Megiddo (septembre 1918) : Allenby sur le Chemin de Damas

Fin 1917,après une campagne de Palestine réussie mais freinée dans les Monts de Judée à cause des fortes pluies d’hiver, les Britanniques, Australo-Néo-Zélandais et Indiens ont pris Jérusalem à l’Armée ottomane. Cependant, durant la première moitié de 1918 qui vit la prise de Jéricho, les forces de l’Egyptian Expeditionary Force (EEF)  sont restées l’Arme au pied face aux dernières forces ottomanes et du Heeres-Gruppe « Yildirim » qui sont disposées entre la Méditerranée et le fleuve Jourdain. En outre, Edmund Allenby a dû céder 2 divisions au Front de l’Ouest. Pour le coup, Allenby dut attendre des renforts venus de l’Armée des Indes (India Army) avant de relancer sa campagne.
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1 – FORCER LES DERNIÈRES LIGNES OTTOMANES

– Rassuré par les succès remportés à l’Ouest, David Lloyd-George donne pour ordre à Edmund Allenby de reprendre la campagne contre « l’Homme malade de l’Europe » qui se trouve plutôt à l’agonie et d’atteindre Damas. Bien entendu, Allenby est d’abord le glaive des objectifs géopolitiques de Londres (« The Big Game », pour reprendre le terme employé par Kristian Coates Ulrichsen) au Moyen-Orient. Sa campagne doit parachever la mise à mort de la Sublime Porte en complétant la campagne réussie de Frederick Maude de 1917 en Iraq* et damer définitivement le pion aux Français qui se sont invités à la campagne avec l’expédition du Colonel Brémond. Comme le souligne également le Colonel Rémy Porte, en 1918, Edmund Allenby tombe malade et accuse un sérieux coup de fatigue, ce qui le rend davantage irascible et nerveux. Ce qui n’est pas idéal pour lancer une campagne. Cependant, Allenby s’y prépare en Continuer à lire … « Megiddo (septembre 1918) : Allenby sur le Chemin de Damas »

Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 3/3

PARTIE 3 – LIQUIDATION DU SAILLANT

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1 – L’ASSAUT AMÉRICAIN 

1 – L’automne s’invite à la fête

– Ce 12 septembre 1918, à 03h00, une pluie froide de début d’automne s’abat sur le front de Saint-Mihiel, donnant une ambiance encore plus lugubre. Les soldats américains ont dû se vêtir de leur Trench Coat, repris aux officiers britanniques. Mauvaise nouvelle pour le Colonel Mitchell, la pluie et les nuages bas contraignent les commandants d’Escadrilles et de Squadrons à reporter les missions prévues (1). Pire, la pluie transforme détrempe le sol argileux de la Woëvre en véritable marécage (2). Alors que les Américains s’apprêtent à déchaîner les Enfers, Georg Fuchs a donné l’ordre aux 10. ID et 77. ID de commencer leur évacuation du saillant. Mais à 03h00, plus de 3 010 pièces d’artillerie franco-américaines ouvrent le tir de barrage prévu par Pershing. Pendant que l’Artillerie de campagne pilonne les premières lignes allemandes, les pièces lourdes à plus longue portées canonnent des Continuer à lire … « Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 3/3 »

Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 2/3

PARTIE 2 – LES ALLEMANDS  : DES FORCES INFÉRIEURES ET UN REPLI MANQUE 


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Max von Gallwitz

1 – LA GUERRE DU PAUVRE, UNE FOIS DE PLUS

– Inutile de s’épancher longuement sur les malheurs de l’Armée allemande dont il a été beaucoup question dans les articles précédents. Cette situation est clairement manifeste dans le saillant de Saint-Mihiel. Les Allemands alignent 8 divisions mais qui n’ont qui se trouvent en sous-effectif, alignant seulement 5 000 hommes environ. Et pour noircir le tableau, les divisions d’Infanterie sont affaiblies, après avoir été engagées sur plusieurs autres parties du front. Ainsi, le nombre de fusiliers a dramatiquement chuté et la défense doit s’appuyer sur les mitrailleuses. Résultat, les compagnies d’Infanterie voient leur Continuer à lire … « Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 2/3 »

Saint-Mihiel : les Américains jouent chez les grands – 1/3

Depuis la Guerre franco-prussienne de 1870, la ville de Saint-Mihiel était considérée comme importante d’un point de vue stratégique car elle commande l’accès aux routes de Verdun, Nancy, Toul et Metz. Et de plus, elle coupe la voie de chemin de fer entre Paris et Nancy. Les combats indécis de 1914 avaient formé le saillant de Saint-Mihiel qui s’étendait des Eparges à Pont-à-Mousson. N’ayant pu forcer le saillant en 1914-1915 (combats du Bois d’Ailly, de Bois Brumé, de la Forêt d’Apremont et des Eparges), les Allemands décident d’y établir de solides positions défensives afin de prévenir de toute offensives françaises dans la région afin de soulager le Front de Verdun. Ainsi, en août 1918, le saillant de Saint-Mihiel forme une hernie large de 38 km et profonde de 23 entre la Meuse et la Moselle. Cette partie du front qui a fait peu parler d’elle depuis 1915 va se retrouver être un enjeu politique et militaire pour les forces américaines de John J. Pershing.

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Foch et Pershing


 1 – DU GRAND JEU A L’OFFENSIVE SECONDAIRE A BUT POLITIQUE

– Pendant l’été, Américains et Français veulent profiter du succès des combats défensifs et des contre-offensives qui ont mis en échec les opérations d’Erich Ludendorf. Ce fut le cas avec les contre-offensives victorieuses sur la Marne, l’Aisne et la Somme. Comme le fait remarquer Jean-Christophe Notin dans sa biographie consacrée au Maréchal Foch, un mémorandum du 24 juillet 1918 estime qu’il faut réduire les saillants allemands dans l’ensemble du front allié (Amiens, Château-Thierry et Saint-Mihiel).

1 – Le Plan d’Août : Pershing voit jusqu’à Metz

– Le General John J. Pershing envisage alors de réduire le secteur de Saint-Mihiel pour des raisons stratégiques. En effet, le saillant représente encore une menace sur la voie ferrée Paris – Nancy et coupe déjà la voie ferrée Verdun – Saint-Mihiel. Et depuis août 1917, après la Seconde Bataille de Verdun, le saillant de Saint-Mihiel constitue une hernie dans les lignes françaises. D’autre part, en août 1918, la situation a largement évolué en faveur des forces alliées. L’Armée allemande manquant clairement de moyens et ne pouvant plus lancer d’offensive, il devient alors intéressant de reprendre du terrain perdu en Meurthe-et-Moselle. Ainsi, nettoyer définitivement le secteur de Saint-Mihiel permettrait de menacer directement Metz (que Foch prévoit de reprendre pour 1919) et remettre la main sur le Bassin sidérurgique de Briey, ce qui priverait l’Allemagne d’un approvisionnement en acier (1).

– Un premier plan de réduction du saillant est présenté en août 1918 par l’état-major de l’American Expeditionary Force (AEF). A Ferdinand Foch (qui coordonne les offensives alliées sur l’ensemble du front franco-belge), Pershing propose de lancer une puissante offensive qui dégagera Saint-Mihiel. Puis, suivant un puissant rythme offensif, les Alliés progresseraient sur Metz. Mais cette proposition n’est pas sans arrière-pensées politiques. Pershing réclame que cette offensive soit menée par une armée américaine afin de prouver deux choses les Américains sont capables de mener une offensive sur une échelle plus large et d’autre part. Et pour cela, Pershing réclame la

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