Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 3/3

PARTIE 3 – LIQUIDATION DU SAILLANT

Battle_of_Saint_Mihiel
1 – L’ASSAUT AMÉRICAIN 

1 – L’automne s’invite à la fête

– Ce 12 septembre 1918, à 03h00, une pluie froide de début d’automne s’abat sur le front de Saint-Mihiel, donnant une ambiance encore plus lugubre. Les soldats américains ont dû se vêtir de leur Trench Coat, repris aux officiers britanniques. Mauvaise nouvelle pour le Colonel Mitchell, la pluie et les nuages bas contraignent les commandants d’Escadrilles et de Squadrons à reporter les missions prévues (1). Pire, la pluie transforme détrempe le sol argileux de la Woëvre en véritable marécage (2). Alors que les Américains s’apprêtent à déchaîner les Enfers, Georg Fuchs a donné l’ordre aux 10. ID et 77. ID de commencer leur évacuation du saillant. Mais à 03h00, plus de 3 010 pièces d’artillerie franco-américaines ouvrent le tir de barrage prévu par Pershing. Pendant que l’Artillerie de campagne pilonne les premières lignes allemandes, les pièces lourdes à plus longue portées canonnent des Continuer à lire … « Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 3/3 »

Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 1/3

Depuis la Guerre franco-prussienne de 1870, la ville de Saint-Mihiel était considérée comme importante d’un point de vue stratégique car elle commande l’accès aux routes de Verdun, Nancy, Toul et Metz. Et de plus, elle coupe la voie de chemin de fer entre Paris et Nancy. Les combats indécis de 1914 avaient formé le saillant de Saint-Mihiel qui s’étendait des Eparges à Pont-à-Mousson. N’ayant pu forcer le saillant en 1914-1915 (combats du Bois d’Ailly, de Bois Brumé, de la Forêt d’Apremont et des Eparges), les Allemands décident d’y établir de solides positions défensives afin de prévenir de toute offensives françaises dans la région afin de soulager le Front de Verdun. Ainsi, en août 1918, le saillant de Saint-Mihiel forme une hernie large de 38 km et profonde de 23 entre la Meuse et la Moselle. Cette partie du front qui a fait peu parler d’elle depuis 1915 va se retrouver être un enjeu politique et militaire pour les forces américaines de John J. Pershing.

pershing--foch-1918-granger

Foch et Pershing


 1 – DU GRAND JEU A L’OFFENSIVE SECONDAIRE A BUT POLITIQUE

– Pendant l’été, Américains et Français veulent profiter du succès des combats défensifs et des contre-offensives qui ont mis en échec les opérations d’Erich Ludendorf. Ce fut le cas avec les contre-offensives victorieuses sur la Marne, l’Aisne et la Somme. Comme le fait remarquer Jean-Christophe Notin dans sa biographie consacrée au Maréchal Foch, un mémorandum du 24 juillet 1918 estime qu’il faut réduire les saillants allemands dans l’ensemble du front allié (Amiens, Château-Thierry et Saint-Mihiel).

1 – Le Plan d’Août : Pershing voit jusqu’à Metz

– Le General John J. Pershing envisage alors de réduire le secteur de Saint-Mihiel pour des raisons stratégiques. En effet, le saillant représente encore une menace sur la voie ferrée Paris – Nancy et coupe déjà la voie ferrée Verdun – Saint-Mihiel. Et depuis août 1917, après la Seconde Bataille de Verdun, le saillant de Saint-Mihiel constitue une hernie dans les lignes françaises. D’autre part, en août 1918, la situation a largement évolué en faveur des forces alliées. L’Armée allemande manquant clairement de moyens et ne pouvant plus lancer d’offensive, il devient alors intéressant de reprendre du terrain perdu en Meurthe-et-Moselle. Ainsi, nettoyer définitivement le secteur de Saint-Mihiel permettrait de menacer directement Metz (que Foch prévoit de reprendre pour 1919) et remettre la main sur le Bassin sidérurgique de Briey, ce qui priverait l’Allemagne d’un approvisionnement en acier (1).

– Un premier plan de réduction du saillant est présenté en août 1918 par l’état-major de l’American Expeditionary Force (AEF). A Ferdinand Foch (qui coordonne les offensives alliées sur l’ensemble du front franco-belge), Pershing propose de lancer une puissante offensive qui dégagera Saint-Mihiel. Puis, suivant un puissant rythme offensif, les Alliés progresseraient sur Metz. Mais cette proposition n’est pas sans arrière-pensées politiques. Pershing réclame que cette offensive soit menée par une armée américaine afin de prouver deux choses les Américains sont capables de mener une offensive sur une échelle plus large et d’autre part. Et pour cela, Pershing réclame la

Continuer à lire … « Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 1/3 »

8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 3

III – RALENTISSEMENT ET ARRÊT DE L’OFFENSIVE (9-11 AOÛT)

– Prenant conscience du succès offensif du 8 août, Haig retrouve ses réflexes de manœuvriers en incitant ses généraux et les Français à poursuivre l’offensive. Et du côté allemand, Erich Ludendorff décide de tout faire pour enrayer l’offensive alliée avec ses moyens réduits. Déprimé, le Quartier-Maître général de Guillaume II vient de comprendre, en l’espace de trois semaines, que ce sont les Alliés qui lui imposent leur rythme et que la Kaisersheer n’est nullement en mesure de lancer de puissantes contre-offensives. Pour l’heure, il faut faire en sorte que les Alliés n’atteignent pas le cours supérieur de la Somme et le Canal du Nord.

large_000000
I – 9 AOÛT

– Sitôt le succès du 8 août confirmé, Douglas Haig décide de pousser l’avantage. Il ordonne à Rawlinson de continuer son avance sur l’axe Amiens – Chaulnes. Le Général britannique demande également à Foch et Debeney que celui-ci engage le XXXVe Corps d’Armée (Charles Nudant) et lance le reste du IInd Corps de Cavalerie (Félix Robillot). Sauf que Debeney lui souligne très vite, qu’au regard de ses moyens engagés plus limités, le XXXVe Corps n’est destiné qu’à lancer des attaques de soutien aux trois autres (XXXIe, IXe et Xe). Or, Debeney comptait lancer le Corps de Nudant à l’attaque le 9 août mais il doit la retarder, sur demande de Foch, pour attendre de nouveaux ordres (1).

De son côté, Henry Rawlinson, décide de suivre l’ordre de son Fieldmarshall et introduit ses divisions de réserve dans le dispositif d’attaque, dès le 8 août. La 63rd (Royal Naval) Division (C. Lawrie) se place alors derrière le III Corps. A 16h00, Henry Rawlinson rend visite à Arthur Currie et l’autorise à employer la 32nd Division (T. Lambert) en soutien des 1st et 2nd Canadian Divisions.

– Du côté allemand, l’impératif est d’éviter

Continuer à lire … « 8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 3 »

8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 1

Depuis la Seconde Bataille de Villers-Bretonneux, le front s’est stabilisé en Picardie sur la ligne d’un saillant entre Albert et l’Avre. A la demande de Ferdinand Foch, la planification d’une offensive alliée entre la Somme et l’Oise est jetée sur les tables d’état-major de Chantilly (France) de Montreuil (BEF) dès le 20 mai pour répondre à des impératifs logistiques. En effet, suite à l’échec stratégique de l’Offensive « Michael », le front s’est stabilisé entre la Scarpe et l’Avre. En revanche, la voie ferrée Amiens – Paris, importante pour le ravitaillement et les déplacements de troupes derrière le font, est sous la menace des canons allemands. Pour Foch, l’objectif est donc double, puisqu’il vise simultanément à repousser les Allemands entre la Somme et l’Oise et sécuriser la voie ferrée en question. Au regard des pertes consenties par les Britanniques depuis le 21 mars, Foch pense d’abord confier principalement l’Offensive au Groupes d’Armées de Réserves que dirige Fayolle et qui impliquerait les Ire et IIIe Armées françaises, commandées respectivement par Marie-Eugène Debeney et Georges Humbert et qui ont tenu le front compris entre Moreuil et le Mont-Renaud (au sud de Noyon). Et pour le coup, le BEF aurait dû concourir à l’offensive, après avoir reposé et complété ses forces suite aux offensives allemandes du printemps.
art12208
I – OBJECTIFS ET PLAN ALLIES  

1 – APRES LA MARNE, LA SOMME…

– Mais Foch s’est montré trop optimiste quant au calendrier. En effet, le 27 mai, avec l’Offensive « Blücher-Yorck », le commandement français est contraint d’engager sur le Front de l’Aisne, des réserves initialement prévues pour l’Offensive de Picardie. Confirmant les craintes de Pétain, Ludendorff frappe entre l’Oise et la Marne en juin et juillet, forçant les Français à engager une grande partie de leurs divisions (par roulements) jusqu’à la mi-juillet, tout en préparant la victorieuse offensive de la Marne. Celle-ci, déclenchée le 18 juillet vient confirmer à Foch que la Kaisersheer peut être repoussée et rase campagne. Or, le 2e Bureau français évalue les réserves allemandes à 40 divisions, comme le souligne Jean-Claude Laparra. Or, les troupes allemandes sont épuisées et Ludendoff n’est plus en mesure de lancer d’offensives. Foch remet donc l’Offensive en Picardie à l’ordre du jour. Mais l’Armée française ne pourra pas mobiliser ses divisions qui doivent se reposer après les intenses combats victorieux de juin et juillet. De plus, les Français ont concentré la majorité de leurs régiments de chars entre l’Oise et la Marne, ne laissant que quelques bataillons disponibles dans la Somme. A l’inverse, les Britanniques peuvent concentrer plusieurs

Continuer à lire … « 8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 1 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 4

IV – DÉGAGEMENTS DU TARDENOIS ET DE LA MONTAGNE DE REIMS

Dans cet article, nous développerons les combats dans le Tardenois et en Champagne qui vont mener à l’abandon de la Marne, de l’Aisne et de la Vesle par les forces allemandes.

SPA-9-AD-193
1 – LES COMBATS POUR LE TARDENOIS

– Le 19 juillet donc, les trois armées françaises repassent à l’assaut. Les troupes d’Antoine, de Mitry, qui attaquent entre Saint-Aignant et Boursault, doivent faire face à une arrière-garde allemande tenace qui tient la rive sud de la Loire. Mais le 20, Ludendorff ordonne de tenir prioritairement la rive gauche. Les combats sont néanmoins âpres pour Jaulgonne, Dormans et la route menant à Ville-en-Tardenois. Dans les secteurs des Xe et VIe Armées, l’attaque commence à 04h00 avec les mêmes procédés que la veille. Von Böhn rameute en urgence (et par camions, chose de plus en plus rare chez les Allemands. Les troupes de Mangin buttent temporairement sur Chaudun, avant de déborder les Allemands. La Xe Armée capture ensuite le Plessis-Huleu, tandis que les troupes de Degoutte dégagent Neuilly-Saint-Font et le Plateau de Priez. Et les contre-attaques allemandes visant à dégager la route Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 4 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 3

III – SECONDE BATAILLE DE LA MARNE (18 JUILLET) : MANGIN ET DEGOUTTE COGNENT

S’il y en a bien un qui attend son heure afin de boxer les Boches de nouveau, c’est bien Charles Mangin. Si l’animal fait encore peur à certains de ses supérieurs (Edmond Buat le juge toujours aussi « trompe la mort »), il suscite aussi de l’enthousiasme, après avoir assez brillamment redoré son blason en infligeant un revers tactique au terrible Oskar von Hutier (1). Et Mangin ne va sûrement pas s’arrêter là, que les Allemands se le disent ! « A la Houzarde* » ! Heureusement pour d’autres, on le flanque du prudent et réfléchi Jean-Marie Degoutte.

large_000000
1 – LES FORCES FRANÇAISES AU SOMMET

– Il n’empêche, Foch tient sa contre-offensive. Il en est le compositeur, Fayolle le chef d’orchestre, Mangin, Degoutte et de Mitry les premiers ténors. Foch et ses subordonnés peuvent profiter du très bon moral des soldats français, comme de l’arrivée de nouvelles divisions américaines, notamment des 1st, 4th, 26th et 42nd qui viennent s’ajouter aux trois déjà engagées sur le front de la Marne**. D’ailleurs, Pershing marque un point politique en obtenant des Français qu’ils prennent à leur charge le tout nouveau III US Corps commandé par Robert L. Bullard. Point politique puisque la présence de ce nouveau corps d’Armée d’environ 60 000 hommes marque une première étape dans la constitution d’une armée américaine autonome. Bullard regroupe sous son commandant la 1st US ID « Big Red One » (Charles P. Summerall), qui s’est distinguée à Cantigny et la 2nd US ID (Omar Bundy) qui s’est fait un nom lors des combats pour Château-Thierry et le Bois de Belleau***

– L’objectif de l’offensive prévue par Foch est de dégager le sud du Soissonnais, le Pays Briard et le Tardenois afin de contraindre les troupes du Kronprinz à évacuer le front de la Marne et la région de Reims. L’attaque sera donc coordonnée par Emile Fayolle et menée par la Xe Armée (Ch. Mangin – flanc gauche) et la VIe Armée (Degoutte – Centre) qui devront percuter l’aile droite de la Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 3 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 2

II – LA QUATRIÈME BATAILLE DE CHAMPAGNE (15-19 JUILLET)

– Le 15 juillet, à 04h50 du matin, profitant de l’obscurité, les quelques 6 353 bouches des trois armées allemandes (canons, obusiers et Minenwerfern) arrosent les positions françaises entre Château-Thierry et Massiges. Et suivant les tactiques mises au point dans les mois précédents, les Sturmtruppen suivent un barrage d’artillerie en progressant en direction des positions françaises. Et ce, pour leur dernier assaut majeur. L’Offensive « Marneschütz-Reims » ou « Friedensturm » vient de commencer. Ce sera le dernier coup d’épée (dans la Marne) de Ludendorff sur le Front de l’Ouest car Foch s’apprête à lui donner un violent crochet par le TardenoisLa « Quatrième Bataille de Champagne » comporte donc une dimension « opérationnelle » qui implique l’ensemble du front français de la Marne et s’articule avec l’Offensive du Tardenois (ou « Seconde Bataille de la Marne »).


soldats_tranchee_1918_EAI

1 – L’ATTAQUE CONTRE LA VIe ARMÉE

– La VII. Armee allemande va frapper contre l’aile droite de la VIe Armée du Général Degoutte, soit entre Gland et Dormans (Chartèves et Verneuil), jointure avec l’aile gauche de la Ve Armée. Le but est de fixer la VIe Armée et contraindre les Français à engager des réserves sur la Marne au lieu de les expédier dans le secteur de Reims – Massiges. Le plan allemand consiste à frapper en direction de plusieurs Schwerpünkte depuis la tête de pont de Château-Thierry et les positions conquises en juin sur la rive nord de la Marne, afin de couper le dispositif entre les deux armées françaises et avancer vers Epernay via le Surmelin. De son côté, Degoutte a passé plusieurs semaines à réorganiser ses positions. Le général français oppose à von Böhn le

Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 2 »

Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 1

A Jules Aoustin, Louis Blanchard et Louis Renault, trois poilus de la Grande Guerre dont je n’ai pu entendre les souvenirs.

En ce mois de juillet 1918, le rapport de force sur le Front de l’Ouest a basculé en faveur des Alliés. Même s’ils se sont faits peur en mars, avril et mai, Français et Britanniques ont cédé du terrain mais ont réussi à empêcher les armées de Guillaume II de remporter un succès stratégique. Mais cela, Erich Ludendorff ne semble pas le voir. Comme l’a bien expliqué Sylvain Ferreira, se bornant à une approche purement tactique de la Guerre, l’homme fort du (déclinant) Second Reich pense être sur le point de pouvoir emporter un succès définitif pour août. En effet, il pense encore pouvoir fixer les Français sur le front de la Marne pour percuter de nouveau les Britanniques dans les Flandres et, ainsi, obtenir la décision. Mais Ludendorff s’illusionne car la Kaisersheer est littéralement à bout. Les divisions d’assaut ont tout donné depuis mars et commencent à n’être plus que l’ombre d’elles-mêmes. Cela ne l’empêche pas de décider l’exécution d’une nouvelle offensive dans la région de Reims. Du côté allié, Foch – peut-être sans le savoir  lui-même – inaugure une nouvelle approche plus « proto-opérationnelle », c’est-à-dire, lancer une série d’offensives sur l’ensemble du front afin de pousser les Allemands à la rupture. Mais avant de lancer son grand projet, Foch a impérativement besoin que le front de la Marne soit sécurisé. Cela implique donc une phase défensive qui, suivant son succès, sera suivie d’une puissante contre-attaque entre l’Aisne et la Marne. Cet suite d’articles propose donc de revenir en détail sur l’Offensive « Friendensturm » et sur la Seconde Bataille de la Marne. Car ce qui a longtemps été oublié, c’est que la contre-attaque française découle de l’Offensive allemande plus connue sous le nom de « Quatrième Bataille de Champagne ».

large_000000
– PARTIE 1 : « FRIEDENSTURM » : L’ULTIME COUP DE DES DE LUDENDORFF

1 – OBJECTIFS ET PLAN

–  Erich Ludendorff y croit dur comme fer : en août, les Français auront tant engagé leurs dernières réserves qu’ils seront épuisés et ne pourront venir en aide aux Anglais. Et à partir de ça, il pourra déclencher le nouveau plan « Hagen »*  qui vise à déclencher une nouvelle offensive sur le Front des Flandres (entre Hazebrouck et Ypres) afin de rejeter les Anglais dans la mer du Nord. Pourtant au QG d’Avesnes-s/-Help, on commence à s’inquiéter d’entendre le même refrain avec des couplets différents. Déjà quatre offensives ont été lancées (« Michael », « Georgette », « Blücher – Yorck » et « Gneisenau ») mais la percée décisive n’a pas été obtenue en dépit des gains de terrains qui se chiffrent en plusieurs centaines de kilomètres carrés (1). Les quelques esprits encore lucides constatent amèrement que, Continuer à lire … « Champagne et Marne, le victorieux mois de juillet 1918 – Partie 1 »

Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation

Quatre-vingt-treize minutes ! Ce fut la durée de cette courte offensive à objectif limitée mais qui marque un « tour de chauffe » avant l’Offensive du 8 août. Décidée pour réduire un saillant dans le front allié de la Somme, le succès australien du Hamel marque clairement l’évolution de l’art de la guerre vers la mécanisation et la combinaison interarmes. Cet article propose de décortiquer la préparation de cette offensive qui mènera les forces australiennes à un net succès. Succès qui servira notamment de schéma à la grande offensive du 8 août suivant.
Le-Hamel-snipped
1 – UN OBJECTIF LIMITE POUR UN PLAN MILLIMÉTRÉ

– Depuis la seconde Bataille de Villers-Bretonneux, le front s’est stabilisé entre la route Amiens – Brie et la rive gauche de la Somme. Mais les Allemands conservent encore un saillant dessiné par le village du Hamel, son bois et le Hamelet. Or, depuis la fin du printemps, Ferdinand Foch nourrit l’idée de lancer une série d’offensives destinées à rejeter les Allemands vers les frontières du Reich Wilhelmien. En accord avec Douglas Haig, le Chef d’état-major général allié préconise une offensive française en Champagne (qui surviendra en juillet) de même qu’un puissant effort britannique en Picardie pour dégager définitivement Amiens et repousser les Allemands vers la région de Saint-Quentin. Mais pour que cette offensive se prépare dans les meilleures conditions, la BEF doit nettoyer le secteur du Hamel afin de donner une cohérence au front. C’est le Lieutenant.General John Monash, commandant de l’Australian Corps (ex ANZAC I) qui émet cette idée. Et Henry Rawlinson, commandant de la Fourth Army, donne son approbation au projet,  suggérant à Monash d’attaquer à la fin du mois de juin 1918 afin de laisser le temps aux Américains d’être prêts. Finalement, la date est fixée au 4 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine.

– Comptant 4 divisions et une puissante artillerie, l’Australian Corps est l’une des meilleures forces de frappe du BEF. Or, Monash est réputé être un planificateur soigneux, de même qu’un très bon communicant doublé d’un pédagogue. Ingénieur dans le génie civil avant-guerre, Monash a le souci de l’économie du Continuer à lire … « Le Hamel (4 juillet 1918) : 93 minutes d’un condensé de combinaison et d’innovation »

Entretien avec Sylvain Ferreira : « L’inévitable défaite allemande »

– Journaliste et historien spécialiste de l’histoire militaire des grands conflits de l’Epoque Contemporaine, Sylvain Ferreira coopère comme rédacteur aux revues « Batailles et Blindés » et « Ligne de Front » et « Los ! » (éditions Caraktère) et aussi au site « Theatrum Belli ». Il opère également comme consultant pour l’émission « Champs de Bataille ». Il a également publié deux ouvrages sur la Grande Guerre : « L’expédition française aux Dardanelles » et « La Marne, une victoire opérationnelle » (éditions Lemme).

– Avec son dernier ouvrage intitulé « L’inévitable défaite allemande. Mars – juillet 1918 », Sylvain Ferreira revient sur les trop méconnues offensives Ludendorff du printemps et de l’été 1918. Sans s’attarder sur les détails de chaque phase de combats, l’ouvrage propose une synthèse bienvenue ayant comme problématique l’aveuglement de Ludendorff quant à l’art opérationnel (ou opératif) ; le Quartier-Maître Général allemand n’ayant conduit la guerre que par le prisme tactique. Nous avons lu le livre en avant-première et Sylvain Ferreira a aimablement accepté de s’entretenir pour Acier et Tranchées.

xferreira-502x640.jpg.pagespeed.ic.5zEjyJgNWC

1 – Sylvain Ferreira, pouvez-vous nous rappeler, pour commencer, ce qu’est l’art opérationnel ?

– Même si personne n’a encore défini précisément ce qu’est l’art opérationnel de la même manière que la stratégie ou la tactique, je dirai qu’il s’agit de l’articulation entre les deux et qu’il est apparu suite à la disparation progressive de la notion de bataille sur un point fixe à partir du Continuer à lire … « Entretien avec Sylvain Ferreira : « L’inévitable défaite allemande » »