8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 1

Depuis la Seconde Bataille de Villers-Bretonneux, le front s’est stabilisé en Picardie sur la ligne d’un saillant entre Albert et l’Avre. A la demande de Ferdinand Foch, la planification d’une offensive alliée entre la Somme et l’Oise est jetée sur les tables d’état-major de Chantilly (France) de Montreuil (BEF) dès le 20 mai pour répondre à des impératifs logistiques. En effet, suite à l’échec stratégique de l’Offensive « Michael », le front s’est stabilisé entre la Scarpe et l’Avre. En revanche, la voie ferrée Amiens – Paris, importante pour le ravitaillement et les déplacements de troupes derrière le font, est sous la menace des canons allemands. Pour Foch, l’objectif est donc double, puisqu’il vise simultanément à repousser les Allemands entre la Somme et l’Oise et sécuriser la voie ferrée en question. Au regard des pertes consenties par les Britanniques depuis le 21 mars, Foch pense d’abord confier principalement l’Offensive au Groupes d’Armées de Réserves que dirige Fayolle et qui impliquerait les Ire et IIIe Armées françaises, commandées respectivement par Marie-Eugène Debeney et Georges Humbert et qui ont tenu le front compris entre Moreuil et le Mont-Renaud (au sud de Noyon). Et pour le coup, le BEF aurait dû concourir à l’offensive, après avoir reposé et complété ses forces suite aux offensives allemandes du printemps.
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I – OBJECTIFS ET PLAN ALLIES  

1 – APRES LA MARNE, LA SOMME…

– Mais Foch s’est montré trop optimiste quant au calendrier. En effet, le 27 mai, avec l’Offensive « Blücher-Yorck », le commandement français est contraint d’engager sur le Front de l’Aisne, des réserves initialement prévues pour l’Offensive de Picardie. Confirmant les craintes de Pétain, Ludendorff frappe entre l’Oise et la Marne en juin et juillet, forçant les Français à engager une grande partie de leurs divisions (par roulements) jusqu’à la mi-juillet, tout en préparant la victorieuse offensive de la Marne. Celle-ci, déclenchée le 18 juillet vient confirmer à Foch que la Kaisersheer peut être repoussée et rase campagne. Or, le 2e Bureau français évalue les réserves allemandes à 40 divisions, comme le souligne Jean-Claude Laparra. Or, les troupes allemandes sont épuisées et Ludendoff n’est plus en mesure de lancer d’offensives. Foch remet donc l’Offensive en Picardie à l’ordre du jour. Mais l’Armée française ne pourra pas mobiliser ses divisions qui doivent se reposer après les intenses combats victorieux de juin et juillet. De plus, les Français ont concentré la majorité de leurs régiments de chars entre l’Oise et la Marne, ne laissant que quelques bataillons disponibles dans la Somme. A l’inverse, les Britanniques peuvent concentrer plusieurs

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Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 4

IV – DÉGAGEMENTS DU TARDENOIS ET DE LA MONTAGNE DE REIMS

Dans cet article, nous développerons les combats dans le Tardenois et en Champagne qui vont mener à l’abandon de la Marne, de l’Aisne et de la Vesle par les forces allemandes.

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1 – LES COMBATS POUR LE TARDENOIS

– Le 19 juillet donc, les trois armées françaises repassent à l’assaut. Les troupes d’Antoine, de Mitry, qui attaquent entre Saint-Aignant et Boursault, doivent faire face à une arrière-garde allemande tenace qui tient la rive sud de la Loire. Mais le 20, Ludendorff ordonne de tenir prioritairement la rive gauche. Les combats sont néanmoins âpres pour Jaulgonne, Dormans et la route menant à Ville-en-Tardenois. Dans les secteurs des Xe et VIe Armées, l’attaque commence à 04h00 avec les mêmes procédés que la veille. Von Böhn rameute en urgence (et par camions, chose de plus en plus rare chez les Allemands. Les troupes de Mangin buttent temporairement sur Chaudun, avant de déborder les Allemands. La Xe Armée capture ensuite le Plessis-Huleu, tandis que les troupes de Degoutte dégagent Neuilly-Saint-Font et le Plateau de Priez. Et les contre-attaques allemandes visant à dégager la route Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 4 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 3

III – SECONDE BATAILLE DE LA MARNE (18 JUILLET) : MANGIN ET DEGOUTTE COGNENT

S’il y en a bien un qui attend son heure afin de boxer les Boches de nouveau, c’est bien Charles Mangin. Si l’animal fait encore peur à certains de ses supérieurs (Edmond Buat le juge toujours aussi « trompe la mort »), il suscite aussi de l’enthousiasme, après avoir assez brillamment redoré son blason en infligeant un revers tactique au terrible Oskar von Hutier (1). Et Mangin ne va sûrement pas s’arrêter là, que les Allemands se le disent ! « A la Houzarde* » ! Heureusement pour d’autres, on le flanque du prudent et réfléchi Jean-Marie Degoutte.

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1 – LES FORCES FRANÇAISES AU SOMMET

– Il n’empêche, Foch tient sa contre-offensive. Il en est le compositeur, Fayolle le chef d’orchestre, Mangin, Degoutte et de Mitry les premiers ténors. Foch et ses subordonnés peuvent profiter du très bon moral des soldats français, comme de l’arrivée de nouvelles divisions américaines, notamment des 1st, 4th, 26th et 42nd qui viennent s’ajouter aux trois déjà engagées sur le front de la Marne**. D’ailleurs, Pershing marque un point politique en obtenant des Français qu’ils prennent à leur charge le tout nouveau III US Corps commandé par Robert L. Bullard. Point politique puisque la présence de ce nouveau corps d’Armée d’environ 60 000 hommes marque une première étape dans la constitution d’une armée américaine autonome. Bullard regroupe sous son commandant la 1st US ID « Big Red One » (Charles P. Summerall), qui s’est distinguée à Cantigny et la 2nd US ID (Omar Bundy) qui s’est fait un nom lors des combats pour Château-Thierry et le Bois de Belleau***

– L’objectif de l’offensive prévue par Foch est de dégager le sud du Soissonnais, le Pays Briard et le Tardenois afin de contraindre les troupes du Kronprinz à évacuer le front de la Marne et la région de Reims. L’attaque sera donc coordonnée par Emile Fayolle et menée par la Xe Armée (Ch. Mangin – flanc gauche) et la VIe Armée (Degoutte – Centre) qui devront percuter l’aile droite de la Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 3 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 2

II – LA QUATRIÈME BATAILLE DE CHAMPAGNE (15-19 JUILLET)

– Le 15 juillet, à 04h50 du matin, profitant de l’obscurité, les quelques 6 353 bouches des trois armées allemandes (canons, obusiers et Minenwerfern) arrosent les positions françaises entre Château-Thierry et Massiges. Et suivant les tactiques mises au point dans les mois précédents, les Sturmtruppen suivent un barrage d’artillerie en progressant en direction des positions françaises. Et ce, pour leur dernier assaut majeur. L’Offensive « Marneschütz-Reims » ou « Friedensturm » vient de commencer. Ce sera le dernier coup d’épée (dans la Marne) de Ludendorff sur le Front de l’Ouest car Foch s’apprête à lui donner un violent crochet par le TardenoisLa « Quatrième Bataille de Champagne » comporte donc une dimension « opérationnelle » qui implique l’ensemble du front français de la Marne et s’articule avec l’Offensive du Tardenois (ou « Seconde Bataille de la Marne »).


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1 – L’ATTAQUE CONTRE LA VIe ARMÉE

– La VII. Armee allemande va frapper contre l’aile droite de la VIe Armée du Général Degoutte, soit entre Gland et Dormans (Chartèves et Verneuil), jointure avec l’aile gauche de la Ve Armée. Le but est de fixer la VIe Armée et contraindre les Français à engager des réserves sur la Marne au lieu de les expédier dans le secteur de Reims – Massiges. Le plan allemand consiste à frapper en direction de plusieurs Schwerpünkte depuis la tête de pont de Château-Thierry et les positions conquises en juin sur la rive nord de la Marne, afin de couper le dispositif entre les deux armées françaises et avancer vers Epernay via le Surmelin. De son côté, Degoutte a passé plusieurs semaines à réorganiser ses positions. Le général français oppose à von Böhn le

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Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 1

A Jules Aoustin, Louis Blanchard et Louis Renault, trois poilus de la Grande Guerre dont je n’ai pu entendre les souvenirs.

En ce mois de juillet 1918, le rapport de force sur le Front de l’Ouest a basculé en faveur des Alliés. Même s’ils se sont faits peur en mars, avril et mai, Français et Britanniques ont cédé du terrain mais ont réussi à empêcher les armées de Guillaume II de remporter un succès stratégique. Mais cela, Erich Ludendorff ne semble pas le voir. Comme l’a bien expliqué Sylvain Ferreira, se bornant à une approche purement tactique de la Guerre, l’homme fort du (déclinant) Second Reich pense être sur le point de pouvoir emporter un succès définitif pour août. En effet, il pense encore pouvoir fixer les Français sur le front de la Marne pour percuter de nouveau les Britanniques dans les Flandres et, ainsi, obtenir la décision. Mais Ludendorff s’illusionne car la Kaisersheer est littéralement à bout. Les divisions d’assaut ont tout donné depuis mars et commencent à n’être plus que l’ombre d’elles-mêmes. Cela ne l’empêche pas de décider l’exécution d’une nouvelle offensive dans la région de Reims. Du côté allié, Foch – peut-être sans le savoir  lui-même – inaugure une nouvelle approche plus « proto-opérationnelle », c’est-à-dire, lancer une série d’offensives sur l’ensemble du front afin de pousser les Allemands à la rupture. Mais avant de lancer son grand projet, Foch a impérativement besoin que le front de la Marne soit sécurisé. Cela implique donc une phase défensive qui, suivant son succès, sera suivie d’une puissante contre-attaque entre l’Aisne et la Marne. Cet suite d’articles propose donc de revenir en détail sur l’Offensive « Friendensturm » et sur la Seconde Bataille de la Marne. Car ce qui a longtemps été oublié, c’est que la contre-attaque française découle de l’Offensive allemande plus connue sous le nom de « Quatrième Bataille de Champagne ».

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– PARTIE 1 : « FRIEDENSTURM » : L’ULTIME COUP DE DES DE LUDENDORFF

1 – OBJECTIFS ET PLAN

–  Erich Ludendorff y croit dur comme fer : en août, les Français auront tant engagé leurs dernières réserves qu’ils seront épuisés et ne pourront venir en aide aux Anglais. Et à partir de ça, il pourra déclencher le nouveau plan « Hagen »*  qui vise à déclencher une nouvelle offensive sur le Front des Flandres (entre Hazebrouck et Ypres) afin de rejeter les Anglais dans la mer du Nord. Pourtant au QG d’Avesnes-s/-Help, on commence à s’inquiéter d’entendre le même refrain avec des couplets différents. Déjà quatre offensives ont été lancées (« Michael », « Georgette », « Blücher – Yorck » et « Gneisenau ») mais la percée décisive n’a pas été obtenue en dépit des gains de terrains qui se chiffrent en plusieurs centaines de kilomètres carrés (1). Les quelques esprits encore lucides constatent amèrement que, Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 1 »

Le Fokker D. VII, un joyau aérien arrivé trop tard

Il s’agit sûrement du meilleur appareil de chasse allemand engagé durant la Grande Guerre, avec le Junker Ju-9, fabriqué en très petit nombre.

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– En 1917, face aux SPAD S.VII, SPAD XII,  Sopwith Camels et RAF S.E.5 et S.E.5a, Antony Fokker (l’un des meilleurs concepteurs d’avion de l’époque) reçoit la commande pour un avion capable de rivaliser avec les modèles alliés existants. Fokker conçut d’abord le Fokker Dr. I qui, malgré toute la légende héritée du « Baron Rouge », n’était pas une réussite malgré sa capacité à opérer de courts virages serrés.

– Fin 1917, après l’abandon de la fabrication du Continuer à lire … « Le Fokker D. VII, un joyau aérien arrivé trop tard »

Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation

Quatre-vingt-treize minutes ! Ce fut la durée de cette courte offensive à objectif limitée mais qui marque un « tour de chauffe » avant l’Offensive du 8 août. Décidée pour réduire un saillant dans le front allié de la Somme, le succès australien du Hamel marque clairement l’évolution de l’art de la guerre vers la mécanisation et la combinaison interarmes. Cet article propose de décortiquer la préparation de cette offensive qui mènera les forces australiennes à un net succès. Succès qui servira notamment de schéma à la grande offensive du 8 août suivant.
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1 – UN OBJECTIF LIMITE POUR UN PLAN MILLIMÉTRÉ

– Depuis la seconde Bataille de Villers-Bretonneux, le front s’est stabilisé entre la route Amiens – Brie et la rive gauche de la Somme. Mais les Allemands conservent encore un saillant dessiné par le village du Hamel, son bois et le Hamelet. Or, depuis la fin du printemps, Ferdinand Foch nourrit l’idée de lancer une série d’offensives destinées à rejeter les Allemands vers les frontières du Reich Wilhelmien. En accord avec Douglas Haig, le Chef d’état-major général allié préconise une offensive française en Champagne (qui surviendra en juillet) de même qu’un puissant effort britannique en Picardie pour dégager définitivement Amiens et repousser les Allemands vers la région de Saint-Quentin. Mais pour que cette offensive se prépare dans les meilleures conditions, la BEF doit nettoyer le secteur du Hamel afin de donner une cohérence au front. C’est le Lieutenant.General John Monash, commandant de l’Australian Corps (ex ANZAC I) qui émet cette idée. Et Henry Rawlinson, commandant de la Fourth Army, donne son approbation au projet,  suggérant à Monash d’attaquer à la fin du mois de juin 1918 afin de laisser le temps aux Américains d’être prêts. Finalement, la date est fixée au 4 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine.

– Comptant 4 divisions et une puissante artillerie, l’Australian Corps est l’une des meilleures forces de frappe du BEF. Or, Monash est réputé être un planificateur soigneux, de même qu’un très bon communicant doublé d’un pédagogue. Ingénieur dans le génie civil avant-guerre, Monash a le souci de l’économie du Continuer à lire … « Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation »