Septembre-Octobre 1918 : la victoire alliée dans les Balkans

– Réputée injustement inutile et incompétente, l’Armée d’Orient avait reçu les surnoms méprisants de « Jardiniers de Salonique » de la part de George Clémenceau et de « Side Show » par David Lloyd-George (Ministre des Armements, puis Premier Ministre à partir de 1917). Les soldats d’Orient vont donc être les oubliés des communiqués officiels. Pourtant pour l’historien militaire britannique Sir Basil Lidell-Hart et pour le Général André Beaufre, la campagne du Général Louis Franchet d’Espérey a été exemplaire, car elle s’est caractérisée par une « manoeuvrist approach », ainsi que par une approche indirecte (exploitation systématique des faiblesses de l’ennemi, exploitation en profondeur de l’espace). Nous nous concentrerons ici principalement sur l’année 1918.

Uskub
1 – ETAT DES FORCES : AVANTAGE AUX ALLIES

– Sur le front des Balkans, les forces de la Quadruplice se sont nettement amenuisées. le General der Artillerie Friedrich von Schlotz (1851-1927) qui commande le Heeres-Gruppe « von Scholtz » mêlant au départ Allemands et Bulgares, ne compte plus qu’une division allemande dans tous ses effectifs. La XI. Armee de Kuno von Steuben  ne compte plus qu’une seule division allemande pour cinq bulgares. En fait, on peut constater que sur le terrain, la Bulgarie dont les troupes sont démoralisées, reste le principal adversaire. La XI. Armee allemande de Kuno von Steuben (5 divisions bulgares réparties dans les LXI. et LXII. Armee-Korps) tient une ligne entre le Lac Prespa et la Tcherna. La 1re Armée bulgare tient  la Vallée du Vardar, tandis que les 3e et 4e font face aux Britanniques et aux Grecs entre le Vardar et la Strouma. En revanche, les soldats bulgares, comme leurs compatriotes, sont affamés et épuisés. L’économie du petit royaume, basée essentiellement sur l’agriculture, est complètement mise à mal par le blocage de la Méditerranée par les Alliés. Les pénuries ont accru le mécontentement des soldats et les désertions ont sensiblement augmenté. Seule consolation pour les fronts de Macédoine et de Thrace, les Bulgares peuvent encore compter sur des pièces d’artillerie lourde servies par des Allemands.

– Remises sur pied par les efforts d’Adolphe Guillaumat, les Armées Alliées d’Orient sont opérationnelles à l’été 1918. En France, les combats font rage mais les offensives de Ludendorff sont enrayées chacune à leur tour. D’autant plus que l’Autriche est sérieusement bloquée sur le Front Italien et que le Grand Quartier Général de Berlin a retiré plusieurs divisions allemandes du Front des Balkans. – Le 18 juin 1918, Adolphe Guillaumat est rappelé en France pour protéger Paris qui est menacée par l’avancée allemande sur l’Aisne et laisse sa place à l’exceptionnel Louis Franchet d’Espérey. Mais il faut dire que Clémenceau, qui le déteste a fait en sorte de l’envoyer loin du Front français. Ironique, quand on sait la campagne que l’ancien officier de la Coloniale va mener. De son côté, Adolphe Guillaumat ne va pas rester inactif pour l’Armée d’Orient. Durant l’été 1918, il joue le rôle d’ambassadeur de la France auprès de David Lloyd-George pour inciter Londres à participer aussi à l’offensive dans les Balkans.

– En septembre 1918, les Armées Alliées d’Orient comptent 600 000 hommes, 284 Bataillons, 2 000 pièces d’artillerie (moyen et gros calibres) et 200 avions en état de voler. La supériorité face aux armées germano-bulgare est nette. Les « Centraux » alignent 400 000 hommes, 1 800 canons et 80 avions en état de voler. D’autre part, ce sont les Bulgares qui composent la majorité des effectifs ennemis, puisque les Allemands et les Austro-Hongrois ont évacué 3 divisions du front. En revanche, comme le dit le Colonel Max Schiavon, les tableaux d’effectifs ne doivent pas tromper. Les divisions françaises conservent un schéma type ayant cours sur le Front de l’Ouest (12 000 hommes environ), de même que leurs homologues britanniques. En revanche une division serbe correspond à une brigade française ou anglaise, de même que pour une division hellénique. Enfin, une « Armée » serbe équivaut, peu ou prou, à un Corps d’Armée français.

L. Franchet

Louis Franchet d’Espèrey

La répartition des forces est la suivante :
– Albanie – Lac Prespa : XVI° Corpo di Armata
– Ouest (Lac Prespa – Ochrida – Monastir – Boucle de la Tcherna) : Armée Française d’Orient (6 divisions d’infanterie) + 35e Division italienne.
– Centre (Vallée de la Mogléna -Vardar) : 1re et 2nde Armées Serbes ; 1re Groupement de Divisions d’Infanterie.
– Est (Lac Doïran – Strouma) : Salonika Army (4 divisions) et IIIe Corps d’Armée grec.

ODB CAA

2 – LE PLAN DE FRANCHET D’ESPEREY

– Arrivé en Orient au mois de juin, Louis Franchet d’Espèrey reprend la structure que lui a légué Adolphe Guillaumat, comme a pu très bien le détaillé le Colonel Gérard Fassy. conserve tous les membres de l’état-major du C.A.A. en place, de même que les généraux français. Cependant, il doit attendre l’autorisation des gouvernements italiens et britanniques pour lancer son opération. Notons que les Britanniques ont consenti à fournir plusieurs divisions en Grèce car le Royaume se situe à proximité des détroits de Constantinople. Et Londres n’oublie pas de faire en sorte d’assurer ses intérêts en Méditerranée Orientale. Et les généraux britanniques ne l’oublient pas. Celle-ci arrive dans la seconde partie de l’été 1918. Franchet d’Espèrey commande à toutes les forces alliées et a comme subordonnés le Général Paul Henrys, le Lieutenant-General George Milne, le Voïvode Zivojin Misic, le Général italien Guglielmo Ferrero, ainsi que les généraux grec Emmanuel Ioannou et Panagiotis Danglis.

– Pour son offensive, Franchet d’Espèrey a néanmoins vu ses options réduites depuis 1917. Au nord de Monastir, les Bulgares ont renforcé leurs lignes de défense ce qui rend l’effet de surprise caduque. Sur l’aile droite (est), le secteur des marais de la Struma et du Lac Takinos est particulièrement difficile. Et quand bien même les fantassins eussent réussit à franchir le terrain humide, il leur faudrait gravir les pentes des Monts Bélès. Hors de question donc de passer par là. Quant à l’Albanie, il n’en est pas question car les Italiens y sont particulièrement réticents et les Français craignent par-dessus tout la mauvaise volonté des officiers transalpins. Illustration ; en juin-août 1918, une belle attaque menée par le 372e RI du Colonel Ordioni, le Régiment de Marche des Spahis du Maroc (Colonel Guespereau) et le Tabor Albanais a chassé les Autrichiens du plateau de Bofnia, de Kosnica et de la Hola pour laisser la route libre de Berat au XVI° Corpo di Armata de Guglielmo Ferrero. Mais l’inconstance et le manque de mordant du Général transalpin permet aux Austro-Hongrois de se reformer et de contre-attaquer avec succès. Par conséquent, l’ennemi s’attend aussi à une nouvelle attaque dans ce secteur.

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– Il reste donc le centre du dispositif allié, entre Staravina et Bélès. Or, si une percée est obtenue dans ce secteur, Franchet d’Espèrey et ses collègues peuvent espérer mettre la main sur le ravitaillement germano-bulgare qui se concentre à Gradsko, Nivolak et Negotin et encore mieux, pourrait couper la retraite à la XI. Armee allemande. L’idée est donc de frapper à la jointure des XI. Armee allemande et 3e Armée bulgare. Guillaumat préconisait une offensive principale sur le Vardar et près du Lac Doiran et une secondaire par la Moglena. Mais son successeur va opter pour l’inverse tout simplement parce que le secteur Vardar – Doiran est mieux défendu, en particulier devant Demir-Kapu, portion du front tenue par les Britanniques. Or, les Colonels Charpy (Chef d’état-major du C.A.A) et Huntziger (3e Bureau) avait préconisé (en juin) l’idée d’exercer une attaque de fixation par les Britanniques à l’est du Lac Doïran et sur la Strouma, afin d’effectuer une percée vers Gradsko. Or, George Milne n’a aucune envie de sacrifier ses forces dans des charges frontales qui pourront lui causer des pertes. Il n’en reste pas moins que le secteur de percée choisi par Franchet d’Espèrey reste particulièrement difficile, avec un enchaînement de sommets culminant entre 1 800 et 2 150 mètres (Sokol, Dobropolje, Vétrenik et Dzena). Toutefois, les lignes de défenses sont moins puissantes et une percée dans au sud-ouest de Marianska Planina permettrait d’accrocher les couloirs de la Cerna, de Bosava et de Gradsko.

Franchet d’Espèrey séquence son plan comme suit :

– 1re Phase : A partir la 2nde Armée Serbe de Stepanovic avec la 122e DI Française (Gérôme), la 17e Division d’Infanterie Coloniale (Dessort) et la Division « Sumadja »doit rompre le front germano-bulgare dans le secteur difficile de Sokol – Dobropolje – Vetrenik – Koziak.
– 2nde Phase : Aussitôt la percée obtenue, le Groupement Franco-Serbe de Zivojin Misic doit se ruer vers Negotin et Kavadar afin de couper le ravitaillement des Germano-Bulgares. Dans le même temps, le XII  Corps, 2 Divisions du IIIe Corps grec et 1 régiment français attaqueront la Ire Armée Bulgare de Tzvetanov les secteurs du Vardar et du Lac Doiran pour y fixer les autres forces ennemies. Ensuite, la 2e Armée lâchera les « Timok » et « Jugoslavja » pour exploiter le succès, avant que le 1reArmée ne passe à l’attaque pour forcer les passages de Sokol et Vetrenik. Enfin, les troupes du Général Paul Henrys (Armée Française d’Orient), avec le Groupement d’Anselme s’efforceront de rejeter les forces allemandes sur l’Albanie.

– Reste la question de l’Artillerie. En raison du nombre restreint de canon, Franchet d’Espèrey doit concentrer son artillerie lourde face au secteur qu’il a choisi de percer. Du coup, comme le montre le Colonel Schiavon, à la suite d’une performance logistique, Franchet d’Espèrey fait masser son artillerie lourde à 2 300 m d’altitude dans le massif de Kaïmakalan. Pour opérer un tel déplacement, les forces du génie et les unités de travailleurs ont dû percer une partie de la montagne de route et poser des voies ferrées pour les trains Decauville. Et il a fallu également aménager des entrepôts et des hôpitaux. D’autre part, les avions (notamment les bombardier Breguet) doivent harceler l’ennemi et attaquer ses centres de ravitaillement ainsi que ses batteries d’Artillerie.

G. Milne
George Milne

 

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Zivojin Misic

3 – L’OFFENSIVE 

A – Français et Serbes

– Les opérations préparatoires démarrent dans la nuit du 7 au 8 septembre. Dans l’obscurité, plusieurs Battalions britanniques s’emparent de tranchées bulgares au sud de Gejvgejli pendant que le Ier Corps Grec avance au contact des Centraux le long de la Struma. De leur côté, les Français pilonnent les positions bulgares. Cette phase préparatoire ne va pas sans inquiéter August von Mackensen qui expédie d’urgence 5 bataillons de renfort dans ce secteur. Les Bulgares – qui s’inquiètent pour leur frontière au niveau du Massif des Rhodopes – demandent expressément à von Scholtz de renforcer son dispositif sur le Dobropolje. Von Scholtz consent alors à avancer quelques réserves sur la Moglena.

– Le 14 septembre à 08h00, Franchet d’Espèrey fait déclencher sa préparation d’artillerie durant toute la journée. Le lendemain, la 2nde Armée Serbe monte à l’assaut dans le brouillard avec la 122e DI. Le 1er Bataillon du 148e RI (Cdt. Pétin) tente de s’emparer du Mont Sokol avec de terribles pertes. Pétin est tué. Toutefois, à 22h30, les Français enlèvent le mont avec des lance-flammes. Cependant, les 45e et 84eRI (Lts-Cols. Clément et de Langlade) parviennent à s’emparer du Dobropolje avec moins de pertes.  Mais le nettoyage des tranchées bulgares s’effectue au poignard, à la grenade, au lance-flamme et au fusil-mitrailleur. Enfin, les rustiques soldats serbes à l’aise en montagne, tournent le Vetrenik avant d’y monter à l’assaut.

– De son côté, la  17e Division Coloniale du Général Bordeaux (1er, 3e et 54eRégiments d’Infanterie coloniale, 95e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais)s’empare de Kravitza. Ce succès, permet alors à Misic de lancer sa 1reArmée sur la rive nord de la Lechnitza. Sur sa gauche, le 42e Régiment d’Infanterie Coloniale  (Lt-Col. Soubiran) et 1 Bataillon de la 3e Division Grecque se sont emparés des hauteurs à l’ouest de Gradechnitza.

– Le 16, Français et Serbes s’emparent des Cotes 1810 et 1825, de la rive droite du Haut Poroi. Le 4e RIC chasse les Bulgares des crêtes de Kouchkov et Kamen. La 1reArmée serbe enfonce ensuite Pochitche, Bechitche et Gradechnitza, suivie immédiatement par la 11eDIC du Général Faret et la 3e Division Grecque. Au soir, le Massif de la Moglena est enfoncé, Cerna est atteinte et 3 000 Bulgares sont faits prisonniers et 50 canons capturés. Français, Serbes et Grecs sont alors aidés dans leur tâche par von Scholtz lui-même qui envoie ses maigres réserves pour combler la brèche au lieu de replier ses troupes pour raccourcir ses lignes et maintenir la cohérence de ses lignes.

– Le 18 septembre, les Serbes talonnent la 1re Armée bulgare jusqu’à Prilep et en direction de Gradsko. La 2nde Armée serbe de Stepanovic échoue néanmoins à couper les Bulgares des Allemands à Nonte en raison de la trahison du section grecque. Mais le lendemain, les Marsouins et Coloniaux de la 16e DIC de Dessort s’empare de la Dzena et de la Porta, permettant aux Serbes d’atteindre Burnache et le cours moyen de la Vatasa.Le 21, Kavadar, le Massif de Drachevisko Brdo et le Vardar sont atteints, menaçant directement Negotin. Tsvetanov n’a d’autre choix que de replier ses troupes basées à Demir-Kapu. Les Bulgares commentent alors plusieurs massacres sur leur passage.

– De son côté, la 2nde Armée Serbe de Stepanovic reprend son avance avec succès et s’empare de Negotin et de Krivolak dans la nuit du 22, mettant la main sur un important convoi de vivres. Seulement, en raison de la difficulté des chemins, le Groupement d’Anselme n’arrive que tardivement. Le 23, les troupes de Stepanovic s’emparent Kara Hodjali et d’Orta Bajir, plaçant la voie ferrée de Negotin sous leur feu. Le lendemain, la Division « Timok » s’empare de Gradets Planina et Kriva Locavic, pendant  que la « Jugoslavja » et la 17e DIC tentent de s’emparer de Gradsko très bien défendu par des Bulgares solidement retranchés. Mais grâce à un mouvement habile des Marsouins sur Arkhangelsk, Français et Serbes réussissent à dégager Gradsko le 24. Ce succès signe la catastrophe pour la logistique germano-bulgare puisque tout le parc de ravitaillement germano-bulgare tombe entre les mains des alliés.

– Le 24 septembre, le Groupement d’Anselme vient border le cours du Vardar à Demir-Kapu et Pardovica et permet aux Britanniques de Milne de mettre ses colonnes en avant. Seulement, le Britannique se contente de talonner mollement les troupes Bulgares car il craint qu’un mouvement vers le nord en direction de Sofia ne l’éloigne de Constantinople.

– Cela n’empêche guère Franchet d’Espèrey d’ordonner à Henrys de porter ses forces sur le Prilep et s’empare des Cotes 1248 et 1050. Et ce, en dépit du manque d’artillerie lourde. Toutefois, une bonne coordination entre Henrys et Misic permet à la 11e DIC de progresser sur la Cerna et de s’emparer de la Cote 1050. Les Serbes ne peuvent déloger les Bulgares de la Cote 1248 mais le temps joue pour eux.

– Franchet d’Espèrey en profite alors pour lancer sa cavalerie. Les Italiens s’élancent alors en direction de la route Monastir-Prilep, permettant à la 156e DI du Général Baston de se porter en avant. En même temps, la Brigade de Cavalerie d’Afrique du Nord (1er, 4e et 5eChasseurs d’Afrique et RMSM) de Philippe Jouinot-Gambetta franchit les positions bulgares entre Nivak et Delebal. Le neveu de Léon Gambetta reçoit alors l’ordre de foncer sur Uskub. Les cavaliers français se lancent alors dans une charge qui culbute les fuyards bulgares jusqu’à Uskub. Après avoir remis la ville de Krusevo au 42e RIC de Soubiran, la Brigade de Cavalerie d’Afrique du Nord aborde le Massif de la Jakupica Planina. Jouinot-Gambetta engage alors le 4e RCA du Colonel Labauve sur la piste Varos-Dolgacke en direction d’Uskub. Mais la résistance ennemie est plus forte que prévu et il faut l’inervention des Coloniaux pour y venir à bout. Néanmoins, en liaison avec les Serbes, Chasseurs d’Afrique, Spahis et automitrailleuses s’emparent du Col de la Babuna et s’emparent des villes D’Hrlevski, Homoran et Jenikeuy le 25 septembre. Mais le lendemain 26, la Cavalerie Grecque s’empare de Radovice pendant que le Groupement d’Anselme dépasse la vallée de la Kriva Lovica avant de contrôler les pentes du Kirezli Tepe. Les Cavaliers serbes de Stepanovic avancent jusqu’à Dzumaja et menacent de couper la route de Kumanovo comme le défilé de Kacanik. Pendant ce temps, les Divisions français d’Henrys atteignent la ligne Zapolyani – Novoselani – Drvenik Zulica et atteignent la rouge Pribilci-Gostivar, faisant craquer le front ennemi.

– Le 26, les Allemands abandonnent le Petisteri et la région des Lacs. Franchet d’Espèrey ordonne alors à Henrys de pousser vers Vélès. Les Français poussent alors jusqu’à la rive gauche du Vardar, de même que la 1re Armée Serbe mais la progression se fait plus difficile. C’est alors que le Général Jouinot-Gambetta décide de faire passer le massif de la Golestnica Planina à sa Brigade sans appui d’artillerie et par de très mauvais chemins. Pendant toute la nuit, à une altitude oscillant entre 1 200 et 1 800 mètres, les Cavaliers d’Afrique du Nord progressent jusqu’au pont de Dracevo qui est atteint dans la soirée du 28.

– Au matin du 29, le 4e RCA attaque alors par la rive droite du Vardar pendant que le 1erRCA par la rive gauche pour couper la voie ferré de Kumanovo. Les Cavaliers français profitent alors du brouillard pour s’approcher d’Uskub. Le RMSM du Lt.Colonel Guéspereau s’empare de Vodna mais le 4e RCC de Labauve est arrêté un temps par un pari de Bulgares appuyés par un train blindé. Le chevauchée reprise, les Spahis barrent la route de Kalkandelen à 08h15 pendant que le 1er RCA du Colonel Lespinasse de Bournazel s’empare de haute lutte des lisières d’Urumli avant d’atteindre la voie ferrée de Koumanovo. Amertume toutefois, les Chasseurs d’Afrique voient filer 6 trains de matériel.

– Jusqu’au 1er octobre, les Cavaliers d’Afrique repoussent toutes les contre-offensives des Bulgares avant d’être dégagé par les Marsouins. La Brigade Jouinot-Gambetta a signé là l’une des plus belles – mais des plus réussies –  chevauchées de la Cavalerie Française depuis août 1914.
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2 – Lac Doïran

– Le 18 septembre, le XIIth Corps d’Henry Fuller-Wilson passe à l’attaque avec la Division grecque « Serres » sur le Vardar et le long du Lac Doiran. Mais l’artillerie britannique tire massivement sans aucune coordination. L’assaut des 66th et 67thInfantry Brigades de la 22nd Division se heurtent à une vigoureuse résistance des Bulgares qui leur cause des pertes. La 67th perd même 65 % de ses officiers. A la fin de la journée, Fuller-Wilson doit ramener son unité sur ses lignes du départ.

– Le 19, le XII Corps repart à l’assaut mais au nord, le XVIth Corps échoue dans son attaque. Les Grecs de la Division « Serres » réussissent bien à s’emparer de plusieurs tranchées mais se font encore repoussés par un violent tir de mitrailleuses. Les Britanniques attaquent alors avec les 65th et 77th Infantry Brigades, avec le concours du 2nd Bis Régiment de Marche des Zouaves (Colonel Boré-Verrier). Si plusieurs tranchées sont encore prises, Français et Britanniques ne peuvent déboucher en raison de l’intensité du feu bulgare.

– Toujours le 18 septembre, au nord, le XVI Corps de Charles Brigg passe à l’assaut avec la 28th Infantry Divisionles Grecs de la Division « Kryti » et la 84thInfantry Brigade contre la 1re Brigade Bulgare de Macédoine. Les Grecs passent à l’attaque à 05h00 du matin, appuyés par la 84th Brigade et 6 batteries d’artillerie britannique. Là encore, si les Grecs réussissent à pénétrer dans les lignes bulgares, ils se retrouvent cloués au sol par le feu bulgare. Les Grecs attaquent plusieurs fois durant la journée mais doivent finalement se replier durant la soirée sous le couvert de l’artillerie britannique.

– Il faut attendre le 23 pour que, grâce au Groupement d’Anselme, les Britanniques repartent à l’assaut mais sans se presser… Le Général Milne n’envisageant pas de trop s’éloigner de Constantinopl§ Le 25 septembre, les Cavaliers Britanniques et les Grecs forcent le Bélès et la 27thInfantry  Division de Forrestier-Walker s’empare de Gejvgeli. La « Kryti » fait de même avec la Cote 1494 dépasse Kosturino, permettant le franchissement définitif du Vardar. Le 27, les Britanniques bousculent les débris de la 9e Division Bulgare jusqu’au pied de l’Ograzden Planina. Le Lendemain, les Bulgares décident de se replier sur la Maritza. Comme le souligne Gérard Fassy, Franchet d’Espèrey ne s’attendait pas à un résultat si inespéré.

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François Jouinot-Gambetta

4 – CAPITULATION BULGARE ET LIBÉRATION DE LA SERBIE

 Privés de toute une partie de leurs forces armées avec la victoire alliée d’Uskub, Epuisés, les Bulgares sont au point de rupture. Pour le Gouvernement de Stefan Stamboulov, il n’y a plus d’autre solution que de négocier. Le 28 septembre, les plénipotentiaires bulgares se présentent à Salonique, munis d’un sauf-conduit. Pour bien montrer que pour Sofia, il s’agit clairement de survie, le Ministre des Finances Andrea Liaptcheff a fait le déplacement, flanqué du Général Lukov (2e Armée) et du Ministre plénipotentiaire Radev. Les négociations durent deux jours mais les Bulgares ne sont nullement en mesure de négocier avantageusement. Le petit royaume défait doit remettre tout son armement lourd et démobiliser leur armée, à l’exception de 3 Divisions et de 4 régiments de Cavalerie. Les Alliés craignent vite des troubles et ont plutôt besoin d’une Bulgarie encore stable. En revanche, Franchet d’Espèrey se montre particulièrement réaliste quant à la suite des évènements et assure les diplomates bulgares que ni les Grecs ni les Serbes n’occuperont pas le territoire Bulgare. Mais par la suite Sofia devra évacuer des territoires en Thrace au profit d’Athènes, ce qui va causer un exil de population passé dans l’obli.

– Les combats ne cessent pas pour autant avec la sortie de la Bulgarie du conflit. Début octobre, la 1re Armée Serbe de Misic lance une attaque contre Vranje, sur la Morava, défendue par les restes du LXI. Korps « allemand » (Friedrich Fleck) et par la 9. Infanterietruppen-Division autrichienne, arrivée en trombe pour sauver ce qui peut encore l’être. Mais rien y fait, Serbes et Français repoussent sans ménagement leurs adversaires qui préfèrent opérer une retraite précipitée. Franchet d’Espèrey lance ses divisions vers le nord, franchit le Danube et marche sur Budapest. Le 1er octobre, l’Armée Serbe fait son entrée dans Belgrade libérée, pour la seconde fois du conflit. 90 000 soldats Bulgares et Allemands ont été faits prisonniers durant la campagne. Le 3 octobre, les Français font un captif de taille : August von Mackensen, commandant l’ensemble des forces de la Quadruplice dans les Balkans. Le général qui avait contraint l’Armée serbe à l’exil vers Corfou, avant d’être le bourreau de la malheureuse armée roumaine en 1916 a eu le tort de rester une journée de plus dans la capitale hongroise.

– La suite n’est plus qu’une question de jours. Le 3 novembre 1918, Franchet d’Espèrey pénètre en Hongrie et les Cavaliers de la BCNA trempent les sabots de leurs chevaux et leurs armes dans le Danube. L’exploit de la cavalerie française n’en est pas moins notable puisque la BCNA était bien loin des bases de l’AFO. Les Chasseurs d’Afrique et Spahis ont dû se contenter des provisions que leur fournissaient les civils serbes qui avait déjà subi nombre de privations. L’Autriche-Hongrie, tout près de l’écroulement, signe l’armistice à Villa Giusti. Les nationalités vont alors toutes proclamer leur indépendance mettant définitivement fin à l’Empire vieux de quatre siècles. C’est alors que la route de Munich se trouve complètement ouverte pour les Alliés.

– Déjà le 2 octobre, le nouveau Chancelier du Reich Max von Baden (1867-1929) avait justement évalué la situation en montrant que« l’effondrement du front bulgare a jeté bas nos dispositions. La liaison avec Constantinople est menacée ainsi que la voie du Danube, indispensable à notre ravitaillement. Nous avons été forcés, pour ne pas laisser à l’Entente les mains libres dans les Balkans et ne pas abandonner la Roumanie et la Mer Noire, d’engager là-bas des divisions allemandes et austro-hongroises destinées au front occidental… ».  A l’issue de la victoire dans les Balkans l’Empire allemand sera contraint de demander la paix. Le Kaiser Guillaume II dit alors, amer : « une poignée de serbes a décidé de l’issue du conflit. »

– Mais pour l’Armée Française d’Orient les combats ne sont pas terminés pour autant. En effet, inquiets des proportions que prend la guerre civile en Russie, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis décident d’envoyer des troupes en Ukraine afin de soutenir les Armées Blanches contre les Bolcheviks. Une partie des soldats d’Orient, privés de la gloire du front français vont encore devoir combattre alors qu’ils ont surtout hâte de rentrer en France. Mais Clemenceau ne leur laissera pas de répit : il faudra intervenir en Ukraine et même en Crimée contre les Bolcheviks.

 


 

Sources :
– LE NAOUR J-Y. : « 1918. L’étrange victoire », Perrin
– FASSY Col. G. : « Le commandement français en Orient (octobre 1915 – novembre 1918 », Economica, CREC, Paris, 2003
– SCHIAVON Col. M. : « Le Front d’Orient. Du désastre des Dardanelles à la victoire finale 1915-1918 », Tallendier, Paris, 2014

 

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