Rêveries mexicaines de la diplomatie allemande : le Télégramme Zimmermann

– Alors que la Grande Guerre déchire le Vieux Continent, le Mexique donne une image presque identique à celle véhiculée par les Westerns italiens des années 1960-1970, avec ses coups d’états, ses révoltes marquées par de violents affrontements entre peones en armes et Federales. Mais le pays devient – quasiment malgré lui – l’acteur de la scène stratégique de la Première Guerre mondiale, avec comme protagonistes la diplomatie allemande, le renseignement britannique et les Etats-Unis.

 

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Arthur Zimmermann

– En 1917, la vie politique du Mexique – façonnée par la violence – connaît une relative stabilité depuis l’arrivée aux affaires du Président Visturiano Carranza. Mais le pays sort à peine de la dure présidence de Vittoriano Huerta (personnage brutal et amateur de marijuana), auteur de la « Décade tragique » du 19 février 1913, c’est-à-dire un coup d’état sanglant à l’issue duquel le Président d’alors Francisco Madero et le vice-président José Pino Suarez trouvent la mort. C’est notamment sous Continuer à lire … « Rêveries mexicaines de la diplomatie allemande : le Télégramme Zimmermann »

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La première Ligne Siegfried (1917-1918)

Pour la Kaisersheer, la fin de l’année 1916 à l’Ouest s’achève par un bilan mitigé. L’offensive de von Falkenhayn à Verdun s’est soldée par une atroce bataille d’attrition qui n’a pas entamé le moral des Français qui y ont laissé du sang, mais ne sont pas prêts de capituler. Sur la Somme, les divisions allemandes se sont épuisées dans un combat défensif mais ont empêché Haig de percer. En revanche, le cumul de près de dix mois de batailles sur deux fronts ont coûté environ 900 000 hommes aux troupes de Guillaume II. Et le temps joue contre les Allemands.

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– Au début de l’année 1917, les troupes allemandes en France et en Belgique représentent 2,5 millions d’hommes (134 divisions), établis dans des positions défensives entre la Mer du Nord et la frontière Suisse. La Kaisersheer fait donc face à une masse de 4 millions de Français, Belges, Anglais, Canadiens, Australiens et Néo-Zélandais (175-180 divisions).  De plus, Berlin doit aussi maintenir un corset suffisamment solide en Russie après avoir empêché l’allié austro-hongrois de s’effondrer lors de l’Offensive Broussilov et corrigé la Roumanie. Par conséquent, Erich Ludendorff et Paul von Hindenburg (les véritables patrons de l’Allemagne – le premier en particulier) décident d’ériger une ligne Continuer à lire … « La première Ligne Siegfried (1917-1918) »

1915-1917 : Campagne britannique contre les Sénoussi (Libye – Egypte)

Comme en écho avec l’actualité brûlante concernant l’actuel état de la Libye, cet article va traiter d’un front mouvant et périphérique de la Grande Guerre, puisqu’il s’agit de la campagne menée par les forces britanniques d’Egypte contre les Sénoussis de Tripolitaine entre 1915 et 1917. Une campagne qui opposa une force constituée relativement moderne à un ensemble de tribus réunis autour d’une Confrérie musulmane.
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– Juste avant la Première Guerre mondiale (1912-1913), l’Italie et l’Empire Ottoman s’étaient affrontés pour la possession de la Libye. Courte guerre qui s’était soldée par une victoire de la Reggia Escercita contre « l’Homme malade de l’Europe » et qui vaut au Royaume d’Italie d’obtenir l’administration de ce nouveau territoire situé entre la Méditerranée et le Sahara (Traité d’Ouchy), qui réunit d’ailleurs deux anciennes provinces romaines (1). Le cadeau est quelque peu empoisonné, puisque la Tripolitaine se trouve jusque-là aux mains des Senoussi. Le terme, qui désigne davantage une confrérie hétérodoxe de l’Islam, vient de son fondateur Mohammad Ibn Ali as-Senoussis (1787-1859), un étudiant en théologie du Caire natif de Mostaganem qui critiqua l’interprétation littérale du Coran par les Oulémas d’al-Azhar. Après un séjour près de La Mesque Mohammad as-Senoussis s’installe au « Monastère blanc » de Zawiya Bayda, près des montagnes de Sidi Rafaa (1843) où son enseignement d’influence soufie et son mode de vie austère suscite l’attirance des Bédouins et des tribus berbères des environs.

– Mais les Ottomans le placent « sous surveillance » à l’oasis de Jaghub, près de Siwa, non loin de la Frontière de l’Egypte. Son fils aîné qui lui succède, Sayyid Muhammad al-Mahdi bin Sayyid Muhammad as-Senussi (1845-1902) est soutenu par le Sultan Youssouf, sensible à l’enseignement d’as-Sennous. Mais il exerce de facto le pouvoir dans la région, bien plus que Continuer à lire … « 1915-1917 : Campagne britannique contre les Sénoussi (Libye – Egypte) »

Avions en mer ; quand la Grande-Guerre invente l’aéronavale – Partie 2

3 – LA TORPILLE PREND L’AIR

– Les attaques de navires à la bombe s’avérant infructueuses, les belligérants misent plutôt sur des torpilles embarquées sur des avions. Mais compte-tenu du poids de l’engin qui peut handicaper l’appareil en vol – le contraignant à ne pas voler au-delà d’une certaine altitude – aucun appareil ne peut embarquer plus d’une torpille. Du côté des Empires Centraux, les Allemands et les Austro-Hongrois répondent aux Britanniques. Les premiers conçoivent l’hydravion « Gotha » WD. 14, chargé d’attaques à la torpille contre des navires. Produit à 69 exemplaires en tout, il est néanmoins vulnérable aux ripostes de chasse.

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Hydravion allemand Gotha WD.14

– Du côté britannique, le Commodore Murray Sueter se  fait l’avocat de l’emploi d’avions torpilleurs contre les flottes allemande et austro-hongroise. Placé à la tête de l’Air Department, le Commodore Murray Sueter convertit, dès 1914, 3 AD-1000 en torpilleurs (avions de reconnaissance à long rayon d’action inspirés des Sikorsky). Mais l’engin se révèle inadéquat. Du coup, Sueter fait appel au concepteur d’avions Frederick Handley-Page qui travaille sur Continuer à lire … « Avions en mer ; quand la Grande-Guerre invente l’aéronavale – Partie 2 »

Avions en mer ; quand la Grande-Guerre invente l’aéronavale – Partie 1

– Quand on pense au mot « aéronavale », nous viennent très vite en tête les images des grands affrontements de la Guerre du Pacifique entre Américains et Japonais. Mais comme pour beaucoup d’aspects de la Seconde Guerre mondiale, l’aéronavale a bien eu ses précédents et ses pionniers durant la Grande Guerre et même avant. En effet, c’est à la fin de la Belle Epoque que l’on découvre le potentiel des avions dans une potentielle future guerre navale. L’élément naval, qui était jusque-là l’apanage des cuirassés et autres dreadnoughts, se retrouve « relié » à l’élément aérien. L’emploi des appareils en mer reste en effet bien moins « médiatisé » que les affrontements au-dessus du front de l’Ouest, car peu spectaculaire en comparaison des exploits des « as ». Mais il s’intègre dans un processus de réponses à de nouvelles menaces (sous-marins, Zeppelin) qui engendre de nouvelles techniques d’emplois, qui elles-mêmes donnent naissance à de nouveaux types d’avions et de vaisseaux.

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Décollage d’un Sopwith « Pup » sur ne plateforme installée sur le croiseur australien « Sydney »

1 – QUAND L’AVION CONTESTE LE RÈGNE DES GRANDS CUIRASSES  

– Au début du XXe siècle, une bonne partie des officiers considère que les cuirassés et autres dreadnoughts sont les « armes absolues » sur mer. Et on estime alors  que l’aviation n’est rien d’autre que du sport pour officiers oisifs. Pourtant, les innovations techniques propres à la fin de la Belle Epoque font des émules chez les jeunes officiers et certains responsables militaires. Et l’aéronautique navale en fait partie. Winston Churchill pour la Grande-Bretagne, le Rear-Admiral Bradley A. Fiske pour l’US Navy, René Daveluy et Paul Teste pour la France, ainsi qu’Alessandro Guidoni et Mario Caldarera pour l’Italie sont les promoteurs de ce nouvel emploi des biplans (1). Du côté des « conservateurs », sévères gardiens du dogme de l’emploi du cuirassé, on s’agace de voir les dossiers « novateurs » s’accumuler sur les étagères des différents bureaux des états-majors navals d’Europe.
Seulement, l’évolution de l’aviation va donner raison aux thuriféraires de l’aéronautique. Si en 1908 l’Amirauté britannique a raison d’estimer que Continuer à lire … « Avions en mer ; quand la Grande-Guerre invente l’aéronavale – Partie 1 »

La Marine du Soleil levant en Méditerranée (1917-1918)

On a tendance à l’oublier mais l’Empire du Japon, « réveillé » par l’Ere Meiji et puissance montante en Extrême-Orient et dans le Pacifique depuis sa victoire sur la Russie en 1904-1905, est entré en guerre aux côté des forces de l’Entente dès 1914. Rappelons que l’Empire de Yoshihito (Taisho Tenno) est l’allié de Londres dans le Pacifique. « Fille » du dynamisme industriel de l’ère Meiji, la Marine impériale nippone a d’ailleurs bénéficié de l’aide d’ingénieurs et d’officiers britanniques, ce qui s’est avéré fort utile lors de la retentissante victoire de Tsushima. Avant 1914, la Marine japonaise est l’une des plus puissantes au monde, disputant la troisième place à l’US Navy, juste derrière la Royal Navy et la marine allemande mais nettement devant la française.  De plus, les Japonais qui ne cessent de lorgner sur l’agonisant et déclinant Empire Qinq, depuis le traité de Shimonoseki (1895) veulent étendre leur influence commerciale en Asie. Or, Tokyo se heurte vite aux prétentions outre-mer de l’Allemagne de Guillaume II. Les Japonais veulent s’implanter dans la province du Shandong mais les Allemands y sont déjà bien installés avec la construction du port de Qingdao (ou Tsing-Tao). La Grande-Bretagne, qui ne serait guère fâchée de voir l’Allemagne quitter le Pacifique soutient donc Tokyo.

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Destroyer de la classe « Kaba » ici en Méditerranée (probablement au large de l’Italie ou de la Grèce)

– Ainsi, de septembre à novembre 1914, les forces de l’Amiral Kato Sadakichi et du Général Kamio Mitsuomi font le siège du port allemand qui finit par se rendre. Mais si l’Armée de Terre nippone (formée en partie « à l’allemande ») ne sera guère employée, la Marine impériale continue de servir aux côtés des Alliés durant le conflit. Ainsi, elle participe à la traque des derniers navires allemands dans le Pacifique et contribue à la prise de Continuer à lire … « La Marine du Soleil levant en Méditerranée (1917-1918) »