1915-1916 : Les nouveaux grenadiers

– Dans l’article consacré à la généralisation des grenades à main, nous avions vu que l’Infanterie gagnait en puissance de feu en se voyant dotée de nouveaux projectiles explosifs. Mais si des fantassins bien entraînés peuvent lancer des grenades à 35-40 mètres à la force du bras, l’idée d’augmenter la puissance de feu des compagnies d’infanterie fait son chemin. Afin d’accroître une distance de sécurité entre assaillants et défenseurs, les armées de 1915-1916 commencent à intégrer dans leur rangs les grenades à fusil. On peut dire que ce nouveau projectile est le précurseur des RPG et des lance-roquettes.
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– L’idée de projeter une grenade à l’aide d’un fusil date d’avant le déclenchement de la Guerre. Elle est concrétisée par un anglais, Frederick Marten Hale mais elle ne suscite pas l’intérêt du War Office. Les Allemands emboîtent le pas aux Britanniques en 1913 avec le premier prototype d’un fusil équipé d’un système percutant à sécurité pyrotechnique : le Karabingranate M1913. Inspiré des fusées d’artillerie, ce nouveau projectile quadrillé en forme d’ogive est doté d’une tige en fonte qui est expulsée dans l’air par une pastille de poudre noire servant à la mise à feu. Le tir s’effectue en courbe. En revanche, le système de propulsion est tellement Continuer à lire … « 1915-1916 : Les nouveaux grenadiers »

Verdun : le renseignement français et son utilisation

– Au sein du Grand Quartier Général, rappelons que le 2e Bureau est en charge du renseignement militaire et donc, l’espionnage. En somme, les yeux et les oreilles du GQG pour connaître les intentions des Allemands. Il est dirigé par le Général Charles-Joseph Dupont, polytechnicien et artilleur de formation qui a suivi le développement de la même arme côté allemand. A la fin de 1915, grâce à la présence d’agents et d’informateurs qui agissent dans les territoires occupés, les services du Général Dupont notent un « renforcement constant des Allemands » dans la RFV. Le 2e Bureau établit ensuite que les Allemands lanceront une attaque une première attaque sur la rive droite de la Meuse avant d’attaquer sur la rive gauche. Dans son journal de guerre, le Général Edmond Buat fait lui aussi mention d’un transfert de dix divisions allemandes de la Russie au Front de l’Ouest entre septembre et novembre. Mais l’état-major de Joffre ne semble Continuer à lire … « Verdun : le renseignement français et son utilisation »

Douglas Haig

Peu de chefs militaires britanniques auront connu une aussi forte controverse post mortem que Douglas Haig. D’abord célébré en héros lors de ses obsèques, il sera dénigré et affublé des surnoms de « boucher de la Somme » comme de « pire stratège de la Première guerre mondiale » durant les années 1960-1970. Durant les vingt dernières années, les biographes de Haig s’entre-déchiraient encore sur le personnage. Ces défenseurs comme Thomas Bourne le tiennent pour le général qui a su moderniser l’Armée britannique pour en faire une superbe arme en 1918. En revanche, son plus féroce détracteur, Dennis Winter l’accuse littéralement d’avoir falsifié la vérité historique dans la rédaction de ses mémoires. Winter dresse de lui un portrait noir, celui d’un officier qui ne dut sa carrière qu’à son réseau politique et un officier incapable. Pour cet article, tâchons de nous en tenir aux faits et à ce qui est avéré.

Field Marshal Douglas Haig, Earl Haig
– Douglas Haig, 1st Earl Haig voit le jour le 19 juin 1861 à Edinburgh dans le quartier de Charlotte Square. Contrairement à nombre de ses futurs collègues officiers, il n’est aucunement issu de l’Aristocratie militaire britannique. Son père John Haig est le propriétaire de la distillerie de Whisky Haig & Haig. Malgré un intérêt prononcé pour la Continuer à lire … « Douglas Haig »

La Défense française de Verdun en janvier 1916

1 – LES FORTS : UN SYSTÈME IMPRESSIONNANT…

– Verdun possède encore l’un des plus puissants systèmes de fortifications d’Europe. Plusieurs forts possèdent des carapaces renforcées résistant aux obus de l’artillerie lourde allemande. D’importants travaux ont débuté dès 1873 (Seré de Rivières) et se sont poursuivis jusqu’en 1913 pour la construction d’ouvrages plus modernes, ou pour la rénovation de certains déjà existants.

– Durant les années 1880-1890, les ouvrages construits sont d’abord maçonnés. Ceux construits ou modernisés à la toute fin du XIXe siècle bénéficient d’une protection en béton armé, beaucoup plus résistant. Certains forts et ouvrages se voient également coiffés de coupoles et de tourelles à éclipse. On fait aussi creuser des abris souterrains et des abris cavernes afin d’offrir une meilleure protection aux hommes comme aux munitions en cas de bombardements massifs. Entre chaque fort, sont creusés 24 abris d’Infanterie (désignés sous l’identification FT). On construit également les nouvelles casemates dite « de Bourges » (car testées au polygone de tir de la ville éponyme). En 1909, un dernier programme de modernisation est lancé après la visite d’inspection du Général Henry de Lacroix (alors Vice-président du CSG) en vue de construire de nouvelles tourelles, ainsi que des « centres de résistance ». Ces derniers consistent à ceinturer un fort d’abris et de batteries bétonnées (Douaumont, Rozelier, Bois-Bourrus). Mais le programme est interrompu par la déclaration de guerre.

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La Région Fortifiée de Verdun compte trois puissants secteurs disposés des deux côtés de la Meuse, protégeant les accès de la ville par le nord, l’est et le nord-est. Chaque secteur est formé d’un ensemble comprenant une ligne de surveillance (ouvrages défensifs), une position principale (forts et ouvrages) et une position de soutien (forts et ouvrages). En voici le détail (voir carte) :

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La campagne britannique de Mésopotamie (1)

– Les récentes guerres du Golfe et l’actuelle situation géopolitique catastrophique du Moyen-Orient on fait oublier que l’actuel Irak (du moins ce qu’il en reste) a été le théâtre de combats durant la Grande Guerre. Il s’agissait alors de la confrontation entre l’Empire ottoman agonisant et l’Empire britannique alors à son zénith. Déclenchée par les Britanniques dès la fin 1914, la campagne de Mésopotamie a connu des phases calmes et des phases de combats plus intenses. Mais contrairement au front de l’Ouest, elle n’a pas été marquée par une guerre de position mais bel et bien par un combat de manœuvres, certes tempérés par les conditions climatiques et physiques de la région. Concomitante à la guérilla de Lawrence d’Arabie dans le Hedjaz et tard à la campagne d’Allenby en Palestine, la campagne de Mésopotamie va contribuer – en dépit de l’échec retentissant de Kut el-Amara – à l’éclatement de l’Empire Ottoman et au redécoupage des frontières régionales.

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1 – LES ENJEUX STRATÉGIQUES

– En 1914, la Mésopotamie est encore l’une importantes régions de l’Empire ottoman. Bien qu’éloigné de Constantinople par 2 400 km, Bagdad reste un important centre économique et culturel. En outre, la Mésopotamie est privilégiée d’un point de vue hydrique grâce au Tigre et à l’Euphrate qui lui permettent de disposer de terres fertiles. En outre, les deux fleuves connectent plusieurs villes de l’intérieur de l’Empire avec le Golfe Persique. La population de cette partie de l’Empire est à majorité arabe. Mais Continuer à lire … « La campagne britannique de Mésopotamie (1) »

Zivojin Misic

– Dernier enfant d’une fratrie de treize enfants, Zivojin Misic voit le jour le 19 juillet 1855 à Struganik dans le centre-ouest de la Serbie. Il est le dernier des dix garçons de Radovan Misic et Andelija née Damjanovic-Kostunjic, bergers et paysans.
A l’âge de six ans, il rejoint ses parents près des moutons mais peut tout de même exercer sa scolarité à Kragujevac. Dans ses Mémoires, il raconte avoir eu maille à partir avec les garçons de son école en raison de ses humbles origines.
Zivojin Misic entre ensuite au Lycée de Kragujevac. S’il ne brille guère durant cinq ans, il termine sa scolarité à Belgrade avec succès.
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– En 1874, il est admis à l’Académie Militaire royale de Serbie de laquelle il sort au dix-neuvième rang. Durant ses vacances, il retourne à Struganik pour aider ses parents et ses frères aux champs. En 1876-1878, versé dans l’Infanterie, il trouve l’occasion de se distinguer lors de la Guerre serbo-turque et obtient le grade de Lieutenant. En 1884, il épouse une jeune fille allemande, Louise Krikner. Le mariage a lieu dans l’Eglise de l’Ascension de Belgrade. Trois garçons (Radovan, Aleksandar et Vojislav) et trois filles (Eleonora, Olga et Andelija) naîtront de cette union. En 1885, le Lieutenant Misic commande une compagnie au sein du 5e Régiment de la Division « Drinska ». Mais la guerre s’achève par une défaite pour le Royaume de Serbie, après la défaite de Slivnitsa (19-28 novembre). L’Armée bulgare était alors bien mieux commandée.

– En 1903, le Roi Alexandre Ier Obrenovic est renversé par l’Armée par un coup d’état organisé par « La Main Noire », sous la conduite du Colonel Dragutin Dmitrijevic. L’issue du coup de force est particulièrement sanglant, puisque A Continuer à lire … « Zivojin Misic »

18 janvier 1916 : Evacuation des Serbes à Corfou

– Pendant près d’un an, après la lourde défaite infligée à Vienne sur la Kolubara, le front austro-serbe est resté calme. A Paris, le GQG presse les officiers serbes en liaison à Paris d’inciter le Régent Alexandre Karagjeorgjevic à lancer des offensives sur la Save. Au moins, pense-t-ton, cela incitera les puissances centrales à mobiliser des forces dans les Balkans. Mais au comme le rapporte le Général Edmond Buat dans son Journal, au grand désarroi de la Direction des Théâtres d’opérations extérieures, les Serbes n’attaquent pas. Ils préfèrent garder leurs maigres forces en place car craignent – à raison – que les Empires centraux tentent une nouvelle invasion.
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– Plus grave encore, en dépit des démarches de diplomates Britanniques et Français, la Bulgarie du Roi Ferdinand Ier s’est rangée du côté des Empires centraux. Cet autre royaume n’a toujours pas digéré le retournement de Belgrade en 1912 à la fin des Guerres balkaniques et veut lorgne sur plusieurs pans du territoire serbe. Vienne, Berlin et Sofia mettent alors au point un plan d’invasion de la Serbie destiné à anéantir définitivement la résistance du petit royaume. Belgrade espère une intervention de la Grèce avec laquelle elle est liée par un traité d’alliance (1912) mais le Gouvernement d’Athènes ne bouge pas, tiraillé entre les pro-Entente et les partisans des puissances centrales. Avec le ralliement des Bulgares, Berlin et Vienne disposent de 300 000 hommes contre 200 000 Serbes. Pire encore, ceux-ci ont connu une première épidémie de typhus dans leurs rangs et manquent cruellement de munitions comme d’armes lourdes.

– L’offensive contre Belgrade est confiée au vieux mais compétent Continuer à lire … « 18 janvier 1916 : Evacuation des Serbes à Corfou »