August von Mackensen, « Der letzte Husar » (« le dernier hussard »)

– Personnage assez méconnu en France mais connu durant la Grande Guerre en Allemagne pour son port du Kolback du Hussard à tête de mort (attribu partagé avec le Kronprinz Wilhelm), August von Mackensen était l’un des plus talentueux tacticiens du II. Reich. Il dénote aussi pour l’époque, en restant un exemple d’ascension sociale réussie par le fer.
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– Celui qui n’est encore qu’August Mackensen naît le 6 décembre 1849 à Haus Leibnitz en Saxe et dans le Kreis de Wittenberg, près du village de Dahlenberg (qui fait maintenant partie de Trossin dans le Land de Saxe). Il est le fils aîné de Louis et Louise Mackensen. La famille de son père a des origines du Hanovre, tandis que celle de sa mère est issue de Saxe depuis plusieurs génération. Louis Mackensen, d’opinion conservatrice et monarchiste, exerce le métier d’administrateur d’entreprise agricole. En 1865, Louis Mackensen envoie le jeune August au Realgymnasium de Halle pour apprendre l’agriculture. Mais  le fils ne veut pas exercer le métier paternel et se tourne vers la carrière des armes après ses études secondaires. Ne pouvant briguer une place d’élève officier, chasse gardée de l’aristocratie prussienne, il s’engage comme volontaire au Leib-Husaren-Regiment Nr. 2, une unité de cavalerie. August Mackensen participe courageusement à la guerre franco-prussienne et gagne la Croix de Fer de Seconde Classe pour avoir mené une charge devant Orléans. Son action lui vaut aussi d’obtenir le grade de Leutnant (Sous-Lieutenant).

– De retour dans l’Allemagne à présent unifiée, August Mackensen quitte temporairement le service actif pour étudier trois ans à l’Université de Halle. Mais il retourne vite dans son régiment de Hussards en 1873. Cette même année, il contracte un beau mariage en épousant Dorothea (dite Doris) von Horn, fille du très influent Oberpräsident de Prusse-Orientale, Karl von Horn. Le couple aura cinq enfants, deux filles et trois garçons. Comme beaucoup de ses collègues, August von Mackensen suit la carrière classique d’un officier allemand en temps de paix. A la fin de 1876, il occupe le poste de Kommandeurs-Adjutant au sein de la 1. Kavallerie-Brigade, avant d’être promu Oberleutnant (Lieutenant) en 1878. Mackensen est envoyé ensuite à l’Etat-major impérial où il travaille sous les ordres de Helmut von Moltke, dit l’Ancien qui prend l’officier sous son aile, appréciant son « caractère aimable ». En 1882, August Mackensen est promu Hauptmann (Capitaine) et passe plusieurs années en garnison, notamment à Bromberg. En 1891, il retrouve l’Etat-major impérial sous les ordres d’Alfred von Schlieffen. En 1893, le nouvel empereur Guillaume II lui donne le commandement du 1. Leib-Husaren-Regiment à Dantzig. Le Kaiser est impressionné par August Mackensen, ce qui pemert à l’intéressé d’accéder aux échelons militaires supérieurs et d’être Adjutant au Quartier général impérial de Berlin de 1895 à 1895. En 1899, à l’occasion de l’anniversaire de Guillaume II, August Mackensen est anobli, ajoutant la particule « von » à son patronyme. De plus, l’un des fils de Mackensen fait ses classes avec le fils du Kaiser, le Kronprinz Guillaume de Prusse. C’est à ce moment qu’il contribue à populariser la coiffe de Hussard à tête de mort (Totenkopf) et l’uniforme noir dans les unités de cavalerie éponymes. Il commande successivement la Leib-Husaren-Brigade (dite la « Brigade à tête de mort ») et la 36. Division. Puis, élevé au grade de General der Kavallerie et commande le XVII. Armee-Korps en 1908. Et il dispense des enseignements de tactique et même d’équitation au Kronprinz, Guillaume II voulant qu’un soldat de confiance garde un œil sur son fils. Entre-temps devenu veuf, il se remarie avec Leonie von der Osten.

– En 1914, August von Mackensen commande toujours le XVII. Armee-Korps (35 et 36. Divisionen) fort de 24 bataillons d’Infanterie et de 160 canons et intégré à la VIII. Armee de Maximilian von Prittwitz qui surveille la Prusse-Orientale face aux Russes. Cette armée a été volontairement laissée partiellement dégarnie, car l’Etat-Major impérial a tout misé sur le front ouest, pensant que la Russie était incapable de mobiliser rapidement. Or, l’Armée du Tsar rassemble ses forces plus vite que prévu et pénètre en Prusse-Orientale dès le mois d’août. Von Mackensen commande tien d’abord la Romite avant de tenir l’aile nord (gauche) allemande à la bataille de Gumbinnen, à l’issue de laquelle von Prittwitz décide de reculer face au russe Rennenkampf. Le QG de Berlin remplace immédiatement von Prittwitz par Paul von Hindeburg. Celui-ci, secondé par Erich Ludendorff contre-attaque à Tannenberg. August von Mackensen participe activement à cette bataille, en battant le VIe Corps russe au sud de Bischofstein. Von mackensen contribue ensuite à chasser les Russes de Prusse-Orientale lors de la Première bataille des Lacs Mazure. Les 8-13 septembre, placé sur le flanc droit de la VIII. Armee et soutenu par le I. Armee-Korps de von Below, le XVII. Armee-Korps repousse le flanc gauche de la Ire Armée russe  à l’est de Lyck.
A la fin de l’année 1914, August von Mackensen contribue encore à battre les Russes à Varsovie et Lodz.  Le 2 novembre, il cède le commandement du XVII. Korps  à Günther von Pannewitz pour prendre la tête de la IX. Armee. Et le 27, se voit décerné la Croix Pour le Mérite pour son commandement.

– Von Mackensen se voit attribué un secteur couvrant la Galicie (sud de la Pologne. Il commande alors aux XI. Korps (von Plüskow), XVII. Korps, XX. Korps (von Scholz) et au Gardes-Reserve-Korps (Max von Gallwitz). Et son chef d’état-major est Hans von Seeckt, le futur commandant de la Reichswehr. Les rapports entre les deux hommes sont très vite bons, ce qui facilite la planification d’opérations. A ce moment, Hindeburg (qui a pris la tête du Front de l’Est) et Ludendorff penchent pour une offensive visant à infliger un violent coup à l’armée russe. Si les Austro-Hongrois sont réticents, Erich von Falkenhayn, fraîchement nommé Chef du Grand-Etat-major en remplacement de von Moltke le Jeune, approuve l’idée d’une attaque en Galicie. Finalement, quand le choix se porte sur von Mackensen, dont les qualités tactiques sont reconnues, l’état-major de Vienne, par la voix de Conrad von Hötzendorf, approuve. L’offensive vise à enfoncer les lignes de la 3e Armée russe de Radko Dmitriev à Gorlice et Tarnow et recapturer Prezmysl et Lemberg. Pour cette opération, von Mackensen reçoit le commandement d’un Groupe d’Armée (Heeres-Gruppe) qui porte son nom et qui réunit la IV. Armee autrichienne (2 Corps et 5 Divisions) de l’Archiduc François Joseph et la XI. Armee allemande – en fait une émanation de la IX. Armee – avec 4 Corps allemands et 1 Corps autrichien (10 divisions). Enfin, la III. Armee austro-hongroise reste enr réserve. Von Mackensen confie au commandant de son artillerie, Alfred von Ziethen, la mission d’écraser les troupes russes sous un déluge de feu avant que l’infanterie n’attaque les lignes russes. 616 pièces d’artillerie (dont 159 lourdes) et 30 000 obus ont été acheminés par train depuis l’Allemagne.

– Le 2 mai 1915, les lignes russes sont implacablement pilonnées par l’artillerie allemande, alors que 126 000 hommes s’apprêtent à attaquer. Très vite la Wislowka est atteinte, pendant que les Autrichiens enfoncent la passe des Carpates. Le 9 mai tous les objectifs sont atteints. Le 12, lors de la conférence de Pless, von Falkenhayn informe von Mackensen que ses troupes devront avancer jusqu’au San. L’attribution de ses nouveaux objectifs contraint les allemands à planifier une nouvelle opération. Néanmoins, von Mackensens s’exécute et atteint le San le 16 mai, avant d’occuper Przemysl le 1er juin, puis Lemberg (Lvov) le 13. De son côté, le Grand Duc Nicolas, commandant en chef des troupes du Tsar, n’a le choix que de la retraite. Les succès tactiques austro-allemands coûtent aux Russes près de 350 000 hommes, dont 250 000 prisonniers, contre 87 000 dans le camp adverse. Néanmoins, ces brillants succès sur le terrain n’ont pas permis aux Empires Centraux de briser l’Armée de Nicolas II, dont les restes ont pu profiter des grands espaces pour s’échapper. Ceci dit, von Mackensen ajoute les feuilles de chêne  sa Croix pour le mérite et se trouve élevé à la dignité de Feldmarschall. Il est également décore de l’Ordre de l’Aigle noir de Prusse et l’Ordre militaire de Max Joseph de Bavière

– En octobre 1915, von Falkenhayn lui donne la mission de mettre définitivement fin à la menace serbe sur le Danube. Après leur défaite de l’automne 1914, les Austro-Hongrois n’ont pas relancé d’offensive contre la « vipère » pour se concentrer sur le Front russe. Mais la Bulgarie du Roi Ferdinand est opportunément entrée en guerre aux côté des puissances centrales. La venue de cette nouvelle alliée permet à Vienne et Berlin de relancer les opérations dans les Balkans, d’autant que les Alliés sont enlisés à Gallipoli. De plus, la Serbie est coincée au sud, puisque la Grèce est neutre. Pour cette mission, August von Mackensen commande son Heeres-Gruppe qui réunit la XI. Armee de Max von Gallwitz,  la III. Armee austro-hongroise de Hermann Kövess von Kövesshaza et la Ire Armée bulgare de Tsetsvan Todorov. Von Mackensen développe son offensive sur trois axes (deux par le nord) et les Bulgares par l’est et vers la frontière grecque. Face à la petite armée serbe, la coopération entre les trois armées alliées marche à plein. Malgré une brave résistance devant Belgrade (von Mackensen n’ayant pas tari d’éloges sur la qualité combative des serbes), l’Armée royale commandée par le fils du Roi, le Régent Alexandre Karagjeorgjevic, trouve son salut dans une fuite vers les côtes de l’Albanie dans des conditions épouvantables. Le succès des puissances centraux est total, puisque les Bulgares ont bloqué les cols de Macédoine, éteignant ainsi la menace de la force franco-britannique urgemment rassemblée dans la région de Salonique. Pour cette offensive, Erich von Mackensen gagne de Croix Militaire impériale d’Autriche, des mains de l’Empereur François-Joseph, lors d’un dinner donné en son honneur.

– Vienne fait encore appel au service du vieux général en août 1916. En effet, la Roumanie vient d’entrer en guerre aux côtés de l’Entente, dans l’espoir de gagner la Transylvanie. Vienne, qui voit déjà ses armées saignées par l’Offensive Broussilov, demande incessamment l’aide de Berlin. Von Hindeburg et Ludendorff – qui viennent de convaincre Guillaume II d’écarter von Falkenhayn – donnent l’ordre à von Mackensen de conjurer la menace roumaine. Toujours à la tête de son groupe d’Armée austro-allemand, comprenant des unités d’élite de Montagne, von Mackensen fait franchir le Danube à ses troupes et déclenche son attaque par les Carpates le 8 septembre, infligeant aux Roumains une grave défaire. Le 6 décembre, Bucarest est occupé par une manœuvre en tenaille. Néanmoins, le manque d’hommes et de réserve empêche von Mackensen d’anéantir complètement l’Armée roumaine, dont quelques éléments se sont retranchées dans le réduit de Marasesti, à l’est du pays, avant de recevoir l’aide de la Mission alliée commandée par le Général Berthellot. August von Mackensen est décoré de la Grand Croix de la Croix de Fer le 9 janvier 1917 et devient Gouverneur militaire de la Roumanie occupée. Fin 1917, privé du soutien des Russes en raison de la Révolution bolchévique, le petit royaume est contraint d’accepter les clauses du Traité de Paix de Bucarest. August von Mackensen reste en Roumanie jusqu’à la fin de la guerre.
Lors de la défaite, il rejoint plusieurs thèses du « coup de poignard dans le dos » et accuse les juifs de complaisance avec le bolchévisme. Il est accusé de crimes de guerre par les Alliés mais n’est finalement pas inquiété. D’ailleurs, les Serbes garderont un grand respect pour lui, l’estimant comme un grand soldat.

– Pendant la République de Weimar, il soutient les groupes monarchistes et nationalistes, notamment le Stahlshelm et arbore bien souvent son uniforme de Husar. En 1932, il soutient Paul von Hindenburg face à Hitler. Sous le Régime nazi, il apparaît souvent en uniforme lors de revue et de parades. D’ailleurs, les unités blindées de la nouvelle Wehrmacht reprennent le noir, tandis que les SS s’adjugent la tête de mort. August von Mackensen marque son opposition aux Nazis après les meurtres des Généraux von Bredow et von Schleicher lors de la Nuit des longs couteaux. Dès lors, il devient suspect aux yeux du régime et se trouve surveillé jusqu’à la fin de la guerre. Il s’éteint le 8 novembre 1945. Son troisième fils Eberhard von Mackensen, s’était distingué comme commandement de Panzetruppe sur le Front de l’Est entre 1941 et 1944.

 

 

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