Frederick Fuller, chef d’état-major du Tank Corps propose en effet un raid massif à l’aide de blindés engagés en nombre. Jusque-là, les Britanniques avaient employé leurs Tanks comme « canons roulants » pour appuyer les attaques de l’Infanterie, comme ce fut le cas durant la Bataille de la Somme, à Bullecourt, Messines et Passchendaele. Mais à l’été 1917 durant la Troisième Bataille d’Ypres, Fuller et son supérieur, le Brigadier-General Hugh Elles se sont rendus compte qu’engagés en petit nombre, les Tanks pouvaient se retrouver isolés et beaucoup plus vulnérables. Il faut donc les employer de façon concentrée afin de percer les premières lignes allemandes de la Ligne Hindenburg avec l’appui d’une première vague de fantassins lourdement armés. Une seconde vague d’infanterie devra consolider les zones conquises à l’issue de la percée. Sur le papier, techniquement, le plan britannique est particulièrement novateur. Sauf qu’une fois de plus Haig et Byng retrouvent leurs (mauvais) réflexes de cavaliers, puisqu’ils prévoient de faire passer le Cavalry Corps de Kavanagh dans la brèche obtenue. Les Britanniques comptent sur l’effet de surprise, ce qui implique une préparation aussi minutieuse que secrète. Après avoir consulté le plan proposé par Fuller et Byng, Haig approuve (1).

– Le plan d’attaque étant défini, il faut cibler un secteur selon des Continuer à lire … « Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique »