Bataille de la Somme – Flers-Courcelette – 1

– Au début du mois de septembre, en dépit des quelques 15 000 hommes perdus pour conquérir Ginchy et Guillemont, Douglas Haig retrouve de l’enthousiasme. En effet, il explique au War Committee que la situation stratégique est favorable aux Alliés : à l’est, Aleksei Broussilov inflige des pertes terribles à l’Armée austro-hongroise (1) et les Allemands ont abandonné toute offensive contre Verdun, faute de moyens humains et matériels. Haig veut alors frapper la troisième ligne allemande, pensant qu’un dernier coup de rein franco-britannique. De son côté, Foch veut accentuer le tempo des attaques afin d’affaiblir les défenses allemandes. Haig y fut d’abord réticent, estimant que la IVth Army n’est pas assez proche de la troisième ligne allemande. Il est donc convenu que les Britanniques fourniront encore l’effort principal au nord de la Somme, tandis que les VIe et Xe Armées françaises les appuieront des deux côtés du fleuve. Ainsi, Haig prévoit que la IVth Army de Rawlinson dégage la seconde ligne allemande en s’emparant de Martinpuich, le Sars, Morval et Flers, pendant que la Reserve Army de Gough se chargera d’une attaque de soutien sur Thiepval. La VIe Armée française attaquera la ligne La Forêt – Cléry afin de poursuivre sur Rancourt. Et enfin, la Xe Armée attaquera sur la rive sud, avec comme objectifs Barleux et Chilly.
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1 – PREPARATION

– Haig assigne à Henry Rawlinson la prise du village de Flers. En effet, celui-ci est un nœud routier local qui permet d’accéder à Martinpuich (par l’ouest), à Lesboeufs (par l’est) et surtout, qui verrouille la route Albert – Bapaume. Il est défendu par une série de tranchées dénommées par les britanniques « Flers », « Flea », « Cox and Box » et « Gird ».
Cette fois, l’infanterie britannique ne doit plus partir à l’assaut en vagues meurtrière. Les leçons qui n’avaient pas été prises en compte au cœur de la bataille ont été retenues, consacrant ainsi les idées novatrices du Major-General Ivor Maxse. Ainsi, il est prévu que des petits groupes d’infanterie attaquent d’abord en coopération avec l’artillerie afin d’accrocher les lignes allemandes, suivies par des colonnes équipées de mitrailleuses Lewis et de mortiers Stokes qui viendront systématiquement consolider les positions conquises.

– Rawlinson et Haig prévoient de percer la principale ligne de défense allemande sur 5,6 km de long, en commençant par des attaques limitées vers le nord-est. Seulement Haig, souhaite que la percée soit vite exploitée par la Cavalerie afin de provoquer la chute de la ligne ennemie. Mais Rawlinson se montre moins ambitieux que son chef (et plus prudent), prévoyant d’effectuer une avance étape par étape dans le but de s’installer sur la ligne de défense allemande afin de faire sauter le réseau de tranchées et de redoutes sis Martinpuich (Green Line). Le flanc droit du XIVth Corps doit s’emparer des pentes avancées du plateau situé au nord-ouest de Combles, ce qui requiert une avance de 910 depuis le secteur « Quadrilatère » – Bois Delville. Le second objectif britannique (Brown Line – 1,1 km) est la troisième position allemande couvrant Flers, attribuée au IIIrd Corps. Le troisième (Blue Line – 1,1 km en amont) est située sur la ligne de défense arrière entre Morval et Lesboeufs et confiée aux XIVth et XVth Corps. La ligne s’étend vers l’ouest où le IIIrd Corps doit avancer, encercler Martinpuich et neutraliser les positions d’artillerie allemande près de Le Sars. Un quatrième objectif (Red Line), attribué au XIVth Corps, est fixé à 1,3 – 1,7 km au nord-est de Blue Line et en aval de Morval et Lesboeufs. En parallèle, le XVth Corps devra s’emparer de Gueudecourt, au nord-est de Flers. Le flanc défensif au nord de Combles et étendu sur la droite au XIVth Corps sur les pentes du sud-est de Morval, au contact de la VIe Armée au sud de Combles. Les Français devant avancer sur Frégicourt et Sailly-Saillisel afin d’envelopper Combles par le sud, grâce à une avance sur Rancourt et Frégicourt (Ier Corps). Le Ve Corps doit s’emparer du Bois de Saint-Pierre Vaast, pendant que le VIIe Corps attaquera l’est de Bouchavesnes et le XXXIIIe Corps Cléry. Le IIIrd Corps sur la gauche de la IVth Army doit rester souder au flanc droit de la Reserve Army qui doit mener des opérations secondaires. Mais la Reserve Army devra fournir l’effort principal sur Thiepval si l’attaque de Rawlinson vient à s’enliser.

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– Le plan d’attaque de la Reserve Army est dressé le 12 septembre. Le flanc droit du Canadian Corps de Julian Byng doit attaquer avec le IIIrd Corps (William Pulteney) afin de capturer plusieurs points clés de la défense allemande de Flers, jusqu’à Le Sars et Pys (soit une portion de la Green Line). La 2nd Canadian Division (Richard Turner) doit attaquer sur un front de 1,6 km depuis le sentier Ovillers – Courcelette  et jusqu’à la limite de Courcelette. Elle doit être appuyée sur sa gauche par la 3rd Canadian Division (Louis Lipsett). L’infanterie canadienne, assez inexpérimentée (exceptée sa 1st Division), doit avancer droit sur ses objectifs derrière un puissant tir de barrage. Le IInd Corps (Claude Jacobs), placé sur le flanc gauche, doit profiter de l’assaut des canadiens pour mordre du terrain au sud de Thiepval où la 49th Division doit lâcher un nuage de gaz sur les lignes allemandes pour faire croire à une attaque couverte par des fumigènes. Enfin au nord de l’Ancre, le Vth Corps (Edward Fanshawe) doit également aveugler les Allemands avec de la fumée et lancer raids sur plusieurs points afin d’y fixer des troupes allemandes.

La date est fixée le 15 septembre à 06h20 (heure de Londres). Red Line doit être atteinte rapidement, avant la tombée du jour. Selon les ordres de Haig, deux divisions de cavalerie doivent s’engouffrer entre Morval et Gueudecourt et une force légèrement armée doit établir un flanc défensif entre Sailly-Saillisel et Bapaume, alors que le reste de la IVth Army doit continuer son attaque au nord en repoussant les défenses allemandes. Le plan de Haig est risqué et manque de cohérence avec celui de Rawlinson. En effet, le commandant du BEF souhaite que ses cavaliers dégagent les positions d’artillerie allemande à Le Sars, Warlencourt et Thilly, soutenus par les XIVth et XVth Corps. Enfin, les troupes montées doivent également s’en prendre aux voies ferrées qui permettent de ravitailler les défenseurs allemands, de même que les QG d’unités.

– Sur le flanc droit du XIVth Corps de Rudolph Lambard Earl of Cavan, la 56th (London) Division du Major-General Peter Hull doit former un flanc défensif sur le versant nord-ouest du Ravin de Combles. La 6th Division du Major-General Charles Ross doit avancer sur le « Quadrilatère » depuis le Bois de Leuze. La 56th Division doit également avancer vers le sud-est du « Quadrilatère » en passant par le Bois des Bouleaux, afin de faciliter l’attaque de la 6th Division, pendant que la Guards Division du Major-General Geoffrey Feilding attaque au nord-est, contre la crête qui relie Morval à Lesboeufs. Enfin, l’attaque du « Quadrilatère » doit s’effectuer avec 3 Tanks, pendant que 9 autres appuient la Guards Division.

– Cette fois-ci, les Généraux britanniques se montrent plus minutieux. Ainsi, le Major-General R. Buckland, commandant du Génie établit des dépôts de matériel afin de permettre aux Engineers d’aménager le terrain conquis et particulièrement, pour remettre en état les sentiers et les petites routes. Deux routes sont ainsi élargies, à Maricourt et Montauban. L’artillerie est également renforcée avec 5 batteries lourdes de 60-pounder, 1 batterie d’obusiers de 6-inch et 2 de 9.2-inch. Elles s’ajoutent à la puissante artillerie déjà concentrée au sein des trois Corps d’attaque, le tout regroupant un peu plus de 1 080 canons et obusiers. Ainsi, le XIVth Corps compte 244 canons de 18-pounder, 64 obusiers de 4.5-inch et 4 groupes d’artillerie lourde de siège (1 obusier de 15-inch et 2 de 12-inch), 20 obusiers de 9.2-inch, 8 de 6-inch, 2 canons lourds de 9.2-inch, 28 canons de 60-pdr et 4 de 4.7-inch. Le XVth Corps aligne 248 canons de 18-pdr, 72 obusiers de 4.5-inch et 5 Groupes lourds de siège. Enfin, le IIIrd Corps peut compter sur 228 canons de 18-pdr, 64 obusiers de 4.5-inch et 5 groupes lourds d’artillerie de siège. De son côté, la Reserve Army de Gough compte 3 groupes lourds qui lui sont rattachés directement, tandis que la 3rd Canadian Division formant le flanc défensif, s’est vue rattachée 6 brigades d’artillerie. Ce qui signifie que les Britanniques s’attendent à ce que les Allemands contre-attaquent dans ce secteur.  Les Britanniques se sont également efforcés de perfectionner le système des transmissions entre les patrouilles d’aviation et les relais au sol. Durant les phases les plus dures des combats, il fallut parfois jusqu’à 6 heures qu’un ordre ou un rapport parvint à une unité. Néanmoins, si les défenses allemandes s’écroulent, il s’avère difficile de dérouler des fils téléphoniques à travers le no man’s land et les positions conquises. Du coup, les unités du Signal Corps et de l’Artillery ne peuvent se départir de l’emploi d’estafettes à pied  Enfin, Henry Rawlinson décide d’opérer avec ses batteries comme il l’avait envisagé pour le 1er juillet. Son plan, qui n’avait pas reçu l’approbation de Haig, consiste à acheminer rapidement des pièces de campagne plus en avant, afin de fournir un tir d’appui plus efficace aux fantassins dans les phases de percée, de consolidation, voire de défense en cas de contre-attaque ennemie. Le 14 septembre au soir donc, les chars stationnent 4 km en arrière des lignes allemandes afin de ne pas être repérés par les observateur d’artillerie ennemie et donc, pour garder l’effet de surprise et éviter toute possible parade.

– Le Royal Flying Corps a aussi la mission de frapper à l’arrière du dispositif allemand, notamment pour tenter d’aveugler l’artillerie et désorganiser la chaîne du commandement allemand, tout comme sa logistique. Ainsi, le No. 60 Squadron s’en prend aux ballons d’observation, pendant que le No.27 Squadron attaque le QG de la II. Armee à Bourlon, le No. 13 Squadron la station de Vélu ainsi que le château de Saint-Léger ; le No. 19 Squadron le Château de Havrincourt. Plus au nord, le No. 70 Squadron, avec 8 bombardiers Martynside Elephants, attaque les trains d’approvisionnement allemands à Cambrai, tandis que le No. 12 fait de même Bapaume. Enfin, pour faire taire toute réplique allemande, les No. 13, 24 et 32 Squadrons, ainsi que des appareils du No. 70 attaquent les unités de la Jasta 2. Mais si les Britanniques revendiquent 14 appareils allemands à leur tableau de chasse, Ernst Bölcke et ses hommes aux commandes de leurs Albatros et Fokker III ont ajouté 6 appareils à leur tableau de chasse.

– En face, la défense allemande est assurée par le II. Königlich-Bayerisches-Armee-Korps d’Otto von Stetten qui regroupe 5 divisions entre Courcelette et Morval. Ainsi, sur le flanc droit allemand, la 4. Gardes-Division (Wilibald von Schweidnitz und Krai) défend la route du Sars au nord-ouest et Martinpuich. Au centre, la 3. Königlich-Bayerisches-Division (K. von Wenninger) un secteur comprenant l’est de Martinpuich, l’Abbaye d’Eaucourt et la Tranchée de Flers ; la 4. KBD (Ernst von Schrott) l’est de la Tranchée de Flers et la Tranchée « Switch ». Enfin, sur le flanc droit, la 5. KBD (Nikolaus von Endres) et la 185. Infanterie-Division (Paul von Uthmann) défendent les accès à Lesboeufs et Morval. Comme à son habitude, le dispositif défensif allemand s’ancre dans une série de tranchée reliée entre elles. La première ligne est formée de la Tranchée « Switch » (ancrée entre l’est du Bois des Fourcaux et Ginchy) au sud, reliée à la Tranchée de Flers. Et celle-ci est reliée à la troisième ligne allemande par la « Goose Alley » (voir carte).
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2 – L’ATTAQUE DU 15 SEPTEMBRE

– L’attaque britannique démarre donc le 15 septembre à 06h20. Avant l’heure H, les équipages des 36 chars engagés (sur 48 de prévus) avancent dans une semi-clarté, le bruit de leurs moteurs et chenilles étant couvert par le vrombissement des moteurs d’avions. Les Tanks sont répartis à hauteur de 14-15 engins par Corps d’Armée, soit 3-4 par divisions et donc 1 par Brigade. Chacun d’entre eux est désigné par la lettre « D » à laquelle est ajouté un chiffre d’identification selon la division attribuée. Mais les Tanks ne produisent pas l’effet escompté, même si les premiers défenseurs allemands qui font leur découverte sont terrifiés. En revanche, nombre d’engins tombent en panne  (souvent moteur) et lents (6 km/h en tout), ils se meuvent difficilement dans un terrain labouré par des obus. Et même, au sein de la 6th Division, l’un d’eux cause un tir ami suite à une confusion.

– Sur la gauche du XIVth Corps, la 169th Brigade de la 56th Division (Brig. Coke) parvient à avancer sur la Tranchée « Loop » – à la charnière du Ravin de Combles –, avec l’appui d’un char qui remplit bien son rôle, causant une panique chez les soldats du Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 28 (185. ID). Malheureusement, les 167th et 168th Brigades ne peuvent dépasser le Bois des Bouleaux et « Middle Copse ». L’un des Tanks d’accompagnement est même pris à parti à la grenade par de téméraires soldats allemands qui forcent l’équipage à faire marche arrière.

– La 6th Division du Major-General Ross n’attaque pas sous les meilleurs auspices puisque le bombardement d’artillerie contre le « Quadrilatère » s’est révélé inefficace. Et lorsque les 3 Tanks d’appui se mettent en route, deux d’entre eux tombent en panne. Le seul restant, longe une voie ferrée en direction du nord-est, entraînant quand même derrière-lui la 16th Brigade. Mais celle-ci est vite prise sous un violent feu de mitrailleuses et ne s’emparer de la Tranchée « Straight ». Il en va de même pour la 71st Brigade qui ne peut dépasser la route Bois de Leuze – Morval.

– Les 2nd et 1st Guards Brigades (Guards Division) se rassemblent dans un terrain dévasté au sud-est de la route Ginchy – Les Boeufs. Leurs objectifs sont d’avancer vers le nord-est, de parvenir au sur le nord-est du « Triangle », d’accrocher la route Ginchy – Lesboeufs et de prendre la Tranchée « Pint » et « Lager Lane ». Malgré un feu nourri de mitrailleuses provenant du « Quadrilatère », les Guards parviennent à atteindre le « Triangle » et dégage la Tranchée « Serpentine » à la baïonnette, expulsant ainsi 2 Bataillonen du Königlich-Bayersiches-Infanterie-Regiment Nr. 7 « Prinz Leopold » (5. KBD), pourvu seulement d’un léger appui en artillerie. Très vite, les fantassins bavarois de l’Oberst Stangl sont pris en « straffing » par un peu moins de 30 appareils du RFC. Les Guards reprennent leur avance mais la 2nd Guards Brigade de John Ponsoby (3rd Bn. Grenadier , 1st Bn. Coldstream et 1st Bn. Scots Guards) va trop loin, atteignant le troisième objectif prévu mais devançant sur le planning, les 6th et 56th Divisions alors arrêtées. En effet, les deux dernières pataugent toujours. La 56th est bloquée face au « Quadrilatère », tandis que la 6th peine devant la Tranchée « Straight ». Néanmoins, malgré une défense acharnée des mitrailleurs du KBIR Nr. 21, le 1/8th Bn. Middlessex s’empare de « Middle Copse ».

– De son côté, malgré l’absence de soutien de la part de la 6th Division, les deux brigades d’attaque de la Guards Division continuent d’avancer. Ainsi, la 1st Guards Brigade de Cecil Pereira (2nd Bn. Grenadier, 2nd Bn. Colstream et 1st Bn. Irish Guards) attaque au-delà de la Tranchée « Serpentine » sous un feu nourri allemand et s’empare même du QG du KBIR Nr.14, faisant des prisonniers et établissant le contact avec des éléments de la 14th (Light) Division. Malgré l’envoi de messages, les Guards ne peuvent recevoir de soutien rapidement. Du coup, le dernier bataillon valide du KBIR Nr. 7, avec les rescapés des deux autres, contre-attaque, rejetant les Guards sur le « Triangle ».

– Dans le secteur du XVth Corps, 14 des 18 Tanks prévus parviennent à rejoindre leur point de départ. La 14th (Light) Division du Major-General Victor Couper doit nettoyer un saillant allemand à l’est du Bois Delville, avant d’attaque au sud-est de Flers et sur la route Flers – Lesboeufs, avec l’appui de 3 Tanks. Si deux d’entre eux tombent en panne, le troisième restant (« D1 ») remplit bien son rôle, mettant plusieurs dizaines de défenseurs allemands du saillant en fuite. Les deux autres engins cuirassés (« D3 » et « D5 ») remis en état, les 41st et 42nd Brigades de la division chassent les soldats du KBIR Nr. 14 de « Cocoa Lane », comme des tranchées « Tea Support » et « Pint ». Après avoir établi la jonction avec les « Guards », la 14th Division dégage définitivement de le Bois Delville et s’empare de la Tranchée « Gap ». Mais ses deux brigades sont vite prise sous un feu nourri de mitrailleuses et ne peuvent aller plus loin.

– Avec pour mission d’attaquer Flers (d’où un appui conséquent de 10 Tanks), la 41st Division du Major-General Sydney Lawford avance très vite derrière le barrage roulant, avec peu de pertes, s’emparant de la « Switch Line » à 07h00. Même si plusieurs engins tombent en panne, la 122nd Brigade suit le « D16 » qui entre dans Flers, tenu par le KBIR Nr. 9. Les engins remplissent bien leur rôle, détruisant les maisons dans lesquelles les soldats allemands se sont retranchés, ainsi que les positions de mitrailleuses. Pendant ce temps, le « D9 » contourne la ville par l’est, détruisant plusieurs abris allemands, avant de subir un coup au but. Le « D6 » détruit une batterie allemands près de Gueudecourt avant d’être touché. Et le « D17 » détruit des nids de mitrailleuse avant d’être touché, pour être récupéré par les Britanniques dans la journée. Grâce à l’intervention des chars, les Bavarois trouvent leur salut dans la fuite.

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– Du côté du IIIrd Corps, la New Zealand Division du Major-General Andrew Russell passe à l’action avec l’appui de 4 Tanks (« D8 », « D10 » et « D11 » et « D12 »). Sa 2nd NZ Brigade, obéissant aux instructions consistant à consolider chaque position conquise, emportant successivement « Coffee Lane », « Flag Lane », la Tranchée de Flers, la tranchée « Flers Support », « Abbey Road », la tranchée « Flat » et « Grove Alley ». Dans leur attaque, les Néo-Zélandais sont flanqués des 140th et 141st Brigades de la 47th Division (Major-General Sir Charles Barter). Malheureusement, les Néo-Zélandais et les Britanniques échouent à dégager « Cough Drop ». En outre, le Bois des Fourcaux fait l’objet d’une lutte confuse. Le commandant du IIIrd Corps, William Pulteney, décide d’envoyer 4 Tanks dans les restes du Bois, ce qui n’arrange pas la situation des hommes de Barter. En effet, les engins ont du mal à ce mouvoir dans les trous d’obus et au milieu des souches d’abres (2). En revanche, le « High Wood » (ou le Bois des Fourcaux) est enfin dégagé après un « ouragan de feu » de 15 minutes, déchaîné par une concentration de 750 mortiers Stokes. Les Allemands se rendent en nombre. t de ce succès local, les soldats du Commonwealth ne parviennent pas à dépasser « Cough Drop » et « Starfish Line ». Pulteney – qui n’avait guère brillé non plus le 1er juillet – se défausse alors sur Barter en l’accusant de « pertes humaines inutiles » et le déchoit purement et simplement de son commandement (3).

– La 50th (Northumberland) Division du Major-General Percival Wilkinson attaque à 07h00 avec deux Tanks. Malgré un feu nourri provenant du « High Wood », elle s’empare de la Tranchée « Hook », de « The Bow » et d’une portion de « Starfish Line ». Mais sa 150th Brigade échoue face à un tir nourri de mitrailleuses à la lisière de Martipuich. Pire encore, l’artillerie allemande riposte et force les soldats de la brigade à abandonner « Starfish Line » pour se réfugier dans la Tranchée « Martin » et à « Martin Alley ». Ceci dit, les Néo-Zélandais réussissent à mordre la seconde ligne allemande et à s’approcher de Le Sars. En revanche, Gueudecourt reste à bonne distance aux mains des Allemands, du fait des pertes importantes de la 41st Division. Du côté, du IIIrd Corps, grâce à l’action de deux chars (sur quatre), la 50th Division et la 15th (Scottish) Division de David MacCracken réussissent à s’approcher de Martinpuich qui tombe aux mains du 10th Bn. Scottish Rifles sur le coup de 10h00, après plus de trois heures de violents combats.

– De son côté et comme prévu, la Reserve Army de Gough attaque dans le secteur de Thiepval, avec le IInd Corps de Claude Jacobs. Mais comme pendant l’été, l’attaque butte sur les défenses bien établies de la Ferme du Mouquet face à l’IR Nr 210 de la 45. RD qui tient bon mais perd les deux tiers de son effectif.

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3 – BILAN POUR LA JOURNÉE DU 15

– Le 15 au soir, malgré les avaries des Tanks, les Britanniques ont gagné, 4,5 km de front et pris Flers, Courcelette et Martinpuich et (enfin) dégagé le Bois de Fourcaux (High Wood). Joffre ne manque d’ailleurs pas de féliciter Douglas Haig. Malgré les lourdes pertes, le succès est incontestable. Incontestable mais nettement nuancer par l’échec de l’aile gauche de la VIe Armée française à dégager le Ravin de Combles. Sachant que Haig a ordonné à la IVth Army de percer afin de permettre à la Cavalerie de s’engouffrer, il est donc nécessaire de faire tomber Morval, Courcelette et Lesboeufs. Rawlinson ordonne de relancer une attaque à grande échelle, ni plus ni moins. Mais comme le signalent les historiens britanniques Robin Prior et Trevor Wilson, cet ordre manque singulièrement de réalisme. En effet, les divisions du XIVth Corps sont encore bloquées et au vu de leurs pertes, ne sont pas capables d’un tel effort. Du coup, l’offensive majeure voulu par Rawlinson va se transformer en une successions d’attaques sporadiques et localisées (). En outre, il faut combler les pertes dans plusieurs divisions (notamment les 14th, 47th, 41st, 6th et les Guards), à raison de 300-400 hommes dans certains Battalions (4). Pire encore, le temps se détériore, transformant le champ de bataille et le terrain conquis en bourbiers fangeux, criblés de trous d’obus bientôt remplis d’eau putride. Et pour les artilleurs – notamment ceux des unités divisionnaires – avancer les pièces d’artillerie à l’avant des zones conquises (conformément aux ordres de Rawlinson) tient du cauchemar. Ainsi, les Britanniques perdent une journée à se repositionner.

– D’autre part, en dépit de ce que claironne la presse anglaise, l’emploi des chars a déçu, tant on attendait d’eux. S’ils ont frappé les esprits des soldats allemands en première ligne, les troupes du Kaiser ont réagi très vite en tirant parti de leur lenteur. Comme l’explique Alain Denizot, les généraux britanniques constatent qu’après deux ans de guerre, on a attendu trop de ses engins pour une bataille. Les équipages doivent être mieux formées techniquement et tactiquement et des amélioratons sont nécessaires, surtout concernant le blindage et la maniabilité. D’autre part, on s’est très vite rendu compte que les Tanks sont assez mal nommés car ils se révèlent de vrais monstres de consommation en carburant. Or, quand ils n’ont pas les moyens d’être ravitaillés en essence sur le champ de bataille, ils deviennent immobile et leur rôle d’artillerie de soutien est caduc. Cependant, Douglas Haig – rendons-lui justice sur ce point – comprend très vite l’intérêt des Tanks. Il fait commander au Supply Committee pas moins 1 080 Tanks Mk, afin d’en doter chaque armée de 216 et chaque division de 24 (5). Il nomme d’ailleurs l’un de ses collaborateurs, le Major Hugh Elles comme officier de liaison auprès du S.C, marquant ainsi l’intérêt nouveau porté à un engin issu du cerveau d’Ernest Swinton mais dont la conception est née des cerveaux de la Royal Navy et du civil. Ceci-dit, les Tanks sont d’abord – et resteront – vus comme une arme d’appui de l’infanterie qui reste la maîtresse du champ de bataille.

 

[Suite]


(1) 400 000 hommes perdus en moins d’un moins, dont une grande majorité de prisonniers.
(2) DENIZOT Alain : « La bataille de la Somme », Perrin
(3) DENIZOT A., Op.Cit.
(4) PRIOR Robin & WILSON Trevor : « The Somme »
(5) DENIZOT A., Op.Cit.

 

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