Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri : « Barbarossa. 1941. La Guerre absolue » (Passés Composés)

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Un monument historiographique ! Le qualificatif n’est pas galvaudé. Après « Joukov » et « Grandeurs et misères de l’Armée Rouge », le duo formé par Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri a publié, pour la rentrée un ouvrage de plus de huit-cent pages consacré à l’Opération « Barbarossa », fruit de plusieurs années de recherche à quatre mains, au milieu d’archives allemandes et russes.

– « Barbarossa » présente la grande originalité de ne pas se concentrer exclusivement sur l’aspect militaire de l’opération. En effet, loin de n’avoir été qu’une campagne militaire stricto sensu, « Barbarossa » a été un affrontement titanesque entre deux systèmes totalitaires, avec ses dimensions politiques, géopolitiques, économiques et idéologiques. La première partie de l’ouvrage livre des lignes passionnantes sur les racines culturelles et psychologiques du plan d’invasion de Continuer à lire … « Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri : « Barbarossa. 1941. La Guerre absolue » (Passés Composés) »

Benoît Rondeau : « Être soldat d’Hitler » (Perrin)

On pense tout savoir sur la Wehrmacht. Cependant, l’armée d’Hitler (Heer, Kriegsmarine et Luftwaffe) fait encore l’objet de visions partielles et lacunaires, couplées à une forme de fascination pour le Feldgrau et les Panzer.
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Benoît Rondeau, historien spécialiste de l’Armée allemande et auteur d’une biographie d’Erwin Rommel nous propose une exploration des forces armées du Troisième Reich. L’ouvrage n’est pas une étude Continuer à lire … « Benoît Rondeau : « Être soldat d’Hitler » (Perrin) »

L’emploi des chars et canons d’assaut en Normandie – 3/3


PARTIE 3 : LES AMÉRICAINS

La campagne de Normandie a bien montré que les chars américains restaient inférieurs technologiquement aux « fauves » allemands, Washington ayant privilégié la quantité au détriment de la qualité. Il ne faut pas oublier que cette logique répondait aux besoins d’une guerre de masse. Durant le conflit, les Américains seront toujours en mesure de remplacer leur matériel perdu au combat grâce à leur industrie de guerre. Par conséquent, à rebours de la Panzerwaffe, les First et Third US Armies ont clairement utilisé leurs blindés dans une logique offensive, que ça soit en appui des unités d’infanterie ou en exploitation de percée. Hasardeuse dans le bocage, l’utilisation des forces mobiles mécanisées par les Américains a trouvé sa maturité lors de l’Opération « Cobra ». Le sens tactique et l’agressivité des commandants de divisions et de Combat Commands ont beaucoup bénéficié aux opérations de manœuvre. Mais si les blindés américains ont été employés avec succès, c’est également grâce à une puissante logistique et à leur intégration dans un ensemble offensif qui a été redoutable durant la campagne de Normandie.

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1 – MATURATION D’UNE DOCTRINE
NÉE DE LA GRANDE GUERRE

– L’US Tank Corps naît le 1er janvier 1918 quand les Américains font la connaissance des Tanks britanniques et des Renault FT français. Confiée au Colonel Samuel Rockenbach, la mise sur pied des unités blindées américaines doit beaucoup à un Major de Cavalerie du nom de George S. Patton Jr. qui se « convertit » très vite à la mécanisation. A la fin de l’année 1917, il suit de près à la Bataille de Cambrai et correspond avec la tête pensante du Royal Tank CorpsJohn Frederick Fuller. En mars 1918, c’est avec 10 chars que Patton entraîne les deux premières compagnies qu’il a formées. C’est aussi Patton qui pose la doctrine américaine en matière d’emploi des chars. Piochant chez les Britanniques comme chez les Français, Patton insiste sur un double rôle des chars : la rupture pour les tanks lourds et l’exploitation de la percée pour les chars légers. Lors des offensives de l’automne 1918 (Saint-Mihiel, franchissement de la Ligne « Hindenburg » et « Meuse-Argonne »), les divisions américaines sont appuyées par 1 bataillon de chars. Mais la coopération infanterie-char chez les Américains n’est pas du niveau de celle des Britanniques et des Français. Cependant, Patton a déjà posé les bases de l’emploi des chars chez les Américains, avec une prépondérance nette pour le rôle offensif.

– Durant l’Entre-deux-Guerres, la démobilisation, l’isolationnisme et la crise économique de 1929 ne sont guère propices au développement de l’arme blindée, même si quelques cerveaux comme Patton y réfléchissent hardiment. Mais il faut bien voir que les Américains reprennent vite l’idée du char à tourelle mobile des Français. Ils recherchent la conception d’engins à bonne mobilité, polyvalent, économiques à produire et pouvant tirer tous azimuts. Mais les engins lancés dans les années 1930 (comme le M2), se révéleront 

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L’emploi des chars et canons d’assaut en Normandie – 2/3

En 1944, l’arme blindée britannique est une arme qui a connu plusieurs changements tout en demeurant imparfaite. Premièrement, nous verrons que les formations mécanisées britanniques sont devenues dépendantes de l’industrie américaine et ensuite, qu’en 1944, la doctrine d’emploi tactique des blindés est encore marquée par un sérieux retard intellectuel. Retard qui sera partiellement rattrapé en août 1944 sans pour autant atteindre le niveau tactique et opérationnel des divisions blindées américaines, voire même des Corps blindés soviétiques.

 

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Cromwell du 2nd Bn. Northamptonshire Yeomanry, régiment de reconnaissance de la 11th Armoured Division (insigne peint sur le châssis du char de tête, à droite sur la photo)


A – UNE ARME DÉPENDANTE DE L’ANCIENNE COLONIE

– En 1918, après avoir suivi les idées d’Ernest Switon et de John Frederick Fuller, l’Armée britannique est, avec son alliée française, au sommet de la mécanisation, même si ces deux modèles de chars (Tanks) dominants (Mark IV, Mark V et Medium Mark A « Whippet ») n’ont pas la sophistication et l’agilité du Renault FT. Cependant, les Britanniques (avec les Canadiens et les Australiens*) ont su utiliser leurs engins blindés dans des engagements en masse qui ont contribué à la dislocation progressive du front ennemi. Mais la paix revenue, les réalités économiques et la culture militaire britannique ont tôt fait de se rappeler aux 

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Grumman F6F « Hellcat » : attention, chat très méchant !

En France, tout le monde (ou presque) connaît la série télévisée « Les têtes brûlées » dans laquelle Greg « Pappy » Boyington et ses indisciplinés pilotes de l’USMC pilotent le célèbre Chance Vought F4U « Corsair ». Mais, excepté un public féru d’aéronautique militaire, beaucoup oublient le Grumman F6F « Hellcat », chasseur-bombardier de l’US Navy, rapide, robuste et bien armé, qui a incontestablement dominé le Ciel du Pacifique de 1943 à 1945. Retour sur un redoutable outil de l’aéronavale américaine dans le Pacifique.

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1 – DÉVELOPPEMENT : L’AMÉLIORATION DU « WILDCAT »

Le développement du Hellcat est lancé avant l’attaque japonaise sur Pearl Harbor par un contrat signé le 30 juin 1941 entre Grumman et l’US Navy. Mais cette signature intervient opportunément afin de répondre à l’agilité et la maniabilité des Mitsubishi A6M « Zero », notamment dans le « combat tournoyant ». Grumman dispose déjà du chasseur F4F « Wildcat », un appareil particulièrement robuste et solide mais pas assez agile. Pour échapper aux « Zero », les pilotes de « Wildcat » doivent appliquer la tactique dite du « Yoyo », à savoir plonger en piqué – ce dont l’appareil est amplement capable – avant de remonter. Enfin, il faut bien noter que le « Hellcat » doit répondre aux besoins de la guerre aéronavale dans laquelle le porte-avion est devenu la pièce maîtresse, supplantant les cuirassés et croiseurs lourds. L’US Navy cherche ainsi un appareil capable d’attaquer des cibles lointaines à partir de porte-avions, notamment dans les bases japonaises installées sur des îles du Pacifique. A l’inverse, compte-tenu des tensions avec la Navy et de son statut de force combinée quasi-autonome, l’US Marine Corps continuera à utiliser – sur des aérodromes terrestres – les Chance-Vought F4U « Corsair » qui ne peuvent être embarqués en mer à cause de leur empennage et inadapté.  Continuer à lire … « Grumman F6F « Hellcat » : attention, chat très méchant ! »

Etat du Mur de l’Atlantique en Normandie à la veille du 6 juin 1944

Au début de 1944, la propagande allemande proclame encore que le « Mur de l’Atlantique » (« Atlantikwall ») est infranchissable aux Armées alliées, protégeant ainsi la « Forteresse Europe ». Mais sur le terrain, la réalité est moins reluisante. En effet, la « forteresse » n’est pas encore achevée et manque de moyens, même si les Blockhäuse érigés entre le Cotentin et Dunkerque ne manqueront pas d’impressionner. Ainsi, sur le littoral du Calvados et du Cotentin (soit entre l’estuaire de la Seine et Cherbourg), le réseau défensif poliorcétique du Reich n’est pas encore complet. Mais il ne manque pas d’inquiéter les alliés car les défenses de la Basse Normandie restent assez redoutables. Il suffit de se rendre au Mont Canisy, à Juno Beach, à Longues-s/-Mer et à la Pointe du Hoc pour s’en rendre compte. L’objectif de cet article est moins de dresser l’histoire du Mur de l’Atlantique en Normandie que d’en voir la complexité, les forces et les faiblesses.

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Batterie de Longues-s/-Mer (Fonds personnel)

– En 1942, Hitler ordonne à l’Organisation Todt d’ériger un gigantesque réseau fortifié en béton afin de protéger la « Forteresse Europe ». Mais les films d’actualité tournés sous la direction du Ministère de la Propagande du Reich masquent un impératif stratégique plus préoccupant pour l’Allemagne. En effet, en décembre 1941, les Etats-Unis sont entrés en guerre, contrairement aux estimations optimistes de Berlin. Et la machine industrielle américaine commence à tourner à plein régime et sort des centaines de navires de ses chantiers navals. En raison des nettes limites de la Continuer à lire … « Etat du Mur de l’Atlantique en Normandie à la veille du 6 juin 1944 »

Sur le film « Les Oies sauvages » (« The Wild Geese ») – Analyse personnelle

– En-dehors de ses inexactitudes quant à la vraie situation des mercenaires, « Les Oies sauvages » d’Andrew V. McLaglen (d’après le roman de Daniel Carney) est peut-être le moins « caricatural » des films de mercenaires. D’autant qu’ici, il n’est pas question de « super-soldats » mais de véritables professionnels qui mettent leurs compétences tactiques et techniques au service d’un objectif commun et selon un plan mûrement réfléchi. Ne serait-ce du fait que les personnages sont pour la plupart, éloignés l’image de mercenaires romantiques. Et s’ils sont motivés par la prime promise par Matherson (Stewart Granger), leurs raisons de s’engager dans l’aventure dans la république africaine fictive du film (dont on ne connaît pas le nom) sont plus complexes. [Si vous n’avez pas vu le film, ne lisez pas la suite]
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– Le personnage d’Allen Faulkner (Richard Burton) apparaît sans doute comme l’archétype du mercenaire apatride qui agit selon ses intérêts. Or, c’est une sorte « d’officier perdu » qui vend ses services au plus offrants avant de retourner « chômer et se saoûler » quand « il ne fait pas la peau à des inconnus ». Or, le personnage de Burton est peut-être le plus caricatural car se rapprochant davantage du mercenaire « sans foi ni loi ni réelle patrie ». Mais le personnage de Faulkner est un aigri et un atrabilaire qui se remet difficilement du décès de sa femme et reste éloigné de ses fils. Continuer à lire … « Sur le film « Les Oies sauvages » (« The Wild Geese ») – Analyse personnelle »