Ernest Swinton et l’arrivée des chenilles dans la guerre

– L’histoire militaire britannique de la Première Guerre mondiale compte certes de personnalités caricaturées et incarnant le conservatisme de la coterie de la Cavalerie, tels French, Haig ou encore Allenby. Mais elle compte également des esprits ingénieux, imaginatifs et intellectuellement moins sclérosés, qui ont intégré plus vite la dimension industrielle du nouveau conflit. Parmi eux, Ernest Swinton, le « père » des chars britanniques, qui peut être comparé à son pendant français, le Général Jean Estienne. Cependant, il faut toute proportion garder quand on emploie le terme « père ».  Swinton n’a pas conçu les célèbres Tanks Mk engagés dans la Somme en 1916. Le mérite en revient à Walter Gordon Wilson, qui s’est lui même inspiré de travaux d’une entreprise privée de Lincoln. Mais Swinton a permis à ces engins d’un type nouveau de s’imposer – avec des primes difficultés – sur les champs de bataille d’Europe de l’Ouest. Avec le centenaire de l’apparition des Tanks lors des combats de Flers durant la Bataille de la Somme, l’occasion se prête à revenir sur cet officier qui, bien que n’ayant jamais exercé de commandement sur le terrain, contribua au basculement du premier conflit mondial dans sa dimension industrielle.

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– Fils d’un fonctionnaire de l’administration des Indes, Ernest Dunlop Swinton voit le jour à Bangalore le 21 octobre 1868. Il effectue sa scolarité en Grande-Bretagne (Londres, Rugby et Cheltenham), avant d’entrer en 1888 à la Royal Military Academy de Woolwich qui forme les officiers du Génie et de l’Artillerie, en somme les armes Continuer à lire … « Ernest Swinton et l’arrivée des chenilles dans la guerre »

Batailles méconnues : Romani (4-12 août 1916)

– Dès la fin 1914, avec l’entrée en guerre de « l’Homme malade de l’Europe » aux côtés de Vienne et Berlin, la défense du Canal de Suez devient un enjeu stratégique pour Londres, en raison de sa position sur la route maritime vers l’Inde. En outre, la rive orientale du canal est longée par une voie ferrée qui relie Port-Saïd au nord, à Suez, débouché sur la Mer Rouge. La même voie ferrée est connectée au Caire par le nœud d’Ismailia, juste au nord-ouest du Lac Timsah. Et Ismaïlia marque le point de départ d’un pipe-line qui ravitaille en eau la capitale du protectorat britannique/royaume khédive sous protectorat. Un premier raid eut lieu le 20 décembre 1914 avec des chameliers, suivi d’une attaque de plus grande ampleur du 28 janvier au 5 février 1915 sur la station ferroviaire d’el-Kantara, qui s’était conclue par une victoire Anglo-indienne. Pendant le reste de l’année 1915, les Turcs commandés par le Général allemand Friedrich Kress Freiherr von Kressenstein lancent des raids de harcèlement sur les lignes britanniques. C’est donc une guerre de nature différente que celle du front européen, qui se joue aux portes de l’Égypte ; une guerre faite de mouvements, de flux et de reflux de troupes et d’offensives sur des secteurs limités. 

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1 – STRATÉGIES ET GÉOGRAPHIE

– Mais l’Égypte reste un pivot défensif pour l’État-major impérial et le Ministry of War, par lequel transitent les divisions qui sont envoyées dans la fournaise de Gallipoli durant la première moitié de 1915. Les effectifs les plus importants ont représenté 14 divisions d’Infanterie et plusieurs brigades de Cavalerie. Mais bon nombre de ses unités furent ventilées entre la Mésopotamie et l’Europe. En décembre, une commission militaire conduite par le Lieutenant-General Henry Horne arrive au Caire pour Continuer à lire … « Batailles méconnues : Romani (4-12 août 1916) »

L’offensive Broussilov, une occasion manquée ?

– A la fin 1915, l’EMG de Berlin pense l’Armée russe finie après la victorieuse offensive d’Eberhard von Mackensen de Gorlice-Tarnow en Galicie. D’où le grand débat au sein de l’EMG entre Ludendorff et von Hindenburg qui pensent qu’il faut définitivement mettre la Russie hors d’état de nuire, alors que von Falkenhayn (qui est russophile) mise sur une frappe colossale à l’Ouest afin de forcer les Français à négocier. Mais les Alliés ont aussi planifié toute une série d’offensives à l’échelle européenne. C’est un vent d’Est qui viendra soulager les défenseurs de Verdun mais qui ne soufflera pas jusqu’à Vienne ou Budapest, comme espéré à Saint-Pétersbourg.

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1 – LE CHANT DU CYGNE DE L’ARMÉE DU TSAR

– Les Allemands ne savant pas que l’Armée russe accomplit un redressement pour l’année 1916. En dépit des pertes terribles consenties depuis 1914, la Russie a vu son industrie de guerre accroître sensiblement sa production en obus et en canons. Si le ravitaillement allié en armes et munitions est limité en raison de l’échec de Gallipoli, les navires français et britanniques parviennent à Arkhangelsk via la Mer du Nord ou le Pacifique. Et des trains acheminent continuellement des obus depuis la Sibérie (1). Seulement, l’Armée est sérieusement infiltré par l’esprit révolutionnaire et beaucoup de soldats-paysans supportent de plus en plus mal les mauvais traitement et le manque de considération dont font preuve beaucoup d’officiers. Et au niveau de l’armement, l’Armée de Nicolas II manque cruellement d’artillerie lourde, contrairement à ses adversaires.

– A la fin de l’année 1915, lors de la Conférence interalliée de Continuer à lire … « L’offensive Broussilov, une occasion manquée ? »

Paul von Hindenburg

– Parmi les généraux de Guillaume II, Paul von Hindenburg présente sûrement les états de service les plus remarquables. Il faut dire que la propagande du Kaiser s’est efforcée de le présenter aux Allemands comme le sauveur de la Prusse face aux Russes et comme une sorte de père protecteur du pays durant la Première Guerre mondiale, d’où une grand popularité pendant et après le conflit. Mais aujourd’hui, plusieurs de ses choix stratégiques – décidés en commun avec son « double » Ludendorff en 1917 et 1918 – ont contribué à accélérer la défaite allemande. Figure paternelle et rassurante, il fit consensus comme Président durant les dernières années de la République de Weimar mais contribua lourdement à l’arrivée au pouvoir d’un « vulgaire caporal de Bohème » qu’il méprisait pourtant.

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– CARRIÈRE DE 1864 A 1911

– Fils aîné de Robert von Beneckendorff und von Hindenburg, aristocrate prussien et de Luise Schwickart fille d’un médecin, Paul Ludwing Hans Anton bon Beneckendorff und von Hindenburg voit le jour à Posen (aujourd’hui Poznan en Pologne) le 2 octobre 1847. Si par son père, il peut s’enorgueillir de descendre en ligne illégitime de Heinrich VI de Waldeck dit « le Comte de Fer » et même de Martin Luther, Paul von Hindenburg restera longtemps complexé de l’ascendance plus « modeste » de sa mère, même si être fille de médecin au XIXe siècle reste une situation confortable.
Suivant la tradition familiale, comme il le dira plus tard, Paul von Hindenburg entame la carrière des armes, il entre chez les cadets de Wahlstatt en 1864 et en sort deux ans plus tard avec le grade de Leutnant. Le jeune officier se montre courageux et se distingue au feu contre les Autrichiens à Rosberitz, Königrätz et Sadowa (1866) et contre les Français de Napoléon III. Décoré deux fois, récipiendaire du Roten Adlerorder (Ordre de l’Aigle rouge), il a l’honneur de compter parmi Continuer à lire … « Paul von Hindenburg »