« Beneath Hill 60 » (Jeremy Hartley-Sims)

Les cinéastes australiens savent être étonnants. Avec des budgets et des effets spéciaux limités, tout en ne cherchant pas à placer de gigantesques effets pyrotechniques entre deux séquences, ils peuvent offrir de très bons films de guerre. C’est ici le cas de « Beneath Hill 60 », qu’à titre personnel, je considère comme l’un des meilleurs films sur les combats de la Première Guerre mondiale. Cela vient peut-être du fait qu’il ne contient aucune séquence de combat intense. Explications.

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Sorti en 2010, « Beneath Hill 60 » devait représenter l’Australie au Festival de Cannes de 2009. Mais les impératifs de productions ont empêché Jeremy Hartley-Sims d’en faire la promotion. Le film relate un épisode toute à fait réel, dont il a été largement question sur ce blog, le minage de la Crête de Messines (saillant d’Ypres), laquelle sauta littéralement, sur vingt points, le 6 juin 1917. Comme pour « Gallipoli » ou « The Lighthorsemen », le récit est simple, bien que romancé quant aux faits réels. On suit l’itinéraire d’Oliver Woodward, ingénieur des mines en Australie et en Nouvelle Guinée, qui arrive sur le Front français en 1916. Loin d’être un foudre de guerre épris de quête d’héroïsme, Woodward est promu (Commissionned) Capitaine et intégré à une unité spécialisée, la 1st Australian Tunelling Company (1re Compagnie de Tunneliers australiens), créée dans le sillage des Compagnies de tunneliers britanniques, grâce à l’action de John Norton-Griffith. La tâche principale de ces unités comprenant 150 à 200 hommes est de creuser des mines sous les premières lignes allemandes que l’on fera en suite sauter. Woodward arrive dans le secteur d’Armentières et fait la connaissance de ses hommes. Or, il comprend vite qu’en tant qu’officier, il va devoir faire ses preuves pour être accepté par des soldats qui mène une guerre souterraine, ingrate, angoissante et dangereuse.

Le coup de génie de Jeremy Hartley-Sims est d’avoir tourné les séquences de creusement avec des plans resserrés et avec un éclairage réduit, afin de mieux transmettre l’atmosphère de confinement et d’angoisse. De ce point de vue, les séquences de combats en tunnels sont particulièrement réussies. En outre, ici, pas question « d’uniformes propres » comme on en voit souvent. La boue et la crasse sont en effet omniprésentes. Mais du point de vue historique, « Beneath Hill 60 » est intéressant à plus d’un titre. Outre la camaraderie de tunnel et la fraternité d’armes en soldats et sous-officiers, la culture « démocratique » des ANZACS, le film montre surtout comment les compétences professionnelles civiles ont pu être transposées dans la guerre de tranchées. Enfin, la reconstitution historique est irréprochable, tant sur les uniformes, les armes que sur l’équipement individuel et collectif des tunneliers.

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Un film à découvrir – ou à faire découvrir – afin d’avoir une vision sur ce qu’a pu être la trop méconnue « Guerre des mines » entre 1914 et 1918.


Fiche technique

Titre :
« Beneath Hill 60 »
Production : Bill Leimbach
Réalisation : Jeremy Hartley-Sims
Scénario : David Roach
Distribution : Brendan Cowell, Alan Dukes, Steve Le Marquand, Alex Thompson, Harrison Gilbertson, Bella Heathcote

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NB : En France, le film a été diffusé sous le titre « Commando de l’Ombre ». La traduction est un contre-sens. D’une part, le terme « Commando » (issu de l’Afrikaneer « Kommando ») n’a pas été employé par les troupes du Commonwealth entre 1914 et 1918. Les seules unités que l’on peut considérer comme précurseuses étaient les Raiders ou Night Squads (l’équivalent des Groupes et Corps francs français). D’autre part, les Tunneliers sont des soldats spécialisés dans une mission précise et n’ont pas vocation à pratiquer des actions semblables à celles des Raiders, telles la capture de prisonniers, la destructions d’objectifs précis et la collecte de renseignements. Même si le film le laisse quelque-peu penser à un moment…

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