Cent ans de Caporetto – Partie 2

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le spectaculaire succès allemand du 24 août. Premièrement, l’emploi des troupes spécialement formées au combat en montagne et la transposition des tactiques d’infiltration déjà utilisées en France et en Russie qui vont totalement surprendre le commandement italien et déboucher sur une bataille de mouvement à une altitude élevée. Mais celui-ci n’est pas exempt de tout reproche, loin de là, ayant complètement négligé l’aspect défensif, d’autant que ses troupes sont déjà fatiguées.

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2 – PLANS, OBJECTIFS ET TACTIQUES

A – LE PLAN AUSTRO-ALLEMAND : DES OBJECTIFS AU DEPART RELATIVEMENT LIMITES 
– Dans les plans dressés par Ludendorff et Otto von Below, il est prévu de sécuriser la position du Heeres-Gruppe « Borojevic » (1. et 2. Isonzo-Armeen) sur les plateaux de Bainsizza et du Corso. L’offensive offensive principale sur l’Isonzo est donc confiée à la XIV. Armee austro-allemande. Mais des offensives de soutien auront lieu sur la partie orientale du front des Alpes. Ainsi, le Heeres-Gruppe « Tirol » commandé par le Continuer à lire … « Cent ans de Caporetto – Partie 2 »

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Passchendaele (12) – L’échec devant Bellevue (9-12 octobre)

– Le 8 octobre, durant le thé avec Plumer, c’est un Alexander Godley enthousiaste qui explique à Haig que la prochaine attaque ne soit nullement sujette à un report, son II ANZAC Corps étant prêt à l’attaque pour le lendemain. Mais dans ce qui va suivre, l’Armée britannique succombe à l’une de ses tares : l’enthousiasme prend le pas sur la méthode et la technique. Et le rôle de Herbert Plumer – certes pressuré entre son supérieur Douglas Haig et son subordonné Godley – n’est pas très clair.

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1 – L’ATTAQUE BÂCLÉE DU 9 OCTOBRE)

– Sauf que cette fois, après l’attaque réussie du 4 octobre, les Royal Engineers sont contraints d’étendre les routes et les voies de chemin de fer dans un délai record. La route Wieltje-Gravenstafel, artère vitale, est ainsi entretenue continuellement dans un harassant travail de fourmis par des compagnies de travailleurs, dont des Chinois. A l’instar de la méthode employée à Vimy, le meilleur moyen pour étendre ou construire des routes consiste à planter de grosses billes de bois dans le sol sur lequels sont posées des planches permettant aux véhicules et chargements hippomobiles de circuler. Mais si la logistique britannique peut maintenir un flux continu, celui-ci est perturbé par l’artillerie allemande. Cela pose vite problème quant à la fourniture en Continuer à lire … « Passchendaele (12) – L’échec devant Bellevue (9-12 octobre) »

Les tranchées sur le grand écran

Chers lecteurs, chères lectrices, je vous propose cette semaine un article assez inhabituel puisqu’il touche autant à l’Histoire qu’à la Cinéphilie. Le thème des combattants dans les tranchées ayant nourri le cinéma depuis le temps des films muet, je vous propose donc une rétrospective des films sur ce même thème.

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– Sorti peu avant l’Armistice de 1918, « Charlot en soldat » (« Shoulder Arm ») revient sur la vie dans les tranchées sur un ton comique et burlesque. Charlie Chaplin reviendra également surles derniers moments de la Première Guerre mondiale et ses conséquences dans « Les temps modernes ».

– Bien qu’ouvertement pacifiste, l’excellente adaptation de l’œuvre d’Erich Maria Remarque « A l’ouest rien de nouveau » Lewis Milestone (1932) reste l’une des grandes références dans le cinéma traitant de la Grande Guerre. Et qui plus est, traité du point de vue allemand. Une superbe et tragique plongée au cœur de l’orage d’acier, pour reprendre les mots d’Ernst Jünger.

« Les Croix de bois » réalisé en 1931 par Raymond Bernard, avec Pierre Blanchard, Gabriel Gabrio et Charles Vanel. Il s’agit de l’adaptation (réussie) du récit de guerre éponyme de Roland Dorgelès. Le film est considéré comme très réaliste car R. Bernard avait demandé le concours d’anciens Poilus et de l’Armée qui l’avait autorisé à tourner sur un champ de bataille. Le film a été réédité en DVD en 2014 pour le Centenaire.

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– Avec « Sergent York », Howard Hawks aborde la Première Guerre mondiale pour la quatrième fois. Sauf que réalisée en 1941, cette œuvre s’inscrit vraiment dans une démarche de propagande patriotique face à la situation européenne. Mais on appréciera la qualité de la réalisation et de la technique. Film biographique, il a été tourné du vivant même d’Alvin C. York, sous-officier plusieurs fois décoré pour le nombre de soldats allemands qu’il a tués ou blessés à l’automne 1918. York refusa d’abord que cet épisode de sa vie soit porté sur le grand écran mais finalement, accepta. Hawks montre alors le parcours d’un jeune objecteur de conscience de l’Amérique profonde qui va devenir l’un des soldats les plus décorés de l’US Army. Il reçu deux Oscars dont celui du Meilleur Acteur pour Gary Cooper.

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– Soulignons aussi les films visant à dénoncer l’absurdité de la guerre. En premier lieu, la comédie musicale de Richard Attenborough « Dieu que la Guerre est jolie » (« Oh ! What a lovely War ») qui bénéficie néanmoins d’une reconstitution historique plutôt remarquable, au-delà du propos du film. Chez les Italiens, on relève « Des hommes contre… » de Francesco Rossi, film à charge contre les officiers italiens et les ordres ineptes. Notons qu’il est le premier film a traité de la fameuse fraternisation entre soldats des deux camps en décembre 1914. Et ce, bien avant la fiction de Christian Carion « Joyeux Noël ».

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– Film tourné en Australie et en Égypte (avec de beaux plans sur les pyramides de Gizeh), le « Gallipolli » de Peter Weir est plutôt bien réalisé. Sans prendre un ton apologétique de la Guerre, il n’est pas non plus antimilitariste militant, Weir et David Williamson le scénariste, ayant préféré montrer l’absurdité de certains ordres donnés mais aussi la camaraderie et la fraternité d’armes. Weir a aussi voulu montrer la brutalité du passage de l’adolescence insouciante à l’âge adulte dans le fracas des armes. Et comme nous sommes dans un film historique anglo-saxon, la reconstitution historique est de qualité. Les combats des Dardanelles feront aussi l’objet du film turc « Gallipoli. La bataille des Dardanelles » de Kemal Uzun (au ton très patriotique) et du dernier film de Russel Crowe « La promesse d’une vie » (« The Water diviner ») sorti cette année (2015) et qui a eu un franc succès en Australie.

– Avec le film britannique « La tranchée » (« The Trench ») William Boyd aborde la bataille de la Somme du point de vue de jeunes soldats britanniques inexpérimentés. Cette fiction intimiste et minimaliste montre les quarante-huit heures qui précèdent le sanglant assaut du 1er juillet 1916. On y voir des soldats confrontés à la peur, l’angoisse et l’attente. Avec Daniel Craig dans l’un de ses premiers rôles, très crédible en Sergent.

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– Moins connu au près du public français, le film de Robert Clem « K Company » inspiré du récit de William Novel March, aborde les combats d’Argonne du point de vue américain et les troubles individuels qui en résulte. Une manière de critiquer l’engagement américain outre-mer. Je cite également un très bon petit film de guerre, « Le bataillon perdu » de Russel Mulcahy (à qui l’on doit  « Highlander »qui pour le coup, narre les combats de soldats du 307th Infantry Regiment isolé dans un bois d’Argonne en septembre 1918. En outre, il s’agit d’une histoire vraie. Mais les tranchées ne sont montrées qu’au début du film.

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– J’ajoute à cette liste untrès bon film australien, le trop méconnu « Beneath Hill 60 »  (mal) traduit en français sous le titre « Commando de l’ombre ». Réalisé par Jeremy Hartley Sims, il nous plonge dans la « guerre des tunnels » menée par une unité des Australian Engineers dans les batailles de la Somme et de la Crête de Messines. A hauteur d’homme et avec des moments d’angoisse, ni militariste, ni pacifiste, en plus d’une très bonne reconstitution. A voir donc pour ceux et celles intéressé(e)s par l’histoire des troupes de Dominions. De moins bonne qualité, on trouve également le film canadien « Passchendaele » de David Gross. Mais au moins, la séquence de combat dans la boue des Flandres vaut le coup d’œil.

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– Enfin, tout récemment, le dernier film d’Albert Dupontel « Au-revoir là haut » d’après l’ouvrage de Pierre Lemaître (Prix Goncourt) nous montre une scène de combat de tranchées particulièrement bien reconstituée et filmée, avec un très bon cadrage, comme le fait remarquer le Fossoyeur des films.

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Cent ans de Caporetto – Partie 1

La défaite italienne de Caporetto est imputable à deux éléments : d’une part, l’inaptitude du Commando Supremo à crever la défense austro-hongroise et à insuffler la motivation nécessaire aux soldats et d’autre part, les innovations tactiques allemandes qui ont bien failli causer l’effondrement moral et politique presque total du jeune Royaume transalpin, alors que la situation de l’Empire Habsbourg empire de semaine en semaine. Loin d’avoir été le fruit de la dissidence de soldats grévistes comme le prétendra Luigi Cadorna et encore moins celui d’un prétendue sédition socialo-communiste (thème qui fera les gorges chaudes de la propagande du Régime fasciste quelques années plus tard), la défaite de Caporetto est d’abord la conséquence de l’épuisement de l’Armée italienne (symbole d’un jeune Etat imparfaitement unifié) après onze offensives aux gains médiocres. Epuisement dont les unités allemandes de montagne vont amplement profiter en créant un véritable choc psychologique chez leurs adversaires. Mais contrairement à ce qui s’est passé à Riga un mois auparavant, la défaite de Caporetto va provoquer un électrochoc qui, paradoxalement, va permettre à l’Italie de poursuivre le combat.

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1 – ETAT DES FORCES

A – LES ITALIENS : UNE ARMEE MOINS MAUVAISE QUE L’ON CROIT MAIS MAL DIRIGEE

– Contrairement à une légende encore tenace, l’Armée Royale italienne de 1917 n’est nullement une armée de va-nu-pieds. Au contraire, partie au combat contre l’Autriche-Hongrie en 1915 avec des moyens vétustes, la Reggia Escercita a accéléré sa modernisation au prix d’un coûteux effort industriel et financier, supporté par les poumons économiques du nord (Turin et Milan). Les chiffres parlent en ce sens : en 1915, l’Armée italienne aligne 600 mitrailleuses périmées, 2 000 vieilles pièces d’artillerie légères et seulement 30 avions. En 1917, ce sont Continuer à lire … « Cent ans de Caporetto – Partie 1 »

L’Ober Ost (Arte)

Chers lecteurs, chères lectrices, je vous recommande cette passionnante émission d’Arte qui montre que l’idée allemande de coloniser des territoires d’Europe de l’Est ne datait nullement des années 1930. Et ce qui expliquera bien des choses.

Avec l’intervention d’historiens britanniques, allemands et américains.

https://www.arte.tv/fr/videos/067809-000-A/l-ober-ost-colonie-militaire-du-reich/

Passchendaele (11) – Prise de Broodseinde (4 octobre 1917)

Après la prise du Plateau de Gheluveld, le QG de Montreuil fait le pari qu’une percée décisive est possible. Mais d’autres estiment que la sécurisation du Plateau de Passchendaele, le long de Westroosebeke est d’abord néccessaire, en opérant une attaque en trois étapes de 1,4 km chacune. Et chaque étape remportée, il faudra étendre les routes et les voies ferrées. Mais Haig voit les conquêtes limitées de Plumer comme les prémices d’un plus grand succès.

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1 – PRÉPARATIFS

– Or ces succès ont nécessité une intense préparation logistique et un considérable feu d’artillerie, ce qui nécessite un déploiement de moyens adéquats. Mais à la décharge de Haig, Gough retrouve de l’enthousiasme et Plumer se met à y croire également (1). Du coup, Haig ordonne à Plumer de lancer une attaque afin de faire sauter les verrous de Broodseinde et Langemarck. L’attaque devra être brutale afin de faire voler en éclats la Wilhelm-Stellung. Pour cela, les Britanniques prévoient d’abord de s’emparer des verrous formés par les bourgs et villages de Gravenstafel, Broodseinde et Continuer à lire … « Passchendaele (11) – Prise de Broodseinde (4 octobre 1917) »

Le 3in Stokes, père des mortiers modernes

– On connaît les Minnenwerfer et les « Crapouillots », ces fameux mortiers de tranchée qui ont accru notablement la puissance de feu de l’Infanterie durant le Premier Conflit mondial. En outre, pour des tenants de la « démodernisation » de la guerre, les mortiers marquent également le retour à une guerre de siège où il s’agit de bombarder les positions ennemies dans le but de les faire tomber, comme dans une guerre de siège, les hautes murailles en moins. Mais a-t-on entendu parler du mortier Stokes ? Cette arme britannique d’une conception simple va cependant engendrer toute la gamme des mortiers qui ont peuplé les conflits du XXe siècle.

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1 – DU NEUF AVEC DU VIEUX

– Avec l’apparition des tranchées, les belligérants s’emploient à doter leur infanterie d’armes de jets capables d’envoyer des projectiles explosifs de l’autre côté du no man’s land ou bien de repousser les assauts d’infanterie. On sait que Français et Britanniques répondent à ce besoin en récréant des catapultes et des arbalètes projetant des grenades (1). Mais ce sont les forces impériales nippones qui utilisent pour la première fois des mortiers de tranchées lors du siège de Port-Arthur, pendant la Guerre russo-japonaise (2).  Les Allemands mettent en ligne leurs fameux Minenwerfern, (25 cm et 17 cm) et Granatwerfern (7.6 cm) ; des armes transportables par plusieurs soldats qui peuvent envoyer des roquettes explosives à 300 à 1 000 m. Comme l’explique l’historien Continuer à lire … « Le 3in Stokes, père des mortiers modernes »