Passchendaele (13) – Bilan

« Aucun soldat intellectuellement normal ne peut se faire le défenseur de cette campagne insensée. » Cette phrase lapidaire n’a pas été rédigée sous la plume d’un Tommy ou d’un ANZAC écœuré. L’auteur n’est autre que David Lloyd-George qui résume le sentiment général quant à l’issue de quatre mois de bataille. Mais les récits des soldats qui y décrivent la souffrance, la boue, la mort et le dégoût sont légion (1). En témoignent les vers de Siegfried Sasoon marqués par la rébellion envers l’absurdité des combats dans le saillant d’Ypres.

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– Effectivement, au vu du nombre des pertes pour 10 km conquis en quatre mois, les Britanniques n’ont pas de quoi pavoiser. Les chiffres des pertes ont varié entre les calculs officiels et ceux des historiens. Les pertes des Troupes du Commonwealth se chiffrent entre 220 000 et 275 000 hommes, avec plus de 50 000 tués et 42 000 portés disparus. Notons également que 90 000 corps n’ont pu être identifiés. Au sein des troupes du Commonwealth, ce sont les Australiens qui ont le plus souffert, tant en nombre qu’en Continuer à lire … « Passchendaele (13) – Bilan »

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Passchendaele (12) – Dernier acte

Après l’échec de l’ANZAC devant Bellevue, Douglas Haig ne compte pas relâcher la pression et espère obtenir un nouveau succès, même si plusieurs généraux ont durement accusé le coup, de même que les soldats australiens et néo-zélandais. Plus tard, Haig aguera que cette décision a été prise en raison de la nécessité de faire pression sur l’Armée française pour qu’elle reprenne l’offensive. Haig avait l’impression que les Français étaient affaiblis et ne voulaient plus se battre. Impression entièrement fausse, juge l’historienne britannique Elizabeth Greenhalgh, puisque les Français ont remporté deux nets succès, à objectifs limités certes, à Verdun et au Fort de la Malmaison. Mais sur le front de Passchendaele, Haig veut que le plateau tombe avant l’hiver (1). Mais pour quels objectifs finaux ?

 

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1 – LES DERNIÈRES ILLUSIONS DE HAIG

– Le 13 octobre, une réunion est tenue à Cassel (QG de la Second Army) en présence de Haig, Launcelot Kiggell (chef d’état-major du BEF), John Charteris (chef du Renseignement du BEF), John Davidson (chef des Opérations du BEF), Herbert Plumer et Hubert Gough. L’aéropoage débat de savoir si l’offensive doit être poursuivie, ou non. Selon Haig, peu découragé par la déconvenue de Bellevue, il faut relancer l’effort lorsque le temps sera redevenu clément et que le terrain sera moins détrempé. Sauf que le mois d’Octobre est particulièrement pluvieux, avec sept jours de fortes intempéries (7, 8, 13, 17, 24, 25, 26). Et comme personne ne conteste les ordres du Field Marshall la question est reformulée suivemment : si l’attaque est relancée, quel en sera le prix ?

– Haig confie donc l’attaque au Canadian Corps d’Arthur Currie qui se trouve au Continuer à lire … « Passchendaele (12) – Dernier acte »

Caporetto (4) – La victoire totale qui n’eut pas lieu

Le titre de cet article peut être provocateur. Passé leur succès foudroyant de la dernière semaine d’octobre, les Empires Centraux peuvent se targuer d’un succès foudroyant sur l’Armée italienne. Succès dû à la supériorité tactique germano-autrichienne. Mais comme l’a bien montré Jean-Yves Le Naour, Erich Ludendorff NE VOULAIT PAS D’UNE VICTOIRE TOTALE SUR L’ITALIE. La raison Le Chef d’état-major adjoint du GQG de Berlin ne croit pas que la Guerre se gagnera sur les flancs des Alpes et dans les plaines de Vénétie (1). Rappelons-le, Ludendorff souhaitait d’abord soulager l’Armée austro-hongroise à moyen terme pour éviter à l’Empire pluricentenaire de s’écrouler. Marque de la subordinnation de l’état-major de Vienne à celui de Berlin, le rythme des opérations en Italie est dicté par l’engagement des troupes d’Otto von Below. Or, à Vienne, Arz von Straussenburg et Charles Ier ne demandent que ce que l’Italie sorte définitivement de la Guerre. Par conséquent, en novembre les deux alliés (bientôt seigneur et vassal) ne se trouvent plus sur la même longueur d’onde dans la poursuite des opérations, créant là, ce que l’historien Mario Morselli qualifie d’absence de « leadership ». Du coup, contrairement à Riga, Caporetto ne marque pas la fin du Reggio Escercito, ni même du règne de Victor-Emmanuel III.

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1 – L’EPEE GERMANO-AUTRICHIENNE S’EMOUSSE 

– A première vue, après cinq jours de combat, les Allemands et les Austro-Hongrois ont de quoi être satisfaits. Mais sur le terrain, la formidable épée de von Below commence à s’émousser, d’autant que les différents états-majors, aux différents échelons, peinent parfois à s’entendre. Par conséquent, les armées des deux empires centraux prennent plusieurs retards qui vont profiter aux Italiens. Déjà, dans son journal, Otto von Below écrit avec amertume qu’à Marburg (QG de l’état-major impérial et du Front du Sud-Ouest) « tout le monde a perdu la tête ». En fait, le foudroyant succès du 24 octobre donne le tourni aux Austro-Hongrois qui s’en trouvent soudainement inquiets. Selon von Below, les Autrichiens demandent l’arrêt de l’offensive « à cause du ravitaillement » qui suit avec difficulté. Mais l’histoire officielle austro-hongroise prêtent plutôt à Julius Kaiser l’initiative d’avoir stoppé son k.u.k II. Armee-Korps le long de la voie de chemin de fer Udine – Palmanova afin de ne pas entrechoquer ses colonnes avec le Gruppe « Scotti ». Il n’empêche, en raison du manque de coordination dans les communications entre grandes unités, von Below et ses homologues austro-hongrois mettent vingt-quatre heures à se rendre compte qu’il leur faut prendre Latisana et Codroipo pour piéger entièrement la 3° Armata du Duc d’Aoste. Allemands et Austro-Hongrois ont étalement la possibilité de faire sauter les ponts afin d’empêcher les Italiens de se replier (2).

– Mais le Duc d’Aoste réagit plus promptement en mettant à profit les vingt-quatre heures inespérées pour Continuer à lire … « Caporetto (4) – La victoire totale qui n’eut pas lieu »

Caporetto (3) – Le choc du 24 octobre

Nous l’avons vu, avant-même le déclenchement de la Douzième Bataille de l’Isonzo, la XIV. Armee allemande est bien préparée pour se lancer à l’assaut de la vallée de l’Isonzo face à un commandement italien – disons-le – en dessous de tout. Le premier jour de l’offensive sera marqué par un succès foudroyant qui va faire disparaître deux centaines de milliers de soldats italiens des tableaux d’effectifs. Caporetto inaugure le renouvellement de la Guerre de mouvement mais cette offensive viendra s’émousser sur les bords de la Piave, permettant à l’Italie d’opérer un spectaculaire – sinon miraculeux – redressement.

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1 – UN SUCCÈS TACTIQUE FOUDROYANT (24 OCT.)

– Au soir du 23 octobre, les Sturmtruppen, Bataillons de montagne allemands et formations d’infanterie austro-hongroise sont tous fin prêts. Von Below avait prévu de lancer son attaque le 22 octobre mais en raison du temps particulièrement couvert, il a été contraint de la différer au 24. Mais au moins, à cause du ciel, les aviateurs italiens n’ont pas l’idée d’effectuer des reconnaissances au-dessus des positions austro-allemandes. Pour améliorer la coopération entre troupes d’assaut et l’artillerie, les fantassins se sont vus attribuer des postes téléphoniques avec des fils déroulables afin de definer les cibles aux servants de batterie. Mais il y a tout de même un hic. A cause du blocus économique et naval imposé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, l’Allemagne connaît une grave crise économique et alimentaire. Les ersatz trouvés par les chimistes ne suffisent pas à nourrir la population, en sachant que l’immense majorité des denrées part pour le front nourrir les soldats. Mais ça n’est pas encore suffisant et les problèmes de ravitaillement se font sentir. Les soldats sont tenaillés par Continuer à lire … « Caporetto (3) – Le choc du 24 octobre »

La victoire du Fort de la Malmaison : objectif limité, succès total (23-26 oct. 1917)

Tout comme la Seconde Bataille de Verdun, la Bataille du Fort de la Malmaison reste encore occultée par la défaite du Chemin de Dames. Pourtant, déclenchée par le Commandement dans le cadre des offensives à objectifs limités, elle a répondu avec un net succès, à des impératifs tactiques et surtout, aux impératifs moraux et politiques du moment.

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1 – LE CHOIX DU COMMANDEMENT FRANÇAIS 

– Loin d’avoir été une inspiration soudaine de « Philippe Auguste » (Pétain), l’offensive limitée du Fort de la Malmaison est couchée dans les plans du Commandement français depuis l’été. Certes, Pétain veut frapper sur des objectifs limités sans rechercher la percée mais, il souhaite lancer des attaques vigoureuses et puissantes dans un enchaînement rapide. Ainsi, lorsque la IInde Armée de Guillaumat aura reconquis le Mort-Homme, les Cotes 304 et 306 à Verdun, la VIe Armée du Général Paul Maistre (qui dépend du Groupe d’Armées Centre – G.A.C – du Général Emile Fayolle) dégagera le saillant articulé autour du Fort de la Malmaison, aux mains des Allemands depuis le 1er septembre 1914. Ainsi, l’objectif est limité à une portion du Front de l’Aisne et doit d’abord contribuer à remonter le moral de l’Armée française en tablant sur un succès rapide où la technique et la puissance de feu auront le premier rôle. Le secteur choisi a une portée symbolique. En effet, situé à mi-chemin sur la route Continuer à lire … « La victoire du Fort de la Malmaison : objectif limité, succès total (23-26 oct. 1917) »

Les tranchées sur le grand écran

Chers lecteurs, chères lectrices, je vous propose cette semaine un article assez inhabituel puisqu’il touche autant à l’Histoire qu’à la Cinéphilie. Le thème des combattants dans les tranchées ayant nourri le cinéma depuis le temps des films muet, je vous propose donc une rétrospective des films sur ce même thème.

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– Sorti peu avant l’Armistice de 1918, « Charlot en soldat » (« Shoulder Arm ») revient sur la vie dans les tranchées sur un ton comique et burlesque. Charlie Chaplin reviendra également surles derniers moments de la Première Guerre mondiale et ses conséquences dans « Les temps modernes ».

– Bien qu’ouvertement pacifiste, l’excellente adaptation de l’œuvre d’Erich Maria Remarque « A l’ouest rien de nouveau » Lewis Milestone (1932) reste l’une des grandes références dans le cinéma traitant de la Grande Guerre. Et qui plus est, traité du point de vue allemand. Une superbe et tragique plongée au cœur de l’orage d’acier, pour reprendre les mots d’Ernst Jünger.

« Les Croix de bois » réalisé en 1931 par Raymond Bernard, avec Pierre Blanchard, Gabriel Gabrio et Charles Vanel. Il s’agit de l’adaptation (réussie) du récit de guerre éponyme de Roland Dorgelès. Le film est considéré comme très réaliste car R. Bernard avait demandé le concours d’anciens Poilus et de l’Armée qui l’avait autorisé à tourner sur un champ de bataille. Le film a été réédité en DVD en 2014 pour le Centenaire.

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– Avec « Sergent York », Howard Hawks aborde la Première Guerre mondiale pour la quatrième fois. Sauf que réalisée en 1941, cette œuvre s’inscrit vraiment dans une démarche de propagande patriotique face à la situation européenne. Mais on appréciera la qualité de la réalisation et de la technique. Film biographique, il a été tourné du vivant même d’Alvin C. York, sous-officier plusieurs fois décoré pour le nombre de soldats allemands qu’il a tués ou blessés à l’automne 1918. York refusa d’abord que cet épisode de sa vie soit porté sur le grand écran mais finalement, accepta. Hawks montre alors le parcours d’un jeune objecteur de conscience de l’Amérique profonde qui va devenir l’un des soldats les plus décorés de l’US Army. Il reçu deux Oscars dont celui du Meilleur Acteur pour Gary Cooper.

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– Soulignons aussi les films visant à dénoncer l’absurdité de la guerre. En premier lieu, la comédie musicale de Richard Attenborough « Dieu que la Guerre est jolie » (« Oh ! What a lovely War ») qui bénéficie néanmoins d’une reconstitution historique plutôt remarquable, au-delà du propos du film. Chez les Italiens, on relève « Des hommes contre… » de Francesco Rossi, film à charge contre les officiers italiens et les ordres ineptes. Notons qu’il est le premier film a traité de la fameuse fraternisation entre soldats des deux camps en décembre 1914. Et ce, bien avant la fiction de Christian Carion « Joyeux Noël ».

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– Film tourné en Australie et en Égypte (avec de beaux plans sur les pyramides de Gizeh), le « Gallipolli » de Peter Weir est plutôt bien réalisé. Sans prendre un ton apologétique de la Guerre, il n’est pas non plus antimilitariste militant, Weir et David Williamson le scénariste, ayant préféré montrer l’absurdité de certains ordres donnés mais aussi la camaraderie et la fraternité d’armes. Weir a aussi voulu montrer la brutalité du passage de l’adolescence insouciante à l’âge adulte dans le fracas des armes. Et comme nous sommes dans un film historique anglo-saxon, la reconstitution historique est de qualité. Les combats des Dardanelles feront aussi l’objet du film turc « Gallipoli. La bataille des Dardanelles » de Kemal Uzun (au ton très patriotique) et du dernier film de Russel Crowe « La promesse d’une vie » (« The Water diviner ») sorti cette année (2015) et qui a eu un franc succès en Australie.

– Avec le film britannique « La tranchée » (« The Trench ») William Boyd aborde la bataille de la Somme du point de vue de jeunes soldats britanniques inexpérimentés. Cette fiction intimiste et minimaliste montre les quarante-huit heures qui précèdent le sanglant assaut du 1er juillet 1916. On y voir des soldats confrontés à la peur, l’angoisse et l’attente. Avec Daniel Craig dans l’un de ses premiers rôles, très crédible en Sergent.

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– Moins connu au près du public français, le film de Robert Clem « K Company » inspiré du récit de William Novel March, aborde les combats d’Argonne du point de vue américain et les troubles individuels qui en résulte. Une manière de critiquer l’engagement américain outre-mer. Je cite également un très bon petit film de guerre, « Le bataillon perdu » de Russel Mulcahy (à qui l’on doit  « Highlander »qui pour le coup, narre les combats de soldats du 307th Infantry Regiment isolé dans un bois d’Argonne en septembre 1918. En outre, il s’agit d’une histoire vraie. Mais les tranchées ne sont montrées qu’au début du film.

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– J’ajoute à cette liste untrès bon film australien, le trop méconnu « Beneath Hill 60 »  (mal) traduit en français sous le titre « Commando de l’ombre ». Réalisé par Jeremy Hartley Sims, il nous plonge dans la « guerre des tunnels » menée par une unité des Australian Engineers dans les batailles de la Somme et de la Crête de Messines. A hauteur d’homme et avec des moments d’angoisse, ni militariste, ni pacifiste, en plus d’une très bonne reconstitution. A voir donc pour ceux et celles intéressé(e)s par l’histoire des troupes de Dominions. De moins bonne qualité, on trouve également le film canadien « Passchendaele » de David Gross. Mais au moins, la séquence de combat dans la boue des Flandres vaut le coup d’œil.

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– Enfin, tout récemment, le dernier film d’Albert Dupontel « Au-revoir là haut » d’après l’ouvrage de Pierre Lemaître (Prix Goncourt) nous montre une scène de combat de tranchées particulièrement bien reconstituée et filmée, avec un très bon cadrage, comme le fait remarquer le Fossoyeur des films.

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L’Ober Ost (Arte)

Chers lecteurs, chères lectrices, je vous recommande cette passionnante émission d’Arte qui montre que l’idée allemande de coloniser des territoires d’Europe de l’Est ne datait nullement des années 1930. Et ce qui expliquera bien des choses.

Avec l’intervention d’historiens britanniques, allemands et américains.

https://www.arte.tv/fr/videos/067809-000-A/l-ober-ost-colonie-militaire-du-reich/