« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Quatrième partie

LE CALVAIRE DE LA FIFTH ARMY BRITANNIQUE –

Le 21 mars, au QG d’Avenes-sur-Help, tout le monde est à la fête. Tactiquement, le succès est (presque) au rendez-vous. Si la Third Army résiste encore, la Fifth peut s’écrouler sous les coups de boutoir des Sturmtruppen. En à peine une semaine, les troupes de Gough vont subir un véritable calvaire qui mènera l’alliance franco-britannique au bord de la catastrophe. Mais aussi brutale et rapide soit-elle, l’offensive allemande va s’essouffler et buter sur la rapidité de la réaction alliée. Et, malgré les succès tactiques allemands, la ville de Montdidier deviendra le dernier rempart avant Paris et la Manche.


image-20170328-3793-10g1lhs

1 – LE ROULEAU  COMPRESSEUR ALLEMAND

Le 22 mars, après avoir percée la première ligne britannique en plusieurs points, les trois armées allemandes s’apprêtent à fondre sur la seconde ligne. Pendant la nuit, il faut relever les régiments d’assaut les plus fatigués. Les régiments de réserve prennent alors position dans les secteurs acquis lors de l’assaut du 21 mars. Le lendemain, durant la matinée, l’assaut reprend encore plus furieux. Dans le secteur de la XVII. Armee, von Below décide d’accentuer l’effort sur son flanc droit, entre la « Colline du moulin » au nord de Croisilles, avec la 6. Königlich-Bayerische-Division (). Mais si Croisilles finit par tomber, les Britanniques bloquent encore les Allemands sur Vraucourt. Haig ordonne alors à Byng de contre-attaquer contre le Gruppe « Lindequist » sur la ligne Havrincourt – Flesquières, afin de maintenir le contact avec la Fifth Army. Sauf quasi-simultanément, von der Marwitz relance sa II. Armee à l’attaque entre Gouzeaucourt et Vermand. Comme pour la veille, l’attaque est menée par les Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Quatrième partie »

Publicités

« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Troisième partie

– ORAGE DE PRINTEMPS : « LA GRANDE BATAILLE DE FRANCE COMMENCE » –

 

Il n’y a aucun doute, Hubert Gough, ancien protégé de Douglas Haig, ne pavoise plus depuis que sa Fifth Army a échoué à conquérir des arpents de boue de Passchendaele. Haig ne lui accorde d’ailleurs plus la confiance qu’il lui témoignait encore l’année précédente. Et encore, Gough n’est nullement au bout de ses peines car ce 21 mars 1918, il ne sait pas encore qu’il va passer la pire semaine de sa carrière et qu’elle lui coûtera son commandement. Haig trouvant son coupable idéal pour masquer sa propre cécité. Mais une chose est sûre, en une semaine, le dispositif britannique en Picardie va manquer de s’effondrer. L’assaut allemand va engloutir des bataillons entiers et il s’en faudra de peu pour que certaines divisions échappent à l’anéantissement complet.

German-Spring-offensive1

Source :  http://www.radcliffeontrentww1.org.uk

1 – L’ASSAUT ALLEMAND : 49 DIVISIONS SONNENT L’HALLALI SUR L’ARMEE ANGLAISE

A – BOMBARDEMENT ET PREMIER ASSAUT

– Le 21 mars 1918 à 04h40
, l’Offensive « Michael » démarre par une symphonie de feu et de fer jouée par les 6 608 pièces d’artillerie disposées entre Saint-Quentin et Barisis. Ce sont donc 3 965 canons de campagne (7.7 et 10.5 cm) et 2 643 canons et obusiers lourds (15, 190, 21 et 42 cm) répartis en 1 706 batteries qui se déchaînent. On atteint quasiment une densité d’un canon ou obusier tous les 12 mètres. Le tir de barrage – le Feuerwalze –  dure deux heures et balaie 60 km de front. Certains témoins estiment qu’il est bien plus violent que celui de Verdun. Les secteurs où sont disposées les batteries britanniques sont balayés, notamment avec des obus à gaz. A 06h40, alors que la brume recouvre les plaines picardes, l’Artillerie allemande passe au tir d’efficacité en saturant les tranchées britanniques avec les tirs de Minenwerfern et Granatwerfern car les obusiers et canons ne doivent pas « retourner » les positions ennemies afin de faciliter la progression des Sturm-Truppen. Le temps brumeux ne contraint pas les avions d’observation à décoller, puisque suivant les instructions de Georg Bruchmüller, les chefs de batterie et observateurs ont effectué le réglage en suivant les Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Troisième partie »

« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie

 

ETAT DES  FORCES EN PRESENCE 

Abordons maintenant les forces en présence à la veille du 21 mars. Certes, en raison de leurs terribles pertes de 1917 et de l’impréparation des Américains, les troupes alliées partent avec des handicaps mais pas autant qu’on peut le penser, loin de là. En effet, la crise des effectifs ne doit pas masquer l’accroissement de la puissance de feu et de la mobilité des Français et des forces du Commonwealth. Et il ne faut pas négliger un autre aspect : la mécanisation. Et à ce jeu-là, les Alliés gagnent quasiment par KO. Enfin, les impressionnants succès des premiers jours de l’Offensive « Michael », ne doivent pas faire oublier que les troupes Allemandes partent à l’assaut sur une jambe de bois.

tumblr_o4lva1W9rU1sx97juo1_1280

Source : www.histoire-image.org

1 – LA KAISERSHEER : UNE ÉPÉE ÉMOUSSÉE

– Au début de 1918, la Kaisersheer compte 147 divisions à l’Ouest. Mais elles passent à 192 en mars 1918, dont 84 en réserve. Et elles passeront à 205 – 208 en mai. Le tout regroupe 3,5 et 3,7 millions d’hommes. Cependant, Ludendorff n’a pu rameuter toutes les divisions nécessaires de Russie et doit en laisser 37 pour surveiller les Bolcheviks et veiller sur les blés d’Ukraine (1). Pour l’offensive de mars 1918, l’OHL décide donc de miser sur l’engagement de ses 55 Sturm Divisionen. Sauf que, pour former ces divisions dites d’élite, Ludendorff les a nettement privilégiées par rapport aux divisions des second et troisième échelons. Ainsi, l’OHL leur a octroyé en priorité les armes, un surplus de munitions et d’armes collectives, ainsi que des chevaux supplémentaires. D’autre part, afin d’être en meilleure condition physique, les soldats sont mieux nourris que les autres. Par conséquent, ce privilège accordé nuit gravement aux autres divisions défavorisées, quasiment sous-alimentées et sous-armées (2). Par conséquent, les Sturm-Divisionen peuvent être comparées à un pistolet à un seul coup. Et le coup que joue Ludendorff est très risqué en regard du manque de soutien sérieux.

– Au sein des Sturm-Divisionen, les officiers et soldats reçoivent un entraînement spécial fondé sur Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Seconde partie »

« Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Première partie

PRÉPARATIFS ET PLANS ALLEMANDS

Inutile de le redire, l’ambitieux Erich Ludendorff est un planificateur aussi froid qu’appliqué et déterminé. Le Quartier-Maître Général – et quasi-chef d’Etat officieux de l’Empire allemand – a décidé d’offrir aux Alliés une ouverture du printemps 1918 dont ils se souviendront. Son objectif stratégique ultime est de terminer la guerre en misant sur une séparation (aussi géographique que politique) de l’alliance entre Londres et Paris, tout en ne laissant pas le temps à l’US Army – alors en plein apprentissage de la guerre moderne – n’entrer en lice. Pour cela, Ludendorff a imposé à la schlague prussienne, un Traité de Brest-Litvosk désavantageux aux Bolcheviki, ce qui lui a permis de rameuter plusieurs centaines de milliers d’hommes vers le Front de l’Ouest, tout en formant des divisions d’élite et en faisant transférer des milliers de pièces d’artillerie et de Minenwerfern. Avec 192 divisions contre 175, l’Allemagne a, en apparence, les moyens de remporter la bataille décisive qui décidera du sort des armes. « Pollux » a pour le moment convaincu presque tout le monde à Berlin : Français et Britanniques vont passer un très sale quart d’heure et leurs séides américains n’auront plus qu’à traverser piteusement l’Atlantique en sens inverse. Cependant, Ludendorff sait que le temps est compté pour des raisons aussi bien extérieures (entrée en guerre des Etats-Unis) qu’intérieures (graves difficultés économiques, agitation sociale croissante et contestation de la Monarchie des Hohenzollern). En effet malgré le masque d’assurance et de détermination qu’offrent Hindenburg et Ludendorff, l’Allemagne est au bord du gouffre et son armée est minée par d’indéniables faiblesses en termes d’effectifs, de matériel et au niveau technique. Et la recette du succès espéré contient les ingrédients suivants : Somme, Aisne, Picardie, Sturmtruppen, Oskar von Hutier et Otto von Below, entre autres.

1921kronprinzrupprechtludendorffseisserausschnitt

– En cinq années, l’orgueilleuse Allemagne wilhelmienne a changé de visage. La puissance économique de l’Avant-guerre à l’industrie florissante et dynamique est devenue un pays malade, avec une population durement frappée par les privations frumentaires et alimentaires. A tel point que les aliments de base (pain, saucisse, etc.) sont fabriqués à partir de fibres de bois ou de produits chimiques mais sont sans valeur nutritive. La mortalité infantile, fléau que l’on pensait relégué dans les placards de l’histoire, frappe de nouveau et de nombreux enfants allemands souffrent de sous-nutrition (1). Les achats de lait à la Hollande ont permis de freiner le mal mais dès que Wilson a sommé aux Neutres disposant de flottes de ne plus rien vendre aux Allemands, la situation s’est durement aggravée. Il n’y a que la Suisse qui fournit encore l’Allemagne en denrées. Mais la petite Confédération, qui affiche une stricte neutralité, ne peut pas vraiment combler toutes les carences. Seule satisfaction dont peut se vanter Ludendorff, l’annexion de territoires russes et ukrainiens permet à Berlin de faire venir des quintaux de blés, au détriment des populations civiles russes et ukrainiennes (2).

– Le tableau est tout aussi noir pour l’industrie qui tourne pour l’économie de guerre, sous la férule de Ludendorff. Les mines de charbon de la Ruhr et de Silésie tournent à Continuer à lire … « « Michael » : l’Archange pour l’offensive de la dernière chance – Première partie »

Les Pariser-Kanonen : démesure technologique et esbroufe stratégico-psychologique

Non ! Non ! Non ! Et encore non ! Une bonne fois pour toutes, ce ne fut pas la « Grosse Bertha » qui bombarda Paris en mars et avril 1918, tonnerre de feu ! Précision utile, la « Grosse Bertha » était un obusier lourd de 420 mm, de 16 calibres et d’une portée de 9 à 12,5 km, produit chez Krupp et appelé ainsi en l’honneur de Bertha Krupp, fille unique de l’industriel Friedrich Krupp. Aligné en plusieurs exemplaires, cet obusier a commis bien plus de destruction à Liège et Verdun qu’à Paris. En revanche, le canon qui bombarda Paris était bien plus titanesque que « Bertha l’assidue » (son autre surnom), si bien que les Français n’avaient pas imaginé un seul instant que les Allemands purent être capables d’en construire un. Comme le dit Jean-Yves Le Naour, il exista bien de tels canons mais seulement chez Jules Verne ou chez Gaston Leroux. Ce dernier envoyant son héros, Rouletabille, dans les usines des gigantesques « Titania » de Guillaume II (1). Mais durant le mois de mars 1918, la population parisienne découvrit que la science-fiction avait rattrapé la réalité. Mais passé l’effroi, la même population s’habituera aux coups du canon géant et le GQG eut vite fait de constater que ce monstre d’acier que feu le Colonel Danrit aurait pu coucher dans ses pages romanesques, ne fut qu’une gigantesque esbroufe stratégique sinon psychologique. Conçus pour être des armes de terreur psychologique, les trois  « Pariser-Kanonen » ou « Wilhelms-Geschützt » ne servirent… quasiment à rien. Les ingénieurs et militaires allemands se complurent déjà dans la recherche d’armes miracles chimériques.

paris_kanone_15
1 – UN CANON TITANESQUE MAIS COMPLEXE

– Edmond Buat le reconnut dans ses « Journaux de Guerre » : ces gaillards d’Allemands furent capables de prouesses techniques inimaginables (2). C’est bien vrai. Pour un pays qui manqua d’acier, la construction de ce tube monstrueux dotée d’une portée de plus de 100 km releva de l’exploit technologique et technique. Cependant, comme l’a noté Christophe Dutrône, les ingénieurs français effectuaient eux aussi des recherches concernant la projection d’obus dans les couches supérieures de l’atmosphère. Aboutissant à la conception d’un canon géant en 1929, elles n’allèrent cependant pas plus loin. En revanche, en 1917, « Castor et Pollux » (Hindenburg et Ludendorff) commandèrent à Krupp (qui tournaient pourtant à plein) une série de canons géants qui tournent pourtant à plein régime. L’objectif des « Dioscures » fut de disposer de pièces géantes capables de bombarder Paris et d’y créer une peur panique qui retournerait l’opinion française contre ses dirigeants. Lesquels seraient forcément contraint de demander la paix à l’Allemagne.

– Du coup, la firme Krupp confia les travaux à l’Ingénieur Doktor Fritz Rausenberger, son Chef du Développement, assisté d’ Continuer à lire … « Les Pariser-Kanonen : démesure technologique et esbroufe stratégico-psychologique »

Le Fokker Dr.I : l’épouvantail volant aux trois ailes

– Comme avion, il est encore sûrement une légende de l’aéronautique allemande (aux yeux des passionnés notamment). Conçu comme une réplique à un rival britannique, le Fokker Dr. I (« Dr. » pour « Dreidecker », soit triplan) est resté célèbre pour avoir contribué aux heures glorieuses du Fliegender-Zirkus (« Le cirque volant* »). Sauf que, résultat d’un développement empirique, l’avion n’était pas si infaillible qu’on le pense. Et s’il a représenté un épouvantail pour les pilotes alliés (surtout le modèle peint en rouge), les limites de sa production n’en n’ont nullement fait une autre « arme absolue » pour dominer le ciel, loin de là.

fokkertripe
– La genèse de l’appareil est une conjugaison de plusieurs données. D’une part, dès 1916, le Hollandais Antony Fokker et Reinhold Platz travaillent sur de nouveaux modèles d’avions triplans. Ensuite, en 1917, les Britanniques mettent en service le Sopwith triplan. Si l’appareil a des défauts (notamment au niveau du moteur), il se montre particulièrement performant par rapport à ce qu’aligne la LSK. Après l’ajout peu probant d’une troisième aile aux Albatros (Dr. I), les pilotes du Kaiser finissent alors l’octroi de vrais triplans afin de répliquer aux Britanniques.

– Sitôt dit, sitôt fait, Fokker et Rheinhold reprennent à la fois leurs Continuer à lire … « Le Fokker Dr.I : l’épouvantail volant aux trois ailes »

Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918)

– Premièrement, il est pertinent de rappeler que la particularité du front d’Afrique Orientale est justement… qu’il n’y a pas de front ! En effet, pour les voyageurs adeptes de Safari et de faune sauvage africaine qui pourraient se rendre en Tanzanie, toute trace des combats de la Grande Guerre semble s’être définitivement évanouis, hormis une antique voie ferrée, presque égarée dans le temps, qui semble fendre la brousse en deux au milieu de nulle part. C’est toute la spécificité de ce front, un temps oublié, à savoir celle d’avoir été clairement une guerre de mouvement durant laquelle les Germano-Ndébélé-Ngonis de Paul-Emil von Lettow-Vorbeck vont jouer au chat et à la souris avec une coalition comptant des Britanniques, des Sud-Africains, des Indiens, des Belges et des Portugais. Un jeu de poursuite de plus de deux ans, marqué par de violentes morsures du plus petit sur le plus gros.
5f09074d6a2bfd9198ab488708769514
1 – PROFITER DE SES (QUELQUES) AVANTAGES ET DU PAYS

– Le 8 mars 1916, le Général Jan Smuts déclenche une vaste de campagne afin de mettre fin à la résistance de la Schützttruppe germano-africaine dans l’actuelle Tanzanie. Sur le papier, l’ancien chef boer dispose d’une nette supériorité numérique et matérielle, avec 300 000 hommes, dont les Belges du Général Charles Tombeur qui peuvent attaquer par le Congo. Les Alliés ont aussi pour eux la logistique, grâce aux ports du Kenya et d’Afrique du Sud, ainsi que le chemin de fer qui permet de couvrir. En face, les Allemands et leurs Askari apparaissent en nette infériorité, n’alignant qu’environ 58 000 hommes dont une très forte proportion de porteurs (45 000), avec beaucoup moins d’artillerie et quelques mitrailleuses. Et les bons Continuer à lire … « Safari et guérilla allemande à l’ombre du Kilimandjaro (1916-1918) »