Le Quesnoy 1918 : Kiwis contre Vauban

Durant la dernière phase des combats de 1918 que l’on dénomme « Bataille de la Sambre », la Division Néo-Zélandaise se retrouve devant un obstacle d’un nouveau type pour elle : la Forteresse du Quesnoy bâtie durant le règne de Louis XIV sous la direction du Marquis de Vauban. Or, la prise de la ville par la Third Army britannique est nécessaire pour déboucher en direction de la Sambre. La résistance allemande s’annonçant plus vigoureuse, les Néo-Zélandais d’Andrew Russell vont faire preuve d’une remarquable adaptation, couplée à une bonne vitesse d’exécution.

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– Peuplé de 5 000 habitants avant le déclenchement de la Guerre, Le Quesnoy reste occupée par les Allemands. Située en zone de repos pour les troupes allemandes, la ville voit son importance s’accroître sur le plan des opérations en 1918, puisqu’elle couvre Maubeuge par l’ouest, ainsi que les cours de l’Ecaillon et de la Rhonelle. De plus, la ville est située sur la voie ferrée Valenciennes – Maubeuge. Par conséquent, prendre Le Quesnoy devient un impératif tactique.

– Mais la défense de la ville est facilitée par la citadelle érigée par Vauban, située en plein centre à l’emplacement d’une ancienne motte médiévale et qui enserre une partie des habitations. La citadelle se présente avec un plan en étoile, comprenant des bastions indépendants. Et les fortifications sont protégées par des douves mais celles-ci sont généralement asséchées. Mais le danger réside dans configuration architecturale de l’édifice qui permet d’effectuer d’efficaces tirs croisés. Enfin, les murailles de briques sont hautes de 15 m environ et coiffées par des petites buttes de pelouse. Et outre les mitrailleuses, les Allemands disposent également de Continuer à lire … « Le Quesnoy 1918 : Kiwis contre Vauban »

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Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918)

– Grâce à leur série d’offensives lancées en août et septembre, les forces du Commonwealth se sont considérablement approchées des fortifications de la Ligne « Hindenburg » (ou « Siegfried-Stellung » pour les Allemands). Pour le coup, les troupes de Douglas Haig se trouvent face à un véritable rempart bétonné et maçonné qui leur barre le passage entre le Front des Flandres et le nord de l’Aisne, leur interdisant le franchissement des Canaux du Nord et de Saint-Quentin. Pour « enfoncer la porte », on va retrouver à l’œuvre deux des meilleurs généraux du Commonwealth, Arthur Currie et John Monash. Cet article propose donc d’expliquer comment ces deux généraux s’y sont pris pour faire sauter cette fortification, avec des techniques et tactiques touchant davantage à la poliorcétique qu’à la simple manœuvre.

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1 – LE DERNIER GRAND REMPART DU KAISER

– Pour rappel, la Ligne « Hindenburg » n’est pas la première ligne fortifiée allemande. Érigée en 1917 sur ordre de Ludendorff et Hindenburg, elle s’intègre en vérité à un ensemble fortifié érigé depuis 1915. Originellement structurée en trois parties (une zone avant, une zone de Blockhäuse, une zone de contre-attaque et une zone de réserve), elle s’étend originellement du secteur de Farbus (Pas-de-Calais) jusqu’à l’entrée du Canal de Saint-Quentin. En outre, elle est prolongée à partir de Moeuvres (à l’ouest de Bourlon) par la Ligne Quéant – Drocourt qui est tombée aux mais des Canadiens le 10 septembre. Mais bien plus qu’une triple ligne de défense, « Hindenburg » se caractérise par un ensemble de lignes (2 principales et 7 plus petites) qui protègent les nœuds routiers et logistiques que sont Cambrai et Mézières. Les lignes « Wotan » et « Hindenburg » sont les mieux fortifiées avec leurs Continuer à lire … « Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918) »

Le Medium Mark A Whippet

– William Tritton, ce nom ne vous dit sûrement rien. Mais si vous êtes lecteur assidu d’Acier et Tranchées depuis un peu plus de deux ans, vous l’avez déjà croisé. « Mais oui ! » vous exclamerez-vous ! « Il s’agit de l’ingénieur qui conçut le Tank Mark I sur les recommandations d’Ernest Swinton ! » Et je vous répondrai « c’est tout à fait exact. Cet homme de l’ombre qui ne connut pas les souffrances du front mais qui fut l’un des contributeurs les plus méconnus à la mécanisation de l’Armée britannique en particulier mais aussi, de la guerre en général ». C’est donc encore William Tritton qui conçut l’un des tanks les plus méconnus du public mais aussi l’un des plus intéressants, le Medium Mark A « Whippet », ce qui signifie « Lévrier ».

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1 – CONCEPTION

– La Genèse du « Whippet » commence en pleine Bataille de la Somme. Visitant le front le 20 septembre 1916 (nous sommes en plein dans les combats pour Flers-Courcelette, Le Transloy et Le Sars), Tritton reçoit alors la demande de concevoir un char léger et plus agile. L’intéressé ne sut vraiment de qui vint la demande – soi du Fieldmarschall Douglas Haig lui-même ou bien de l’état-major du BEF – mais elle fit suite au tout premier engagement des lourds et peu maniables Mark I et II. En effet, après seulement cinq jours d’engagement, les officiers britanniques se montrent particulièrement déçus par les faibles performances des engins chenillés, notamment en matière de franchissement de fossés et d’obstacles. Tritton reçoit la commande (pour/de) la conception d’un char plus léger pouvant répondre à cet impératif (1).

– Il est aussi intéressant de constater qu’un autre ingénieur, Continuer à lire … « Le Medium Mark A Whippet »

Le Fokker D. VII, un joyau aérien arrivé trop tard

Il s’agit sûrement du meilleur appareil de chasse allemand engagé durant la Grande Guerre, avec le Junker Ju-9, fabriqué en très petit nombre.

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– En 1917, face aux SPAD S.VII, SPAD XII,  Sopwith Camels et RAF S.E.5 et S.E.5a, Antony Fokker (l’un des meilleurs concepteurs d’avion de l’époque) reçoit la commande pour un avion capable de rivaliser avec les modèles alliés existants. Fokker conçut d’abord le Fokker Dr. I qui, malgré toute la légende héritée du « Baron Rouge », n’était pas une réussite malgré sa capacité à opérer de courts virages serrés.

– Fin 1917, après l’abandon de la fabrication du Continuer à lire … « Le Fokker D. VII, un joyau aérien arrivé trop tard »

Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation

Quatre-vingt-treize minutes ! Ce fut la durée de cette courte offensive à objectif limitée mais qui marque un « tour de chauffe » avant l’Offensive du 8 août. Décidée pour réduire un saillant dans le front allié de la Somme, le succès australien du Hamel marque clairement l’évolution de l’art de la guerre vers la mécanisation et la combinaison interarmes. Cet article propose de décortiquer la préparation de cette offensive qui mènera les forces australiennes à un net succès. Succès qui servira notamment de schéma à la grande offensive du 8 août suivant.
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1 – UN OBJECTIF LIMITE POUR UN PLAN MILLIMÉTRÉ

– Depuis la seconde Bataille de Villers-Bretonneux, le front s’est stabilisé entre la route Amiens – Brie et la rive gauche de la Somme. Mais les Allemands conservent encore un saillant dessiné par le village du Hamel, son bois et le Hamelet. Or, depuis la fin du printemps, Ferdinand Foch nourrit l’idée de lancer une série d’offensives destinées à rejeter les Allemands vers les frontières du Reich Wilhelmien. En accord avec Douglas Haig, le Chef d’état-major général allié préconise une offensive française en Champagne (qui surviendra en juillet) de même qu’un puissant effort britannique en Picardie pour dégager définitivement Amiens et repousser les Allemands vers la région de Saint-Quentin. Mais pour que cette offensive se prépare dans les meilleures conditions, la BEF doit nettoyer le secteur du Hamel afin de donner une cohérence au front. C’est le Lieutenant.General John Monash, commandant de l’Australian Corps (ex ANZAC I) qui émet cette idée. Et Henry Rawlinson, commandant de la Fourth Army, donne son approbation au projet,  suggérant à Monash d’attaquer à la fin du mois de juin 1918 afin de laisser le temps aux Américains d’être prêts. Finalement, la date est fixée au 4 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine.

– Comptant 4 divisions et une puissante artillerie, l’Australian Corps est l’une des meilleures forces de frappe du BEF. Or, Monash est réputé être un planificateur soigneux, de même qu’un très bon communicant doublé d’un pédagogue. Ingénieur dans le génie civil avant-guerre, Monash a le souci de l’économie du Continuer à lire … « Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation »

Entretien avec le Colonel Rémy Porte : l’Infanterie française de 1918 au combat

– Mon Colonel, merci d’avoir accordé cet entretien pour « Acier & Tranchées ». A l’adresse de nos lecteurs, je rappelle que vous êtes Historien Référent pour le Ministère de la Défense et que vous avez publié – et dirigé – plusieurs travaux faisant foi sur l’histoire de la Première Guerre mondiale. Vos travaux ont notamment porté sur la mobilisation industrielle, l’Armée française de 1914-1918 (avec le Pr. François Cochet) ou encore, l’engagement américain en 1917.

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1 – Comme première question : quel portrait pouvons-nous dresser rapidement de l’Infanterie française de 1918 (effectifs, état, armements…) ?

– Comme toujours en histoire, rien n’est tout-à-fait noir ou tout-à-fait blanc. Souvenons-nous que l’année 1917 a été une année particulièrement difficile, même si les offensives à objectif limité de Pétain à l’automne et l’accession au pouvoir du très déterminé Clemenceau permettent une remontée significative du moral. L’infanterie n’échappe pas à ce constat général pour le pays. Pour paraphraser la formule attribuée à Pétain, les poilus attendent les chars et les Américains. En termes d’effectifs, l’érosion de la ressource s’est poursuivie, obligeant à appeler la classe suivante par anticipation. En dépit de la montée en puissance progressive de la contribution de l’empire colonial, la France cède des kilomètres de front à tous les alliés (Britanniques, Italiens, etc.,) qui veulent bien en assurer la garde. L’infanterie, qui était hégémonique en 1914, représente désormais moins de 50 % des effectifs du fait de la croissance extrêmement forte de toutes les armes et de tous les services d’appui et de soutien.

– Dans le domaine des armements, la machine industrielle lancée avec empirisme à Continuer à lire … « Entretien avec le Colonel Rémy Porte : l’Infanterie française de 1918 au combat »

Les quelques combats en ville en 1914-1918

– Dans la mémoire collective, les villes françaises sont restées synonymes d’occupation – pour ce qui est du nord et du nord-est de la France, ainsi que de certaines villes russes, serbes et italiennes –, de garnison, de permission, d’effort industriel, de vie chère, de transit. Mais elles ont également symbolisé le danger des bombardements, par Zeppelin, avions (Gotha) et Pariser-Kanonen. Pourtant, elles ont bien été l’objet de combats, quoiqu’encore sans commune mesure avec la Guerre d’Espagne, Stalingrad, Mogadiscio ou encore Mossoul. En 1914, le combat dans un espace urbain signifiait d’abord bombardement. Mais en 1918, on put observer quelques  prémices de combats urbains, exception faite de « l’insurrection de Pâques » de 1916 à Dublin.


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– Comme l’explique bien le Lieutenant-Colonel Jean-Pierre Dufour, tout au long du XIXe siècle, la manœuvre est privilégiée et les différents belligérants s’emploient à éviter les combats dans les villes et limitent les sièges autant que faire se peut (1). Mais dans la réalité, la prise d’une ville importante par la poliorcétique peut s’avérer nécessaire sinon inévitable. Et les exemples ne manquent pas : Saragosse, Badajoz, Vicksburg… Et l’on peut ajouter que l’épisode de Bazeilles (1870) vit un Continuer à lire … « Les quelques combats en ville en 1914-1918 »