De la Moselle à la Sarre : la prise de Metz (novembre 1944)

Durant tout le mois d’octobre, suite à l’échec d’Arnhem et à la stagnation du front britanniques sur l’Escaut, Patton a été contraint de ronger son frein. Mais il reste obnibulé par deux objectifs : prendre Metz et porter le fer en Allemagne. Patton l’ambitieux projet de franchir la Sarre et d’atteindre le Rhin – voire Francfort – après avoir forcé la Ligne Maginot et le Westwall. L’attitude du général américain s’en ressent même. Il s’isole de longues heures dans son bureau d’état-major en fixant ses cartes. Il y a clairement une question d’ego dans son projet. Patton veut être le premier général allié à entrer en Allemagne afin de convaincre Eisenhower de bien fondé de son entreprise. Mais aussi pour damer le pion à Montgomery – qu’il déteste – en perte de crédibilité suite à l’échec en Hollande.

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1 – CONTEXTE OPÉRATIONNEL ET PLANS AMÉRICAINS

Fin octobre 1944, Patton se montre enthousiaste. La raison ? Omar N. Bradley, commandant du 12th US Army Group (First et Third US Armies) a octroyé la priorité du ravitaillement à Patton. Actant de l’enlisement sanglant dans les secteurs d’Aix-la-Chapelle et de la Forêt d’Hürtgen, Bradley s’est rangé à l’option défendue par Patton depuis la fin de l’été, soit de percer sur la Sarre pour pénétrer sur le territoire allemand. Du coup, Bradley donne priorité des fournitures à la Third US Army, ce que lui accorde Eisenhower. Patton reçoit ainsi 2 000 tonnes de ravitaillement par jour en plus de l’appui de plusieurs unités d’appui tactique de la IX USAAF, notamment du redoutable XIX Tactical Air Command. Ce dernier ayant pu se constituer plusieurs aérodromes pour ses chasseurs-bombardiers en Champagne. En revanche, Bradley détourné le VIII US Corps de Troy H. Middleton (occupé à Brest en septembre) vers la First US Army de Hodges pour l’engager dans la Forêt d’Hürtgen. Résultat, le dispositif de Patton ne s’en trouve pas renforcé, puisqu’il doit compter sur seulement deux Corps, là où Hodges peut en compter 4. Mais Bradley a octroyé à Patton le contrôle opérationnel de la 83rd US Infantry Division (R.C. Macon) qui fait face à la ligne Grevenmacher – Sarrebourg – Remich et qui forme la « soudure » entre l’aile droite d’Hodges et l’aile gauche de Patton. Comme l’explique toujours Nicolas Aubin, Patton et son état-major piloté par

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« Midway » par Roland Emmerich. Encore du grand spectacle pétaradant. Mais…

Roland Emmerich a son public, c’est certain. Il faut dire que le réalisateur de films tels « Independance Day » (I et II), « The Patriot » ou encore « 2012 » ne fait pas l’objet de salves favorables de la part des critiques, dont le feu se concentre sur son goût pour une mise en scène spectaculaire, avec l’appui immodéré d’effets spéciaux. Il est également souvent brocardé pour ses opinions sur une hypothétique fin du monde ou encore, sur son fétichisme guerrier (voire militariste pour certains). Toutefois, Acier & Tranchées ne prétend pas se mettre à la place de critiques de cinéma, sûrement bien plus habilités que nous à livrer une critique plus complète du film. Nous nous contenterons de relever les défauts techniques du film qui nous ont paru être soulignés. Cela dit, le propos de cet article est de commenter le film d’Emmerich à travers le prisme de l’Histoire militaire.

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– En cette année 2019, Emmerich a décidé de revenir à une dimension plus historique, avec « Midway ». Cette bataille aéronavale décisive avait déjà fait l’objet d’un traitement cinématographique en 1976. « La bataille de Midway » de Jack Smight, avec Charlton Heston, Henry Fonda, Glenn Ford, Robert Wagner et Toshirô Mifune, reste encore un très bon film de guerre qui s’attache à raconter l’ensemble de la bataille de Midway. Même si le film utilise des « stock shots » d’images d’archives et d’autres films, il reste quand même intéressant à visionner, en dépit de son âge. Avec son « Midway », Roland Emmerich offre, comme l’on pouvait s’y attendre, un film de guerre à grand spectacle et à grands renforts d’effets spéciaux. Mais cette fois, c’est à bien meilleur escient que de précédentes productions.

[NB : les paragraphes qui suivent révèlent des éléments du films.]

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Sylvain Ferreira : « Le choc des titans. Panzerwaffe versus Armée Rouge 1941-1945 » (Caraktère)

Nous ne présentons plus Sylvain Ferreira dont nous avons relayé nombre de travaux ici. Auteur prolixe sur l’Histoire militaire, il vient de sortir, aux éditions Caraktère, une très intéressante synthèse sur la guerre blindée sur le Front de l’Est. Par « guerre blindée », il faut comprendre la gestation des équipements et des unités types, le développement des chars mais aussi des canons d’assaut (l’un et l’autre se complétant tactiquement) et l’évolution des doctrines d’emploi, allemande et soviétique.

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S’inscrivant dans un courant historiographique qui a réévalué la pensée militaire soviétique, « Le choc des titans » montre très bien comment la Panzerwaffe a constamment émoussé ses épées dans Continuer à lire … « Sylvain Ferreira : « Le choc des titans. Panzerwaffe versus Armée Rouge 1941-1945 » (Caraktère) »

Bruyères, (Vosges, 1944) : le « Bataillon perdu » et la gloire sanglante des « Nisei »

En octobre 1944, suivant les plans du General Jacob L. Devers, Alexander M. Patch a déclenché son offensive contre la Vosgens-Stellung. Tenue par les éléments aux effectifs réduits de la 19. Armee (Kurt von der Chevallerie), la « VS » a été constituée pour empêcher les Alliés de déboucher sur la Plaine d’Alsace et donc, sur la rive ouest du Rhin, conformément à la stratégie d’Hitler. La « VS » est constituée de points d’appuis et lignes de tranchées creusés à flanc de monts. Les fortifications allemandes profitent également de l’épais couvert de la forêt vosgienne mais aussi de la météorologie, exécrable en cet automne 1944. Enfin, le terrain difficile nuit à la mobilité de l’armée américaine, handicapée par sa motorisation et sa mécanisation supérieure. L’aviation tactique américaine, très redoutée, est muselée par la pluie et le brouillard. Mais si les mitrailleuses ne manquent pas, l’artillerie a été « vampirisée » pour renforcer le dispositif prévu pour l’Offensive des Ardennes. L’OKH espère retarder suffisamment longtemps le 6th AAG avant de déclencher l’offensive en Belgique.
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Mais comme le signale Nicolas Aubin, face aux forces limitées de la 19. Armee, les Américains alignent plusieurs de leurs meilleures grandes unités, conduites par des généraux de talent. En premier lieu, Alexander M. Patch qui a la charge de coordonner les actions de la Seventh US Army dans le massif vosgien, en coordination avec la Ire Armée française dans les Hautes-Vosges et la région de Belfort – Montbéliard. Rappelons que Patch a dirigé la conquête de Guadalcanal et le débarquement de Provence, ce qui fait de lui un spécialiste des actions opérationnelles dans des terrains difficiles (accentués et clos, notamment). Patch a confié au

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« Gettysburg » de Ron F. Maxwell (1993)

Ce n’est pas un film, c’est un tableau !

Réalisé en 1993 par le cinéaste indépendant Ronald F. Maxwell, « Gettysburg » est une adaptation du roman « Killers Angels » de Michael Shaara (Prix Pullitzer 1975).

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Âgé de bientôt trente ans,
« Gettysburg », fresque de guerre de quatre heures, a vieilli mais suffisamment et assez honorablement pour rester très prisé des cercles de cinéphiles amateurs de films de guerre ou intéressés par la Guerre de Sécession (American Civil War). Quelques plans sont saccadés, notamment lors de la marche des Virginiens de Pickett. A l’inverse, d’autres séquences, alternant plans resserrés et grand angles permettent d’apprécier les combats reconstitués à leur juste valeur. Et on ne peut qu’apprécier le travail du directeur de la photographie, Kees van Oostrum. En revanche la toute dernière scène gâche un peu le final pour son « sentimentalisme » un peu trop hollywoodien. Enfin, le film est bien rythmé par la musique de Randy Edelman. Continuer à lire … « « Gettysburg » de Ron F. Maxwell (1993) »

LA LIBÉRATION DE BREST : PATTON AMPUTE D’UN BRAS (AOÛT – SEPT. 1944)

En ce qui concerne l’année 1944, la mémoire régionale bretonne s’est beaucoup attachée aux combats de la Résistance, aux bombardements, ainsi qu’aux destructions des ports de Lorient, Brest, Saint-Nazaire etc. Pourtant, peu de monde n’a eu conscience de l’impact opérationnel de phase des combats de la Libération. Dans son dernier ouvrage, l’historien Nicolas Aubin pose un constat qui peut nous paraître étonnant : les Américains se sont englués pendant un mois en Bretagne, situation qui a pesé sur la libération de la Lorraine et de la Moselle et finalement, pour un résultat négligeable. Tactiquement et techniquement, la prise de Brest par Middleton est un exemple mais c’est oublier que s’ils ont, apparemment, dilapidé des milliers d’hommes, les Allemands y ont obtenu un répit beaucoup plus important qu’il y paraît. Explications

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1 – QUAND EISENHOWER COURT DEUX LIÈVRES

– Remontons tout d’abord en arrière. Comme le signale Nicolas Aubin, la Bretagne devient un élément de la planification du SHAEF dès l’été 1944. La raison est logistique et stratégique. Eisenhower souhaite en effet s’emparer des ports de Saint-Malo, Saint-Nazaire, Brest et Lorient, afin de faire taire la menace des U-Boote, comme de pouvoir débarquer plus de renforts et de ravitaillement dans l’Ouest de la France. Mais l’idée va même plus loin, puisque le SHAEF prévoit de transformer le port d’Auray (Saint-Goustan) en débarcadère. Il est vrai qu’Auray est abrité par le Golfe du Morbihan, lequel est protégé des courants de l’Atlantique par la presqu’île de Quiberon. Mais il y a un hic et de taille : la 

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« Beneath Hill 60 » (Jeremy Hartley-Sims)

Les cinéastes australiens savent être étonnants. Avec des budgets et des effets spéciaux limités, tout en ne cherchant pas à placer de gigantesques effets pyrotechniques entre deux séquences, ils peuvent offrir de très bons films de guerre. C’est ici le cas de « Beneath Hill 60 », qu’à titre personnel, je considère comme l’un des meilleurs films sur les combats de la Première Guerre mondiale. Cela vient peut-être du fait qu’il ne contient aucune séquence de combat intense. Explications.

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Sorti en 2010, « Beneath Hill 60 » devait représenter l’Australie au Festival de Cannes de 2009. Mais les impératifs de productions ont empêché Jeremy Hartley-Sims d’en faire la promotion. Le film relate un épisode toute à fait réel, dont il a été largement question sur ce blog, le minage de la Crête de Messines (saillant d’Ypres), laquelle sauta littéralement, sur vingt points, le 6 juin 1917. Comme pour « Gallipoli » ou « The Lighthorsemen », le récit est simple, bien que romancé quant aux faits réels. On suit l’itinéraire d’ Continuer à lire … « « Beneath Hill 60 » (Jeremy Hartley-Sims) »