Sur le film « Les Oies sauvages » (« The Wild Geese ») – Analyse personnelle

– En-dehors de ses inexactitudes quant à la vraie situation des mercenaires, « Les Oies sauvages » d’Andrew V. McLaglen (d’après le roman de Daniel Carney) est peut-être le moins « caricatural » des films de mercenaires. D’autant qu’ici, il n’est pas question de « super-soldats » mais de véritables professionnels qui mettent leurs compétences tactiques et techniques au service d’un objectif commun et selon un plan mûrement réfléchi. Ne serait-ce du fait que les personnages sont pour la plupart, éloignés l’image de mercenaires romantiques. Et s’ils sont motivés par la prime promise par Matherson (Stewart Granger), leurs raisons de s’engager dans l’aventure dans la république africaine fictive du film (dont on ne connaît pas le nom) sont plus complexes. [Si vous n’avez pas vu le film, ne lisez pas la suite]
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– Le personnage d’Allen Faulkner (Richard Burton) apparaît sans doute comme l’archétype du mercenaire apatride qui agit selon ses intérêts. Or, c’est une sorte « d’officier perdu » qui vend ses services au plus offrants avant de retourner « chômer et se saoûler » quand « il ne fait pas la peau à des inconnus ». Or, le personnage de Burton est peut-être le plus caricatural car se rapprochant davantage du mercenaire « sans foi ni loi ni réelle patrie ». Mais le personnage de Faulkner est un aigri et un atrabilaire qui se remet difficilement du décès de sa femme et reste éloigné de ses fils.– Rafer Janders (l’excellent Richard Harris) est le chef des opération du groupe mais aussi l’idéaliste désabusé. Jeune, il était un peu le « mercenaire romantique » qui dans la brousse « chantait des cantiques en massacrant des gens pour un homme providentiel qui aussitôt au pouvoir, commençait par vider les caisses de l’Etat ». Janders est revenu de ses idéaux et rêves de jeunesse pour se consacrer paisiblement à son fils. Mais après un refus, il rejoint Faulkner car planifier des opérations et repartir à l’aventure lui manquent, surtout quand il s’agit libérer un chef d’état africain réputé intègre. Dans un sens, il reste (encore) le plus idéaliste de la bande.

– Shaun Fynn (Roger Moore, ici meilleur qu’en smoking et armé d’un Walther PPK) apparaît comme l’opposé de Janders. Refusant une vie sans risques, il travaille pour des mafieux et des truands avec tous les dangers que cela comporte. Il apparaît ici comme l’image de ses hommes de guerre auquel la vie civile ne convient pas mais qui ont assez de débrouillardise pour s’en tirer. Mais le personnage conserve une sorte de sens de l’honneur bien à lui : « je ne touche pas à la drogue, c’est contre ma religion » et n’hésite pas à faire payer certains de ses employeurs, là encore sans voir les dangers et en mettant les autres en danger. Par conséquent, il est – peut-être – l’un des personnages les plus charismatiques, voire même les plus attachants du groupe.

– Le sud-africain Pieter Coeitze (Hardy Krüger) incarne également ce type d’anciens militaires qui peinent à s’intégrer à la vie civile. Mais contrairement à Janders ou Fynn, ses motivations sont plus intéressées mais non moins légitimes. Ignare en politique et  peu suspect de sympathie pour les Africains, Coeitze souhaite vivre la vie de fermier en Afrique du Sud mais n’a pas les moyens d’accomplir son rêve de se ranger des voitures blindées. Et il le dit, allez courir la brousse une dernière fois lui permettra de retourner chez lui et de s’y faire oublier.

– Ensuite, il y a toute la panoplie des personnages secondaires qui intègrent le groupe de Faulkner pour des raisons diverses mais également parce que la vie civile ne leur correspond pas (ou plus) ou qu’ils s’y ennuient. Lors de la séquence de recrutement, à l’énoncé des motivations, on sent un propos sous-jacent qui dit «la société civile ne nous offre rien alors on veut retourner barouder et retrouver nos années de soldats, voire de camaraderie »Ainsi, le Sergent-Major « Sandy » Young (Jack Watson), dont la vulgarité des propos rendrait jaloux le Sergent Hartmann, incarne ces vieux soldats anglais d’active qui, durant les années de Guerre froide, ne connaissent que la monotone vie des casernes. On peut supposer que Young a connu les combats de la Seconde Guerre mondiale, voire de Corée et de Suez. Mais aussitôt la retraite arrivée, s’occuper des roses dans une coquette banlieue d’Angleterre, au milieu de maisons identiques, est une activité plus ennuyeuse qu’autre chose. Et quand Faulkner lui propose de « prendre en main cinquante p…. de soldats », Young n’hésite pas une seconde à reprendre du service et sans demander rétribution. Entraîner des soldats et combattre, c’était toute sa vie et l’argent ne l’intéresse nullement.

– Enfin, parmi les sous-officiers qui composent le Commando, « Tosh » Donaldson (l’ancien parachutiste campé par Ian Yule) semble avoir connu les combats de Corée (il dit être né en 1932 et s’être battu dès l’âge de vingt ans). Or, il se fait mal à sa vie de plombier et voit dans la proposition de Faulkner l’opportunité de retrouver le métier qui lui convient le mieux. De leurs côtés, le Sergent Jock McTaggart (Ronald Fraser) et l’Infirmier Arthur Wity (Kenneth Griffith) se font recruter pour l’action et la bagarre. Enfin, excepté ses problèmes de coiffeuse, Jesse Black (John Kani) est un fauché chronique qui est trop content d’aller barouder en Afrique, histoire de remplir son portefeuille et faire quelque chose d’utile.

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