Vittorio-Veneto : la victoire alliée en Italie

– Rappel : durant l’été 1918, Ferdinand Foch et Clemenceau font pression sur Armando Diaz, chef d’état-major du Commando Supremo italien pour qu’il lance une puissante offensive sur la Piave contre l’Armée impériale austro-hongroise. Foch appuie son argumentation en mettant en avant les offensives victorieuses lancées par les forces alliées en France à partir du mois de juillet. Or, Foch voit la situation sur un plan stratégique d’ensemble. En effet, si les italiens passent à l’offensive, Vienne ne pourra guère compter sur un soutien de Berlin, d’autant que la double monarchie est placée dans une situation de vassale.

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– Ainsi, pour la Reggia Escercita (Armée royale italienne), le moment est donc propice d’engager une nouvelle offensive, d’autant que les troupes italiennes efficacement soutenues par les Britanniques (Frederick Lambart Earl of Cavan) et Français (Jean-César Grazziani) ont remporté une nette victoire sur la Piave en juin, privant ainsi les armées austro-hongroises de toute capacité offensive. L’Armée italienne – remise sur pied par Diaz – bénéficie donc d’un très bon moral, moins d’un an après la lourde défaite de Caporetto.  Mais Diaz joue la montre et ne lance aucune offensive durant l’été et à l’entrée de l’automne, ce qui mécontente fortement Clemenceau et Foch. Mais il mécontente également le Président du Conseil italien, Vittorio-Emanuele Orlando qui craint que l’Italie termine la guerre sans une victoire nationale contre les Empires centraux. Pressé par la politique italienne, comme par ses alliés, Armando Diaz accepte de préparer une offensive pour le mois d’octobre.

– Le 25 septembre, le Commando Supremo démarre son travail de préparation d’une offensive sur la Piave. Le 26 septembre, le Général Enrico Caviglia, commandant de la 8° Armata (et l’un des généraux italiens les plus compétents) est convoqué au Commando Supremo afin de participer à l’élaboration. Sont également présents le Colonel Cavallero, le Général Pietro Badoglio (chef d’état-major adjoint) et le Général Scipione Scipioni. Caviglia recommande alors d’allonger l’offensif jusqu’au Vidor, tout en lançant une attaque de diversion dans le secteur du Monte Grappa, l’attaque décisive devant se produire dans le secteur de Vittorio Venetto. Français et Britanniques devront opérer des offensives de soutien. L’idée est approuvée.

– Le plan Caviglia –  Diaz est présenté aux officiers alliés au QG d’Abamo Terme (Vénétie) le 13 octobre. Il consiste en une série de puissantes poussées dans les vallées qui bordent la Piave et la Brenta afin d’enfoncer le dispositif austro-hongrois, de prendre les îles sur le fleuve (Papadopoli) et d’établir de solides têtes de pont sur les rives droite des deux cours d’eau. Diaz donne l’ordre à la 4° Armata de Gaetano Giardino de forcer les positions austro-hongroises du Monte Grappa, en direction de Primolano et d’Arten. La 8° Armata attaquera sur la Piave dans les secteurs de Montello et Grave di Papadopoli. La Xth Army de Lambart Earl of Cavan aura pour mission de soutenir la 8° Armata par une attaque sur son flanc droit entre Ponte Priula et Ponte di Piave. La XIIe Armée de Grazziani attaquera sur le Vidor, ainsi que sur Feltre et Valdobbiadene. Enfin, la 6° Armata de Luca Montuoni lancera une attaque de soutien sur le Plateau de Sette Comuni. La préparation et le déploiement des troupes est achevé en dix jours. Diaz décide de déclencher son offensive le 24 octobre. Le jour n’est pas choisi au hasard puisqu’il correspond au début de la défaite de Caporetto. Ce choix correspond donc à un souci de revanche et d’effacer l’humiliation de l’année précédente.

– Diaz peut donc compter sur 1,1 million d’hommes répartis en 57 divisions entre le massif du Trentin et la mer Adriatique. Le front italien, s’étend sur la Piave et la Brenta, les deux cours d’eau marquant la limite des dispositifs adverses. Bien mieux nourris et mieux dotés en matière d’armement collectif (plus de 17 000 pièces d’Artillerie), les soldats de la Reggia Escercita sont nettement avantagés par rapport à leurs adversaires austro-hongrois. La Reggia Aeronautica (Aviation) est aussi bien supérieure à son adversaire, car équipées avec des avions plus nombreux et de meilleure qualité. D’une part, l’armée italienne affiche un très bon moral et bénéficie d’un sentiment d’unité nationale qui cimente les unités. Toujours sur place, le XIV Corps britannique de Rudolph Lambart Earl of Cavan (7th, 23rd et 48th Divisions, Artillerie et formations des Royal Engineers) et le XIIe Corps français de Grazziani (23e et 24e DI, Artillerie et Génie) vont aussi participer à l’offensive. D’ailleurs, la réorganisation opérée par Diaz favorise quelque-peu (politiquement) Londres et Paris, puisque Lambart et Grazziani se voient promus aux commandements respectifs des nouvelles Xth Army et XIIe Armée. En fait, ces deux formations sont composées d’un corps d’armée national et de plusieurs corps italiens. Les Américains participent plus modestement avec le 332nd US Infantry Regiment, en grande partie composé de soldats d’origine italienne. Enfin, d’anciens prisonniers tchécoslovaques ont formé une nouvelle 6e Division (issue de formations de la « Légion tchécoslovaque ») du Général Ratislav Stefanik (alors placée en réserve).

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– En face, l’Armée impériale austro-hongroise affiche un tout autre visage. Épuisée, mal nourrie et moins dotée en artillerie comme en avions, elle est aussi minée par les revendications nationales. Si les Autrichiens, Slovènes et Croates se battent encore bien, il n’en va pas de même chez les unités d’autres nationalités. Ainsi, les Tchèques, les Slovaques, et les Polonais qui peuplent nombre de régiments sont très peu motivés pour combattre encore pour la Double Monarchie. Quant aux Hongrois, s’ils restent encore assez combattifs, le Parlement de Budapest a donné le coup de pied de l’âne à Vienne en estimant que l’Empereur Charles Ier n’est plus vraiment apte à commander à la Couronne hongroise, à tel point que plusieurs dignitaires magyars estiment qu’il faut se rapprocher des nouveaux « protecteurs » allemands. Enfin, seuls les régiments allemands autrichiens sont encore assez solides. Mais l’Armée impériale est à l’image de l’Empire pluriséculaire : au bord de l’effondrement final. Pour l’heure, les troupes austro-hongroises en Italie sont placés sous le commandement du chef d’état-major Arz von Straussensburg. Le front d’Italie est sous la responsabilité des Heeres-Gruppen « Herzherzog » de l’Archiduc Joseph (X. et XI. Armeen) et « Borojevic » de Svetozar Borojevic von Bojna (Armee-Gruppe « Belluno », VI. et V. Armeen). Le tout regroupant environ 800 000 hommes répartis en 61 divisions.

– Le 24 octobre 1918, à 03h00, Italiens, Britanniques et Français déclenchent un puissant tir de barrage pendant que l’Infanterie (notamment les Alpini et les Gruppe di Asalto, avec les Arditi) se tient prête à bondir depuis ses tranchées. L’attaque ne se fait plus en masses compactes comme en 1915-1916. Ayant bénéficié de l’expérience des soldats français, les soldats italiens attaquent en petits groupes, bien pourvus en grenades, qui se couvrent mutuellement, avec l’appui de mitrailleuses légères. Les Reparti d’Assalto, soit les unités d’Arditi attaquent des secteurs précis en s’infiltrant dans les lignes autrichiennes.  A 07h15, les fantassins attaquent mais la résistance austro-hongroise est particulièrement vive. Au sein de la VI° Armata, le IX° Corpo di Armata (17° et 18° Divizioni di Fanteria) conquiert une partie du Monte Asolone mais est repoussé par une contre-attaque. Il en va de même pour le pour le XXVI° Corpo di Armata (4°, 9° et 99° Divizioni di Fanteria). Enfin, le IV° Corpo di Armata (15° Divizione) échoue à prendre le Monti Pratica et Prassolan.

– La IV° Armata de Giardino remporte un peu plus de succès. Le XXX° Corpo di Armata de Carlo Montanari (47°, 80° et 50° Divizioni) ne parvient pas à dégager les Monti Solaroli, Spinconcia et Valderoa. Mais les contre-attaques austro-hongroises l’empêchent de dépasser les Monti Spinoncia et Fontanel. La 50e Division autrichienne et la 20e Division hongroise font d’ailleurs preuve de ténacité. Le I° Corpo di Armata de Donato Etna (24° et 74° Divizioni) ne peut déboucher en direction d’Alano di Piave, malgré le soutien de la XIIe Armée. Giardino fait alors savoir à Diaz que son offensive est un échec. Diaz lui enjoint alors de poursuivre son offensive sur la Piave afin d’y fixer une partie des troupes autrichiennes. Et Diaz lui ordonne d’engager son Gruppo di Asalto (Groupement d’assaut). Heureusement, sur l’initiative de Lambart Earl of Cavan, les choses se passent bien mieux dans le secteur de Ponte Priula – Ponte di Piave. En effet, couvert par l’Artillerie, le XIV Corps britannique de James Babington réussit à traverser la Piave (quoique plus profonde à cause des intempéries) et à s’établir sur l’Île de Papadopoli. Ensuite, Britanniques et Italiens réussissent à établir des ponts sur le fleuve et en fin de journée, ils prennent pied sur la rive opposée.
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– Le 25 octobre, les Britanniques continuent de consolider leurs têtes de pont. Diaz ordonne alors à ses armées de continuer leur attaque. Après un violent feu de préparations, la 4° Armata attaque les Cols de la Berretta, ainsi que les Monti Pertica et Soloaroli. Le Col de la Berretta est conquis par la 18° Divizione di Fanteria et les Arditi  du 9e Reparto d’Assalto. Malgré une contre-attaque autrichienne contre le Col della Berreta qui fait reculer la 18° Divizione, le VI° Corpo di Armata s’empare du Mote Pertica mais la 48e Division austro-hongroise réussit à tenir ses positions. De son côté, le XXX Corpo di Armata échoue à percer sur le Monte Solaroli. En effet, l’artillerie austro-hongroise effectue une efficace contre-batterie. Malgré la résistance austro-hongroise, Giardino informe le Commando Supremo qu’il poursuivra ses attaques le 26 octobre dans le secteur du Monte Grappa. Cependant, le 25 toujours, une partie de l’Armée italienne franchit la Piave. Seul bémol, le Gruppe « Belluno » de von Coglia a réussi à bloquer l’armée italienne par une défense renforcée. Le 26 octobre, le IX° Corpo di Armata (17°, 21° et 22° Divisioni di Fanteria) part à l’assaut à son tour afin de dégager le secteur de Massicio del Grappa. Mais le Monte Assolone est bien défendu par la 21. Division austro-hongroise, appuyée par la 60. Division « Edelweiss ». Ceci dit, un Riparto d’Assalto réussit à atteindre le sommet mais l’avant-garde italienne se retrouve isolée en raison du feu de l’artillerie ennemie. Aucun succès notable n’est également à signaler dans le secteur du Monte Pertica et du Cal della Martina et à l’Osteria del Forcelletto, en raison de la résistances des 42. et 48. Divisionen autrichiennes. En revanche, le XXX° Corpo di Armata réussit à s’emparer d’une parti du Col del Cuc, malgré une tenace résistance ennemie. En revanche, malgré les violents assauts répétés des Alpini, le Solaroli reste aux mains des Austro-Hongrois. Au soir du 26, avec 15 000 hommes perdus, Giardino fait savoir à Diaz que ses troupes sont épuisées et obtient une interruption de l’offensive pour le 27, afin de renforcer ses positions.

– Mais si Giardino échoue à faire sauter le verrou des Monti Grappa, Solilari et Valderoa, au moins fixe-t-il une partie des forces austro-hongroises. Par conséquent, Enrico Cavilgia peut s’employer à jeter et dresser des ponts sur la Piave afin de passer sur la rive gauche. A 21h00, la 8° Armata effectue ses premiers franchissements du fleuve dans les secteurs de Pederobba. Très vite, le Generaloberst Wenzel Freiherr von Wurm, commandant de la k.u.k. 5. Armee s’aperçoit qu’Italiens et Britanniques établissent des têtes de pont sur la rive gauche de Piave. Il tente alors de convaincre l’Archiduc Joseph de lancer une attaque contre le secteur de Grave di Papadopoli avec la k.u.k. 6. Armee d’Alois Fürst von Schönburg-Hartenstein. Or, si l’Archiduc Joseph accepte l’idée, il doit faire face à la demande des ministres de Budapest de rapatrier les unités magyares de la Honvéd en direction de la Hongrie. Cependant, malgré l’état déliquescent de l’Armée impériale, l’Archiduc accepte l’idée d’une contre-attaque sur la Piave, de part et d’autre du Monte Grappa. L’attaque sera confiée à un groupement de 2 divisions (17., 48. et 55.) confié à Ferdinand Kosak. La contre-attaque austro-hongroise est déclenchée le 27 octobre à 07h00, contre Massiccio del Grappa et le Monte Pertica, derrière un puissant tir de barrage. Mais c’est au tour des Italiens de résister avec ténacité. En fin de journée le 41° Regimento de Fanteria, avec la Brigade « Firenze e Roma » réussit à reconquérir le Monte Pertica. En revanche, les 17. et 55. Divisionen, avec des régiments autrichiens et bosniaques, réussissent à reprendre le Monte Valderoa et les contre-attaques italiennes, improvisées, échouent. Giardino avertit alors que son armée est dans une situation précaire, sauf que le Commando Supremo maintient ses offensives sur la Piave pour le 28. Giardino a beau protester, Diaz maintient son plan. Il charge Giardino de poursuivre ses attaques contre le Gruppe « Belluno », pendant qu’Enrico Caviglia, avec les Français et les Britanniques s’apprête à lancer l’attaque finale derrière la Piave.

– Le 27 octobre, les Alliés ont déjà établi huit ponts sur la Piave. Tôt dans la matinée, la XIIe Armée franco-italienne traverse la Piave dans le secteur de Pederobba et capturent des fantassins et des canons. Français et Italiens s’emparent ensuite de Valdobbiadene. De son côté, Enrico Caviglia expédie ses Arditi de l’autre côté de la Piave dans le secteur de Fontana del Buoro et de Montello. Le XXII° Corpo di Armata de Giuseppe Vaccari – avec la 1° Divisione d’Assalto en tête – est le premier à traverser et enfonce très vite le dispositif de la 11. Division hongroise, avant d’avancer sur la « Ligne des villages » (Mosnigo, Moriago et Sarnaglia), capturant 3 200 prisonniers. La suite des opérations peut presque s’apparenter à une « victoire à la bretelle », pour reprendre les mots de l’historien français Jean-Yves Le Naour. En effet, sitôt, la Piave franchie, les Arditi italiens s’enfoncent sans grande difficultés dans la défense ennemie qui s’écroule, entraînant avec eux les unités d’Infanterie et de Cavalerie. Mais faire traverser la Piave sur un nombre de ponts restreints nécessite un bon chronométrage du flux des unités. Or, l’objectif des Alliés est de faire traverser le fleuve à plusieurs centaines de milliers d’hommes, à des centaines de pièces d’artillerie et des équipages de ravitaillement. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes de logistique et de circulation.
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– A 12h30, la Xth Army (Lambart Earl of Cavan), avec le XIV Corps (James Babington) et le XI° Corpo di Armata (Paolini) traversent également la Piave depuis Grave di Papadopoli et s’emparent de Salettuol. Ensuite, la 7th Division (Herbert Shoubridge) avance sur Borgo Malanotte, tandis que les Italiens approchent de Roncadelle et Stabiuzzo. Ce succès encourage Caviglia à attaquer également. Son XVIII° Corpo di Armata (Luigi Basso) traverse la Piave à hauteur de Nerversa. La k.u.k. 6. Armee austro-hongroise tente bien de contre-attaquer sur la Piave mais les Alliés repoussent les divisions épuisées et aux effectifs amenuisées. En revanche, l’Artillerie impériale donne du fil à retordre aux Alliés en bombardant les rives de la Piave, gênant notablement le franchissement du fleuve. Dans le secteur du XXII° Corpo di Armata, un pont est endommagé, ce qui nécessite de le réparer le plus rapidement possible. Ce qui est fait dans la journée du 27. En revanche, pour Svetozar Borojevic von Bojna, commandant du Heeres-Gruppe chargé de défendre la Piave, la situation devient particulièrement critique. Pour lui, il faut quasiment évacuer la Vénétie afin de se replier sur la ligne Bigolino – Colbertaldo – Farra di Soligo. En plus, les Alliés sont sur le point d’accrocher la route Trévise – Udine. Borojevic ordonne alors aux k.u.k. 5. et 6. Armeen de contre-attaquer contre les Anglo-Italiens. Sauf que von Wurm et von Schönburg-Hartenstein n’ont plus que de maigres réserves à envoyer. Devant cette situation, l’Empereur Charles Ier de Hasbourg, enjoint ses généraux, notamment Weber von Webenau (commandant du HG « Trento ») de négocier un armistice avant qu’il ne soit trop tard.

– Le 29 octobre, la 4° Armata ne réussit toujours pas à dégager les Monti Pertica et Grappa, ce qui conduit le Commando Supremo à cesser les oéprations sur cette partie du front. En revanche, les troupes du Général Grazziani dégagent Alano di Piave, Favari, Segusino et Follina. De son côté, la 8° Armata réussit à enfoncer définitivement le front austro-hongrois, s’emparant successivement de Pieve di Soligo, Solighetto et Refrontolo. Dans la même journée, le VIII° Corpo di Armata (Grazioli) traverser la Piave à Neversa et s’empare de Tevere, Aquila et Santa Maria di Feletto, avant d’approcher de Vittorio-Venetto. Dans la même journée, le XXIV° C.di.A s’empare de Conegliano. Enfin, les Britanniques chassent le k.u.k. XVI. Armee-Korps de Cimeta. Le front de la k.u.k. 6. Armee est sur le point d’être crevé. Au nord du front, afin d’éviter l’isolement, le Gruppe « Belluno » de von Goglia et le k.u.k. (Ungarisches) Armes) Korps sont forcés de se replier vers Salice en s’accrochant aux Prealpi Bellunesi. Devant l’aggravation de la situation, le chef d’état-major impérial, Arz von Straussenburg ordonne au Heeres-Gruppe « Tyrol » d’évacuer complètement la Vénétie. Leur armée sur le point de s’écrouler, les Austro-Hongrois demandent grâce. Une commission d’armistice est réunie à Roveretto (entre Trente et Vérone), tandis que le Hauptmann Kamillo von Ruggera est dépêché dans les lignes de la 26° Divisione di Fanteria italienne pour faire connaître les demandes impériales contenues dans une lettre du Général Viktor Weber Edler von Webenau. Vienne veut bien d’un armistice mais non d’une capitulation.

– Mais les Italiens ne veulent surtout pas laisser voler leurs victoires. L’offensive de Diaz se poursuit. Le 30 octobre, la Cavalerie du Duc d’Aoste (3° Armata) progresse le long de la voie ferrée Conegliano – Codroipo. Au nord du front, la 4° Armata, soutenue par l’aviation, reprend son avance en talonnant les 70 000 hommes de von Goglia qui ont tout bonnement abandonné leurs positions et une grosse quantité de canons et de matériels. Dans le même temps, la XIIe Armée progresse dans le Massif du Grappa et vers Feltre et occupe Segusino, pendant que les Alpini conquièrent le Monte Cesen.

– Dans le secteur de la 8° Armata, les choses se passent plutôt bien, d’autant que la k.u.k. 6. Armee opère sa retraite dans des conditions particulièrement dures, saccageant au passage Vittorio-Venetto, avant de se diriger vers Polcenigo, Livenza, Aviano, Vivaro et Arzene. Et le moral des troupes impériales est au plus bas. Talonnant les austro-hongrois, les troupes d’Enrico Caviglia entrent dans Vittorio-Venetto le jour même, mettant encore la main sur un impressionnant butin. Pendant ce temps, l’Armée du Duc d’Aoste vient de franchir la Piave et menace le flanc gauche austro-hongrois. Et à Vienne, on n’est guère à la fête car l’Empire est tout juste en train de s’écrouler. En effet, les Tchèques ont proclamer l’indépendance de leur pays et formé un parlement. En Italie, les autrichiens, via l’Oberst Karl Schneller et l’Obersleutnant Viktor von Seiller demandent encore aux Italiens la possibilité d’ouvrir des négociations. La demande est transmise au QG du Commando Supremo d’Abano.

– Mais sur le terrain, l’avance continue. Au nord du front, le XXX° C.di.A dégage définitivement le secteur de Feltre – Fonsazo, tandis que la 4° Armata dégage le Col della Beretta et le Monte Prassolan. Enfin,  sur le flanc droit de l’Armée de Giardino, la 23e DI française (Gén. Bonfait) s’empare de Caoera, tandis que la 52° Divisione di Fanteria libère Busche et Lentiai.

– Le 31 octobre, à la Villa Giusti d’Abano, les Italiens font connaître les conditions d’armistice aux Austro-Hongrois. Le 1er novembre, les Alliés continuent cependant leur avance en libérant encore plusieurs localités de Vénétie sans grandes difficultés. Pendant ce temps, sur la partie nord du front – restée calme jusque-là – la VI° Armata de Montuori attaque les lignes du HG « Tyrol » en poussant vers Trente qui est libérée le 2 novembre. Ce même jour, Bèla Linder, Ministre hongrois de la Guerre, ordonne aux dernières troupes de la Honvéd de quitter le front italien et de rentrer en Hongrie. Les protestations du Generaloberst von Krobatin, commandant du HG « Tyrol » auprès d’Arz von Straussenburg n’y font rien. D’autre part, l’indiscipline dans les rangs prend des proportions quasi-catastrophiques. Par conséquent, tous ces éléments poussent les généraux austro-hongrois (notamment Weber von Webenau et Johann Freiherr von Waldstätten) d’accepter la plupart des conditions d’armistice de la Triple Entente, doublées des clauses italiennes. Et ce, avec des instructions de Vienne plutôt vagues, d’autant que l’Empereur tergiverse, laissant ses généraux dans le flou. Le 3 novembre à 03h00 du matin, après plusieurs heures de négociation durant lesquelles les Autrichiens ont tenté, sans succès, de convaincre les Italiens de ne pas entrer sur leur territoire, les conditions sont finalement acceptées par les Austro-Hongrois. Von Waldstätten le communique à Arz von Straussenburg qui l’accepte à son tour. Le message de retour du QG impérial de Baden est reçu durant l’après-midi à la Villa Giusti. A 15h00, l’Armistice est donc signé à la Villa Giusti et doit prendre effet vingt-quatre heures plus tard.

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Viktor Weber Edler von Webenau

– Mais le temps que l’ordre parvienne à l’ensemble des troupes, les combats continuent sur le front italien jusqu’au 4 novembre. Les derniers coups de feu sont donnés dans les régions de Trente, de la Cortina d’Ampezzo, Trieste et Aquilea. Le 4 novembre, tout est fini. Armando Diaz célébrera cette victoire avec des propos « dithyrambiques » aux dires d’Edmond Buat. Il faut dire qu’à partir du 27 octobre, les Italiens ont surtout profité de l’effondrement moral de l’Armée impérial. Et Diaz, qui n’a pu rien devant lui, lance ses troupes en direction du territoire autrichien, libérant complètement la Vénétie. En dépit des supplications de Vienne, la Reggia Escercita traversera la frontière autrichienne et occupera le Tyrol et une partie de la Carinthie.

– Au final, la Victoire italienne de Vittorio-Veneto se soldat par 48 000 tués et blessés du côté allié sur plus de 1 millions d’hommes engagés. Les Austro-Hongrois ont perdu 100 000 tués et blessés mais des régiments entiers se sont délités et de nombreux prisonniers partent plusieurs mois en captivité. Mais en dépit de cette dernière campagne victorieuse, l’Italie connaîtra un réveil douloureux, marqué par des frustrations d’ordre territorial génératrices de tensions…

Sources :
– PIEROPAN G. : « Storia della Grande Guerra sul fronte italiano. 1914-1918 », Mursia, Milan, 2009
– LE NAOUR J-Y. : « 1918. L’étrange victoire », Perrin
– BUAT Gén. Ed. : « Journal de Guerre. 1914-1923 », GUELTON Col. Fr. & SOUTOU G-H. (Prés.), Perrin, 2015

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