Verdun : l’offensive allemande sur la rive gauche de la Meuse

– Pendant dix jours, Français et Allemands n’ont tenté aucune action. Cette pause est grandement mise à profit par Pétain qui renforce ardemment le dispositif défensif de sa IIe Armée. Les premiers effets du « tourniquet » commencent à produire leurs effets. Pétain ne prévoit de lancer aucune offensive tant que ses forces n’atteindront pas le nombre nécessaire. Si chez les Français le moral commence à remonter, chez les Allemands, l’enthousiasme et l’optimisme du 21 février cèdent la place à l’impatience et l’énervement. Le renforcement du dispositif français n’échappe pas à von Falkenhayn. Les Français commencent à gagner du temps. Von Falkenhayn et le Kronprinz décident alors de relancer la V. Armee à l’attaque pour imposer leur rythme de nouveau. Mais pas question d’envoyer de nouveau les divisions épuisées des III. et XVIII. Armee-Korps sur la rive droite de la Meuse, d’autant que l’effet de surprise ne joue plus.  Mais les Allemands font face à un nouveau problème tactique. En effet, Pétain a fait disposer son artillerie sur la rive gauche, avec des pièces lourdes, qui menacent les troupes du VII. Reserve-Korps. Début mars, constatant la passivité de l’aile droite allemande, Pétain – immobilisé à Souilly pour une pneumonie – appelle Georges de Bazelaire :
« – Crois-tu qu’ils vont attaquer ?
– Non […]
– Ils ne connaissent pas leur métier ! »
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– Pourtant les Allemands ne tardent pas à réagir. Konstantin Schmidt von Knobelsdorff et Hans von Zwehl militent intensément pour lancer une offensive sur le long de la rive gauche de la Meuse afin de contraindre l’Artillerie française à se replier et à ne plus menacer les troupes combattant derrière la rive droite. Les objectifs visés par les Allemands sont la Cote 304 et le Mort-Homme, deux grosses collines qui permettent aux Français de contrôler leurs tirs d’artillerie contre les positions de la V. Armee sur la rive droite de la Meuse. Mais comme le précise Malcom Brown, la rive droite avec ses forêts et ses vallons se prête mieux aux tactiques d’infiltration mises au point par les Allemands. En revanche, hormis la zone boisée de Béthincourt – Forges, la rive gauche présente des champs ouverts, bien moins propices aux attaques de Sturmtruppen.

– Ayant pour objectif de neutraliser les batteries françaises disposées sur la rive gauche de la Meuse, Erich von Falkenhayn et le Kronprinz décident de concert de lancer une attaque en force dans un quadrilatère formé par les villages de Malancourt – Haucourt – Béthincourt – Forges – Cumières – Chattancourt – Esnes – Avocourt. L’attaque est confiée au VI. Armee-Korps d’Ernst von Gossler. Celui compte la 12. Reserve-Division (K. von Kehler) et la 22. Reserve-Division (O. Riemann). Le plan de ce dernier est d’exercer une double pince pour s’emparer de la Côte du Poivre, de la Côte de l’Oie, du Mort-Homme et de la Cote 304. 500 canons et obusiers lourds sont déployés derrière les lignes du VI. Armee-Korps afin de saturer les lignes françaises par un nouvel ouragan de feu.
Côté français, le secteur de Béthincourt, Avocourt et Forges est défendu par le Groupement du Général Georges de Bazelaire, un ancien camarade de promotion de Pétain. Bazelaire a divisé ses forces en deux sous-groupements : XIIIe Corps d’Alby (26e DI et deux brigades d’infanterie) et le VIIe Corps, ( 29e et 67e DI, plus trois brigades d’Infanterie). Intelligemment et suivant les ordres de Pétain, Bazelaire a établi une défense échelonnée sur plusieurs lignes, avec la 67e DI de Jean Aimé (6 régiments à plein) en première ligne ; les 26e et 29e DI en soutien. Le VIIe Corps fait aussi la jointure avec le XXXIIe Corps (Henry Berthelot) de la IIIe Armée qui tient le front de la Woëvre.

– Le 6 mars, 500 canons et obusiers allemands ouvrent un feu d’enfer sur les positions de la 67e DI. Les poilus du Général Jean Aimé souffrent particulièrement sous le déluge d’acier. On compte jusqu’à 150 obus à la minute ! Les arbres sont déchiquetés par les explosions et le sol est complètement retourné. La Cote 304 perd même près de 9 mètres d’altitude* Des hommes craquent nerveusement et d’autres meurent ensevelis sur les pentes du Mort-Homme – au nom de sinistre prédestination** – et de la Cote 304. Les Allemands partent ensuite à l’assaut et les combats durent toute la journée face à des français qui résistent désespérément. Comme sur la rive gauche, les réduits français doivent être dégagés à la grenade et on se bat furieusement au corps à corps. Le 7 mars, sur le flanc droit français, les Allemands s’emparent de la Côte du Poivre et de la Côte de l’Oie. Le même jour, von Gossler lance une autre attaque contre le centre français, au nord-ouest du Mort-Homme, contre les Bois des Corbeaux et de Cumières.
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– Mais le lendemain 8 mars, après avoir fait monter en ligne des éléments de la 26e DI (Pauffin de Saint-Morel), Bazelaire ordonne de reprendre le Bois des Corbeaux. L’assaut est confié au 92e RI commandé par le Lieutenant-Colonel Macker. Monocle à l’œil et canne en main (2), Macker lance une violente contre-attaque qui permet de reprendre le Bois des Corbeaux avec de lourdes de pertes. Mais le 10 mars, les Allemands repassent à l’attaque contre le Bois des Corbeaux avec l’appui de mitrailleuses Maxim. Le 92e RI, déjà sérieusement entamé, veut relancer une contre-attaque mais le Colonel Macker est fauché par un tir de mitrailleuses et l’assaut échoue. Face à cette situation, Pétain décide de renforcer et de soulager son aile droite avec des éléments ponctionnés au XXXIIe Corps du Général Berthelot (4e, 40e, 42e et 165e DI). Le 11 mars, la 40e DI du Général Lecomte (8e et 79e Brigades) est jetée dans la fournaise pour tenter de dégager le Bois des Bourrus, afin d’empêcher l’ennemi de prendre Chattancourt et Cumières ; localités situées en contrebas de la Cote 304. L’assaut français tourne au massacre pour les cinq régiments engagés (150e, 161e, 154e, 155e et 63e Territorial). Finalement, si la 12. Division est parvenue à accrocher une bonne partie de la Crête du Mort-Homme le 14 mars, la 22. Division ne peut percer à Cumières le long de la Meuse (droite française), farouchement défendu par le 155e RI. Le 16 mars, la 11. Bayerisches-Divsion réussissent à grignoter les pentes de la Cote 304. Celle-ci tombe le 20 mars, après des combats particulièrement furieux. Mais les Allemands ne sont pas parvenus à percer le dispositif français. Finalement, sur l’aile droite du Groupement Bazelaire, les Français sont parvenus à conserver pour l’instant la Cote 265, le ravin de Chattancourt, le Bois-Bourrus et Cumières.

– Le 14 mars toujours, von Gossler lance ses deux divisions de réserve contre l’aile gauche du Groupement de Bazelaire (XIIIe Corps). Les réservistes Wurtembergeois de la 2. Landwehr-Division (division territoriale commandée par Adolf Franke) attaquent Avocourt, pendant que la 11. Königlich-Bayerisches-Division (division royale bavaroise commandée par Paul Ritter von Kneussl) tente de percer entre Haucourt et Malancourt. Mais ni l’une ni l’autre de ses tentatives n’aboutit sur un succès, en dépit des pans de terres ravagées dont les Allemands réussissent à s’emparer sur les hauteurs des deux localités. Jusqu’au 31 mars, les Français tiennent encore tête aux Wurtembergeois et Bavarois, avant que le Kronprinz et Erich von Falkenhayn ne décident d’arrêter les frais. Le 29 mars, le VI. Armee-Korps est relevé par le XXII. Reserve-Korps d’Eugen von Falkenhayn (le propre frère du Chef d’état-major impérial), ponctionné à l’Angriffsgruppe-West (« Groupement Offensif de l’Ouest ») de Max von Gallwitz.
Côté français, la perte du Mort-Homme et du Bois des Corbeaux, le VIIe Corps de Bazelaire a tenu mais plusieurs de ses régiments sont littéralement saignés. Et les Allemands maintiennent toujours une pression constante avec leurs bouches à feu sur les poilus de Bazelaire. Début avril, Pétain décide de relever les éléments épuisés et décimés des VIIe et XIIIe Corps par des unités du XXXIIe.  Le 5 avril, la 42e DI du Général Deville monte en ligne et relève la 40e Division qui part en repos à Souilly. Or, la 42e a déjà vu ses effectifs regonflés après les pertes subis dans les carrières de Haudremont.

– Le 9 avril, suivant un nouvel ordre d’attaque du Kronprinz, le XXII. Reserve-Korps déclenche un violente attaque contre les positions de la 42e Division française qui voit ses effectifs fondre en peu de temps. Les Sturmtruppen attaquent ensuite à l’aide de lance-flammes. Cette fois, la cote 265 tombe, provoquant la chute définitive du Mort-Homme aux mains des Allemands. A ce moment, l’état-major de la IIe Armée ne sait pas que le Mort-Homme est tombé et le croit encore aux mains du XXXIIe Corps. Ceci-dit, les Allemands n’ont pas encore pris toute la Cote 304. C’est seulement le 14 avril, que Pétain fait diffuser l’annonce.
Le 12 mars, après deux jours de combats particulièrement sauvages, le 8e Bataillon de Chasseurs à Pied du Commandant Savornin (tué au combat) parvient à reprendre la Cote 265. Autre bonne nouvelle pour les Français, le 155e RI – aux effectifs déjà sévèrement entamée – tient toujours Cumières. Finalement, s’ils claironnent de s’être emparé du Mort-Homme, les Allemands ne parviennent pas à percer le secteur Chattancourt-Cumières, même si leurs troupes ont réussi à former des saillants dans le dispositif français. La situation se calme et aucune nouvelle action de grande envergure n’est tentée. Accusant plusieurs milliers de tués, la 42e DI est relevée le 13 avril par la 40e DI qui remonte en ligne après un court repos. Plusieurs combats de moindre intensités auront lieu pour tenter de reprendre du terrain jusqu’à fin mai.

– Même si les Français ont perdu la Cote 304 et le Mort-Homme, ils ont réussi à bloquer les Allemands sur la rive droite de la Meuse. Pétain fait alors proclamer son fameux ordre : « Les assauts furieux des armées du Kronprinz ont partout été brisés. Courage… on les aura ! »

 

 

* Aujourd’hui, elle porte la dénomination Cote 295.
* Le nom de la colline provient de la découverte qui fut faite du cadavre d’un homme.

(1) in GILLET Louis : « La bataille de Verdun », éd. Laville
(2) in BROWN Malcom : « Verdun », éd. Perrin

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