Entretien avec le Colonel Rémy Porte : l’Infanterie française de 1918 au combat

– Mon Colonel, merci d’avoir accordé cet entretien pour « Acier & Tranchées ». A l’adresse de nos lecteurs, je rappelle que vous êtes Historien Référent pour le Ministère de la Défense et que vous avez publié – et dirigé – plusieurs travaux faisant foi sur l’histoire de la Première Guerre mondiale. Vos travaux ont notamment porté sur la mobilisation industrielle, l’Armée française de 1914-1918 (avec le Pr. François Cochet) ou encore, l’engagement américain en 1917.

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1 – Comme première question : quel portrait pouvons-nous dresser rapidement de l’Infanterie française de 1918 (effectifs, état, armements…) ?

– Comme toujours en histoire, rien n’est tout-à-fait noir ou tout-à-fait blanc. Souvenons-nous que l’année 1917 a été une année particulièrement difficile, même si les offensives à objectif limité de Pétain à l’automne et l’accession au pouvoir du très déterminé Clemenceau permettent une remontée significative du moral. L’infanterie n’échappe pas à ce constat général pour le pays. Pour paraphraser la formule attribuée à Pétain, les poilus attendent les chars et les Américains. En termes d’effectifs, l’érosion de la ressource s’est poursuivie, obligeant à appeler la classe suivante par anticipation. En dépit de la montée en puissance progressive de la contribution de l’empire colonial, la France cède des kilomètres de front à tous les alliés (Britanniques, Italiens, etc.,) qui veulent bien en assurer la garde. L’infanterie, qui était hégémonique en 1914, représente désormais moins de 50 % des effectifs du fait de la croissance extrêmement forte de toutes les armes et de tous les services d’appui et de soutien.

– Dans le domaine des armements, la machine industrielle lancée avec empirisme à Continuer à lire … « Entretien avec le Colonel Rémy Porte : l’Infanterie française de 1918 au combat »

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Edmund Allenby, Viscount of Meggiddo and Felixstowe (1861-1936)

Edmund Allenby est, peut-être, connu des cinéphiles français puisqu’il est incarné par l’excellent acteur Jack Hawkins dans le chef-d’œuvre de David Lean « Lawrence d’Arabie ». Pur produit de l’aristocratie britannique victorienne, ce cavalier de formation ne va pas particulièrement briller sur le front de l’Ouest mais deviendra l’un des principaux artisans de la victoire britannique en Orient sur l’Empire Ottoman.

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1 – UNE CARRIÈRE CLASSIQUE

– Fils de Hynman Allenby et de Catherine née Cane, Edmund Allenby voit le jour le 23 avril 1861 à Brackenhurst dans le Nottinghamshire. La position sociale avantageuse de sa famille lui permet de suivre sa scolarité au Haileybury College de Hertford, une institution réservée aux garçons qui a été fondée par l’East Indian Company. Mais le jeune Edmund Allenby ne se sent nullement une âme de militaire et envisage davantage d’entrer dans l’Indian Civil Service, soit l’administration impériale aux Indes. Seulement, il échoue à l’examen d’entrée, ce qui le pousse à suivre la carrière des armes. En 1880, il réussit l’examen d’entrée à Sandhurst et sort Lieutenant après sa scolarité. Il sert d’abord au 6th (Inniskilling) Dragoons mais échoue ensuite à l’examen d’entrée du Staff College de Camberley (l’équivalent de l’Ecole de Guerre en France) en 1882. Il le tente de nouveau en 1883 et cette fois, réussit. C’est à ce moment qu’il fait la connaissance d’un certain Douglas Haig, alors officier au 7th Hussars. En 1883, il est promu Captain et c’est à cette période qu’il développe une passion pour le polo.

– A l’instar de ses condisciples Horsemen, les Continuer à lire … « Edmund Allenby, Viscount of Meggiddo and Felixstowe (1861-1936) »

Les quelques combats en ville en 1914-1918

– Dans la mémoire collective, les villes françaises sont restées synonymes d’occupation – pour ce qui est du nord et du nord-est de la France, ainsi que de certaines villes russes, serbes et italiennes –, de garnison, de permission, d’effort industriel, de vie chère, de transit. Mais elles ont également symbolisé le danger des bombardements, par Zeppelin, avions (Gotha) et Pariser-Kanonen. Pourtant, elles ont bien été l’objet de combats, quoiqu’encore sans commune mesure avec la Guerre d’Espagne, Stalingrad, Mogadiscio ou encore Mossoul. En 1914, le combat dans un espace urbain signifiait d’abord bombardement. Mais en 1918, on put observer quelques  prémices de combats urbains, exception faite de « l’insurrection de Pâques » de 1916 à Dublin.


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– Comme l’explique bien le Lieutenant-Colonel Jean-Pierre Dufour, tout au long du XIXe siècle, la manœuvre est privilégiée et les différents belligérants s’emploient à éviter les combats dans les villes et limitent les sièges autant que faire se peut (1). Mais dans la réalité, la prise d’une ville importante par la poliorcétique peut s’avérer nécessaire sinon inévitable. Et les exemples ne manquent pas : Saragosse, Badajoz, Vicksburg… Et l’on peut ajouter que l’épisode de Bazeilles (1870) vit un Continuer à lire … « Les quelques combats en ville en 1914-1918 »

Vestiges de 1918 dans l’Aisne

Connu des passionnés d’Histoire Médiévale pour ses Cathédrales (Laon et Soissons), ses châteaux et ses églises, le département de l’Aisne (soit les pays historiques du Laonnois, du Soissonnais, du Vermandois et de la Thiérache) conserve en son sol d’importantes traces de la Grande Guerre. Depuis plusieurs années, c’est sûrement la Caverne du Dragon creusée sous le Chemin des Dames qui attire le plus de visiteurs. Cependant, d’autres localités conservent de véritables petits trésors pour les passionnés d’histoire militaire en général ou de poliorcétique en particulier. Voici quelques clichés.

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1 – Crépy-en-Laonnois :  plateforme du Pariser-Kanone, avec abris bétonnés.

– Trouver ces vestiges nécessite une petite expédition sur des chemins campagnards et forestiers (attention, le site est situé près d’une zone militaire). Cependant, il vaut amplement le détour avec la plateforme bétonnée et son creux octogonal en gradins. Le creux servait à fixer l’affûte et à l’orienter suivant Continuer à lire … « Vestiges de 1918 dans l’Aisne »

La Bataille du Mont Kemmel, « Georgette » dans l’impasse

 A la mi-avril 1918, la lourde chape de plomb de la déception s’est abattue sur l’état-major du Heeres-Gruppe « Rupprecht », comme sur ceux de von Quast et von Arnim. Si les divisions d’assaut allemandes ont franchi la Lys et atteint la Lawe , elles ont manqué de crever les lignes anglo-portugaises. « Georgette » souffre donc des mêmes affres que « Michael » : un remarquable succès tactique dès le premier jour de l’offensive qui ne peut être exploité en raison de la fatigue des troupes allemandes et l’envoi de renforts alliés en toute urgence pour combler les brèches. Cependant, Ludendorff ne désarme pas et croit encore possible la percée vers Calais et Dunkerque. Mais avant, il faut percer les lignes des quatre « Monts » des Flandres. La bataille qui sera celle du Mont Kemmel va donc marquer l’échec de l’option flamande de Ludendorff.

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– Le 19 avril, après de sanglants combats, les deux camps font une pause. Ludendorff ordonne alors au Kronprinz Rupprecht von Bayern de relancer l’offensive pour le 25 avril avec pour but de percer la ligne des quatre grosses cotes (100 – 120 m d’altitude) qui barrent le passage à aux Allemands entre Ypres et Bailleul. C’est l’Oberst Otto von Lossberg, le talentueux chef d’état-major de von Arnim (IV. Armee), bête noire des Britannique et reconnu pour son expertise en stratégie défensive* qui est chargé de dresser le plan. Le 20 avril, Guillaume II se rend au

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Villers-Bretonneux : Tanks Mark IV et Whippet contre Panzer A7V (24-26 avril 1918)

 

– Décidée et déclenchée par Erich Ludendorff peu avant la Bataille du Mont Kemmel, la Seconde Bataille de Villers-Bretonneux a pour but de fixer une partie des forces franco-britanniques en Picardie par une violente poussée au nord et au sud de la Somme en direction d’Amiens. Faisant suite à une première tentative manquée de prendre la ville, cette nouvelle offensive est confiée à la II. Armee de Georg von der Marwitz, cette offensive aux ambitions réduites, marque les derniers soubresauts de « Michael ». Elle présente également la particularité notable d’avoir été marquée par le premier combat de chars de l’histoire.

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1 – L’ATTAQUE ALLEMANDE

– A la mi-avril, sur le front de Picardie, les Alliés se sont solidement rétablis sur une ligne Albert – Cachy – Moreuil – sud-est de Montdidier. Après avoir amalgamé les restes épars de la Fifth Army de Hubert Gough, la Fourth Army de Henry Rawlinson s’est intercalée entre la Third Army (J. Byng) et la Ire Armée française (Marie-Eugène Debeney). Outre des divisions rescapées de « Michael » (réduites d’un tiers voire de la moitié de leur effectif et qui n’ont reçu qu’un remplacement partiel de jeunes conscrits de dix-huit – dix-neuf ans), Henry Rawlinson peut compter sur l’une des meilleures forces de frappe du BEF, jusque-là relativement épargné par les combats : l’Australian Corps de John Monash qui se cramponne entre Méricourt-L’Abbé (rive droite de la Somme) et Villers-Bretonneux, tandis que des éléments du Canadian Corps d’Arthur Currie tiennent le secteur compris entre Villers-Bretonneux et la route Amiens – Roye, après avoir verrouillé le secteur de Moreuil suite à l’une des charges de Cavalerie les plus audacieuses du début 1918. Suite à une contre-attaque réussie au début du mois d’avril, le secteur de Continuer à lire … « Villers-Bretonneux : Tanks Mark IV et Whippet contre Panzer A7V (24-26 avril 1918) »

Visite au Bovington Tank Museum

Chers lecteurs, chères lectrices, j’ai le plaisir de vous présenter quelques clichés des modèles de Tanks de la Première Guerre mondiale exposés dans l’excellent musée des chars de Bovington (Comté du Dorset). La scénographie concernant l’engagement des Mk I de 1916 est particulièrement réussie.

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Tank Mk I version Male

 

 

 

 

 

 

 

 

1 – Au commencement, le Tracteur Hornsby, mis au point par l’ingénieur  Continuer à lire … « Visite au Bovington Tank Museum »