« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie

 

ETAT DES  FORCES EN PRESENCE 

Abordons maintenant les forces en présence à la veille du 21 mars. Certes, en raison de leurs terribles pertes de 1917 et de l’impréparation des Américains, les troupes alliées partent avec des handicaps mais pas autant qu’on peut le penser, loin de là. En effet, la crise des effectifs ne doit pas masquer l’accroissement de la puissance de feu et de la mobilité des Français et des forces du Commonwealth. Et il ne faut pas négliger un autre aspect : la mécanisation. Et à ce jeu-là, les Alliés gagnent quasiment par KO. Enfin, les impressionnants succès des premiers jours de l’Offensive « Michael », ne doivent pas faire oublier que les troupes Allemandes partent à l’assaut sur une jambe de bois.

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Source : www.histoire-image.org

1 – LA KAISERSHEER : UNE ÉPÉE ÉMOUSSÉE

– Au début de 1918, la Kaisersheer compte 147 divisions à l’Ouest. Mais elles passent à 192 en mars 1918, dont 84 en réserve. Et elles passeront à 205 – 208 en mai. Le tout regroupe 3,5 et 3,7 millions d’hommes. Cependant, Ludendorff n’a pu rameuter toutes les divisions nécessaires de Russie et doit en laisser 37 pour surveiller les Bolcheviks et veiller sur les blés d’Ukraine (1). Pour l’offensive de mars 1918, l’OHL décide donc de miser sur l’engagement de ses 55 Sturm Divisionen. Sauf que, pour former ces divisions dites d’élite, Ludendorff les a nettement privilégiées par rapport aux divisions des second et troisième échelons. Ainsi, l’OHL leur a octroyé en priorité les armes, un surplus de munitions et d’armes collectives, ainsi que des chevaux supplémentaires. D’autre part, afin d’être en meilleure condition physique, les soldats sont mieux nourris que les autres. Par conséquent, ce privilège accordé nuit gravement aux autres divisions défavorisées, quasiment sous-alimentées et sous-armées (2). Par conséquent, les Sturm-Divisionen peuvent être comparées à un pistolet à un seul coup. Et le coup que joue Ludendorff est très risqué en regard du manque de soutien sérieux.

– Au sein des Sturm-Divisionen, les officiers et soldats reçoivent un entraînement spécial fondé sur Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie »

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Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918)

– Premièrement, il est pertinent de rappeler que la particularité du front d’Afrique Orientale est justement… qu’il n’y a pas de front ! En effet, pour les voyageurs adeptes de Safari et de faune sauvage africaine qui pourraient se rendre en Tanzanie, toute trace des combats de la Grande Guerre semble s’être définitivement évanouis, hormis une antique voie ferrée, presque égarée dans le temps, qui semble fendre la brousse en deux au milieu de nulle part. C’est toute la spécificité de ce front, un temps oublié, à savoir celle d’avoir été clairement une guerre de mouvement durant laquelle les Germano-Ndébélé-Ngonis de Paul-Emil von Lettow-Vorbeck vont jouer au chat et à la souris avec une coalition comptant des Britanniques, des Sud-Africains, des Indiens, des Belges et des Portugais. Un jeu de poursuite de plus de deux ans, marqué par de violentes morsures du plus petit sur le plus gros.
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1 – PROFITER DE SES (QUELQUES) AVANTAGES ET DU PAYS

– Le 8 mars 1916, le Général Jan Smuts déclenche une vaste de campagne afin de mettre fin à la résistance de la Schützttruppe germano-africaine dans l’actuelle Tanzanie. Sur le papier, l’ancien chef boer dispose d’une nette supériorité numérique et matérielle, avec 300 000 hommes, dont les Belges du Général Charles Tombeur qui peuvent attaquer par le Congo. Les Alliés ont aussi pour eux la logistique, grâce aux ports du Kenya et d’Afrique du Sud, ainsi que le chemin de fer qui permet de couvrir. En face, les Allemands et leurs Askari apparaissent en nette infériorité, n’alignant qu’environ 58 000 hommes dont une très forte proportion de porteurs (45 000), avec beaucoup moins d’artillerie et quelques mitrailleuses. Et les bons Continuer à lire … « Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918) »

Entretien avec un poilu : « on leur en mettra plein la figure et ensuite qu’on nous fiche la Paix ! »

Afin de vous plonger dans le quotidien d’un poilu avant les grandes offensives de 1918, nous sommes retournés dans les tranchées, par un temps à pierre fendre. Avec l’accord d’un Colonel de régiment composés de solides paysans provinciaux, nous interrogeons un sergent promu au feu, plusieurs fois décoré cité, comme il y en a tant d’autres.
Poilus, 1918
«  Gaston Chervieux*, vous avez donc rejoint les rangs de votre Régiment dans l’Ain lors de la Mobilisation de 1914. Depuis, vous avez connu de nombre coups durs durant quatre années (Artois, Champagne, Verdun, Somme, Chemin des Dames, Malmaison…). Comment s’annonce l’année 1918 pour vous ?

– Gamin, tu n’as donc pas lu « Le Crapouilot » ou « Tacatac Teuf ! Teuf ! », les deux seuls journaux valables qu’on peut trouver ? Cette année, elle démarre comme les autres. On se les gèle dans nos tranchées, en plus que cette année l’hiver est dur. Jamais vu ça ! On ne ressent plus ses doigts, ce qui peut être dangereux. On ne compte plus les cas d’engelures et pour le coup, on envierait presque les types qu’on envoie à l’ambulance. Pendant ce temps,  on râle et on attend la relève pour l’hiver. Mais tu connais nos Gouvernants vu que t’es du métier, ils nous abreuvent de toutes leurs conneries : « victoire par ci », « offensive victorieuse par-là ». On en soupe depuis 14 ! Voilà ! On est gouverné par des lascars qui fixent les dates d’offensive et qui iraient se jeter dans les jupons de leur mère au moindre coup de feu ! Peuh ! Mais ne t’inquiète pas petit ! Le Boche ne pointera le bout de son groin par un temps pareil**. Et puis, on l’attend de toute façon et il ne fera pas le malin.

– Vous dîtes ainsi que vous en « soupez de la guerre » mais que vous continuerez à vous battre. Pouvez-vous nous expliquer ?
– On se pose bien la question. Je peux te donner plusieurs Continuer à lire … « Entretien avec un poilu : « on leur en mettra plein la figure et ensuite qu’on nous fiche la Paix ! » »

Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique

Depuis 1914, l’Armée allemande n’a cessé d’innover dans l’emploi de son Infanterie. La formation d’unités d’assaut (Sturmtruppen et Stosstruppen) dont les méthodes opératoires varient selon le type d’engagement (contre-attaque localisée ou contre-offensive plus générale) a donné à la Kaisersheer une qualité tactique redoutée. Et à mesure que le conflit avance, Erich Ludendorff confie de plus importantes missions aux Sturmtruppen jusqu’à en faire l’ossature principale de plusieurs dizaines de divisions. Et ce sont ces divisions, forgées par Oskar von Hutier, qui vont causer (en partie) l’écroulement de l’Armée russe à Riga et le désastre (inachevé) de Caporetto. Dans plusieurs articles précédents, il a été nettement question des méthodes tactiques d’assaut et d’infiltration en groupes interarmes soutenus par un court mais violent bombardement d’artillerie*. Ici, voyons en quoi les Sturmtruppen ont constitué un élément majeur des Offensives de Ludendorff mais aussi en quoi leurs succès tactiques masquent difficilement un échec stratégique patent.

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Sturmtruppen armé d’un  Bergmann PM 18

1 – UN EMPLOI TACTIQUE SOPHISTIQUE 

– Les succès de Riga et de Caporetto entraînent inévitablement Erich Ludendorff à miser le succès offensif sur les Sturmtruppen. La raison principale de cette confiance accrue reste la vitesse d’exécution. En effet, Ludendorff se rend compte dès le début 1917 qu’il a besoin de remporter une victoire rapide à l’ouest à cause de l’arrivée en nombre des Américains sur le sol français et en Grande-Bretagne. L’objectif du Haut Commandement allemand est de rompre l’alliance entre Britanniques et France. Pour les Allemands, attaquer les Français ne pourrait être décisif car en face, Philippe Pétain pourra imposer une stratégie défensive en profondeur qui risque d’épuiser la Kaisersheer et l’exposer à de dangereuses contre-attaques. Et les Français ont montré qu’ils avaient encore de la Continuer à lire … « Les Sturm-Truppen en 1918 : une pièce maîtresse tactique pour un échec stratégique »

Museo Storico della Guerra di Rovereto

Chers lecteurs, chères lectrices. J’ai mis à profit deux semaines passées entre les pentes tyroliennes et les églises de Vénétie pour visiter le très intéressant Musée de la Guerre de Rovereto, ville située au sud de Trente (Trentin) à l’est de la partie septentrionale du Lac de Garde qui se trouvait sur la ligne de Front des Alpes entre 1915 et 1918. Les collections de pièces sont assez fournies et présentent des armes, des matériels et des équipements que l’on trouve assez peu en France. En outre, le musée est très informatif sur la Guerre en montagne.

Belle découverte.

 

 

 

Combattre en montagne durant la Grande Guerre

– Quand on parle des combats de la Grande Guerre, on pense immédiatement aux tranchées et à la boue de Picardie, de Champagne et de la Meuse. Pourtant, la Grande Guerre fut l’une des toutes premières ou les belligérants combattaient en altitude, souvent à plus de 2 000 mètres. Concentrée sur la Marne, les bois déchiquetés de Verdun et le Chemin des Dames, notre mémoire nationale a quelque peu oublié les engelures aux pieds dont furent victimes les Métropolitains et Coloniaux de l’Armée d’Orient, dans les montagnes de la frontière gréco-macédonienne. Et pour qui n’a pas lu « L’Adieu aux armes » d’Ernest Hemingway, les souffrances du Bersaglieri ou de l’Alpini dans les Dolomites ne parlent guère (un front sur lequel s’est tout de même distingué un certain Erwin Rommel). Et qui a véritablement entendu parler des combats acharnés entre troupes du Sultan et soldats du Tsar sur les pentes abruptes du Caucase ? Pourtant, les combats en montagne ont pu susciter l’admiration de certains témoins. Ainsi, quand il parle des combattants italiens, le correspondant de guerre américain E. Alexander Powell écrit pour le « New York World » : « Ce ne fut ni dans les plaines de Mésopotamie brûlées par le soleil, ni dans les marais glacés de Mazurie, ni dans la boue des Flandres mais sur le toit du Monde que le combattant put connaître l’existence la plus difficile ».

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Gebirgsjäger autrichiens posant dans les Alpes

1 – LES TROUPES DE MONTAGNE ET LEURS ENGAGEMENTS

A- L’ENTENTE

– En 1914, l’espace montagnard n’est pas inconnu de plusieurs belligérants. En effet, l’Armée austro-hongroise dispose de ses bataillons de Chasseurs Tyroliens (Tyrolischer-Jäger) ou de Montagne (Gebirgsjäger) et l’Armée française de Bataillons de Chasseurs Alpins (ou Troupes de Montagne), soit le pendant montagnard des Chasseurs à Pied. Ça n’est guère un hasard puisque ces deux pays possèdent les deux plus importantes portions territoriales montagnardes d’Europe, excepté la Grèce et l’Italie qui ne sont pas encore entrées dans le conflit. Il est donc normal que l’Empire multi-centenaire et la République eussent développé des troupes adaptés au combat en montagne, notamment pour surveiller les frontières tracées dans les Alpes. Et dans ce type de combat, les Français ont Continuer à lire … « Combattre en montagne durant la Grande Guerre »

Raids et patrouilles nocturnes : activités « spéciales » du no man’s land

– Comme souligné en détail dans un précédent article, l’enlisement des belligérants dans les tranchées franco-belges et alpines va donner lieu à une adaptation de la conduite de la guerre, en même temps qu’une « démodernisation » couplée à la réapparition d’armes tout droit sorties de l’Époque médiévale. Couteaux, poignards, dagues et autres « trench clubs » vont très vite trouver leur emploi dans de nouveaux types de missions que redécouvrent les armées étatiques de la fin XIXe – début XXe : les coups de mains, que les britanniques appellent « raids ». En outre, l’enlisement de la guerre sur les fronts franco-belge et italien entraîne nécessairement une volonté des commandements alliés (moins du côté allemand, conformément à la stratégie défensive de von Falkenhayn) de sortir de l’ornière de la guerre des tranchées en perçant la ligne adverse. D’où une nécessité de « voir ce qu’il y a derrière la tranchée d’en face », si l’on ose un pastiche des mots du Duc de Wellington. Cette nouvelle façon de mener la guerre dans la Grande Guerre va également donner naissance à des combattants d’un nouveau type, avec des tâches et des compétences plus spécialisées que le fantassin de ligne. « Corps francs », « Groupes francs » ou encore « Sections franches » pour les français ; « Raiders » ou « Night squads » pour les Britanniques, Canadiens, Australiens et Néo-Zélandais. Ces unités constituées à partir d’éléments régimentaires ou au sein des Battalions de Sa Majesté se différencient des « Sturmtruppen » ont, en résumé, une fonction d’infiltration dans les premières lignes adverses afin de permettre la percée.Et ces types d’unités ont bien entendu alimenté la littérature de guerre et d’après-guerre. On les retrouve chez Read, Sassoon et bien sûr, avec le Capitaine Conan de Roger Vercel. Effectuons donc un retour sur ses soldats qui ont préfiguré les forces spéciales du XXe siècle (1)

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–  A la veille du déclenchement du conflit, l’Armée de la IIIe République ne songe pas un instant à mettre sur pied des petites unités dévolues à des tâches spéciales et risquées. L’École de Guerre et l’État-major estiment que la « Reine des batailles » doit constituer un corps homogène, idéologiquement et militairement parlant. En effet, l’Armée de la République souhaite former, avec la conscription, un creuset démocratique de citoyens soldats. Or, comme le dit Jean-Dominique Merchet (2), l’Armée de la République voit d’un très mauvais œil la création d’unités d’élite formée de volontaires dans lesquelles elle perçoit une résurgence aristocratique. Mais la réalité de la guerre rattrape vite le commandement. En effet, comme le dit le Colonel Goya, avec la stabilisation du conflit, « on découvre une Continuer à lire … « Raids et patrouilles nocturnes : activités « spéciales » du no man’s land »