« Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 3

Avec l’explosion des mines et le tir de barrage, la zone avancée du Gruppe « Wytschaete » est entièrement neutralisée. Ceux qui ont survécu à l’explosion des mines sont soit blessés, soit particulièrement choqués. Même dans les secteurs épargnés par les mines (comme Petite douve ou The Bluff), beaucoup de soldats allemands se retrouvent hors d’état de combattre en raison de l’ouragan de feu qui s’abat sur eux.
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10 – L’ASSAUT DU 7 JUIN : UNE RÉUSSITE POUR UN OBJECTIF LIMITE

— Quand les soldats britanniques surgissent de leurs tranchées et parviennent devant les lignes allemandes, des soldats ennemis hébétés ne cherchent même pas à résister, hormis une petite poignée. Les artilleurs de von Laffert voient bien jaillir des fusées éclairantes signalant la demande d’un tir de riposte. Mais comme eux-mêmes ne savent pas sur quoi tirer, ils mettent entre cinq et dix minutes pour envoyer leurs premiers obus vers les lignes britanniques, avant de connaître la cinglante réplique de la contre-batterie (1).

– Au même moment, les Battalions de tête sont bien en marche. Sauf que beaucoup d’officiers ont sous-estimé l’obstruction à la progression causée par les explosions de mines. Et la visibilité est même diminuée en raison des retombées de poussière. Du coup, sur le terrain, les hommes doivent s’orienter à la boussole. Néanmoins, les fantassins marchent 65 m derrière le premier lift de barrage. Les « mopping platoons » se chargent de « récolter » les prisonniers. Le premier objectif (Red Line) est pris peu avant Continuer à lire … « « Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 3 »

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« Mordre et tenir » ; l’apogée de la guerre des mines (7 juin 1917) – 2

Le 7 juin 1917 à 03h50, les quelques londoniens encore ou déjà éveillés ressentent comme une secousse soudaine. Nombre d’entre ont pu prétendre avec étonnement que la Grande-Bretagne se situait sur une plaque sismique méconnue jusqu’alors. Il n’en est rien, puisque la déflagration en question est due à un titanesque enchaînement d’explosions de mines sur le Front des Flandres, plus précisément sous la Crête de Messines entre Ypres et le Canal de Comines. Les coupables de ce succès explosif ? Le minutieux General Herbert Plumer et les Tunneliers du Commonwealth, qui ont accompli là une véritable prouesse dans la poliorcétique de la Première Guerre mondiale.

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– L’utilisation des mines dans les conflits ne date pas de la Grande Guerre mais est bien connue depuis l’Antiquité. Mais d’un point de vue sémantique, on entend alors par « mine » une galerie creusée en sous-sol et non le matériel explosif antipersonnel ou anti-véhicule. Jusqu’à l’arrivée de la poudre noire sur les champs de bataille, les civilisations du bassin mésopotamien, les Grecs, les Romains et les armées médiévales pratiquaient les « sapes » afin d’abattre les murailles adverses. Puis, à partir du XVIe siècle, on pratique le même type de « travail » avec l’usage des explosifs. Ainsi, les Guerres de Louis XIV en Europe, la Guerre de Crimée et la Guerre de Sécession ont été marquées par des épisodes où chaque camp eut pour Continuer à lire … « « Mordre et tenir » ; l’apogée de la guerre des mines (7 juin 1917) – 2 »

« Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 1

– Stratégiquement, pendant que Nivelle bataille pour le Chemin des Dames, les Britanniques regardent du côté des Flandres, notamment d’Ostende (base des U-Boote). Sauf que les plaines au nord d’Ypres ont été noyées par les Belges lors des combats de la « Course à la Mer » (Dixmude et l’Yser). Fin 1914, suite à la bataille de Langemarck, le Front s’est figé dans la boue, avec la constitution du Saillant d’Ypres tenu par l’Armée britannique. Malgré une attaque allemande en 1915, les Allemands n’ont pas réussi à le réduire et le Front est resté stable pendant moins de deux ans. S’y font face la Second Army britannique (Herbert Plumer) et la IV. Armee allemande de Berhard Sixt von Arnim qui a fait ses preuves en matière défensive. Les Britanniques tiennent le nœud ferroviaire d’Ypres ainsi que Boesinghe au nord du saillant, de même que le Mont Kemmel et le Bois de Plougsteert au sud. De leur côté, les Allemands tiennent les Crêtes qui ceinturent le nord, l’est et le sud d’Ypres. « Crête » étant un mot assez mélioratif pour désigner de simples pentes qui ne « culminent » qu’à 100-110 m au-dessus du niveau de la mer.
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1 – CONTEXTE STRATÉGIQUE

– Au nord – nord-ouest les troupes de von Arnim tiennent la Crête de Plickem. Toutefois, durant la préparation de son offensive de 1916, Douglas Haig a demandé à Plumer de préparer une offensive de percée dans les Flandres. Mais le projet n’aura pas lieu car Haig, en accord avec Joffre, a décidé d’attaquer sur la Somme afin de soulager le Front de Verdun. Sauf qu’en 1917, Haig convainc Lloyd-George d’attaquer de nouveau dans les Flandres. La raison est stratégiquement simple et guère mauvaise en soit : Continuer à lire … « « Mordre et tenir » : la bataille de la Crête de Messines (7-10 juin 1917) – 1 »