Le Gotha, bombardier lourd du premier Blitz

– En matière de bombardements de villes britanniques, Hitler et Goering n’ont rien inventé. En effet, Londres et plusieurs villes de Grande-Bretagne ont subi des attaques moins meurtrières de la part des aérostats et de bombardiers allemands. Mais si ses raids ont causé une panique certaine, ils n’ont nullement entamé le moral des soldats et de la population britanniques.

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1 – Remplaçant du Zeppelin

– Dès la fin de l’année 1914, la Kaiserliche-Marine envoie ses équipages de Zeppelin bombarder Londres et le Sud-Ouest de la Grande-Bretagne avec deux buts : enrayer l’industrie de guerre britannique et briser le moral de la population civile. Et ce, malgré les sentiments de Guillaume II*. Le premier objectif ne sera nullement atteint puisqu’en dépit de quelques dégâts dans le Kent, les usines britanniques tourneront à plein régime durant quatre ans. Ensuite, en dépit de vagues de panique temporaires, comme de « zeppelinite » aigue (1) qui s’empare du Commandement et de l’Amirauté, la population britannique fait preuve de calme et de résilience. D’autre part, aussi impressionnants qu’ils soient, les dirigeables ne sont pas disponibles en grand nombre et ne disposent que d’une charge limitée de bombes. Rien de comparable donc au « Blitz » de Continuer à lire … « Le Gotha, bombardier lourd du premier Blitz »

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Passchendaele (13) – Bilan

« Aucun soldat intellectuellement normal ne peut se faire le défenseur de cette campagne insensée. » Cette phrase lapidaire n’a pas été rédigée sous la plume d’un Tommy ou d’un ANZAC écœuré. L’auteur n’est autre que David Lloyd-George qui résume le sentiment général quant à l’issue de quatre mois de bataille. Mais les récits des soldats qui y décrivent la souffrance, la boue, la mort et le dégoût sont légion (1). En témoignent les vers de Siegfried Sasoon marqués par la rébellion envers l’absurdité des combats dans le saillant d’Ypres.

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– Effectivement, au vu du nombre des pertes pour 10 km conquis en quatre mois, les Britanniques n’ont pas de quoi pavoiser. Les chiffres des pertes ont varié entre les calculs officiels et ceux des historiens. Les pertes des Troupes du Commonwealth se chiffrent entre 220 000 et 275 000 hommes, avec plus de 50 000 tués et 42 000 portés disparus. Notons également que 90 000 corps n’ont pu être identifiés. Au sein des troupes du Commonwealth, ce sont les Australiens qui ont le plus souffert, tant en nombre qu’en Continuer à lire … « Passchendaele (13) – Bilan »

Passchendaele (12) – Dernier acte

Après l’échec de l’ANZAC devant Bellevue, Douglas Haig ne compte pas relâcher la pression et espère obtenir un nouveau succès, même si plusieurs généraux ont durement accusé le coup, de même que les soldats australiens et néo-zélandais. Plus tard, Haig aguera que cette décision a été prise en raison de la nécessité de faire pression sur l’Armée française pour qu’elle reprenne l’offensive. Haig avait l’impression que les Français étaient affaiblis et ne voulaient plus se battre. Impression entièrement fausse, juge l’historienne britannique Elizabeth Greenhalgh, puisque les Français ont remporté deux nets succès, à objectifs limités certes, à Verdun et au Fort de la Malmaison. Mais sur le front de Passchendaele, Haig veut que le plateau tombe avant l’hiver (1). Mais pour quels objectifs finaux ?

 

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1 – LES DERNIÈRES ILLUSIONS DE HAIG

– Le 13 octobre, une réunion est tenue à Cassel (QG de la Second Army) en présence de Haig, Launcelot Kiggell (chef d’état-major du BEF), John Charteris (chef du Renseignement du BEF), John Davidson (chef des Opérations du BEF), Herbert Plumer et Hubert Gough. L’aéropoage débat de savoir si l’offensive doit être poursuivie, ou non. Selon Haig, peu découragé par la déconvenue de Bellevue, il faut relancer l’effort lorsque le temps sera redevenu clément et que le terrain sera moins détrempé. Sauf que le mois d’Octobre est particulièrement pluvieux, avec sept jours de fortes intempéries (7, 8, 13, 17, 24, 25, 26). Et comme personne ne conteste les ordres du Field Marshall la question est reformulée suivemment : si l’attaque est relancée, quel en sera le prix ?

– Haig confie donc l’attaque au Canadian Corps d’Arthur Currie qui se trouve au Continuer à lire … « Passchendaele (12) – Dernier acte »

Caporetto (4) – La victoire totale qui n’eut pas lieu

Le titre de cet article peut être provocateur. Passé leur succès foudroyant de la dernière semaine d’octobre, les Empires Centraux peuvent se targuer d’un succès foudroyant sur l’Armée italienne. Succès dû à la supériorité tactique germano-autrichienne. Mais comme l’a bien montré Jean-Yves Le Naour, Erich Ludendorff NE VOULAIT PAS D’UNE VICTOIRE TOTALE SUR L’ITALIE. La raison Le Chef d’état-major adjoint du GQG de Berlin ne croit pas que la Guerre se gagnera sur les flancs des Alpes et dans les plaines de Vénétie (1). Rappelons-le, Ludendorff souhaitait d’abord soulager l’Armée austro-hongroise à moyen terme pour éviter à l’Empire pluricentenaire de s’écrouler. Marque de la subordinnation de l’état-major de Vienne à celui de Berlin, le rythme des opérations en Italie est dicté par l’engagement des troupes d’Otto von Below. Or, à Vienne, Arz von Straussenburg et Charles Ier ne demandent que ce que l’Italie sorte définitivement de la Guerre. Par conséquent, en novembre les deux alliés (bientôt seigneur et vassal) ne se trouvent plus sur la même longueur d’onde dans la poursuite des opérations, créant là, ce que l’historien Mario Morselli qualifie d’absence de « leadership ». Du coup, contrairement à Riga, Caporetto ne marque pas la fin du Reggio Escercito, ni même du règne de Victor-Emmanuel III.

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1 – L’EPEE GERMANO-AUTRICHIENNE S’EMOUSSE 

– A première vue, après cinq jours de combat, les Allemands et les Austro-Hongrois ont de quoi être satisfaits. Mais sur le terrain, la formidable épée de von Below commence à s’émousser, d’autant que les différents états-majors, aux différents échelons, peinent parfois à s’entendre. Par conséquent, les armées des deux empires centraux prennent plusieurs retards qui vont profiter aux Italiens. Déjà, dans son journal, Otto von Below écrit avec amertume qu’à Marburg (QG de l’état-major impérial et du Front du Sud-Ouest) « tout le monde a perdu la tête ». En fait, le foudroyant succès du 24 octobre donne le tourni aux Austro-Hongrois qui s’en trouvent soudainement inquiets. Selon von Below, les Autrichiens demandent l’arrêt de l’offensive « à cause du ravitaillement » qui suit avec difficulté. Mais l’histoire officielle austro-hongroise prêtent plutôt à Julius Kaiser l’initiative d’avoir stoppé son k.u.k II. Armee-Korps le long de la voie de chemin de fer Udine – Palmanova afin de ne pas entrechoquer ses colonnes avec le Gruppe « Scotti ». Il n’empêche, en raison du manque de coordination dans les communications entre grandes unités, von Below et ses homologues austro-hongrois mettent vingt-quatre heures à se rendre compte qu’il leur faut prendre Latisana et Codroipo pour piéger entièrement la 3° Armata du Duc d’Aoste. Allemands et Austro-Hongrois ont étalement la possibilité de faire sauter les ponts afin d’empêcher les Italiens de se replier (2).

– Mais le Duc d’Aoste réagit plus promptement en mettant à profit les vingt-quatre heures inespérées pour Continuer à lire … « Caporetto (4) – La victoire totale qui n’eut pas lieu »

Caporetto (3) – Le choc du 24 octobre

Nous l’avons vu, avant-même le déclenchement de la Douzième Bataille de l’Isonzo, la XIV. Armee allemande est bien préparée pour se lancer à l’assaut de la vallée de l’Isonzo face à un commandement italien – disons-le – en dessous de tout. Le premier jour de l’offensive sera marqué par un succès foudroyant qui va faire disparaître deux centaines de milliers de soldats italiens des tableaux d’effectifs. Caporetto inaugure le renouvellement de la Guerre de mouvement mais cette offensive viendra s’émousser sur les bords de la Piave, permettant à l’Italie d’opérer un spectaculaire – sinon miraculeux – redressement.

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1 – UN SUCCÈS TACTIQUE FOUDROYANT (24 OCT.)

– Au soir du 23 octobre, les Sturmtruppen, Bataillons de montagne allemands et formations d’infanterie austro-hongroise sont tous fin prêts. Von Below avait prévu de lancer son attaque le 22 octobre mais en raison du temps particulièrement couvert, il a été contraint de la différer au 24. Mais au moins, à cause du ciel, les aviateurs italiens n’ont pas l’idée d’effectuer des reconnaissances au-dessus des positions austro-allemandes. Pour améliorer la coopération entre troupes d’assaut et l’artillerie, les fantassins se sont vus attribuer des postes téléphoniques avec des fils déroulables afin de definer les cibles aux servants de batterie. Mais il y a tout de même un hic. A cause du blocus économique et naval imposé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, l’Allemagne connaît une grave crise économique et alimentaire. Les ersatz trouvés par les chimistes ne suffisent pas à nourrir la population, en sachant que l’immense majorité des denrées part pour le front nourrir les soldats. Mais ça n’est pas encore suffisant et les problèmes de ravitaillement se font sentir. Les soldats sont tenaillés par Continuer à lire … « Caporetto (3) – Le choc du 24 octobre »

Bataille de Gaza : les Britanniques enfoncent la Sublime Porte

La campagne du Sinai de 1916 s’est soldée par une victoire nette britannique à Romani mais qui n’a pu être entièrement exploitée par la suite. Mais à la fin de l’année 1916, l’Egyptian Expeditionnary Force (EEF) enregistre plusieurs succès. Elle s’empare d’El Arish le 21 décembre 1916, puis de Rafa en Palestine le 9 janvier 1917. Par conséquent, les Britanniques viennent de passer la porte d’entrée de l’Empire Ottoman. Par conséquent, les Ottomans ont  fait évacuer 50 000 civils de Jaffa de crainte de les voir coopérer avec les troupes Britanniques. Ainsi, au début de l’année 1917, David Lloyd-George envisage de grands projets au Moyen-Orient afin de sortir Constantinople de la Guerre afin de mieux isoler Berlin. Mais ce projet grandiose se heurte aux conceptions stratégiques de William Robertson, si bien que sur le terrain, le rythme des opérations sera ralenti. De leur côté, les Turcs qui ont reçu de l’aide allemande, doivent combattre sur plusieurs fronts. Mais tenir la région de Gaza est vital pour conserver des ressources qui font déjà défaut à l’Armée et à l’Economie mais aussi pour garder fermée la route vers Jérusalem et Damas.

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1 – CONTEXTE STRATÉGIQUE EN 1917

– En décembre 1916, les autorités militaires britanniques du Caire se retrouvent face à un important défi logistique. Ils doivent assurer le ravitaillement à  200 000 hommes dans le Sinai (non-combattants compris), requérant près de 5 millions de litres d’eau. Or, l’acheminement de l’eau dans un milieu désertique s’avère techniquement complexe. L’extension de l’échelle des opérations accroît les nécessités logistiques dont dépendent les potentiels prochains succès militaires. Pour améliorer la logistique et le transport, le commandement du Caire demande à Londres des véhicules sur roues afin de moins dépendre des dromadaires, même si ceux-ci conservent une large part dans le ravitaillement.

– Mais pour subvenir aux besoins de l’Egyptian Labour Corps et du Camel Transport Corps, le commandement du Caire doit davantage puiser dans les ressources offertes par l’environnement rural de l’Egypte (main d’œuvre, dromadaires, grains, eau…), ce qui n’est pas sans créer des tensions avec la population égyptienne. Cela oblige les officiels britanniques d’intervenir bien plus agressivement afin de détourner les activités économiques et agricoles de l’Egypte au profit de Continuer à lire … « Bataille de Gaza : les Britanniques enfoncent la Sublime Porte »

La victoire du Fort de la Malmaison : objectif limité, succès total (23-26 oct. 1917)

Tout comme la Seconde Bataille de Verdun, la Bataille du Fort de la Malmaison reste encore occultée par la défaite du Chemin de Dames. Pourtant, déclenchée par le Commandement dans le cadre des offensives à objectifs limités, elle a répondu avec un net succès, à des impératifs tactiques et surtout, aux impératifs moraux et politiques du moment.

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1 – LE CHOIX DU COMMANDEMENT FRANÇAIS 

– Loin d’avoir été une inspiration soudaine de « Philippe Auguste » (Pétain), l’offensive limitée du Fort de la Malmaison est couchée dans les plans du Commandement français depuis l’été. Certes, Pétain veut frapper sur des objectifs limités sans rechercher la percée mais, il souhaite lancer des attaques vigoureuses et puissantes dans un enchaînement rapide. Ainsi, lorsque la IInde Armée de Guillaumat aura reconquis le Mort-Homme, les Cotes 304 et 306 à Verdun, la VIe Armée du Général Paul Maistre (qui dépend du Groupe d’Armées Centre – G.A.C – du Général Emile Fayolle) dégagera le saillant articulé autour du Fort de la Malmaison, aux mains des Allemands depuis le 1er septembre 1914. Ainsi, l’objectif est limité à une portion du Front de l’Aisne et doit d’abord contribuer à remonter le moral de l’Armée française en tablant sur un succès rapide où la technique et la puissance de feu auront le premier rôle. Le secteur choisi a une portée symbolique. En effet, situé à mi-chemin sur la route Continuer à lire … « La victoire du Fort de la Malmaison : objectif limité, succès total (23-26 oct. 1917) »