Museo Storico della Guerra di Rovereto

Chers lecteurs, chères lectrices. J’ai mis à profit deux semaines passées entre les pentes tyroliennes et les églises de Vénétie pour visiter le très intéressant Musée de la Guerre de Rovereto, ville située au sud de Trente (Trentin) à l’est de la partie septentrionale du Lac de Garde qui se trouvait sur la ligne de Front des Alpes entre 1915 et 1918. Les collections de pièces sont assez fournies et présentent des armes, des matériels et des équipements que l’on trouve assez peu en France. En outre, le musée est très informatif sur la Guerre en montagne.

Belle découverte.

 

 

 

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Combattre en montagne durant la Grande Guerre

– Quand on parle des combats de la Grande Guerre, on pense immédiatement aux tranchées et à la boue de Picardie, de Champagne et de la Meuse. Pourtant, la Grande Guerre fut l’une des toutes premières ou les belligérants combattaient en altitude, souvent à plus de 2 000 mètres. Concentrée sur la Marne, les bois déchiquetés de Verdun et le Chemin des Dames, notre mémoire nationale a quelque peu oublié les engelures aux pieds dont furent victimes les Métropolitains et Coloniaux de l’Armée d’Orient, dans les montagnes de la frontière gréco-macédonienne. Et pour qui n’a pas lu « L’Adieu aux armes » d’Ernest Hemingway, les souffrances du Bersaglieri ou de l’Alpini dans les Dolomites ne parlent guère (un front sur lequel s’est tout de même distingué un certain Erwin Rommel). Et qui a véritablement entendu parler des combats acharnés entre troupes du Sultan et soldats du Tsar sur les pentes abruptes du Caucase ? Pourtant, les combats en montagne ont pu susciter l’admiration de certains témoins. Ainsi, quand il parle des combattants italiens, le correspondant de guerre américain E. Alexander Powell écrit pour le « New York World » : « Ce ne fut ni dans les plaines de Mésopotamie brûlées par le soleil, ni dans les marais glacés de Mazurie, ni dans la boue des Flandres mais sur le toit du Monde que le combattant put connaître l’existence la plus difficile ».

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Gebirgsjäger autrichiens posant dans les Alpes

1 – LES TROUPES DE MONTAGNE ET LEURS ENGAGEMENTS

A- L’ENTENTE

– En 1914, l’espace montagnard n’est pas inconnu de plusieurs belligérants. En effet, l’Armée austro-hongroise dispose de ses bataillons de Chasseurs Tyroliens (Tyrolischer-Jäger) ou de Montagne (Gebirgsjäger) et l’Armée française de Bataillons de Chasseurs Alpins (ou Troupes de Montagne), soit le pendant montagnard des Chasseurs à Pied. Ça n’est guère un hasard puisque ces deux pays possèdent les deux plus importantes portions territoriales montagnardes d’Europe, excepté la Grèce et l’Italie qui ne sont pas encore entrées dans le conflit. Il est donc normal que l’Empire multi-centenaire et la République eussent développé des troupes adaptés au combat en montagne, notamment pour surveiller les frontières tracées dans les Alpes. Et dans ce type de combat, les Français ont Continuer à lire … « Combattre en montagne durant la Grande Guerre »

Raids et patrouilles nocturnes : activités « spéciales » du no man’s land

– Comme souligné en détail dans un précédent article, l’enlisement des belligérants dans les tranchées franco-belges et alpines va donner lieu à une adaptation de la conduite de la guerre, en même temps qu’une « démodernisation » couplée à la réapparition d’armes tout droit sorties de l’Époque médiévale. Couteaux, poignards, dagues et autres « trench clubs » vont très vite trouver leur emploi dans de nouveaux types de missions que redécouvrent les armées étatiques de la fin XIXe – début XXe : les coups de mains, que les britanniques appellent « raids ». En outre, l’enlisement de la guerre sur les fronts franco-belge et italien entraîne nécessairement une volonté des commandements alliés (moins du côté allemand, conformément à la stratégie défensive de von Falkenhayn) de sortir de l’ornière de la guerre des tranchées en perçant la ligne adverse. D’où une nécessité de « voir ce qu’il y a derrière la tranchée d’en face », si l’on ose un pastiche des mots du Duc de Wellington. Cette nouvelle façon de mener la guerre dans la Grande Guerre va également donner naissance à des combattants d’un nouveau type, avec des tâches et des compétences plus spécialisées que le fantassin de ligne. « Corps francs », « Groupes francs » ou encore « Sections franches » pour les français ; « Raiders » ou « Night squads » pour les Britanniques, Canadiens, Australiens et Néo-Zélandais. Ces unités constituées à partir d’éléments régimentaires ou au sein des Battalions de Sa Majesté se différencient des « Sturmtruppen » ont, en résumé, une fonction d’infiltration dans les premières lignes adverses afin de permettre la percée.Et ces types d’unités ont bien entendu alimenté la littérature de guerre et d’après-guerre. On les retrouve chez Read, Sassoon et bien sûr, avec le Capitaine Conan de Roger Vercel. Effectuons donc un retour sur ses soldats qui ont préfiguré les forces spéciales du XXe siècle (1)

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–  A la veille du déclenchement du conflit, l’Armée de la IIIe République ne songe pas un instant à mettre sur pied des petites unités dévolues à des tâches spéciales et risquées. L’École de Guerre et l’État-major estiment que la « Reine des batailles » doit constituer un corps homogène, idéologiquement et militairement parlant. En effet, l’Armée de la République souhaite former, avec la conscription, un creuset démocratique de citoyens soldats. Or, comme le dit Jean-Dominique Merchet (2), l’Armée de la République voit d’un très mauvais œil la création d’unités d’élite formée de volontaires dans lesquelles elle perçoit une résurgence aristocratique. Mais la réalité de la guerre rattrape vite le commandement. En effet, comme le dit le Colonel Goya, avec la stabilisation du conflit, « on découvre une Continuer à lire … « Raids et patrouilles nocturnes : activités « spéciales » du no man’s land »

Bataille de la Somme : l’Infanterie britannique

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1 – PALIER A 
L’INEXPÉRIENCE

– Juste avant le 1er juillet 1916, la IVth Army compte quatre divisions de la Regular Army (4th, 7th, 8th et 29th). Les trois premières ont connu les combats en 1915, tandis que la dernière a connu les épreuves de Gallipoli, notamment au Cap Helles. D’autres issues de la Territorial Army (la réserve) sont arrivées en France également en 1915. Si certaines n’ont pas connu le feu, d’autres ont quand même l’expérience des combats comme la 9th (Scottish) qui s’est distinguée à Loos.

En revanche, la majorité des divisions mobilisées pour la Somme sont issues de la New Kitchener’s Army. Hormis le cas notable de la 36th (Ulster) dont nombre de soldats protestants d’Irlande ont une expérience paramilitaire, le reste n’a jamais vu le front (voir en complément l’article sur les Pals Battalions sur ce même blog). Enfin, en plus d’un manque d’expérience au feu, certaines de ses divisions n’ont pas vu tout leur équipement leur parvenir. Cette lacune est en grande partie due à l’accélération de la production en série d’équipements et d’uniformes, ce qui n’est pas sans causer des pénuries de dotation.

– La doctrine de tactique d’infanterie qu’adopte la IVth Army mêle Continuer à lire … « Bataille de la Somme : l’Infanterie britannique »

Les « Pals Battalions » de Kitchener et Haig

– Lors de son entrée en Guerre, l’Armée britannique ne dispose que 120 000 hommes d’active dans ses forces terrestres et 400 000 réservistes environ. Cela tient à deux principaux aspects de l’histoire et de la culture militaires britanniques : d’une part, au regard de l’étendue de son Empire, priorité est donnée à la Royal Navy pour la surveillance des voies maritimes. Deuxièmement, la Grande-Bretagne entretient une petite armée de métier car elle n’a aucune tradition de conscription. Il est arrivé qu’elle intervienne exceptionnellement sur le continent (notamment contre Napoléon en Espagne et à Waterloo) ou outre-mer (Soudan, Inde, Guerre des Boers) en engageant plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Encore que la vie militaire n’attire que des jeunes hommes de bonne famille qui peuplent le corps des officiers (à l’exception de membres des classes moyennes ou de la moyenne bourgeoisie qui peuvent accéder à des grades subalternes dans l’Artillerie et le Génie), ainsi que des membres du prolétariat urbain et rural qui rêvent d’aventure et d’une meilleure paie. Seule la guerre des Boers a pu donner lieu à une levée (limitée) de volontaires, scandalisés suite aux défaites enregistrées par l’Armée face aux fermiers Afrikaneers. Mais la guerre de masse est une découverte toute récente pour les Britanniques, quasiment concomitante de l’enlisement des belligérants sur le Front de l’Ouest.

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– En 1915, après la saignée des cinq divisions d’active du BEF (pertes mal compensée par l’arrivée du Canadian Corps) engagées en France et Belgique (après la Seconde Bataille d’Ypres notamment), le Ministère de la Guerre que dirige Lord Horatio Kitchener décide de faire appel aux volontaires. A l’aide d’une propagande efficace, l’Armée britannique grossit de 500 000 volontaires fin 1915 et 3 millions en 1916. Cette armée de soldats citoyens est bientôt surnommée la « New Kitchener’s Army » (NKA), en comparaison de la Regular Army et de la Territorial Army (réserve).

– Cette levée en masse version britannique s’effectue sous la directions de Committees des Comtés (Shires) et des villes de toutes tailles, sur des bases géographiques locales certes, mais aussi sociales. Dans un pays où la conscription ne sera instaurée que tardivement (1917), les viviers de recrutement sont les différentes branches de la vie civile et même associative. Ainsi, le 1er juillet au déclenchement de la Bataille de la Somme, 75% environ des soldats engagés sont des volontaires levés dans les « Pals Battalions ». Les nouveaux engagés proviennent alors des Continuer à lire … « Les « Pals Battalions » de Kitchener et Haig »

Evolution de l’emploi de l’Infanterie française en 1916

– Le public a tendance à l’oublier mais en 1916, l’emploi des fantassins français commence à connaître de notables mutations. On se cantonne bien souvent à la vision des « Poilus » défendant leurs positions à Verdun. Mais à l’instar des Britanniques, les Français commencent à réfléchir à l’amélioration de l’emploi de leur Infanterie pour les assauts. Il s’agit là d’un impératif au regard des saignées de 1914 et de 1915. Constatant (enfin) que l’emploi des grandes vagues d’infanterie envoyées pour déborder les positions ennemies ne donne que des résultats sanglants, les généraux français débattent de l’utilité de ne plus miser essentiellement sur le nombre mais sur la mobilité et la puissance de feu.

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Fantassins français s’entraînant au maniement du Canon de 37mm Mle 1916 à tir rapide

– Le Commandement comprend très vite l’intérêt de maintenir temporairement des unités à l’arrière pour leur dispenser une instruction plus poussée sur les nouvelles méthodes de combats. Ainsi, Joffre ordonne-t-il de « réduire au strict minimum les forces laissées en première ligne pour permettre de perfectionner l’instruction des troupes » (octobre 1915). Contrairement aux Britanniques où les réflexions se font individuellement ou collectivement dans les états-majors des Divisions ou des Corps (Ivor Maxse), les débats chez les Français s’effectuent dans les états-majors d’Armées et de Corps d’Armée. Préparant son offensive sur la Somme, Ferdinand Foch (alors à la tête du Groupe d’Armées du Nord) préconise une « progression par bonds » et non plus une attaque par vagues. Foch souscrit également aux idées nouvelles du Capitaine André Laffargue, fondées sur Continuer à lire … « Evolution de l’emploi de l’Infanterie française en 1916 »

L’emploi de l’Infanterie britannique 1914-1916 (première partie)

– Dans l’imaginaire et la mémoire collectifs, l’image de l’Infanterie britannique de 1914-1918 reste attachée au Tommy, soldat flegmatique, coiffé de son casque plat Brodie et officier impeccablement sanglé dans son battledress kaki. Cependant, comme je le signalais sur un autre blog dans un article brossant partiellement l’histoire du Tommy de 1914, l’Infanterie britannique reste sans doute (trop) méconnue. Cet article a pour but d’approfondir son histoire en se penchant sur son emploi au combat.

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I – La tactique des « Old Contemptibles »

– Comme l’explique l’historien Paddy Griffith, au début du XXe siècle, l’Armée britannique fonde l’emploi de son infanterie sur une tradition qui relève presque du mythe : celle du fantassin autonome sur le champ de bataille, pièce maîtresse du succès. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent dans l’histoire de l’Angleterre : les archers d’Azincourt ; les soldats du « Duc de Fer » face aux troupes napoléoniennes à Albuera et Waterloo ; la compagnie de tuniques rouges du 11th Bn. Borders à Rorke’s Drift face aux Zoulous et la résistance impétueuse des hommes de Sir Baden-Powell face aux Boers à Mafeking. Ainsi, dans l’Armée de Sa Majesté, la notion d’autonomie était étroitement associée à l’Infanterie qui restait l’arme la plus nombreuse en termes d’effectifs.
Mais le mythe prend un coup dans l’aile au début du XXe siècle quand les Continuer à lire … « L’emploi de l’Infanterie britannique 1914-1916 (première partie) »