« Mordre et tenir » ; l’apogée de la guerre des mines (7 juin 1917) – 2

Le 7 juin 1917 à 03h50, les quelques londoniens encore ou déjà éveillés ressentent comme une secousse soudaine. Nombre d’entre ont pu prétendre avec étonnement que la Grande-Bretagne se situait sur une plaque sismique méconnue jusqu’alors. Il n’en est rien, puisque la déflagration en question est due à un titanesque enchaînement d’explosions de mines sur le Front des Flandres, plus précisément sous la Crête de Messines entre Ypres et le Canal de Comines. Les coupables de ce succès explosif ? Le minutieux General Herbert Plumer et les Tunneliers du Commonwealth, qui ont accompli là une véritable prouesse dans la poliorcétique de la Première Guerre mondiale.

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– L’utilisation des mines dans les conflits ne date pas de la Grande Guerre mais est bien connue depuis l’Antiquité. Mais d’un point de vue sémantique, on entend alors par « mine » une galerie creusée en sous-sol et non le matériel explosif antipersonnel ou anti-véhicule. Jusqu’à l’arrivée de la poudre noire sur les champs de bataille, les civilisations du bassin mésopotamien, les Grecs, les Romains et les armées médiévales pratiquaient les « sapes » afin d’abattre les murailles adverses. Puis, à partir du XVIe siècle, on pratique le même type de « travail » avec l’usage des explosifs. Ainsi, les Guerres de Louis XIV en Europe, la Guerre de Crimée et la Guerre de Sécession ont été marquées par des épisodes où chaque camp eut pour objectif d’abattre les fortifications adverses. On peut aussi penser au siège de Saragosse par les troupes du Maréchal Lannes ,durant lequel les « Sapeurs » de la Grande Armée jouèrent un rôle prépondérant dans la chute de la ville défendue avec détermination et fanatisme.

7 – LES TUNNELLING COMPANIES : LA FORCE SOUTERRAINE DU BEF

– Mais revenons-en à la Grande Guerre. Depuis l’Epoque Napoléonienne, l’emploi des « mines » contre les positions adverses ont été existantes mais jamais à grande échelle. Plutôt, les « sapes » ont été employées dans des combats de sièges « localisés » à plusieurs villes et citadelles, sans pour autant devenir systématique. Durant près d’un siècle, le feu et le mouvement dominent et les opérations de minages sont vues comme une nécessité pour faire tomber une ville si c’est nécessaire. Mais le mouvement impose de contourner au mieux les centres urbains en battant l’ennemi en campagne. Sauf qu’avec l’enlisement du conflit et la découverte de la guerre de position à grande échelle, les belligérants – Britanniques en tête – découvrent que l’on peut tenter de briser les premières lignes ennemies autant « au-dessus » qu’« en-dessous ». En résumé, avec la Grande Guerre, les belligérants redécouvrent la Guerre de Siège mais sur un front plus vaste et avec une bien plus grande intensité. En outre, cette guerre s’annonce même plus longue que prévu pour ceux qui veulent bien le voir. Ce qui implique, bien entendu, un apport de compétences civiles dans le domaine militaire. Et là, force est de constater que les Britanniques vont se révéler les plus audacieux et les plus efficaces. Les Français ont aussi usé du procédé, notamment pour le contrôle de la Butte de Vaucquoy (Meuse) et à Berry-au-Bac, mais sans pour autant allez aussi loin que leurs collègues du BEF.

– Il faut dire que les Britanniques prennent très vite conscience de l’enjeu que représente le sous-sol du champ de bataille.  Concernant la Crête de Messines, les  premières tentatives de minage ont lieu en 1914 et 1915, avec les Brigade Mining Sections côté britannique et les unités de Stollenbaue côté allemand. Seul problème, les soldats incorporés ont certes l’expérience des mines mais n’ont pas de réelles compétences en matière d’infrastructures souterraines. En outre, secourir les hommes ensevelis se révèle un véritable casse-tête. Par conséquent, le BEF ne tarde pas à mettre en place le Corps des Tunneliers, scindé en plusieurs Tunnelling Companies. Seulement, fin 1914 – début 1915, le BEF n’a pas vraiment de corps spécialisé pour ce type de mission. Mais comme souvent dans l’Armée de Sa Majesté, l’innovation vient du milieu civil. Le vrai créateur des Tunnelling Companies est un personnage haut en couleur, incarnation de l’esprit de conquête de l’Empire britannique : Sir John Norton-Griffith. Et le CV de l’homme parle pour lui. Touche à tout à l’esprit aventureux, Norton Griffith a été successivement officier contre les Matabele en Afrique orientale, garde du corps du Général Roberts pendant la Guerre des Boers, Member of Parliament (député) aux Communes dans les rangs Torries, directeur du club de Football d’Arsenal et ingénieur. L’exercice de cette dernière profession tombe à pic, puisque Norton-Griffith s’est justement spécialisé dans le creusement et la consolidation des égouts de Londres et de Manchester.  Rengagé dans le service actif en 1914, Norton-Griffith décide de recruter des volontaires pour creuser des tunnels. A bord de sa Rolls-Royce, il parcours les arrières du front à la recherche de volontaires, n’hésitant pas à se produire sur scène avec son matériel. Assez vite, il recrute des équipes de « Clay Kickers » appelés aussi « Moles » (« Taupes »)

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Sir John Norton-Griffith

– A contrario, les Allemands se montrent plus timorés quant à la constitution et à l’emploi d’unités de sapes. En fait, ils ne souhaitent pas remplacer leurs unités de construction et du Génie (Pioniere). Par conséquent, les Pioniere qui sont généralement employés à des tâches de « surface » (construction, entretien, creusement, destruction et même assaut) doivent vont se trouver  engagés dans des travaux souterrains pour lesquels ils ne sont pas préparés. Certes, vont-ils faire appel au sein de ces unités à des mineurs de Rhénanie et de Silésie mais leur nombre tend à diminuer par manque de moyens. D’autant que pour faire tourner son industrie de guerre, l’Allemagne a besoin de main d’œuvre dans les mines de charbon. D’ailleurs, le Commandement et le Gouvernement français ont également dû maintenir les mineurs en âge de combattre dans les puits pour les mêmes raisons, d’autant que l’important bassin minier lensois est occupé (1).

– Jusqu’en mai 1916, les Allemands se montrent assez pusillanimes sur cette question et ne voient pas la nécessité de remplacer les Festungbataillone (« bataillons de construction ») et les compagnies de Pioniere (sapeurs) déjà existants par des unités spécialement dévolues à cette tâche. Par conséquent, les Pioniere n’apprécient guère d’être mal employés et fatigués par des travaux souterrains pour lesquels ils ne sont pas formés à la base. Chez les Allemands, les Pioniere sont également des mineurs de charbon mais leur nombre tend à diminuer durant la guerre en raison des pénuries de matériels. Les britanniques sont plus pragmatiques que les Allemands dans leur emploi de leurs Tunneliers. Ainsi, chaque compagnie se voit attribuer un secteur géographique, tandis que les Allemands conservent l’intégration d’unité de Pioniere à l’échelon divisionnaire. Par conséquent, les unités de tunneliers britanniques peuvent creuser en continu dans tel ou tel secteur, alors que du côté allemand, la cadence dépend de l’affectation des unités spécialisées. Les Allemands finiront par mobiliser les Festungsbataillone (unités dite de forteresse, soit de construction) mais sans de meilleurs résultats (2).

– En revanche, chez les Britanniques, un officier haut-en-couleur prend la question au sérieux. Patriote jusqu’aux ongles mais imaginatif, talentueux et énergique, Sir John Norton-Griffiths (1871-1930), surnommé « Empire Jack », donne à l’Armée britannique ses qualifications de savoir-faire ans la guerre des mines. Le CV de l’homme parle pour lui : commandant d’une unité d’éclaireurs contre les Matabele au Kenya, garde du corps de Lord Roberts pendant la Guerre des Boers, Member of Parliament (député aux Communes) dans les rangs Torries, Directeur du club de football d’Arsenal, fondateur de la Royal British Legion, entrepreneur et ingénieur.
Or, dans son expérience d’ingénieur, Norton-Griffiths a conduit le creusement d’égouts et de tunnels de métro, avec des équipes de « clay-kickers » (littéralement, les « perceurs de boue ») à Londres et Manchester. En profitant de son nouveau grade de Major comme de sa Rolls-Royce, il faut le tour des unités du BEF pour recruter des volontaires et n’hésite pas à faire la démonstration du « clay kicking », soit du « percement » de galeries par des équipes dotées de marteaux-piqueurs actionnés par la force des jambes.

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Croquis explicatif du Clay-Kicking

– Norton-Griffiths dispose de l’appui d’un homme particulièrement efficace : le Colonel Napier Harvey, qui crée la structure nécessaire pour former le corps des Tunneliers britanniques. Si beaucoup de tunneliers, mineurs dans le civil, ont été ponctionnés sur les effectifs de l’infanterie, il faut former tous les volontaires qui arrivent sur le front – et garder ceux qui ont le sang-froid nécessaire –, avec la promesse d’une meilleure solde qu’un simple soldat d’Infanterie. En juillet 1916, le BEF dispose de 33 Tunnelling Companies. Mais il s’agit presque de petits bataillons de 550 hommes chacun. Les Britanniques en alignent la majorité (25), renforcée par celles du Canada (3), des « Diggers » d’Australie (4) et de Nouvelle-Zélande (1).

– Comme l’explique le Lt.Col. Turner , durant l’hiver 1914 et au début de l’année 1915, le creusement de galeries sous le no man’s land ne va pas plus bas que 5 mètres de profondeur. Mais il atteint 10 à 15 m en 1916 grâce à de nouvelles techniques. Mais il faut aussi tenir compte des spécificités géologiques des différentes portions du front. Ainsi, il est plus aisé de creuser des galeries dans les sols calcaires ou crayeux de Picardie et de Champagne que dans les sols argilo-sablonneux garnis de nappes phréatiques des Flandres. Or, c’est bien dans les Flandres que les Tunnelling Companies de Haig et Plumer vont accomplir de véritables prouesses techniques (presque) sous les yeux des Allemands (3).

– Sous terre, les équipes de tunneliers accomplissent un travail de forçat et bien souvent sur plusieurs années. Il leur faut creuser, renforcer les galeries avec des poutres et des billots de bois (les fantassins étant parfois envoyés en renfort) et poser les explosifs. Chaque section déployée sous terre est scindée en trois équipes. Et en théorie, chacune de ces équipes travaille huit heures, soit vingt-quatre heures par section. Mais il arrive souvent que l’horaire soit largement dépassé, certaines sections travaillant plusieurs jours. Dans le cas des Flandres, les tunneliers doivent utiliser également tout un matériel de pompage et d’évacuation d’eau des nappes phréatiques. Et celles-ci doivent être franchies par l’installation d’une structure cylindrique en acier permettant d’étanchéifier la galerie.

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Matériel de pompage de tunneliers ; musée de Passchendaele (fonds personnel)

– La guerre souterraine fait aussi l’objet d’expérimentation de différents types d’explosifs avant d’opter définitivement pour l’ammoniaque (qui n’explose pas s’il est secoué ou soumis à la lumière). Finalement, on l’enferme dans des sacs en caoutchouc ou dans des boîtes.Des plaques de nitrocellulose sont également utilisées comme premières charges explosives. Dans le cas de Messines, plusieurs charges sont massives, avec 25 tonnes/mine. Les Britanniques tentent également d’utiliser des moyens mécanisés autre que les seuls outils actionnés par les bras humains. Ils actionnent sous terre la « Great Shield » Machine de Stanley Heading, fonctionnant à air comprimé. Mais l’engin ne donne pas vraiment satisfaction. Un autre échec est consommé avec la machine appelée « The Bluff » entre la Cote 60 et Saint-Eloi (4).

– Moins connue que la guerre de tranchée « en surface », la guerre des mines (Mining Warfare) n’en est pas moins dangereuse et éprouvante pour les hommes. Comme le dit le Lt.Col. Turner, dans le civil, le danger existe chez les mineurs. Mais il résultait de facteurs purement « physiques » et non pas des contre-sapes ennemies. D’une part, les éboulements sont fréquents, ce qui cause des cauchemars pour les équipes de fantassins et de tunneliers chargées des secours. Le danger vient également du camp ennemi qui pratique la contre-sape. Et les Allemands se spécialisent vite dans l’emploi de la technique du « camouflet », c’est-à-dire le creusement d’un puits vertical afin de bloquer le creusement de tunnels ennemis. Autre technique pour bloquer la progression souterraine de l’adversaire, causer l’éboulement de galeries par l’explosion de torpilles qui enflamment la gaz carbonique contenu dans le sous-sol. Et il arrive même que lorsque des soldats débouchent dans une galerie ennemies, de violents combats au corps-à-corps éclatent dans l’obscurité à coups de poignards, de massues, de dagues et même de fusils Lee-Enfield raccourcis. Autre risque non négligeable, le manque d’oxygène. Pour s’en prémunir, les Tunneliers britanniques et du Commonwealth sont dotés de masques respiratoires avec une poche d’oxygène portative. Pour mesurer le taux d’oxygène restant dans les galeries, les tunneliers utilisent également des oiseaux en cage. Quand le volatile meurt, c’est le signal qu’il est temps de quitter la galerie. Enfin, dans les Flandres, l’humidité du sous-sol, plus propice au développement de bactéries, cause de nombreux cas de pneumonies, accentués par la promiscuité de l’environnement (5).

– Chez les Britanniques, on estime que faire sauter des mines dans le secteur de Wytschaete est tout à fait possible. Ainsi, le 12 mai 1915, Norton-Griffiths fait état de 6 secteurs « sélectionnables ». Son rapport ne repose pas sur rien, puisqu’une semaine avant (fin avril), la 170th Tunneling Company a réussi à « franchir » le Kemmelsand et à creuser plus profond. Au début de janvier 1916, alors qu’une offensive dans le secteur d’Ypres est envisagée par Haig, Norton-Griffith reçoit le soutien du commandant des Royal Engineers du BEF, le Brigadier-General Fowke et de Plumer, pour poursuivre ses recherches. Seulement, Norton-Griffith quitte les sous-sols des Flandres en 1916 pour la Roumanie. Du coup, il est remplacé dans sa mission par le Colonel Harvey.
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8 – MESSINES : FAITES SAUTER LA CRÊTE ! 

– Pour miner les lignes allemandes, les Britanniques voient grand. Pas moins de 49 points sont proposés mais finalement, 25 sont retenus. Cela montre néanmoins à quel point les compagnies de tunneliers n’ont pas été inactives, loin de là.
La Cote 60 marque la limite nord de l’offensive de Messines. Mais le secteur est sans doute le plus inapproprié pour le creusement car formé d’un enchevêtrement d’un système défensif au-dessus de plusieurs épaisses couches de Kemmel Sand. Sa bosse voisine, le « Caterpilar » se trouve en plein dans une portion du front marqué par la construction interrompue de la ligne ferroviaire Ypres – Commines. L’endroit a une réputation d’humidité, contraignant à l’utilisation de lampes à acétylène en remplacement des bougies. Tous les travaux de 1915-16 n’ont pas débouché en-dessous de 5 m de profondeur.

– A l’été 1915, la 175th Tunnelling Company arrive sur le front, déterminée creuser plus profond. Démarrant ses travaux à 200 m derrière la ligne de front, les tunneliers creusent en ligne inclinée réussissant à atteindre les 28 m de profondeur. A partir de là, les « Taupes » démarrent le creusement d’une galerie offensive affublée de l’épithète « Berlin Tunnel ». Et l’infanterie est mise à contribution pour évacuer la boue. Après une relève, les Canadiens se voient attribuer la Cote 60. Constituant une « fourchette » à partir de l’extrémité du « Tunnel de Berlin » et creusent autant en direction de la Cote 60 et du « Caterpilar » en août 1916. Confrontés à l’humidité et au sol instable juste sous la Cote 60, ils finissent par constituer une galerie jumelle remplie de 24,3 tonnes d’ammoniaque (6).

– A ce stade du creusement, 8 pompes sont requises afin d’empêcher les inondations dues au percement des nappes phréatiques. Ce cas n’ayant pas été rencontré durant la Bataille de la Somme par exemple. Ensuite, les tunneliers déposent les charges contenues dans des boîtes étanches avec trois fois plus de détonateurs. Mais le principal danger guette les hommes chargés de maintenir solide la charpente des galeries et de mener les travaux défensifs contre les explosions.
Le creusement d’un nouvel axe démarre et, en novembre 1916, la 1st Australian Tunneling Coy arrive pour achever les travaux à partir de novembre 1916. Ceux-ci sont menés par un ingénieur des mines, spécialiste du creusement des tunnels en « dur » en Nouvelle-Guinée, Oliver Woodward. Constituant de fausses galeries et causant des explosions factices, les Australiens réussissent à leurrer les Allemands. Un officier allemand des Pioniere, capturé durant un raid, révèle la présence d’une contre-sape en profondeur, qui est vite arrêtée par une explosion souterraine. Les Australiens achèvent de creuser leur axe sans réel problème, en interdisant l’accès à la pente fragile. Mais le  jeu du chat et de la souris continue sous la Cote 60 jusque au 7 juin 1917. Mais les Allemands tentèrent de contrer les Australiens en mars, avec de nouvelles contre-sapes. Mais les spécialistes savent à peu près où les Allemands creusent et les activités cessent un temps ().

– Les Canadiens ont un autre grand projet visant à creuser sous Saint-Eloi. Un nouvel axe souterrain appelé « Queen Victoria’ » est creusé jusqu’en août 1916. En résumé, Saint-Eloi est un projet qui aboutit assez loin car les Allemands sont occupés à creuser des contre-sapes ailleurs. Et par sécurité, une galerie leurre est creusée en parallèle. Mais la boue est particulièrement dure à creuser sous cette partie du front. Il ne faut pas moins de dix mois pour abattre seulement 500 m. A la fin, les Canadiens déposent 43,45 tonnes d’explosifs.  En revanche, les Allemands connaissent bien mieux les projets des Canadiens sous Hollandscheschuur. Résultat, deux violents « camouflets » en mai et juin viennent mettre fin au projet (7).

– Les Britanniques prévoient donc de faire exploser 19 mines sur plusieurs points du saillant. Tous les secteurs réunis comptent 455 tonnes d’explosifs ammonal. Tout au nord (Xth Corps) 2 mines doivent exploser au pied du Caterpilar (objectif de la 23rd Division), l’une sous la Cote 60 (Hill 60) près de la voie ferrée et près de la route reliant Zillebeke à Hollebeke. Plus au sud-ouest, une autre doit exploser au sud de Saint-Eloi, près de la route qui mène à Wytschaete. Au centre (IXth Corps), trois mines doivent explosées devant grand bois, sur la route Viestraat – Wytschaete, devant l’aile droite de la 19th (Western) Division. Ensuite, tout au centre du dispositif de Second Army, soit devant les 16th (Irish) et 36th (Ulster) Divisions, ce ne sont pas moins de dix mines mines qui doivent sauter soit de Petit-Bois, près de la route menant à Wytschaete et jusqu’à l’extrémité droite du dispositif de la 36th Division. Il s’agit là du secteur où les premières lignes défensives allemandes (40. Division) doivent être le plus (fortement) pulvérisées, d’autant que cette partie du saillant mesure moins de 3 km. Enfin, cinq autres  mines doivent sauter face au II ANZACS (3rd Australian Division), soit depuis la route Saint-Yves – Messines et jusqu’à la Factory Farm (8).

– Les Allemands savent dont très bien que les Britanniques creusent sous le no man’s land. Suite à une opération de riposte (« Questschungen ») lancée en septembre 1916, on pense à la IV. Armee que la menace a été conjurée. Ainsi, son commanditaire, l’Oberstleutnant Otto von Füsslein, commandant des « Pioniere » chargés des sapes, estime lors d’une conférence à l’Etat-major du HG « Nord » (30 avril) qu’il est alors imporssible que les Britanniques fassent exploser des mines. Mais le 10 mai, il revoit nettement son jugement en expliquant que des mines exploseront sous certains secteurs avant une attaque… A savoir lesquels, l’officier allemand ne sait que répondre.

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Officiers de la 1st Australian Tunnelling Coy ; avec Oliver Woodward assis à gauche sur la photo

9 – « NOUS MODIFIERONS DÉFINITIVEMENT LA GÉOGRAPHIE DES LIEUX ! » (Ch. Harrington)

– Dans son plan d’attaque, Herbert Plumer veut que les premières vagues prennent solidement pied sur la Crête de Messines à 04h41. Pour cela, ses fantassins doivent progresser dans le no man’s land durant près de une heure et trente minutes mais suivant l’explosion des mines et le barrage d’artillerie. Les Tunneliers et mineurs apportent également les derniers préparatifs aux mines. A ce propos, le 6 juin, Harington donne une conférence de presse durant laquelle il lance à l’adresse des correspondants et avec un flegme tout britannique : « Gentlemen. Je ne saurais vous dire si nous changerons l’Histoire ou non, mais il est certain que nous modifierons la géographie des lieux » (9). Selon les témoins, le fervent anglican qu’est Herbert Plumer s’agenouille auprès de son lit dévoré par l’anxiété, joint les mains et prie. Mais si le populaire général se montre naturellement anxieux, d’autres ont tout autant de raisons de l’être. En effet, les officiers des compagnies de Tunneliers qui doivent appuyer sur les détonateurs s’interrogent. Après tant de travaux et de sacrifices, les mines vont-elles bien exploser ? L’humidité du sous-sol n’a-t-elle pas mis à mal les systèmes de détonation. Témoin et acteur direct de ces instants, le Captain Oliver Woodward de la 1st Australian Tunnelling Company vérifie plusieurs fois les mises à feu. « Chacun semble tendu, jusqu’à sentir ses nerfs sur le point de lâcher. Je suis sur le point d’accomplir ma tâche la plus importante et suis étranglé d’excitation. Je me sens libéré quand j’ai l’assurance que tout est en place. Les dernières heures et minutes semblent une éternité. Le souffle court, je regarde ma montre sur laquelle l’aiguille fait défiler les minutes. Dix, puis trois, puis deux, puis une…puis quarante-cinq secondes, puis vingt secondes, puis dix secondes…et puis FEU ! » (10)

– Quand Olivier Woodward appuie, la mine de la colline 60 explose dans une détonation titanesque, comme dix-neuf autres en vingt secondes du sud-est d’Ypres jusqu’à la lisière du Canal de Comines. De gigantesques colonnes de flammes et de terre embrasent l’horizon jusqu’à former une barrière de couleur orange. Selon le Lieutenant tunnelier Brian Frayling qui a appuyé sur le détonateur, une seule colonne dépassait la hauteur de la Cathédrale Saint-Paul à Londres. Un autre officier, est projeté 6 m en arrière après avoir abaisser le détonateur. En plus du bruit assourdissant et des explosions dantesques, c’est le ressenti des déflagrations successives qui reste inouï. En effet, à l’Université de Lille, on pense toute de suite à un tremblement de terre, alors que la région n’est pas vraiment réputée pour ses spécificités sismiques. Plus encore, la déflagration est entendue ET ressentie à Londres. Des débris de bois et de béton retombent même devant les lignes britanniques et jonchent le no man’s land. Dans le secteur de la 16th (Irish) Division, devant Petit Bois, des hommes des 7th et 8th Bns Inniskilling Fusiliers (49th Brigade) sortis trop tôt de leurs tranchées, sont soufflés par l’explosion des deux mines.

– Du côté allemand (où l’on a enregistré l’explosion après 04h00 du matin, à cause de l’heure de Berlin), l’état des premières lignes où son sont produites les explosions est cataclysmique. Tout a été soufflé et même des Blockhäuse se sont soulevés. Quant aux soldats qui tenaient ces secteurs, ils se sont tout simplement volatilisés. Les explosions ont créé des cratères dont le diamètre n’était pas en-deçà de 80 m. Le Lieutenant Brian Frayling, qui participa à l’inspection du cratère de Spanbroekmolen, affirme qu’il n’a trouvé aucun corps humain, hormis un pied dans une botte. Voici l’un des rares témoignages allemands récoltés par la suite. Soldat au Füsilier-Regiment Nr. 33 positionné au nord de Wytschaete, Paul Schumacher décrit l’explosion comme « un énorme éclair » suivi « flammes d’un rouge sang qui s’élevaient vers le ciel, avec un craquement sourd qui faisait penser au rugissement des canons. » Il ajoute que « la terre tremblait et se soulevait comme si elle était prise d’une violente convulsion » (11).

– En tout cas, le tableau des pertes allemands fait état de plus de 7 500 tués du 7 au 10 juin. Mais il y a fort à penser que plusieurs centaines de soldats (peut-être plusieurs milliers) ont disparu avec la seule explosion de mines (12).

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Cratère laissé entre Wytschaete et Saint-Eloi (fonds personnel)

(1) TURNER Col. A. : « Messines 1917. The Zenith of Siege Warfare », Osprey Publishin, London
(2) TURNER Col. A, Op. Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Ibid.
(10) Ibid.
(11) Ibid.
(12) Ibid.

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