La Bataille de la Selle (8-23 octobre 1918)

Après la percée de la Ligne « Hindenburg » sur les Canaux du Nord et de Saint-Quentin, les Forces Britanniques qui opèrent entre Douai et Saint-Quentin sont en mesure d’atteindre Cambrai et le Cateau et d’exercer une puissante pression sur les troupes allemandes des Heeres-Gruppen « Rupprecht » et « von Böhn », en coordination avec l’action du Groupe d’Armées des Flandres du Général Degoutte et les forces franco-américaines qui effectuent une poussée entre sur la Vesle et la Meuse, comme dans l’Argonne.

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1 – SITUATION

– Comme l’explique le Colonel Michel Goya dans son dernier ouvrage « Les vainqueurs », les Britanniques sont en mesure de jouer le rôle principal en cette dernière phase de la guerre, car Philippe Pétain le veut. En effet, le Généralissime de l’Armée française sait qu’après les intenses combats de l’été, ses troupes sont épuisées. Pétain veut donc limiter la casse chez ses Poilus afin d’éviter tout effondrement moral. C’est pour cette raison qu’il est disposé à laisser la politesse à Haig qui ne s’en trouve guère offusqué, bien au contraire (1)  En dépit des lourdes pertes de l’année 1918, les Alliés ont réussi à maintenir un niveau de forces encore acceptables. Mais comme l’explique l’historien britannique Peter Hart, le BEF dispose d’une artillerie et d’une logistique tellement puissante que la progression doit, paradoxalement, s’effectuer méthodiquement pour Continuer à lire … « La Bataille de la Selle (8-23 octobre 1918) »

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La première aviation tactique d’attaque au sol

Connaissez-vous le film de guerre aérienne « Le crépuscule des aigles » de John Guillermin, avec George Peppard, James Mason, Ursula Andress et Jeremy Kemp ? Oui, sans doute. Et en tant que passionnés de l’histoire de la guerre aérienne – et même terrestre – de 1914-1918, vous n’aurez pas manqué de relever les erreurs d’armes et de matériel. Cependant, l’action du film se déroule en 1918 et montre très bien deux évolutions majeures de la guerre aérienne : la fin des chevaliers de l’air et l’attaque au sol. Nous nous intéresserons ici au second élément, qui montre à quel point l’action aérienne est devenue complémentaire de l’action terrestre et annonce l’emploi de l’aviation comme on le connaîtra en 1939-1945.

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– Comme l’explique très bien le Colonel Michel Goya dans son dernier ouvrage « Les Vainqueurs », la Première Guerre mondiale voit clairement l’Artillerie et le Renseignement devenir dépendants de l’aviation (1). Dans les deux premières années du conflit, les avions sont d’abord « les yeux » des canons et obusiers, pour le repérage des cibles et des positions ennemies. Mais à partir de 

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Julien Hervieux : « Le petit théâtre des opérations » (Livre)

Chers lecteurs, chères lectrices, après vous avoir infligé un ouragan, d’acier, de bombardements, d’obus et de combat, d’acier et de généraux moustachus, j’ai décidé de tenir ici un propos plus léger. Enfin, tout dépendra du propre point de vue de chacun, comme le dit si bien un maître jedi…

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– Tout d’abord, voyons comment m’est venue l’idée de cette recension. En raison d’horaires matinaux impossibles en semaine, je me retrouve bien souvent désœuvré l’après-midi. Du coup, je dois combler ce Continuer à lire … « Julien Hervieux : « Le petit théâtre des opérations » (Livre) »

Colonel Michel Goya : « Les vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre »

Membre de la rédaction de la revue « Guerres & Histoire », animateur du blog « La voie de l’épée » et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l’Histoire militaire (« La chair et l’acier : l’armée française et l’invention de la guerre moderne, 1914-1918 » ; « Irak : les armées du chaos » ; « L’invention de la guerre moderne : du pantalon rouge au char d’assaut, 1871-1918 » ) le Colonel Michel Goya vient de publier chez Tallandier, son dernier ouvrage : « Les vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre ». Pour nous, avec son titre qui annonce la couleur, le livre est clairement incontournable en cette dernière année du Centenaire.

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– Depuis bien longtemps, la mémoire – individuelle ou collective – a surtout vu la Grande Guerre à travers le prisme de la souffrance des Poilus dans les tranchées ou bien à travers celui de l’absurdité. Absurdité de la guerre, absurdité des ordres, etc. Par conséquent, on a oublié pendant longtemps que l’Armée française de 1918 était devenue la plus Continuer à lire … « Colonel Michel Goya : « Les vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre » »

Argonne : vestiges de la « Kriemhilde-Stellung »

Chers lecteurs, chères lectrices, lors de ma dernière expédition consacrée aux batailles de 1918 dans la Meuse (Saint-Mihiel et l’Offensive Meuse-Argonne), j’ai eu la chance de redécouvrir le site du mémorial américain de Montfaucon d’Argonne. Outre l’imposant monument commémoratif qui permet de dominer le champ de bataille, le site comprend les belles ruines de la collégiale Saint-Germain érigée au XIIe siècle, détruite pendant la Grande Guerre mais surtout, des Blockhäuse de la Kriemhilde-Stelung.

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– Érigée dès 1915, la Kriemhilde-Stellung était disposée en une équerre qui recouvrait Grandchamp – Montfaucon et Brieulles-s/-Meuse. Située derrière la Giseler-Stellung, la Kriemhilde-Stellung était la position centrale qui Continuer à lire … « Argonne : vestiges de la « Kriemhilde-Stellung » »

Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918)

– Grâce à leur série d’offensives lancées en août et septembre, les forces du Commonwealth se sont considérablement approchées des fortifications de la Ligne « Hindenburg » (ou « Siegfried-Stellung » pour les Allemands). Pour le coup, les troupes de Douglas Haig se trouvent face à un véritable rempart bétonné et maçonné qui leur barre le passage entre le Front des Flandres et le nord de l’Aisne, leur interdisant le franchissement des Canaux du Nord et de Saint-Quentin. Pour « enfoncer la porte », on va retrouver à l’œuvre deux des meilleurs généraux du Commonwealth, Arthur Currie et John Monash. Cet article propose donc d’expliquer comment ces deux généraux s’y sont pris pour faire sauter cette fortification, avec des techniques et tactiques touchant davantage à la poliorcétique qu’à la simple manœuvre.

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1 – LE DERNIER GRAND REMPART DU KAISER

– Pour rappel, la Ligne « Hindenburg » n’est pas la première ligne fortifiée allemande. Érigée en 1917 sur ordre de Ludendorff et Hindenburg, elle s’intègre en vérité à un ensemble fortifié érigé depuis 1915. Originellement structurée en trois parties (une zone avant, une zone de Blockhäuse, une zone de contre-attaque et une zone de réserve), elle s’étend originellement du secteur de Farbus (Pas-de-Calais) jusqu’à l’entrée du Canal de Saint-Quentin. En outre, elle est prolongée à partir de Moeuvres (à l’ouest de Bourlon) par la Ligne Quéant – Drocourt qui est tombée aux mais des Canadiens le 10 septembre. Mais bien plus qu’une triple ligne de défense, « Hindenburg » se caractérise par un ensemble de lignes (2 principales et 7 plus petites) qui protègent les nœuds routiers et logistiques que sont Cambrai et Mézières. Les lignes « Wotan » et « Hindenburg » sont les mieux fortifiées avec leurs Continuer à lire … « Face aux douves et au béton : enfoncer la Ligne « Hindenburg » (27-29 sept. 1918) »

L’Offensive Meuse-Argonne (Sept-Nov. 1918) – 2

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4 – PREMIÈRE PHASE : LES SUCCÈS DE LA IV
e ARMÉE FRANÇAISE

– Le 26 septembre à 05h25
, 2 700 pièces d’artillerie tonnent entre la Suippes et la Meuse selon les procédés de tir de préparation. Vient ensuite le tir de barrage derrière lequel progressent les troupes des IIe, XIe, XXIe et XXXVIIIe Corps d’Armée, appuyées par les Renault FT et couverts par une puissante aviation qui n’a pas grand-chose à craindre des escadrilles allemandes très amoindries. En complément de l’artillerie, les bombardiers Brequet effectuent des bombardements ciblés dans la profondeur du dispositif allemand. Malgré une confusion de départ, l’offensive française démarre très bien. Henri Gouraud dirige très bien son offensive qui emporte 15 km dès le premier jour, soit 2 à 3 fois plus que ce que les Américains ont emporté durant la même journée. Progressant derrière un puissant barrage roulant et bien couverts par l’Aviation, les fantassins et équipages de chars de Gouraud crèvent complètement les lignes de la III. Armee allemande. Les Français reprennent définitivement les villages cédés volontairement le 15 juillet précédent mais qui rappellent au « Poilu » la Seconde Bataille de Champagne de 1915.

– Mais cette fois-ci, c’est la revanche. Les Français reprennent ainsi Somme-Py et Saint-Thierry. Et ceux, dans un terrain beaucoup plus ouvert. La 22e DI du Général Spire (XIe CA de Prax) reprend les ruines de la Ferme de Navarin, de sinistre mémoire. De son côté, le XXIe CA de 

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