Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918)

– Grâce à leur série d’offensives lancées en août et septembre, les forces du Commonwealth se sont considérablement approchées des fortifications de la Ligne « Hindenburg » (ou « Siegfried-Stellung » pour les Allemands). Pour le coup, les troupes de Douglas Haig se trouvent face à un véritable rempart bétonné et maçonné qui leur barre le passage entre le Front des Flandres et le nord de l’Aisne, leur interdisant le franchissement des Canaux du Nord et de Saint-Quentin. Pour « enfoncer la porte », on va retrouver à l’œuvre deux des meilleurs généraux du Commonwealth, Arthur Currie et John Monash. Cet article propose donc d’expliquer comment ces deux généraux s’y sont pris pour faire sauter cette fortification, avec des techniques et tactiques touchant davantage à la poliorcétique qu’à la simple manœuvre.

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1 – LE DERNIER GRAND REMPART DU KAISER

– Pour rappel, la Ligne « Hindenburg » n’est pas la première ligne fortifiée allemande. Érigée en 1917 sur ordre de Ludendorff et Hindenburg, elle s’intègre en vérité à un ensemble fortifié érigé depuis 1915. Originellement structurée en trois parties (une zone avant, une zone de Blockhäuse, une zone de contre-attaque et une zone de réserve), elle s’étend originellement du secteur de Farbus (Pas-de-Calais) jusqu’à l’entrée du Canal de Saint-Quentin. En outre, elle est prolongée à partir de Moeuvres (à l’ouest de Bourlon) par la Ligne Quéant – Drocourt qui est tombée aux mais des Canadiens le 10 septembre. Mais bien plus qu’une triple ligne de défense, « Hindenburg » se caractérise par un ensemble de lignes (2 principales et 7 plus petites) qui protègent les nœuds routiers et logistiques que sont Cambrai et Mézières. Les lignes « Wotan » et « Hindenburg » sont les mieux fortifiées avec leurs Continuer à lire … « Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918) »

L’Offensive Meuse-Argonne (Sept-Nov. 1918) – 2

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4 – PREMIÈRE PHASE : LES SUCCÈS DE LA IV
e ARMÉE FRANÇAISE

– Le 26 septembre à 05h25
, 2 700 pièces d’artillerie tonnent entre la Suippes et la Meuse selon les procédés de tir de préparation. Vient ensuite le tir de barrage derrière lequel progressent les troupes des IIe, XIe, XXIe et XXXVIIIe Corps d’Armée, appuyées par les Renault FT et couverts par une puissante aviation qui n’a pas grand-chose à craindre des escadrilles allemandes très amoindries. En complément de l’artillerie, les bombardiers Brequet effectuent des bombardements ciblés dans la profondeur du dispositif allemand. Malgré une confusion de départ, l’offensive française démarre très bien. Henri Gouraud dirige très bien son offensive qui emporte 15 km dès le premier jour, soit 2 à 3 fois plus que ce que les Américains ont emporté durant la même journée. Progressant derrière un puissant barrage roulant et bien couverts par l’Aviation, les fantassins et équipages de chars de Gouraud crèvent complètement les lignes de la III. Armee allemande. Les Français reprennent définitivement les villages cédés volontairement le 15 juillet précédent mais qui rappellent au « Poilu » la Seconde Bataille de Champagne de 1915.

– Mais cette fois-ci, c’est la revanche. Les Français reprennent ainsi Somme-Py et Saint-Thierry. Et ceux, dans un terrain beaucoup plus ouvert. La 22e DI du Général Spire (XIe CA de Prax) reprend les ruines de la Ferme de Navarin, de sinistre mémoire. De son côté, le XXIe CA de 

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L’Offensive Meuse-Argonne (Sept-Nov. 1918) – 1

Si Pershing l’avait lu, il aurait poussé des cris d’orfraie et aurait crié au scandale. Le 29 septembre 1918, l’incontournable Edmond Buat couche dans son journal, une ligne aussi révélatrice que lapidaire : « l’état des forces américaines est lamentable ». Rappelons que Buat n’est pas un obscur général de division mais Aide-Major Général, soit le numéro 3 de l’Armée française. Autant dire que grâce à son poste, Buat est au courant des informations qui remontent depuis les différentes parties du front. Ici, le général français fait référence à l’Offensive « Meuse-Argonne » à laquelle les Américains participent activement mais avec des résultats bien en-deçà des espérances de Foch et Pershing. En fait, cette offensive – toujours méconnue – est marquée par une dichotomie entre la maturité tactique et technique française avec l’inexpérience des forces américaines. Et ce, alors que les forces allemandes sont nettement amenuisées.

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1 – CONTEXTE STRATÉGIQUE ET OBJECTIFS

– Chez les Alliés,  au regard du net avantage pris sur la Kaisersheer, quasiment tout le monde est d’esprit offensif en ce premier tiers de septembre 1918. Dans la logique des offensives roulantes de la « Campagne des Cent jours », Ferdinand Foch décide de lancer une série d’offensives coordonnée avec les armées alliées et dans un mouvement convergent vers l’axe Cambrai – Mézières. Preuve que la manière de conduire la guerre a muté, Foch ne privilégie plus une seule portion du front mais regarde l’ensemble de la ligne. Si l’on doit reprendre une image sportive, alors que Ludendorff cherchait à donner un coup direct décisif, Foch frappe son adversaire des pieds et des mains, de face comme dans les flancs. Au début du mois de septembre, Foch consulte tout le monde. Comme le rapporte Edmond Buat, les Britanniques sont enthousiastes. Foch s’entretient avec Continuer à lire … « L’Offensive Meuse-Argonne (Sept-Nov. 1918) – 1 »

Septembre-Octobre 1918 : la victoire alliée dans les Balkans

– Réputée injustement inutile et incompétente, l’Armée d’Orient avait reçu les surnoms méprisants de « Jardiniers de Salonique » de la part de George Clémenceau et de « Side Show » par David Lloyd-George (Ministre des Armements, puis Premier Ministre à partir de 1917). Les soldats d’Orient vont donc être les oubliés des communiqués officiels. Pourtant pour l’historien militaire britannique Sir Basil Lidell-Hart et pour le Général André Beaufre, la campagne du Général Louis Franchet d’Espérey a été exemplaire, car elle s’est caractérisée par une « manoeuvrist approach », ainsi que par une approche indirecte (exploitation systématique des faiblesses de l’ennemi, exploitation en profondeur de l’espace). Nous nous concentrerons ici principalement sur l’année 1918.

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1 – ETAT DES FORCES : AVANTAGE AUX ALLIES

– Sur le front des Balkans, les forces de la Quadruplice se sont nettement amenuisées. le General der Artillerie Friedrich von Schlotz (1851-1927) qui commande le Heeres-Gruppe « von Scholtz » mêlant au départ Allemands et Bulgares, ne compte plus qu’une division allemande dans tous ses effectifs. La XI. Armee de Kuno von Steuben  ne compte plus qu’une seule division allemande pour cinq bulgares. En fait, on peut constater que sur le terrain, la Bulgarie dont les troupes sont démoralisées, reste le principal adversaire. La XI. Armee allemande de Kuno von Steuben (5 divisions bulgares réparties dans les LXI. et LXII. Armee-Korps) tient une ligne entre le Lac Prespa et la Tcherna. La 1re Armée bulgare tient  la Vallée du Vardar, tandis que les 3e et 4e font face aux Britanniques et aux Grecs entre le Vardar et la Strouma. En revanche, les soldats bulgares, comme leurs compatriotes, sont affamés et épuisés. L’économie du petit royaume, basée essentiellement sur l’agriculture, est complètement mise à mal par le blocage de la Méditerranée par les Alliés. Les pénuries ont accru le mécontentement des soldats et les désertions ont sensiblement augmenté. Seule consolation pour les fronts de Macédoine et de Thrace, les Bulgares peuvent encore compter sur des pièces d’artillerie lourde servies par des Allemands.

– Remises sur pied par les efforts d’Adolphe Guillaumat, les Armées Alliées d’Orient sont opérationnelles à Continuer à lire … « Septembre-Octobre 1918 : la victoire alliée dans les Balkans »

Adolphe Guillaumat : « Franchet d’Esperey a obtenu ses lauriers en Orient grâce à mon travail. »

Guillaumat ? Evidemment, ce nom ne vous dit rien… ou si peu. A l’image de certains acteurs, il fait figure de second rôle dont on croise le nom au gré de quelques ouvrages consacrés à la Grande Guerre. Autant le dire tout de suite, il faudra rendre justice à ce général par trop méconnu qui a été injustement privé d’une reconnaissance de l’Histoire qui lui est pourtant dû, à cause de… la confiance qui lui portait Clemenceau ! Restant encre dans l’ombre de Foch et Pétain – comme d’autres – Adolphe Guillaumat a joué un rôle primordial dans la victoire sur le Front d’Orient (Grèce, Macédoine et Serbie). En effet, c’est lui qui a créé l’outil victorieux dont Louis Franchet d’Esperey a usé. Mais pour en savoir plus sur la victoire du Front d’Orient, nous sommes une fois de plus descendu chez Athéna pour interroger l’intéressé. Nous le retrouvons, petit homme au visage arrondi et à la petite moustache en brosse, attablé et sirotant un Vermouth. Il a accepté de nous accorder un long entretien.
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– Mon Général, le public français vous connaît malheureusement mal, sinon très mal. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre parcours ?
– Oh, vous savez, ça ne varie guère de mes congénères : Saint-Cyr – Promotion « des Pavillons noirs » – affectations dans la Coloniale (Afrique, Tonkin), Légion étrangère, breveté d’état-major de l’Ecole de Guerre. En 1914, je commande mais vais jouer ensuite à la grenouille dans le marais de la politique comme Chef du Cabinet Militaire d’Adolphe Messimye en 1913. En 1914, le commande successivement les 33e et 4e Divisions d’Infanterie. J’ai commandé le Ier Corps d’Armée à Verdun et sur la Somme où j’ai pu « admirer » les compétences de stratège de Ferdinand Foch. Mais je peux m’enorgueillir d’avoir reconquis la Cote 304, le Mort-Homme et la Cote du Poivre durant la Seconde Bataille de Verdun (août 1917, NRLR)… que vos écoliers n’apprennent pas en classe. Me trompe-je ?

– Non, malheureusement. Fin 1917, Clemenceau vous envoie prendre la tête du Corps Expéditionnaire d’Orient. Pour quelles raisons ?
« – Les raisons sont aussi politiques que militaires. Je dois vous expliquer en détails. Premièrement, Clemenceau m’envoie là-bas pour remplacer Maurice Sarrail, que l’on dit s’être Continuer à lire … « Adolphe Guillaumat : « Franchet d’Esperey a obtenu ses lauriers en Orient grâce à mon travail. » »

Atteindre la Ligne « Hindenburg » (août-sept. 1918) – Partie 2

PARTIE 2 – L’OFFENSIVE BRITANNIQUE SUR LA SCARPE ET LA SOMME
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1 – LE PLAN DE HAIG

– L’objectif principal britannique est d’avancer sur l’axe Arras – Cambrai afin de repousser les Allemands vers la Belgique et les frontières du Reich. Et dégager Cambrai permettra de mettre la main sur un important axe routier qui connecte le nord du front français à la Belgique. Les ordres de Haig sont les suivants : Continuer à lire … « Atteindre la Ligne « Hindenburg » (août-sept. 1918) – Partie 2 »

Atteindre la Ligne « Hindenburg » (août-sept. 1918) – Partie 1

Rappel : le 10 août, la Fourth Armee dut arrêter sa puissante offensive aux portes de Chaulnes, tandis que les Ire et IIIe Armées françaises durent se contenter d’une progression plus limitée – mais réussie – vers Noyon et Tergnier, après avoir libéré Montdidier. Mais au lendemain de cette victoire, Foch demande aux Britanniques de relancer leur offensive pour faire sauter le verrou que représente la Somme. Foch souhaite en fait étendre la Bataille de Picardie en lançant une série d’offensives afin de reconquérir le terrain perdu depuis le mois de juin. Foch et Haig vont pouvoir compter sur un contexte très favorable marqué par le net affaiblissement de l’Armée allemande et le moral gonflé de leurs soldats. Ce chapitre assez méconnu de l’année 1918 fera l’objet de d’une suite d’articles, lesquels porteront sur les opération successives de la Campagne des Cent Jours qui ont mené à la percée de la Ligne « Hindenburg ». Les deux premeirs seront consacrés aux considérations stratégiques, à l’offensive française entre l’Oise et la Vesle, ainsi qu’à la méconnue Seconde Bataille d’Arras qui fut bien plus victorieuse que celle de 1917*.

Sept. 1918

PARTIE 1 – TRANSFORMER L’ESSAI DES 8 – 10 AOÛT

1 – LES PLANS DE FOCH

– A la moitié du mois d’août, Foch décide d’attaquer entre la Scarpe et la Somme, pendant que les  Français attaqueront entre l’Oise et la Somme (Fayolle) et que les Américains lanceront une attaque contre l’épaule du front, contre le saillant de Saint-Mihiel. Jean-Christophe Notin relate que cette demande du nouveau Maréchal de France eut le don de faire enrager Henry Rawlinson qui se serait écrié : « Ce n’est par Foch qui commande l’Armée anglaise ! (1) » Mais la palme de la mauvaise foi revient sûrement à Herbert Lawrence, le nouveau chef d’état-major de Haig, comme le souligne Jean-Yves Le Naour. Ainsi, Lawrence – qui n’a connu que le front du Moyen-Orient – a le toupet de déclarer que l’Armée française « ne fait rien ». Après avoir perdu plus de 400 000 soldats (tués et blessés) depuis le mois de mars et sauvé la mise à une armée anglaise, les Français avaient de quoi rire jaune (2).

– Mais en dépit des récriminations de ses subordonnés, Douglas Haig entend suivre Foch car il voit bien que la victoire alliée deviendra une réalité. Du coup, l’Ecossais décide d’obtenir une bonne part des lauriers de Continuer à lire … « Atteindre la Ligne « Hindenburg » (août-sept. 1918) – Partie 1 »