Passchendaele (Troisième bataille d’Ypres) : l’impasse de boue – 1

– Au début de 1917, avec le déclenchement de la « guerre sous-marine à outrance », Douglas Haig décide de privilégier une vaste offensive dans les Flandres afin de libérer les ports flamands de la Mer du Nord qui servent d’abri aux sous-marins allemands. Mais suivant les accords franco-britanniques, le commandant du BEF doit déployer des moyens pour appuyer l’offensive de Robert Nivelle. Ulcéré mais bridé par Lloyd-George, Haig met toute la mauvaise volonté possible pour appliquer favorablement le plan de Nivelle, même s’il a réussi à faire capoter le projet de commandement unifié (1). Ainsi, le 23 janvier, il écrit que cela lui prendra six semaines pour déplacer les troupes et le matériel nécessaires d’Arras aux Flandres. Il consent néanmoins à laisser les Ist et IIIrd Armies (Horne et Allenby) lancer des attaques limitées entre Arras et la Somme. Le 21 mars, il écrit une nouvelle fois à Nivelle pour lui expliquer que monter une attaque contre la Crête de Messines et Steenstraat lui prendra cinq-six semaines. Durant le mois d’avril et au début du mois de mai, Douglas Haig est accaparé l’offensive d’Arras. Mais avec l’arrêt de l’Offensive Nivelle dans l’Aisne, le général britannique peut reprendre son projet d’offensive dans les Flandres. Haig pense donner un dernier coup de rein décisif pour sortir de l’impasse stratégique. Le résultat sera encore bien en-deçà de ses espérances en dépit d’une plus grande qualité technique des forces du Commonwealth.
135153-004-28040315
– Le 1er mai 1917, Haig écrit encore que l’offensive Nivelle a affaiblit les Allemands – ce qui est autant diplomatique que contestable – mais que vouloir effectuer une percée décisive était prématuré. Du coup, Haig justifie l’urgence à mettre à exécution son projet d’offensive dans les Flandres, notamment dans le Saillant d’Ypres. A l’automne 1914, après avoir dû abandonner la Crête de Gheluvelt et Messines, les Britanniques se sont arc-boutés sur Ypres. Et la tenace résistance de troupes anglaises, écossaises et indiennes a empêché les Allemands de s’emparer de la cité drapière lors de la « Course à la Mer », créant ainsi une pointe avancée dans le front allemand après la stabilisation de l’hiver 1914. Mais en avril 1915, les Allemands cherchent à

Continuer à lire … « Passchendaele (Troisième bataille d’Ypres) : l’impasse de boue – 1 »

« Mordre et tenir » ; l’apogée de la guerre des mines (7 juin 1917) – 2

Le 7 juin 1917 à 03h50, les quelques londoniens encore ou déjà éveillés ressentent comme une secousse soudaine. Nombre d’entre ont pu prétendre avec étonnement que la Grande-Bretagne se situait sur une plaque sismique méconnue jusqu’alors. Il n’en est rien, puisque la déflagration en question est due à un titanesque enchaînement d’explosions de mines sur le Front des Flandres, plus précisément sous la Crête de Messines entre Ypres et le Canal de Comines. Les coupables de ce succès explosif ? Le minutieux General Herbert Plumer et les Tunneliers du Commonwealth, qui ont accompli là une véritable prouesse dans la poliorcétique de la Première Guerre mondiale.

sommeintro-image018

– L’utilisation des mines dans les conflits ne date pas de la Grande Guerre mais est bien connue depuis l’Antiquité. Mais d’un point de vue sémantique, on entend alors par « mine » une galerie creusée en sous-sol et non le matériel explosif antipersonnel ou anti-véhicule. Jusqu’à l’arrivée de la poudre noire sur les champs de bataille, les civilisations du bassin mésopotamien, les Grecs, les Romains et les armées médiévales pratiquaient les « sapes » afin d’abattre les murailles adverses. Puis, à partir du XVIe siècle, on pratique le même type de « travail » avec l’usage des explosifs. Ainsi, les Guerres de Louis XIV en Europe, la Guerre de Crimée et la Guerre de Sécession ont été marquées par des épisodes où chaque camp eut pour Continuer à lire … « « Mordre et tenir » ; l’apogée de la guerre des mines (7 juin 1917) – 2 »

« Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 1

– Stratégiquement, pendant que Nivelle bataille pour le Chemin des Dames, les Britanniques regardent du côté des Flandres, notamment d’Ostende (base des U-Boote). Sauf que les plaines au nord d’Ypres ont été noyées par les Belges lors des combats de la « Course à la Mer » (Dixmude et l’Yser). Fin 1914, suite à la bataille de Langemarck, le Front s’est figé dans la boue, avec la constitution du Saillant d’Ypres tenu par l’Armée britannique. Malgré une attaque allemande en 1915, les Allemands n’ont pas réussi à le réduire et le Front est resté stable pendant moins de deux ans. S’y font face la Second Army britannique (Herbert Plumer) et la IV. Armee allemande de Berhard Sixt von Arnim qui a fait ses preuves en matière défensive. Les Britanniques tiennent le nœud ferroviaire d’Ypres ainsi que Boesinghe au nord du saillant, de même que le Mont Kemmel et le Bois de Plougsteert au sud. De leur côté, les Allemands tiennent les Crêtes qui ceinturent le nord, l’est et le sud d’Ypres. « Crête » étant un mot assez mélioratif pour désigner de simples pentes qui ne « culminent » qu’à 100-110 m au-dessus du niveau de la mer.
messines20model
1 – CONTEXTE STRATÉGIQUE

– Au nord – nord-ouest les troupes de von Arnim tiennent la Crête de Plickem. Toutefois, durant la préparation de son offensive de 1916, Douglas Haig a demandé à Plumer de préparer une offensive de percée dans les Flandres. Mais le projet n’aura pas lieu car Haig, en accord avec Joffre, a décidé d’attaquer sur la Somme afin de soulager le Front de Verdun. Sauf qu’en 1917, Haig convainc Lloyd-George d’attaquer de nouveau dans les Flandres. La raison est stratégiquement simple et guère mauvaise en soit : Continuer à lire … « « Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 1 »

La bataille d’Arras (11 avril – 16 mai 1917)

– Paradoxe de l’histoire militaire de la Grande Guerre, l’offensive britannique d’Arras qui s’étend sur plusieurs mois reste encore occultée par l’un de ses seuls succès offensifs, soit la prise de la Crête de Vimy. Initialement, l’offensive d’Arras doit se développer sur une ligne de 18 km, de Vimy au nord à Neuville-Vitasse au sud. Mais comme pour nombre d’offensives britanniques de 1916-1917, la bataille d’Arras va se caractériser par un enchaînement d’attaques localisées, avec des succès au début (Vimy), suivis presque immédiatement d’ échecs (Bullecourt) qui mettront fin aux rêves de percée décisive des généraux du BEF.
battle_of_arras
– Comme dit dans un article précédent, le plan offensif allié pour le printemps 1917, retravaillé par Nivelle et accepté de plus ou moins bon gré par la britanniques comporte une offensive principale (Aisne) qui sera menée par l’Armée française, ainsi qu’une offensive de soutien effectuée par les Britanniques contre le saillant constitué par l’Ancre et Scarpe (Nord de la France). Le Plan de Haig consiste à lancer une attaque convergente, avec la Fifth Army (Hubert Gough) sur l’Ancre et la Third Army (Edmund Allenby) depuis le nord-ouest (Arras). Les Britanniques alignent en tout 14 divisions dont 2 Australiennes, ainsi qu’une forte artillerie et quelques dizaines de chars. L’attaque contre le Front d’Arras comporte également la prise de la Crête de Vimy qui revient au

Continuer à lire … « La bataille d’Arras (11 avril – 16 mai 1917) »

Les batailles de Bullecourt (avril-mai 1917)

– Restée dans l’ombre de la bataille de Vimy – et pour cause – l’attaque contre le secteur de Bullecourt fait partie intégrante de l’offensive d’Arras d’avril 1917 voulue par Haig. Mais là où le succès des Canadiens était dû à une minutieuse préparation, couplée à un bon déroulement de la bataille par le haut et par le bas, l’attaque de Bullecourt tranche par un certain amateurisme de la part des Généraux britanniques mais aussi par ceux de l’ANZAC.

awm-e00440
1 – PREMIÈRE BATAILLE (10-11 avril)

– Tout d’abord, alors que les troupes de la Third Army du General Edmund Allenby s’octroient un succès partiel à Monchy-le-Preux (37th Division), le General Hubert Gough, commandant de la Fifth Army croit pouvoir rejouer la guerre de manœuvre. Pourtant, les antécédants du cavalier protégé de Douglas Haig ne parlent pas pour lui, car lors de la Bataille de la Somme il n’a pas remporté de succès éclatant. Ces offensives sur Thiepval et dans la vallée de l’Ancre se sont soldées par des impasses. Néanmoins, Gough pense pouvoir percer dans le secteur de Bullecourt – Rieucourt grâce aux Tanks qu’il considère comme l’arme-clé de la bataille. Ainsi, il confie l’assaut à la 62nd (2nd West Riding) Division de Walter Braithwaite (Vth Corps d’Aylmer Haldane) et à 4th Austalian Division de William Holmes, intégrée au I ANZAC de William Birdwood.

– L’assaut principal doit être mené depuis Noreuil (tombé le 26 mars aux mains des Australiens) par la 4th Australian avec l’aide de Continuer à lire … « Les batailles de Bullecourt (avril-mai 1917) »

Vimy : une crête pour le prestige du Canada – Partie 1

Dans la logique du plan d’offensives de Joffre retravaillé par Nivelle au début de l’année 1917, les Britanniques doivent lancer une série d’offensives limitées entre la Scarpe et l’Oise, afin de fixer des troupes allemandes tandis que les Français perceront sur l’Aisne.  Comme le montre bien Jean-Yves Le Naour, Haig se montre d’abord courroucé à l’idée de recevoir les ordres directs d’un français et va d’abord s’employer – avec le concours de William Robertson (Chef de l’état-major impérial) à saper le projet de commandement unique, un temps approuvé par Briand et Lloyd-George. Finalement et toujours de mauvaise grâce, Haig accepte de lancer une série d’offensives limitée entre Arras et Roye, alors qu’il projette sa vaste offensive dans les Flandres. Il fixe donc comme objectifs la Crête de Vimy à la Ist Army de Henry Horne, tandis que les IIIrd (Allenby) et Vth (Gough) Armies devront attaquer entre Monchy-le-Preux et Bullecourt. Ainsi, l’offensive de Vimy n’est pas une attaque isolée mais fait partie d’un plan d’opération plus large qui n’aura pas les résultats escomptés. Haig confie la mission de prendre la Crête de Vimy au Canadian Corps du Lieutenant-General Julian Byng.

02x104_6bd5_9

1 – VIMY : UN SECTEUR CONVOITE PAR LES ALLIES

– En mars 1917, le secteur d’Arras se trouve partagé entre l’aile droite de la Ist Army de Henry Horne et l’aile gauche de la IIIrd Army d’Edmund Allenby. La Crête de Vimy a déjà fait l’objet de plusieurs combats. Elle est prise par les Allemands lors de l’offensive de l’été 1914, ce qui leur offre un très bon observatoire pour le réglage des tirs d’artillerie. En mars, juin et septembre 1915, les Français sous le commandement de Ferdinand Foch tentent de s’en emparer mais sans grand succès. Et durant l’année 1916, le secteur de Vimy fait l’objet d’un intense duel de tunneliers britanniques et allemands, marqué par des sapes, des contre-sapes et des affrontements sous terre et dans l’obscurité.

– Le choix de Julian Byng pour diriger l’assaut n’est pas dû au hasard. Le général britannique a fait connaissance avec ce terrain dès février 1916 quand son XVIIth Corps a relevé les unités françaises envoyés renforcer le front de Verdun. Pur produit de l’aristocratie britannique, Julian Byng (1862-1935) est issu de la lignée des Earls of Stafford qui a donné plusieurs ministres à la Couronne. Son père est même ami du Prince de Galles. Bien qu’ayant déjà quatre frères dans les rangs de l’Armée de Victoria, Julian Byng s’engage comme Continuer à lire … « Vimy : une crête pour le prestige du Canada – Partie 1 »

Février-Mars 1917 : revanche sur le Tigre et prise de Bagdad

– Lorsque l’on pense à la prise de Bagdad, nous viennent bien évidemment les images de la Guerre de 2003. Guerre qui a engendré l’atroce situation géopolitique que nous connaissons aujourd’hui. Mais on pense bien moins à celle de 1917, qui fut une victoire de « libération » britannique sur l’Empire Ottoman. Et pourtant, après l’humiliation de Kut al-Amara (avril 1916), les forces expéditionnaires britanniques reviennent presque de loin. Profitant de l’affaiblissement militaire constant de l’Empire Ottoman, les unités des Généraux Maude et Monro vont mener une campagne tambour battant, savamment préparée et très bien menée, qui n’aurait peut-être rien à envier à l’offensive conventionnelle de l’ère Bush (toute proportion gardée au vu des moyens technologiques de l’époque, bien entendu). Et en l’occurrence, cette campagne vient encore tordre le cou à l’idée trop répandue selon laquelle la Grande Guerre ne s’est déroulée que dans des tranchées statiques.
bagdad-2
1 – RESTAURER LE PRESTIGE BRITANNIQUE

– Quand Frederick Maude prend la tête des restes épars et démoralisés de l’Indian Expeditionnary Force « D », il s’atèle très vite à sa réorganisation et à son renforcement. Par catharcis, elle est même rebaptisée Mesopotamian Expeditionnary Force (MEF). Durant la deuxième moitié de 1916, une Commission d’enquête est même envoyée au Moyen-Orient pour examiner les échecs des Dardannelles et de Kut al-Amara. Pendant près de sept mois, ces membres recueillent un flot de critiques mettant en avant le manque de planification stratégique et opérationnelle, ainsi que la faillite logistique qui mena à la reddition des forces de Townshend (1). La Commission de Mésopotamie rend son rapport en mai 1917, deux mois après la chute de Bagdad mais elle a pour conséquences d’acculer Austen Chamberlain (Secretary of State for India) à Continuer à lire … « Février-Mars 1917 : revanche sur le Tigre et prise de Bagdad »