De la Moselle à la Sarre : la prise de Metz (novembre 1944)

Durant tout le mois d’octobre, suite à l’échec d’Arnhem et à la stagnation du front britanniques sur l’Escaut, Patton a été contraint de ronger son frein. Mais il reste obnibulé par deux objectifs : prendre Metz et porter le fer en Allemagne. Patton l’ambitieux projet de franchir la Sarre et d’atteindre le Rhin – voire Francfort – après avoir forcé la Ligne Maginot et le Westwall. L’attitude du général américain s’en ressent même. Il s’isole de longues heures dans son bureau d’état-major en fixant ses cartes. Il y a clairement une question d’ego dans son projet. Patton veut être le premier général allié à entrer en Allemagne afin de convaincre Eisenhower de bien fondé de son entreprise. Mais aussi pour damer le pion à Montgomery – qu’il déteste – en perte de crédibilité suite à l’échec en Hollande.

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1 – CONTEXTE OPÉRATIONNEL ET PLANS AMÉRICAINS

Fin octobre 1944, Patton se montre enthousiaste. La raison ? Omar N. Bradley, commandant du 12th US Army Group (First et Third US Armies) a octroyé la priorité du ravitaillement à Patton. Actant de l’enlisement sanglant dans les secteurs d’Aix-la-Chapelle et de la Forêt d’Hürtgen, Bradley s’est rangé à l’option défendue par Patton depuis la fin de l’été, soit de percer sur la Sarre pour pénétrer sur le territoire allemand. Du coup, Bradley donne priorité des fournitures à la Third US Army, ce que lui accorde Eisenhower. Patton reçoit ainsi 2 000 tonnes de ravitaillement par jour en plus de l’appui de plusieurs unités d’appui tactique de la IX USAAF, notamment du redoutable XIX Tactical Air Command. Ce dernier ayant pu se constituer plusieurs aérodromes pour ses chasseurs-bombardiers en Champagne. En revanche, Bradley détourné le VIII US Corps de Troy H. Middleton (occupé à Brest en septembre) vers la First US Army de Hodges pour l’engager dans la Forêt d’Hürtgen. Résultat, le dispositif de Patton ne s’en trouve pas renforcé, puisqu’il doit compter sur seulement deux Corps, là où Hodges peut en compter 4. Mais Bradley a octroyé à Patton le contrôle opérationnel de la 83rd US Infantry Division (R.C. Macon) qui fait face à la ligne Grevenmacher – Sarrebourg – Remich et qui forme la « soudure » entre l’aile droite d’Hodges et l’aile gauche de Patton. Comme l’explique toujours Nicolas Aubin, Patton et son état-major piloté par

Hugh Gaffey échafaudent un plan ambitieux, intelligent mais  fragile. La Third US Army doit attaquer sur l’ensemble de sa ligne de front entre Sierck-les-Bains et le Canal Rhin – Marne. Clairement, Patton innove par un plan audacieux et sophistiqué. Ainsi, son armée doit effectuer l’encerclement et la réduction de Metz (XX US Corps) EN MÊME TEMPS qu’une poussée vers la Sarre via le secteur de Sarreguemines et Château-Salins (XII US Corps). Patton prévoit d’opérer une manœuvre en double mâchoire, une intérieure et une extérieure. La première doit permettre de réduire rapidement la poche de Metz. La mâchoire extérieure a pour but de bloquer de potentielles contre-attaques, s’assurer de l’encerclement des ennemis qui auraient pu s’échapper de la mâchoire intérieure et enfin, de faciliter la conquête rapide de têtes de pont sur la Sarre. Pour cela, Patton dispose d’un ratio largement favorable avec 250 000 hommes contre 86 000 et une force de 1 300 chars.

Seulement, ce plan bien pensé comporte plusieurs faiblesses. La première est le fait de Patton lui-même qui se montre optimiste en espérant boucler la Phase 1 (réduction de Metz) quasi-en même que la Phase 2 (progression sur la Sarre). Et Patton part du postulat que le front allemand n’est plus qu’un mince rideau qui sera facilement percé, avant que ses forces n’enfoncent rapidement la profondeur du dispositif de Balck et von Knobbelsdorf. Patton se complaît dans ses illusions en tablant sur l’arrivée du beau temps pour permettre aux avions tactiques de créer un « parapluie » protecteur. Or, sur ce point, c’est la douche froide. Le temps est désastreux et le terrain boueux. Le Major.General Otto P. Weyland, nouveau patron du XIX Tactical Air Command, fait savoir à Patton qu’il sera dans l’incapacité de déployer plus du quart de ses forces en raison de la réduction des effectifs, de la pluie et aussi, des journées plus courtes. Mais Patton ne modifie en rien son plan. Plus lucide, Quand Manton S. Eddy supplie Patton de reporter l’attaque, « Old Blood’n Guts » lui répond d’exécuter son plan, ajoutant que la boue collera également aux pieds des Allemand, ce qui facilitera la tâche des Américains.

Les autres faiblesses sont d’ordre opérationnel et logistique. Premièrement, Patton a donné un ordre démultiplié à Harris W. Walker : prendre Metz et Thionville, PUIS IMMÉDIATEMENT attaquer sur la Sarre avec pour objectifs Merzig et Saarlautern. Du coup, cela forcera Walker à faire obliquer toute son aile gauche le plus rapidement possible, avant de reprendre le rythme offensif. Pire encore, Walker – « victime » de l’optimisme communicatif de son patron – décide d’engager TOUT SON CORPS en plusieurs échelons. Du coup, il ne bénéficiera pas de réserves aussitôt arrivé sur la Sarre. Le dernier défaut du plan est logistique, puisque la 5th US ID (attaque au sud de Metz) et la 6th Armored Division (attaque sur l’axe Pont-à-Mousson – Saint-Avold) devront partager la même route (à l’état dégradé), laquelle est située à la jointure des XX et XII US Corps. Cela causera une nette congestion du trafic, ce qui nuira à la coordination, d’autant que le « partage » implique 2 états-majors divisionnaires et 2 de Corps.

Venons-en au plan de Walker pour la prise de Metz, laquelle présente de notables difficultés. Premièrement, s’il dispose bien de la tête de pont d’Arnaville, « arrachée » à von Knobbelsdorf par la 5th US ID d’Irwin, elle est trop mince pour y positionner d’autres unités. Walker est donc contraint de faire traverser la Moselle à ses 2 autres divisions d’infanterie, les 90th et 95th US ID. La traversée de la Moselle est rendue beaucoup plus difficile en raison du débordement de la rivière, élargie de 1 200 m au lieu de 200. Mais la crue a contraint les Allemands d’abandonner les rives. Mais quand ils auront accroché la rive droite, les fantassins américains devront neutraliser toute une série de positions défensives « en dur » qui couvrent l’accès à Thionville et Metz. Prendre un ville sur un fleuve peut se révéler plus compliqué que prendre un port. Premièrement, il faut planifier une traversée en bateaux, en sachant que les embarcations seront prises sous un feu d’armes légères, de mitrailleuses et de mortiers. En outre, les Allemands disposent de bons points d’observation. Pour l’assaut contre Brest et Cherbourg, les défenseurs n’avaient pas d’issu et les Alliés bénéficiaient d’un puissant appui naval, ce qui n’est pas du tout le cas en Lorraine. Et a contrario d’une garnison portuaire qui finit par se rendre, les défenseurs de Metz disposent de potentielles lignes de repli. Enfin, le temps exécrable du mois de novembre va empêcher les avions d’appui tactique de décoller. A défaut d’être tactique, Walker doit être technique. Il ordonne que des unités du génie démarrent la construction de ponts juste après la traversée, afin de permettre de ravitailler les troupes d’assaut le plus rapidement possible et d’acheminer des canons. Mais cette fois, les unités de pontonniers du XX US Corps vont devoir se surpasser puisqu’il leur faudra jeter des ponts Bailey longs de plus de 1 km. Ce qui risque de prendre du temps.

Les traversées s’effectueront dans la nuit des 8 – 9 novembre. La 90th US ID de James A. Van Fleet – qui formera la pince nord – devra forcer Thionville pour obliquer ensuite vers Bouzonville et les Etangs. De son côté, les « bleus » de la 95th US ID d’Harry L.L. Twaddle devront, simultanément, réduire la poche de Maizières-lès-Metz et traverser la Moselle juste à l’ouest de Metz, dans un secteur pourvu de digues, plus idéal pour ouvrir le passage à la 10th Armored Division (William F.F. Morris) qui devra être engagée en second échelon. Cette division, également nouvelle sur le front, a pour mission d’exploiter la percée en contournant Metz par le nord, afin de dégager les axes menant à Saarlautern. Enfin, la 5th US ID – remise des combats de septembre – doit bondir par le sud à partir de ses positions de la tête de pont d’Arnaville, pour envelopper Metz par le sud-est et l’est.

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2 – LA TRAVERSÉE DE LA MOSELLE PAR LES 90th ET 95th US DIVISIONS (OPÉRATION « CASANOVA »)

Dans la nuit du 8 novembre, plusieurs petits détachements du 320th Combat Engineer Battalion franchissent la Moselle au sud d’Uckange à bord de bateaux rapides, avant de créer une brèche dans les fils de barbelés et les champs de mines allemands à l’aide de torpilles Bangalore. Les Allemands ne réagissent pas car les éléments du Grenadier-Regiment 73 a évacué le secteur suite à la crue de la Moselle. A 21h00, Heure « H » pour le déclenchement de « Casanova ». Une compagnie du 377th Infantry Regiment débarquent et s’engouffrent dans la brèche. En revanche, les éléments du 1139th Engineer Group, chargés de dresser un pont sur la Moselle, échouent à traverser, laissant les fantassins isolés. Ceux-ci progressent tout de même sur Uckange et Bertrange avant de s’y eterrer, la 19. Volksgrenadier-Division (Walter Wissmath) ne réagissant pas. Parallèlement, le reste du 377th Infantry s’en prend à la poche de Maizières-les-Metz (rive ouest de la Moselle. Aux prix de durs engagements mais épaulés par des chars, les GI’s finissent par dégager Sémecourt et son bois. Il reste alors une petite poche allemande à hauteur d’Hauconcourt. Mais une nouvelle crue de la Moselle à hauteur de cette dernière commune rend encore plus difficile le franchissement.

De son côté, la 90th US ID de James A. Van Fleet (commandant aguerri, passé par Utah Beach, Cherbourg et le bocage du Cotentin) s’apprête à franchir la Moselle à hauteur de Mallin et Cattenom. Elle doit ainsi ouvrir la voie à la 10th Armored. Van Fleet renonce à franchir la rivière à hauteur de Rettel située sur un plateau d’observation. En revanche, bien que situé dans une plaine de 800 m de large, le site de débarquement est pris sous le feu du Fort Königsmacker. Mais les difficultés iront croissantes pour la division de Van Fleet. Aussitôt le Königsmacker contourné, tel qu’il est prévu, les GI’s  devront progresser vers la Ligne Maginot. Là, l’obstacle principal n’est autre qu’un groupe de bunkers et d’ouvrages de campagne construits autour du village de Métrich qui bloque la route principale au sud de Malling. Ensuite, une longue crête s’étendant de Sierck-les-Bains à Fréching, via le Mont Altenberg, permet de surveiller la progression de l’aile gauche de la 90th ID. Et cette position couvre les approches importantes par lesquelles l’ennemi peut frapper les secteurs de traversée: la grand-route vers Saarebourg (nord-est) et la route Merzig – Kerling venant de l’est. Van Fleet prévoit alors de faire traverser la Moselle à sa division avant l’aube du 9 novembre, avec une force suffisante (éléments tactiques des 358th et 359th Infantry ; éléments du 315th Combat Engineer Bn.) pour tourner les forts du Königsmacker et de Métrich. Le génie de combat devant aider à jeter des ponts afin de faire passer, ensuite, 6 bataillons d’artillerie 3 de Tank Destroyers, 1 de chars, 3 du Génie et 3 unités motorisées de pontonniers. Le 357th Infantry (Col. J.H. George) est placé en réserve et doit franchir la Moselle pour se lancer ensuite contre les arrières de la Ligne Maginot. Autre difficulté pour Van Fleet, maintenir le contact avec l’aile gauche de la 95th UD ID, ce qui doit être assuré par son unité de reconnaissance.

La traversée démarre dans la nuit du 9 novembre, à 00h30, depuis la Forêt de Cattenom sous le couvert d’un puissant barrage. Elle s’effectue dans de bonnes conditions, d’autant que les mines ont été noyées par la crue de la Moselle. Deux bataillons prennent pied sur la rive droite de la Moselle et dégagent facilement les quelques postes d’alerte de la 416. Grenadier-Division. A 05h30, malgré la boue et le froid, les américains tiennent une solide tête de pont. Malheureusement, les pontonniers ne peuvent pas franchir la rivière, contraignant les fantassins à opérer sans appui-feu rapproché. La raison, les mitrailleuses du Königsmacker qui donnent de la voix et coulent plusieurs embarcations. Mais cela n’empêche pas les hommes de Van Fleet de couper la route Thionville – Metz, ni de prendre Hettange, Métrich et Kerling, malgré la présence de champs de mines. Dans la foulée, des éléments du 358th Infantry contournent le Königsmacker avant d’avancer sur le  plateau entre Kuntzig et Inglange. Le 1/358th (Lt.Col. Lythe) se jette sur Basse-Ham avant que l’ennemi ne puisse réagir, puis effectue un coup de main contre le Königsmacker. Les tranchées ceinturant l’édifice sont investies beaucoup plus facilement que prévu mais les GI’s sont rapidement pris sous le tir de mortiers. Heureusement, la batterie de canons de 100 mm ne peut pilonner les positions du 1/358th.

Comme le Fort Driant, le Königsmacker comprend toute une série de tunnels et de salles souterraines, abritant un bataillon du Grenadier-Regiment 74. Celui-ci n’hésite pas à sortir de ses abris pour contre-attaquer. Mais une section du 315th Combat Engineer Battalion, épaulée par 2 sections d’infanterie, commence son travail de destruction des postes d’observation. Des charges explosives placées sur les portes en acier ouvrent plusieurs passages. Du gasoil est déversé par les bouches d’aération avant d’être enflammé par des grenades ou du TNT. D’autres charges sont parachutées par des avions Piper Cub. A la tombée de la nuit, les Américains sont solidement établis sur le côté ouest du Königsmacker mais l’artillerie de la forteresse et les mitrailleuses lourdes commandent toujours la route est, faisant feu sur le 3/358th qui s’efforce d’avancer. Pendant la conquête du fort, Van Fleet fait traverser ses unités de réserves, malgré des tirs de mortiers allemands. Dans l’après-midi, Van Fleet dispose de 8 bataillons sur la rive droite de la Moselle.
Du côté allemand, l’attaque initiale de la 95th US ID sur Uckange a bien été perçue comme une manœuvre de diversion. Mais la réaction de la 1. Armee à l’assaut de la 90th US ID a été plus lent, d’autant que les allemands ont été surpris par la rapidité de la manœuvre de Van Fleet. Preuve en est que le Grenadier-Regiment 73 n’expédie qu’une compagnie contre le 359th Infantry à Malling.

Toujours chez les Allemanfs, des entretiens houleux rythment la journée du 9 novembre. Hermann Balck tente de convaincre l’OKW de lui fournir de l’aide, afin de tenir le flanc nord de son
Heeres-Gruppe « G ». Finalement, peu avant minuit, le QG de Jodl décide de libérer 4 bataillons de Panzer-Grenadiere de la 25. Panzer-Grenadier-Division (Paul Schürmann) dans le but de lancer une contre-attaque contre la tête de pont américaine Mais le manque de véhicules et de gasoil oblige les bataillons sélectionnés à rester immobilisés au centre d’entraînement de Baumholder, jusqu’à la nuit du 11-12 novembreLa seule unité disponible au sein de la 1. Armee pour lancer une contre-attaque immédiate reste le Grenadier-Regiment 59 de la 19. Volks-Grenadier-Division. Le 9 novembre à 03h00, une force d’infanterie se jette contre les positions d’éléments du 3/359th Infantry à Kerling. Les Allemands parviennent à dépasser les postes avancés américains et capturent 2 canons antichars bloquant la route à l’est du village. Mais les Américains résistent bien, jusqu’à ce que leurs mitrailleuses n’aient plus de munitions. Le bataillon peut se replier au nord-ouest de Kerling. En revanche, chez l’ennemi, l’état des forces ne permet sûrement pas de poursuivre jusqu’à la Moselle. Van Fleet ordonne à son artillerie de tirer un barrage concentré sur Kerling. Pendant la journée du 10 novembre, le centre de la 90th US ID se heurte à une résistance beaucoup plus dure contre le Fort Königsmacker et la position de Métrich, tenues par le Grenadier-Regiment 74. Le 3/357th marche alors sous le couvert d’un brouillard matinal pour attaquer l’ouvrage de Métrich, moins de 1 km au sud-est de Königsmacker, objectif initial du Régiment. La compagnie de tête effectue l’assaut par la pente ouest de la cote dominée par l’ouvrage de Métrich, avançant avec un tir d’appui, tuant une trentaine d’Allemands dans les tranchées creusées au pied du fort et force les survivants à se réfugier dans les fortifications. Mais là, les Allemands ripostent depuis leurs nids de mitrailleuses. Les américains sont alors bloqués, avec des pertes, sans pouvoir profiter de l’appui de l’artillerie divisionnaire. Sur la droite, le 358th Infantry tombe, lui aussi ,sur une résistance beaucoup acharnée. Après avoir dû repousser une forte contre-attaque à Basse-Ham, il s’avance vers le Königsmacker dans un ultime effort pour prendre d’assaut l’ouvrage par le sud. Mais il trouve un secteur mieux défendu et protégé par 25 rangs de fils barbelés. C’est seulement le 11 que les troupes de tête contournent le Fort avec succès et s’enterrent sur la crête du Bois d’Elzange.

Au soir du 10 novembre, la tête de pont de la 90th US ID semble alors plus précaire. Surestimant ce qu’il a en face de lui, James A. Van Fleet s’attend à faire face à une forte contre-attaque allemande, d’autant plus qu’il n’a ni char, ni Tank Destroyer sur la rive droite de la Moselle. Son Infanterie est déjà fatiguée et transie de froid. Et la quantité de munitions commence à s’amenuiser. Et le ravitaillement rassemblé à Cattenom et Gavisse ne parvient pas puisque plusieurs puissants navires à moteur coulent dans la Moselle, dont le niveau continue de grimper. Le Colonel Bacon ordonne alors de faire traverser le 1/359th, maintenu jusque-là en réserve, grâce à des bateaux à moteur mais l’état de la rivière le force à renoncer. Tout dépend alors de l’état de construction des ponts par le Génie. Les compagnies de pontonniers s’activent alors dans les eaux de la Moselle et sous un constant tir d’artillerie. Mais les travaux sont lents. En fin de compte, vers minuits, le pont situé à Malling est achevée, permettant aux camions GMC de ravitaillement, aux Sherman et aux chasseurs de char de passer sur la rive droite. Ainsi, en dépit du temps déplorable et du niveau élevé des eaux, le ravitaillement et les munitions attendues se trouvent de l’autre côté de la Moselle, ainsi que quelques canons antichars de 57 mm. Dans la matinée du 11 novembre, les 3 Régiments de Van Fleet peuvent alors reprendre leur marche. Mais au lieu de l’avancée laborieuse attendue, les Américains avancent rapidement. Au centre, 2 bataillons du 357th Infantry lancent un assaut avant l’aube vers les contrebas de la Ligne Maginot qui s’élève au-dessus de deux petits cours d’eau, le Canner et l’Oudrenne. 1 Compagnie du 357th Infantry reste détachée pour nettoyer l’ouvrage de Métrich, tandis que le gros du régiment avance rapidement sur un terrain rude et boisé, pour contourner les nids de mitrailleuse de la Ligne Maginot. Des détachements laissés un peu en arrière font sauter les abris avec des charges explosives. Mais la plupart des forts de la Ligne Maginot disposent de terrain ouvert ou bien sont âprement défendus. Les Américains se contentent donc d’encercler les forts par un mouvement plus large, laissant des détachements pour maintenir les défenseurs dans leurs positions. Au soir du 11 novembre, l’infanterie de tête du 357th Infantry s’est accrochée sur le plateau situé au nord-ouest de Breistroff-la-Petite. La droite de la 90th US ID se retrouve aux prises avec des contre-attaques de la 19. VGD. Si les Allemands sont sévèrement repoussés à Vindembusch, ils manquent de réussir à Kerling. En effet, les Grenadiers la 19. VGD sont appuyés par des Sturm-Geschützte (canons d’assaut) que les roquettes de Bazookas n’entament pas. L’infanterie divisionnaire doit effectuer un tir direct sur les lignes du 359th Infantry pour repousser les assaillants. Kerling est sauvé et si les GI’s de Van Fleet ne s’emparent pas d’Oudrenne, ils s’assurent le contrôle des carrefours de Rettel. Plus au sud, après avoir contourné, le Königsmacker, le 358th Infantry avance vers l’est (Cote 254) avant de forcer la garnison du front à capituler. Au soir du 11 novembre, la 90th US ID est dans une position plus favorable. La division a également fait taire les bouches à feu qui couvraient la Moselle. Par conséquent, les pontonniers peuvent accomplir leur travail, lequel est facilité par une décrue de la rivière. Et dès l’installation d’un premier pont, Van Fleet expédie canons et jeeps transportant ravitaillement et munitions. C’est urgent, car beaucoup de soldats sont transis de froid et trempés, manquant de vêtements secs et de couvertures. Les Engineers réparent également le pont de Malling et en jettent un autre depuis Cattenom. Le second pont sera achevé le 13 novembre grâce au soutien d’un écran de fumée créé par une unité de mortiers chimiques, ainsi que grâce au soutien de 2 bataillons de pièces de 105 mm.

La consolidation de la tête de pont américaine autour du Fort du Königsmacker contraint les généraux allemands à monter une contre-attaque, à la hâte. Otto von Knobbelsdorf ordonne à Walter Hörnlein d’engager les 416. GD et 19. VGD, avec des éléments de la 25. Panzergrenadier-Division (P. Schürmann), une division alors en phase de reconstitution. Leur objectif est de liquider la tête de pont de la 90th US ID. Suivant les ordres spéciaux du Feldmaréchal von Rundstedt, l’attaque doit être lancée depuis le sud de Sierck afin de frapper au centre de la division américaine pour la couper en deux et prendre le pont de Malling, avant d’éliminer les formations ennemies que l’on espère piéger. La contre-attaque est lancée dans la nuit du 12 novembre par un Kampfgruppe constitué à partir du Panzergrenadier-Regiment 35 et appuyé par des Panzer et StuG. Les combats sont violents mais l’assaut allemand pêche par manque de coordination entre infanterie et canons d’assaut. Plus aguerris, les fantassins américains arrêtent l’attaque à l’arme légère, à la mitrailleuse et au Bazooka. Avec 400 tués et 9 blindés de perdus, Schürmann arrête les frais. Mais les américains lancent une attaque coordonnée qui permet de prendre Valmestroff et Elzange, consolidant davantage la tête de pont.Le 13 novembre, la 90th US ID progressent encore vers Metz mais se heurtent à des champs de mines. Manquant de soldats du Génie aptes à déminer le terrain, les fantassins de Van Fleet n’ont d’autre option que d’attaquer en comptant sur leur seule chance. Evidemment, des pertes sensibles sont à déplorer. Toutefois, le 359th Infantry réussit à s’emparer d’Oudrenne, tandis que le 90th Reconnaissane Troop fait sa jonction avec la 95th US ID au nord d’Uckange, ce qui réunit les deux têtes de pont. Profitant de la réparation du Pont de Malling, James A. Van Fleet fait immédiatement traverser la Moselle à 3 bataillons de Field Artillerie (Howitzers de 105 mm), au 712th TB, au 773rd TDB, ainsi qu’à tous les transports disponibles. Et ses fantassins peuvent enfin recevoir des vêtements secs et des couvertures. Le 14 novembre, Van Fleet contrôle une tête de pont de 8 km de long et 7 de large (Hugh M. Cole).

La 95th US ID poursuit également sa conquête. Walker ordonne à Twaddle d’élargir sa tête de pont d’Uckange afin de permettre à la 10th Armored de franchir la Moselle. Méthodiquement, en combinant fantassins et soldats du Génie, la division approche de Thionville et s’empare du Fort Yutz, une ouvrage de type Vauban, qui est pris par le 378th Infantry. Le même régiment, s’empare également du Fort Illange mais de façon quasiment inattendue. Ainsi,  il tombe sur un soldat allemand porteur d’un drapeau blanc. Mais après plusieurs pourparlers, la compagnie du Grenadier-Regiment 74 qui tient l’ouvrage refuse de se rendre. Il faut alors faire appel  à l’artillerie qui sature de feu le secteur à l’aide d’obusiers de 155 mm et 240 mm. Après la fin du tir de barrage, les fantassins attaquent depuis les bois et montent à l’assaut du fort qu’ils encerclent. A la tombée de la nuit la première enceinte est encerclée. De furieux échanges de tir rythment toute la nuit mais le lendemain, les GI’s escaladent chaque ouvrage et commencent à les ouvrir avec des charges explosives. Les occupants finissent pas se rendre vers 10h40. La capture des Forts d’Illange met fin à toute résistance organisée dans le secteur nord de la 95th US ID sur la rive droite de la Moselle. De son côté, le 377th Infantry s’empare de Bertrange et d’Imeldante. Dans la nuit du 14, la 19. VGD lance une contre-attaque, avec des éléments du Grenadier-Regiment 73 et une unité mobile issue du Panzerjäger-Bataillon 485. Le combat tourne alors très vite à une violente confusion mais les chasseurs de chars placés sur la rive gauche de la Moselle apportent un appui feu direct au 377th Infantry. Hélas, la communication radio entre le bataillon et l’artillerie divisionnaire est perdue, pour être rétabli durant la matinée du 14 novembre, avant d’être perdue de nouveau. Malgré la confusion, les Américains réussissent à repousser les assaillants.

Entre-temps, Walker a ordonné au 1306th Engineer General Service Regiment (Col. Hall) de dresser un pont Bailey sur la Moselle – sans considération pour les tirs ennemis – afin de permettre à la 10th Armored Division de passer sur la rive droite. Il faut dire que William H.H. Morris attend depuis trois jours dans le secteur de Molvange – Rumelange pour faire passer sa division. Mais il reçoit ordres et contre-ordres jusqu’au 14 novembre, quand les hommes du Colonel Hall achèvent leur travail durant la matinée. Ils ont érigé le plus long pont Bailey sur le front occidental. La 10th Armored peut alors passer. Walker lui a assigné pour mission d’établir une tête de pont de l’autre côté de la Sarre (Merzig) et de prendre Bouzonville, une importante artère routière et ferroviaire enjambant le Nied. Seulement, il n’y a qu’une seule route praticable, celle reliant Kerling, Laumesfeld, Bibiche et Bouzonville. Cela contraindra Morris à n’engager que ses Combat Commands, un à un. C’est le CC B (Col. W.L. Roberts) qui traverse le premier avant de rejoindre la 90th US ID. Il est suivi par le CC A (Brig.Gen. K.G. Althaus) qui se positionne à Malling. Après s’être positionnée sur ses bases de départ, la 10th Armored démarre son avance sur la route de Kerling. Le temps est exécrable. Pluie et neiges mêlées rendent la route encore moins praticable. Le CC B avance donc lentement car les chars légers de reconnaissance placés en tête de colonne, sont forcés de faire plusieurs arrêts, à cause de la présence d’obstacles et de nids de mitrailleuses Le CC A d’Althaus (scindé en Task Forces Chamberlain et Standish) démarre son avance à la fin de l’après-midi et entre dans Lestroff.  Mais Althaus doit bientôt faire face à la présence de canons, ce qui le contraint à placer sa colonne lourde à l’avant au lieu des chars légers. Les éléments restant de la 416. VGD et du Kampfgruppe de la 25. PzGren.Div résistent fermement jusqu’au 16. Mais les blindés d’Althaus ont alors bien pénétré dans les positions allemands. La Task Force Chamberlain oblique alors dans Kerling pour attaquer au sud-est de la principale route goudronnée et campant à Laumesfeld pour la nuit. De son côté, la Task Force Standish (roule à l’est, vers Lemestroff et s’empare de Sainte-Marguerite. Enfin, le CC B dépasse Kirschnaumen aux prix de faibles pertes.

Les 17 – 18 novembre, la 10th Armored reprend son avance, scindée en plusieurs Task Forces. En plus, le temps s’est nettement amélioré, ce qui permet à Otto P. Weyland d’octroyer aux divisions du XX US Corps, l’appui du 405th Fighter Group (R.L. Deshaw) et du 406th FG (A.V. Grossetta). La combinaison avions tactiques – blindés fonctionne pour le mieux, d’autant que les Allemands n’opposent pas une résistance cohérente.  Seuls plusieurs petits groupes armés de Panzerfaüste, de Panzeschreck ou même de fusils antichars périmés osent s’en prendre aux blindés. 600 Allemands se rendent, pendant que les P-47, P-51 et P-38 d’appui tactique harcèlent les colonnes en retraite. Le 18 novembre, un détachement du CC A  atteint la Nied près de Bouzonville. Mais il trouve les ponts détruits. En revanche, un petit groupe de fantassins portés et de chars découvre un pont près de Filstroff, endommagé mais toujours utilisable. Chars et GI’s portés le passent donc pour se retrouver de l’autre côté de la Nied au nord de Bouzonville. Dans le même temps, le CC B s’empare de Launstroff près de Merzig. L’une de ses Task Forces dépasse Schwerdorff, à environ 1 km à l’est du confluent de la Nied et de la Sarre. Le 19 novembre, le CC A établit une tête de pont de l’autre côté de la NIed, même si un détachement d’arrière-garde du Grenadier-Regiment 73 résiste avec ténacité, causant 46 pertes aux Américains. De son côté, le CC B voit sa progression ralentie par une résistance ennemie beaucoup plus dure sur les routes menant à la Sarre. Toutefois, William H.H. Morris a presque mené sa mission à bien, puisque l’enveloppement de Metz est sur le point d’aboutir. D’autant que les Allemands n’ont pas assez de réserves pour lancer une contre-attaque assez puissante par l’est. Walker ordonne alors à Morris de retirer tout son CC A sur la Nied pour rejoindre le reste de sa division plus à l’est.

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3 – LE BOUCLAGE DE LA POCHE PAR LA 90th US ID

La constitution d’une forte tête de pont dans les secteurs de Malling et d’Uckange n’est pas sans inquiéter les Allemands. Von Knobbelsdorf ordonne de lancer une nouvelle contre-attaque avec les mêmes unités. Bien qu’affaiblies, celles-ci conservent encore une capacité de nuisance. Un Kampfgruppe regroupant Grenadiers, Panzergrenadiers, canons d’assauts et artillerie se regroupe dans le Bois de Stuckange. Son objectif est de frapper le flanc droit de Van Fleet (358th Infantry du Col. Ch.H. Clarke), soit à Distroff, afin de sectionner la charnière des deux divisions d’infanterie américaine. Mais les Américains, qui s’attendent à recevoir le choc, ont précautionneusement dressé des barrages avec l’aide de Sherman et de Tank Destroyers. Le 15 novembre, les Allemands surgissent de la route de Metzervisse, chars et StuG en tête, suivis par les fantassins qui ne peuvent suivre qu’à pied. Les combats sont particulièrement violents, les Allemands tentant de déborder un bataillon américain. Ils réussissent à entrer dans Distroff et à imposer un combat de rue aux hommes du Colonel Clarke. Mais les Américains tiennent les abords du village et l’engagement se mue en un combat maison par maison. Les Américains se battent alors depuis les portes, les fenêtres et les toits à l’arme légère et au bazooka. Le Major Wallace (commandant en second du 2/358th) fait alors appel aux mortiers chimiques de 4.2-inches qui tirent directement sur la ville. De son côté, le Colonel Christian H. Clarke lance un peloton de Tank Destroyers et son bataillon de réserve en contre-attaque. Celle-ci repousse les Allemands qui laissent encore 4 Panzer, 4 StuG et 6 véhicules chenillés sur le carreau. Van Fleet ne reste pas pour autant sur la défensif. Il lance le 357th Infantry à l’assaut de la crête reliant Budling à Buding. Mais le régiment est arrêté net par les pièces françaises de 75 mm du Fort du Hackenberg, servie par les Allemands qui bénéficient des abris de la Ligne Maginot. Toutefois, le 3/357th parvient à s’approcher du fort sans pour autant subir de lourdes pertes. Avec le 1/357th, tiré de la réserve, l’arrivée d’obusiers motorisés M7 Priest et celle de chasseurs de char et appuyé par une puissante contre-batterie – qui ne se révèle pas efficace pour autant –, le 357th Infantry parvient à dépasser le fort. Ce n’est que le lendemain que des tirs directs réussissent à mettre les canons allemands hors d’usage. Le 17 novembre, l’attaque continue sur le village de Klang et le 358th Infantry s’empare du Hackenberg. Il n’y a dès lors plus de résistance allemande organisée sur le flanc droit de la 90th US ID. Le 17 toujours, Distroff est dégagé, tandis que le 358th Infantry fait tomber Metzevisse, ce qui permet à la division d’accrocher la route route Dalstein – Metz.
Au regard du succès de l’action défensive – offensive de Van Fleet, Hermann Balck a de quoi s’inquiéter. En effet, il pressent un recul précipité du flanc droit (nord) de la 1. Armee, ce qui ne manquera pas de créer une brèche qui ne pourra pas être comblée. Le 17 novembre à 19h30, Balck ordonne à von Knobbelsdorff de  faire reculer les 19. VGD et 416. GD sur la ligne Borg – Launstroff – Bouzonville, tandis que le XIII. SS-Korps de Maxi Simon re-déploie ses lignes pour maintenir la jonction avec le LXXXII. Armee-Korps. Pendant la nuit du 17-18 novembre, les bouches à feu allemandes  ouvrent le feu sur les positions de la 90th US ID et la colonne de droite de la 10th Armored, permettant aux éléments avancés du LXXXII. AK de quitter la ligne de front pour se retrancher sur la ligne de retrait, tandis que le XIII. SS-Korps vient se coller à la gauche du LXXXII. AK.

Les 18-19 novembre, la 90th US ID talonne les colonnes allemandes en retraite. Le 359th Infantry du Colonel Bacon (unité plus fraîche) s’empare de Luttange et obliquent vers le sud afin d’accrocher la Nied et rejoindre la 5th US ID. Il faut faire vite car les Allemands menacent de faire sauter plusieurs ponts sur la Nied. Heureusement, la vitesse de l’avance américaine empêche plusieurs équipes de démolition allemandes d’opérer les destructions. A la fin du 19 novembre, le 359th Infantry franchit la Nied à Condé-Northen, à 9,5 km à l’est de Metz. Le Régiment fait d’une pierre deux coups puisqu’il coupe également la route Metz – Les Etangs. De son côté, le 90th Reconnaissance Troop tient Avancy, bloquant ainsi l’une des routes principales permettant aux Allemands de s’échapper de Metz. Profitant des éclaircies, les P-47 du XIX TAC matraquent les allemands en straffing ; travail complété par l’Artillerie qui profite de meilleures conditions pour le réglage des tirs. Les cavaliers et leurs M8 Greyhound mettent alors hors d’usage une trentaine de véhicules ennemis et capturent 500 prisonniers. Enfin, l’unité rencontre le 735th TB, unité de soutien de la 5th US ID. Pour les Américains, cela signifie que le bouclage de la Poche de Metz est achevé. James A. Van Fleet ordonne alors au 357th Infantry  de George de lancer un assaut sur Boulay-Moselle mais il doit annuler ce projet car Walker lui ordonne de regrouper sa division en vue d’un assaut sur la Sarre. Impressionné Patton – jamais à cours de superlatifs –  qualifie le franchissement de la Moselle par la 90th US ID,  comme l’un des « franchissements les plus épiques d’une rivière dans l’Histoire ». Lui qui, trois mois auparavant, qualifiait la même division de « mauvaise unité (…) à l’encadrement pitoyable ». Ayant en dû traverser la Moselle dans des conditions difficiles, les fantassins de Van Fleet ont infligé 2 100 pertes à l’ennemi, mis hors d’état 40 chars et canons d’assaut, 75 pièces d’artillerie et 200 véhicules. Mais la ténacité et les contre-attaques de l’ennemi, ainsi que la résistance des forts de la Ligne Maginot situés sur son passage, lui ont néanmoins coûté 2 300 officiers, sous-officiers et soldats. Beaucoup de pertes étant imputables à la maladie et aux « pieds de tranchées ». En tout cas, les hommes de Van Fleet ont démontré une très belle tenue au feu, redorant sensiblement le blason de la division. Les soldats de la « Tough and Ombres » se sont montrés particulièrement accrocheurs et coriaces au cours des combats contre les Kampfgruppen, notamment face aux blindés. Preuve qu’une division bien reprise en main et bénéficiant d’une instruction fondée sur une diffusion de retours d’expérience peut se montrer efficace. Le succès de la division est aussi à mettre au bénéfice de son chef, rompu aux combats dans des environnements difficiles et qui a su faire preuve d’initiative et de rapidité, notamment pour la traversée de la Moselle. Le mérite revient également aux Colonels, Majors et Captains qui ont su mener une série des combats défensifs avec succès, en coopérant efficacement avec les blindés. Mais les succès d’une seule division ne peuvent se transformer en succès opérationnels, comme nous le verrons plus tard.

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4 – L’ENVELOPPEMENT DE METZ

Hermann Balck comprend que Metz est sur le point de tomber. Mais contrairement à Ramcke isolé et enfermé dans Brest en septembre, il peut encore sauver une partie de ses unités. Laisser tomber Metz et son puissant réseau fortifié est certes fâcheux. Mais Balck peut toujours opter pour une solution de repli vers la Sarre afin de maintenir la cohésion de ses lignes. Si l’on ne peut épuiser les forces de Patton dans une Festungs-Schlacht (« Batailles de Forteresse »), ont peut pourvoir à cet objectif en lui barrant le franchissement des cours d’eau sur la frontière. Mais pour l’heure, Balck doit prendre plusieurs mesures urgentes. Ainsi, la Nr. 462 Division devient la 462. Volks-Grenadier-Division et reçoit un apport nécessaire en éléments du Génie et en Artillerie. Mais les jeunes élèves officiers de la Junkerschule qui avaient défendu les approches ouest de la ville sont partis intégrer d’autres unités sur le Front de l’Ouest. Du coup, Otto von Knobbelsdorff et Walter Hörnlein ne peuvent compter que sur des réservistes ayant largement dépassé la limite d’âge, des soldats mal entraînés appartenant aux Festungs-Bataillone (bataillons de forteresse), et même de bataillons de malades. Ceux-ci reçoivent le sobriquet peu valorisant de « demi-soldats ».

Le commandement de la défense de Metz est confié au Generalleutnant Vollrath Lübbe qui commande à 14 000 soldats et officiers, dont 9 000 à 10 000 combattants mais à la qualité très inégale. La 462. VGD forme alors le gros des forces de défense avec 7 000 combattants. Le Grenadier-Regiment 1215 (Ob. Stössel) couvre le flanc nord de la ville non loin de Maizières-lès-Metz et maintient la jonction avec la 19. VGD sur la Moselle. Le Sicherheits-Regiment 1010 (Régiment de Sécurité) de l’Oberst Anton se tient dans le secteur de Norroy – Amanvillers. Sur son flanc gauche, le Grenadier-Regiment 1217 (ObstLt. Richter) est déployée sur une ligne étroite entre Ars-sur-Moselle et la rive ouest de la rivière. Le Festungs-Regiment 22 (22e Régiment de Forteresse) tient un secteur restreint de l’autre côté de la Moselle et fait la jonction avec la 17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von Berlichingen ».  Les autres unités de forteresses comptent 3 bataillons d’infanterie, 1 bataillon de mitrailleuses lourdes réparti dans divers secteurs fortifiés et dans la ville. L’artillerie disponible de Lübbe se limite à l’Artillerie-Regiment 761, au Festungs-Artillerie-Bataillon 1311 et à quelques batteries de FlaK.  Enfin, les seules troupes de réserves disponibles sont le Grenadier-Regiment 1216  (462. VGD), le Füsiller-Bataillon 462, ainsi qu’un bataillon de reconnaissance émanent de la 17. SSComme l’a expliqué le Colonel Hugh M. Cole de l’US Army, la question de la défense de Metz suscite plusieurs interrogations au sein du commandement allemand. Si Gerd von Rundstedt – lucide – se montre sceptique quant au maintien de la tête de pont, plaidant même pour son abandon, le loyal sinon servile Feldmarschall Wilhelm Keitel – qui parle au nom de son maître Hitler – refuse toute idée de retraite. Hermann Balck et son état-major semblent aller dans le même sens que Keitel, à ceci dit près qu’ils estiment pouvoir retarder les Américains dans un combat urbain à l’intérieur de Metz, le temps de laisser au reste de la 1. Armee le temps de se replier au plus près des frontières du Reich. Balck veut ainsi montrer sa volonté de tenir Metz, tout en refusant catégoriquement d’expédier le peu de blindés qui lui reste dans une contre-attaque à l’issue douteuse.

Côté américain, le plan de Walker est séquencé en deux phases. C’est à la 5th US ID de Stafford L. Irwin (aile droite) que revient la mission d’isoler Metz à partir de la tête de pont d’Arnaville (axe sud-est – nord-est). Elle peut compter sur l’appui des 735th Tank Battalion et 774th Tank Destroyer Battalion. Et Walker « prête » à Irwin plusieurs bataillons, notamment de pièces lourdes pour assommer la défense et permettre la conquête d’objectifs. La division a profité de la pause d’octobre pour panser ses plaies des assauts infructueux de septembre. Outre la difficulté d’instruire et d’amalgamer les « remplaçants » assez rapidement, les officiers et sous-officiers ont eu le temps de potasser les manuels de combats, rédigés suite aux expériences précédentes. Ensuite, avec l’isolement de Metz obtenu, la 95th US ID de Twaddle (centre du XX US Corps) pourra entamer son offensive à l’intérieur de la ville. Les divisions chargées de l’attaque pourront bénéficier – quand la météo le permettra – des avions du XIX US TAC. A ce titre, Patton et Walker reçoivent le soutien des 1 299 bombardiers (B-17, B-24 et B-26) de la VIII USAAF de Carl Spaatz. Les appareils bimoteurs et quadrimoteurs ont donc pour mission de délivrer un « carpet bombing » sur l’agglomération de Metz. Mais l’efficacité de ce type de bombardement peut s’avérer limitée, voire néfaste dans le cadre du combat urbain. En effet, les destructions de bâtiments facilitent nettement les défenseurs et peuvent entraver la progression des unités d’assaut. L’utilisation de l’aviation tactique pour frapper des secteurs soigneusement ciblés se révèle bien plus efficace, comme à Brest. La coordination air – sol doit être assurée par des équipes-radio au sol qui sont en liaison directe avec les pilotes pour leur signaler les bonnes coordonnées. Mais dans un secteur tel que celui de Metz, la tâche est rendue plus complexe que pour les opérations en campagne, en raison de la densité du tissu urbain.
Irwin prévoit d’envelopper Metz par l’est et le sud-est. Pour cela, il disose troupes comme suit : le 2nd Infantry Regiment (Col. W.A. Roffe) occupe le saillant formé sur la rive droite (est) de la Seille ; le 10th Infantry (Col. Yull) tient le centre et le 11th Infantry (Col. R.B. Pell) la gauche. C’est l’aile droite de la division (2nd Infantry), qui doit porter l’effort principal, avec comme objectif principal le secteur baptisé « Goose egg » (« œuf d’oie »), Sanry-s/-Nied – Ancerville, sur la Nied Française. Le choix de cet itinéraire doit permettre à la division de contourner les ouvrages de la Ligne Maginot qui lui ont donné du fil à retordre en septembre-octobre précédents (notamment le Fort Driant). D’autre part, le contrôle des deux rives de la Nied Française permettra au XX US Corps de couper les routes de communications allemandes au sud-est de Metz, dont la grand-route Metz – Château-Salins – Strasbourg, très importante pour les Allemands. Ainsi, la 5th US ID doit couper l’axe Metz – Strasbourg pour empêcher l’ennemi de s’assurer la jonction ferroviaire menant à Sarrebrück. Cependant, les obstacles les plus importants à franchir restent la Seille et la Nied Française. A priori, ni l’une ni l’autre ne présente de gros problèmes de franchissement mais leurs cours ont été gonflés par les fortes pluies de novembre.

Dans la nuit des 5-6 novembre, les 2nd et 10th Infantry commencent à relever les mines et les « booby traps » placés devant leurs lignes de départ. Des patrouilles relèvent un qu’un pont est resté intact près de Longueville-lès-Cheminot. Et le 774th TDB suit l’Infanterie de près. Cependant, les rivières gonflent à cause des pluies. Toutefois, le 9 novembre, la VIII USAAF est en mesure d’intervenir grâce à un temps plus clément. Dans le seul secteur du XX US Corps, les bombardiers lourds larguent 3 753 tonnes de bombes à plus de 20 000 pieds, visant particulièrement la ceinture de forts autour de Metz. Rien que dans la cité, 689 bombes lourdes sont lâchées mais aucun des forts n’est atteint, même si les lignes de communications (routières et téléphoniques) de l’ennemi sont endommagées. 432 autres bombardiers visent Saarebrück sans grand résultat, pendant qu’à Thionville, les avions manquent totalement leurs cibles. La IX Bombardment Division rassemble 94 bombardiers moyens pour frapper quatre des forts de Metz. Mais le temps nuageux ne permet d’en regrouper que 74. Finalement, les appareils reçoivent l’ordre de frapper les centres de regroupement allemands de Dieuze et Faulquemont. Là encore, le bombardement américain n’a que peu d’effet sur les positions allemandes mais détruit une grande partie de la ville, causant des morts chez les civils. Toutefois, Otto P. Weyland se montre assez satisfait, estimant que le bombardement massif a permis un bon déploiement des fantassins américains, en frappant dans les réserves allemandes.

L’attaque de la 5th US ID démarre donc le 9 novembre à 06h00 le long de la Seille.  Elle commence par un cafouillage car elle doit être coordonnée à une attaque d’appui de la 80th US ID (H. McBride – XII US Corps), afin de maintenir la jointure entre l’aile droite du XX US Corps et l’aile gauche du XII. Seulement, McBride n’en a pas été informé et la division d’Irwin devra assurer, seule, la couverture de son flanc droit une journée avant de se « coller » à l’aile gauche de la 6th Armored Division (R.W. Grow). Cela dit, sur le terrain, le 2nd Infantry (Col. W.A. Roffe) franchit la Seille à l’aide de petits navires d’assaut. Mais le régiment se heurte à une vive résistance à hauteur de la Ferme de la Hautonnerie, sur la rive droite. Mais grâce à l’aide des chasseurs-bombardiers du 362nd Fighter Group qui frappent les communications allemandes, les GI’s peuvent constituer une solide tête de pont de 4,9 km de long et 5,6 km de large. Le 10 novembre, le 2nd Infantry avancent en pointe, flanqués du Combat Command B de la 6th Armored (Col. Read). Vigny tombe, suivie de Buchy dont la prise permet de « souder » définitivement l’aide droite de Walker à l’aile gauche d’Eddy. Progressant toujours vers la lisière sud-est de Metz, les éléments de tête d’Irwin s’emparent de Pagnylès-Goin et de Silly-en-Saulnois. Cette progression permet à Irwin de déployer le 50th Field Artillery Battalion sur la Nied et de pilonner Courcelles-Chaussy, à l’est de Metz. De son côté, le CC B de la 6th Armored sécurise le flanc est de la 5th US ID en prenant Sanry-s/-Nied. Mais la bonne performance du régiment de Roffe contraint Irwin à sécuriser ses lignes logistiques. Heureusement, les Allemands ne sont pas en mesure de réagir, permettant à Irwin d’expédier le 11th Infantry du Colonel Robert P. Bell au-delà de la Seille, tandis que le 10th Infantry d’Yull se déploie à l’ouest face au Bois de l’Hôpital. Le 12 novembre, l’avance reprend, avec le franchissement de la Nied. Dans la nuit du 12-13, des éléments de la « Götz von Berlichingen » effectue des patrouilles agressives dans le but de chasser les Américains de Sanry-s/-Nied. Sans succès mais la 17. SS profite de l’obscurité pour se replier vers le nord. Cela illustre très bien la nette baisse de qualités des unités de combat de la Waffen-SS qui manquent de cadres, d’expérience, d’armement et de véhicules. A l’inverse des unités américaines qui font constamment preuve d’un réel professionnalisme à mesure que leur expérience s’accroît. Le 13 novembre, la Nied est définitivement dégagée et un pont est pris à Ancerville. Les Allemands tentent alors de lancer une nouvelle contre-attaque avec une unité ad hoc regroupant Waffen SS, ainsi que des éléments des SS-Panzergrenadier-Regiment 38 et 21. PzD. Mais là encore sans succès. Les hommes d’Irwin occupent, dans la foulée, les forts de l’Aisne et de l’Yser, ainsi que Fey, Pournoy-la-Chétive et Coin-lès-Cuvry, qu’ils avaient dû abandonner en septembre. Mais la 5th US ID ne s’arrête pas là. Faisant preuve d’un très bon comportement (N. Aubin) et malgré une pluie battante, la division enlève Prayelle, Ferdun et la moitié ouest du Bois de l’Hôpital. Elle n’est plus qu’à 3,5 km de Metz. Walker accorde à Irwin une journée de repos pour réorganiser son dispositif offensif. Au passage, il ne manque pas de féliciter le patron de la 5th US ID pour la performance de sa division, comme le relève le Colonel Cole. L’avance reprend le 15 novembre, le long de la rive droite de la Seille. Le Bois de l’Hôpital est définitivement dégagé mais le 10th Infantry doit livrer un dur combat pour chasser le Festungs-Machinengewehr-Battalion 48 (48e Bataillon de mitrailleuses de forteresse) de Marly.  Au milieu de l’après-midi, un bataillon du SS-Panzergrenadier-Regiment 38 débouche des fortifications au nord de Sorbey pour tenter de reprendre le contrôle de la rive ouest de la Nied, avec pour objectif le pont de Sanry. Mais les Allemands sont accueillis par un feu nourri du 2nd Infantry et doivent se retirer vers le nord en évacuant Sorbey. Roffe talonne alors les Waffen-SS pour s’emparer de Mécleuves. Pendant ce temps, après de très durs combats contre des détachements de mitrailleurs, le 11th Infantry capture Augny, accrochant les abords de l’aérodrome de Frescaty à la tombée de la nuit.

Pour Hermann Balck, il devient clair que Metz est sur le point d’être investie par les Américains. Comme le souligne le Colonel Cole, Balck décide d’abandonner Metz en sacrifiant les forces de Lübbe. Via les représentants locaux du Parti nazi, il ordonne l’évacuation de la ville en réquisitionnant des camions Renault et Citroën (civils) encore disponible. Suivant les ordres, Werner Ostendorff, patron de la 17. SS « GvB » quitte Metz en profitant de la brèche encore ouverte au sud de la ville. Mais Hitler, décidé à tenir Metz plus longtemps, ne se prive pas de passer par-dessus la tête du commandant du HG « G » pour ordonner de fournir à Lübbe des mitrailleuses, des Panzerfäuste et des Panzerschreck en nombre suffisant pour résister plusieurs jours, voire des semaines, espérant ainsi engoncer Patton dans une bataille de forteresse. Puis, il confie la défense de Metz à Heinrich Kittel, patron de la 49. Infanterie-Division. Lübbe troque alors le sien contre celui de la 49. ID. Kittel est cependant un officier qui a l’expérience des combats urbains sur l’Ostfront. Sur le plan tactique, il se  montre déterminé à tenir les positions le long de la rive ouest de la Moselle autant que possible, en articulant sa défense à partir des Forts Jeanne d’Arc, Driant, de Plappeville et de Saint-Quentin. Mais lorsqu’il prend son commandement le 14 novembre, Kittel ne trouve que deux jours de rations pour sa garnison. Mais pendant la nuit du 14 novembre, un train de provision – le dernier – arrive à Metz pour acheminer du ravitaillement pour deux semaines, 48 pièces d’artillerie de modèles allemands et italiens – en majorité des obusiers légers d’infanterie de calibre 70 mm – et des munitions. Mais si les fantassins et les mitrailleurs vont pouvoir disposer de munitions suffisantes, les canons, tous calibres confondus, ne peuvent compter que sur 4 000 obus. L’artillerie divisionnaire de la 462. VGD n’avait des munitions que pour trois jours de combats intenses. D’autre part, Kittel réclame 12 000 civils pour renforcer les ouvrages et les structures défensifs mais l’OKW refuse de dépenser un travailleur. Ses requêtes pour renforcer les champs de mines et les lignes barbelées restent aussi sans réponse.

A peine arrivé, Kittel ordonne de lancer une contre-attaque à l’ouest de Metz afin de soulager le Grenadier-Regiment 1216, durement engagé dans la défense de Thionville. Hermann Balck lui octroie alors ce qui reste du SS-PzGren.Regt 38, alors réduit à environ 800 hommes environ. Mais celui-ci a été durement engagé par la 5th US ID et ne peut se désengager de ses positions avant le 15 novembre. Le Füsillier-Bataillon 462 tente alors une contre-attaque à l’ouest du Fort Jeanne d’Arc  mais c’est un échec. Au nord, la poussée américaine s’avère si vigoureuse que les Grenadier-Regimente 1215 et 1216 ne peuvent coordonner efficacement leur riposte. Au soir du 15, il est clair que plus aucune contre-attaque ne peut-être déclenchée. Kittel ne peut compter que sur ses moyens défensifs déjoè fort amenuisés. Balck ordonne alors à Kittel de préparer de nouvelles positions et de tenir autant que possible sa principale ligne de défense. Mais, Kittel doit également contre-attaquer localement, notamment près de Woippy (nord) et sur l’aérodrome de Frescaty (sud) afin de repousser les pénétrations américaines. Par conséquent, le général allemand doit reconnaître que la situation qui se présente à lui est désespérée. Il ne peut recevoir le renfort (dérisoire) que de 400 hommes de la Volkssturm, armés de vieux fusils Lebel, qui s’installent entre le Fort de Saint-Privat et le Fort Queuleu.

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6 – LA RÉDUCTION DE METZ

Avec la réussite des mouvements de flanc d’Irwin, la 95th US ID de Twaddle se retrouve libre pour lancer une offensive de front contre Metz au centre du XXth Corps. Après avoir réduit le saillant de Maizières-lès-Metz les 8-9 novembre, la division passe une semaine à sonder les lignes ennemies en lançant de patrouilles nocturnes. Harry F. Twaddle et son état-major mettent alors au point un plan de manœuvre suivant lequel, le 379th Infantry du Colonel Clifford P. Chapman doit effectuer une progression au nord du Fort Jeanne d’Arc, avant de percer la chaîne des petits ouvrages dite des « Sept nains ». Celle-ci dernière fait le lien entre le Fort Jeanne d’Arc et le Fort Driant. Ce verrou forcé, les autres éléments offensifs de Twaddle pourront démarrer l’investissement de Metz.

La prise des forts représente la principale difficulté. Pour la progression, la variable d’ajustement ne se mesurera pas en centaines de mètres/kilomètres parcourus mais en prises d’ouvrages fortifiés. La défense de ceux-ci peut être coûteuse pour les forces assaillantes. Ayant appris de leurs erreurs de septembre, les Américains vont d’abord chercher à contourner les forts principaux, avec l’appui de l’artillerie (chargé du pilonnage et de « l’aveuglement » des défenseurs) et celui des chars et chasseurs de chars qui pourront effectuer des tirs contre les fortifications. Cela implique une progression méthodique et prudente. Mais aussitôt les forts débordés, les unités d’assaut doivent progresser jusqu’au prochain obstacle et laisser des unités de réserve (à hauteur d’un bataillon ou d’une compagnie) liquider les dernières poches de résistance. Les forts, tombés, la division de Twaddle devra ensuite combattre en ville. Les groupes de combats interarmes (fantassins, chars/tank destroyers, radios et hommes du génie) seront les éléments clés d’une progression méthodique qui doit épargner le sang. Les Colonels coordonneront l’assaut de chacun de leurs bataillons, A chaque chef de bataillon, « ses » quartiers de Metz. Et chaque quartier doit être nettoyé par des compagnies de fantassins, soutenues par blindés et soldats du génie. Les rues sont laissées aux sections. Les abris allemands devront être aveuglés et pilonnés en tir tendus, à coups de canons ou de bazooka. Comme durant la bataille de Cherbourg, les GI’s doivent chercher à contourner les positions fortifiées, sous la couverture d’un feu roulant, avant de les attaquer par l’arrière à la roquette ou à la grenade. Pour couvrir la progression des soldats de tête, les bâtiments doivent être arrosés  tir tendus à coup de mitrailleuse et de canons. Mais la première difficulté pour Irwin sera de faire franchir la Seille à toute une partie de sa division, ce qui requiert une bonne coordination avec l’artillerie d’appui.

A l’aube du 14 novembre, les obusiers de 105 mm du 359th Field Artillery Battalion ouvrent le feu sur les ouvrages allemands, vite imités par les autres bataillons d’artillerie du XX US Corps. Après trente minutes de tirs préparatoires, le 379th Infantry (aile gauche du régiment) se lance à l’assaut sur la route située entre les ouvrages de Guise et le Fort Jeanne d’Arc (entre Rozerieulles et Gravelote). Il doit conquérir ces derniers, les Forts Driant et du Bois de la Dame, ainsi que les ouvrages de Jussy, celui dit « les Sept nains » et le Fort Saint-Hubert. Mais les Allemands résistent bien mieux que prévu, causant des pertes à Chapman. Quinze minutes plus tard, c’est autour du 1/379th d’attaquer en vue de passer à l’attaque de la ligne à l’est de Gravelotte. Les fantassins américains progressent sous un déluge d’obus provenant du Fort Driant. Mais ils ne rencontrent aucune résistance sérieuse de la part de l’Infanterie allemande. A 11h00, 2 compagnies ont contourné le Fort Jeanne d’Arc pour se mettre à l’abri sur le plateau boisé au nord-ouest de Rozerieulles, derrière le fort. Les Allemands tentent alors de lancer une contre-attaque mais sont immédiatement repoussés dans leurs abris. Les Allemands reviennent ensuite deux fois à l’assaut pour être encore repoussés avec de lourdes pertes. Sur la droite, 2 autres compagnies rencontrent davantage de difficultés dans leur progression, en raison d’un terrain plus difficile en contrebas du Fort Driant. Heureusement, les « Sept Nains » ne comprenaient pas un nombre de soldats suffisant. Du coup, peu après 14h00, les deux ouvrages de Jussy et du Fort Saint-Hubert tombent. Une compagnie tente alors de prendre d’assaut le Fort du Bois de la Dame à 16h00 mais n’y parvient pas en raison du tir nourri provenant du Fort Driant, suivi d’une contre-attaque de la garnison. En fin de soirée, la situation du 379th Infantry devient critique plusieurs de ses compagnies se retrouvent prises sous le feu du Fort Jeanne d’Arc, pendant que les Allemands se paient crânement le luxe de lancer une contre-attaque avec le Füsilier-Bataillon 462. Durant la nuit du 14-15 novembre, Kittel envoie des réserves face au centre du dispositif américain. Mais le 15, Twaddle intègre des éléments du 378th Infantry du Colonel Samuel L. Metcalfe sur la rive ouest de la Moselle, avec pour objectif de progresser vers le nord et le nord-ouest pour défaire la pression sur le 379th Infantry. A 09h00, les Américains relancent leur attaque. Si les Allemands profitent des avantages du terrain pour ralentir la progression américaine, ils ne l’arrêtent pas. Mais Jussy est toujours aux mains de l’ennemi. Les Américains tentent d’envoyer des équipes de démolition contre le Fort Jeanne d’Arc mais sans succès. Mais ils s’emparent des Blockhäuse de la Ferme Saint-Hubert et de la Ferme de Moscou le 16. Twaddle comprend alors que son 379th Infantry ne pourra emporter son objectif sans une route de ravitaillement sécurisée, c’est-à-dire qui ne sera pas prise sous le feu des ouvrages. Le 379th Infantry étant hors d’état de poursuivre l’attaque, Twaddle décide d’engager le 378th Infantry. L’attaque reprend donc le 18 novembre avec la prise du pont autoroutier de Moulins-lès-Metz par une patrouille. Twaddle consolide immédiatement cette conquête ce qui permet à sa division de constituer une route sécurisée. Le 19 novembre, Twaddle ordonne au 379th Infantry d’encercler les Forts Jeanne d’Arc et Driant, tandis que les 378th et 377th Infantry doivent poursuivre leur attaque vers Metz, avec l’appui des chasseurs de chars M10 du 778th TDB. Au prix de plusieurs jours de durs combats et par un temps humide, les Américains enlèvent la ligne Canrobert, la Crète de Fêves, le Bois de Woippy et le Fort Lorraine. A mesure qu’ils « mangent » l’agglomération messine, les Américains épuisent les défenseurs allemands. Kittel doit racler les fonds de tiroir pour combler les brèches. Le général allemand ordonne alors à plusieurs petits groupes de combattants de se replier entre la Ferme de Leipzig et le Fort de Papleville. Rues et routes sont jonchés de matériels et de véhicules légers abandonnés. Des Pioniere font sauter plusieurs ponts sur la Moselle, sauf un, ce qui n’échappe pas aux Américains. Pire encore, le 17 novembre, les communications allemandes entre l’Île Chambière et le commandement central de Metz sont coupées. Devenu sourd et muet, Kittel ne peut coordonner toute défense urbaine. Les 377th et 378th Infantry forcent le passage sur la rivière et accrochent les allemands en fuite. Le 18 novembre, Woippy tombe, puis Vallières, juste au nord de Saint-Julien-lès-Metz, où la 95th US ID effectue sa jonction avec la 5th US ID. Les deux divisions n’ont plus qu’à conquérir Metz, quartier par quartier. 1 bataillon du 11th Infantry est toutefois tenu en respect en face au Fort de Saint-Privat.

Mais les âpres combats urbains qu’attendaient les Américains ne se produisent pas. Incapable de communiquer avec ses éléments combattants, Heinrich Kittel ne peut rien faire. Quelques petits groupes d’allemands résistent dans plusieurs bâtiments. Le 21 novembre, Kittel – sérieusement blessé et sous morphine – se rend à la 95th US ID. Mais les combats ne s’arrêtent pas encore. Plusieurs groupes d’allemands tiennent encore les forts qui n’ont pas été réduits. Pour les faire taire, Irwin et Twaddle encerclent les ouvrages et font amener les Howitzers (obusiers) M1 de 155 mm qui effectuent des tirs tendus. La réduction s’achève le 13 décembre avec la réduction successive des Forts de Saint-Quentin (6 déc.), de Plappeville (7 déc.) et Jeanne d’Arc. Comme l’explique le Colonel Cole, il faut mettre au crédit de Walker et de ses généraux subordonnés, une très bonne exécution de plans soigneusement établis. Les Américains ont aussi prouvé leur savoir-faire dans la réduction de secteurs fortifiés tout en conservant un rythme offensif constant. En revanche, ils ont surestimé l’importance des fortifications

[Suite]

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