L’Offensive Meuse-Argonne (Sept-Nov. 1918) – 2

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4 – PREMIÈRE PHASE : LES SUCCÈS DE LA IV
e ARMÉE FRANÇAISE

– Le 26 septembre à 05h25
, 2 700 pièces d’artillerie tonnent entre la Suippes et la Meuse selon les procédés de tir de préparation. Vient ensuite le tir de barrage derrière lequel progressent les troupes des IIe, XIe, XXIe et XXXVIIIe Corps d’Armée, appuyées par les Renault FT et couverts par une puissante aviation qui n’a pas grand-chose à craindre des escadrilles allemandes très amoindries. En complément de l’artillerie, les bombardiers Brequet effectuent des bombardements ciblés dans la profondeur du dispositif allemand. Malgré une confusion de départ, l’offensive française démarre très bien. Henri Gouraud dirige très bien son offensive qui emporte 15 km dès le premier jour, soit 2 à 3 fois plus que ce que les Américains ont emporté durant la même journée. Progressant derrière un puissant barrage roulant et bien couverts par l’Aviation, les fantassins et équipages de chars de Gouraud crèvent complètement les lignes de la III. Armee allemande. Les Français reprennent définitivement les villages cédés volontairement le 15 juillet précédent mais qui rappellent au « Poilu » la Seconde Bataille de Champagne de 1915.

– Mais cette fois-ci, c’est la revanche. Les Français reprennent ainsi Somme-Py et Saint-Thierry. Et ceux, dans un terrain beaucoup plus ouvert. La 22e DI du Général Spire (XIe CA de Prax) reprend les ruines de la Ferme de Navarin, de sinistre mémoire. De son côté, le XXIe CA de 

Stanislas Naulin avance bien. Ses 43e DI (Brenot) et 167e DI (Schmidt) s’emparent de la Butte de Souain et du Mont Muret. Les soldats afro-américains du 369th US Infantry Regiment, qui servent au sein de la 161e DI du Général Modelon franchissent les premiers la Dornoise en se distinguant au feu. Leur conduite, couplée à l’enseignement poussé dispensé par les Français, vont leur attirer la jalousie des officiers américains blancs. Ensuite, la 161e DI reprend la Butte du Mesnil. Il en va de même du côté du IIe Corps d’Armée d’Edmé Philippot qui dépasse également la Dornoise. Ses 3e DI (Nayral Martin de Bourgon) et 14e DI (Baston) reprennent la Galoche, les Mamelles et le Fourmilier. Ensuite, la 14e DI reprend le village de Tahure (autre sinistre souvenir) réduit en un tas de ruines. A l’est du dispositif de Gouraud, le XXXVIIIe Corps de Mondésir progresse également bien en direction du cours supérieur de l’Aisne. La 74e DI du Général de Lardemelle reprend Massiges et sa fameuse « Main », lieux emblématiques de la Seconde Bataille de Champagne de 1915. Suite à ce succès, Mondésir expédie la 1re Division de Cavalerie à Pied (Brécard) en direction de Cernay-en-Dormois.

Le 26 au soir, les Français ont emporté tous leurs objectifs, enfoncé les lignes allemandes sur près de 8 km et pris 7 000 prisonniers. Gouraud peut donc envisager une poussée méthodique mais constante, en direction de Savigny et Vouziers. Mais très vite, le général français est contraint de ralentir son rythme car pendant une grande partie de la journée, IL NE SAIT PAS GRAND CHOSE DE LA PROGRESSION DE PERSHING SUR SON AILE DROITE. En effet, le travail de liaison des Américains est si lamentable que les officiers français ne reçoivent que des informations très partielles, sinon incomplètes, de l’évolution de l’Offensive américaine. Et pour le moins que l’on puisse dire, celle-ci n’est guère brillante.
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5 – PREMIÈRE PHASE : LES AMÉRICAINS PATAUGENT

– Tout d’abord, sur le flanc gauche de la First US Army  (entre Varennes et Grandpré), le Ist US Corps de Liggett connaît de nettes difficultés dès le départ. La 35th US Division de McClure ne progresse que très difficilement et ne profite pas de l’appui des chars de Patton qui restent derrière les fantassins sans pouvoir les appuyer. La 35th US Division, levée à partir de la National Guard des Etats du Kansas et du Missouri est mal commandée car privée d’une grande partie de ses cadres. Ceux-ci ont donc dû être remplacés par des officiers tout juste sortis de l’instruction.Une fois encore, Patton rassemble un groupe de fantassins « occupés à enfiler des masques à gaz » pour appuyer ses chars afin de partir à l’attaque des lignes allemandes. Mais cela ne sert encore à rien (1). De son côté, la 28th US Division de Charles H. Muir fait quelques progrès sur la lisière est de la Forêt d’Argonne mais doit vite s’arrêter face à la résistance allemande.

– Au centre (III Corps de Bullard) et à droite (V Corps de Cameron), la situation est encore pire dans l’attaque de la « Giseler-Stellung ». Chaque division avance sans se préoccuper de ses flancs. Il n’est pas question de renier ici le courage certain dont on fait preuve les fantassins américains. Mais comme l’a bien montré le Colonel Porte, s’ils réussissent à percer par endroit, le travail de liaison avec l’arrière est si mauvais qu’ils ne peuvent recevoir l’appui de l’Artillerie et de l’Aviation quand c’est nécessaire. Quant à l’acheminement du ravitaillement, il ne suit pas car les états-majors et les services de l’arrière sont dépassés et coordonnent les flux de manière chaotique. Du coup, il arrive bien souvent que les « Doughboys » prennent des objectifs auxquels ils s’accrochent qu’ils doivent abandonner en cours de journée suite à des contre-attaques allemandes et tout simplement parce que le soutien est loin derrière eux.

– L’attaque contre le village de Montfaucon et sa crête en est l’illustration. Partant à l’assaut pour la toute première fois, l’inexpérimentée 79th US Division de Joseph E. Kuhn se retrouve prise sous un feu d’enfer mais progresse. Seulement, sur sa gauche, la 4th US Division de John L. Hines avancent également mais de manière complètement indépendante et ne soutient pas du tout sa voisine. Résultat, quand la 79th US Division réussit à enfoncer un coin sur le flanc gauche de sa voisine, celle-ci ne remarque même pas l’opportunité qui lui est offerte et continue d’attaquer droit devant elle. Plus grave encore, la coopération avec l’artillerie – et entre les batteries – frôle la catastrophe. Les plans de feu ont été établis à la hâte et bien souvent, les artilleurs américains n’entament que partiellement les positions allemandes, épargnant ainsi des mitrailleurs. Et cerise sur le gâteau, mal renseignée, une batterie du V Corps fait feu sur un bataillon d’infanterie américaine, pensant viser des Allemands (2).

Kuhn, Hines & McClure
De gauche à droite : J.E. Kuhn, J.L. Hines et N.F. McClure


– Pour le 26 septembre
, le bilan est particulièrement décevant étant donné que la « Kriemhild-Stellung » n’a pas été enfoncée. La coordination entre unités et états-majors est clairement défaillante. Pershing reconnaîtra cependant que ses forces n’ont pas été à la hauteur, en dépit du courage des soldats de première ligne : « nous n’étions pas engagés dans la simple réduction d’un saillant mais nous devions lancer des assauts frontaux face à des positions très bien tenue par un ennemi déterminé ». Une chose est sûre, les soldats allemands les plus combattifs ne sont pas prêts de lâcher facilement le terrain (3).

– Le 27 septembre
, aucun gain supplémentaire n’est enregistré. Le 28 septembre, la 35th US Division capture néanmoins Baulny, la Cote 218 et Charpentry. Seulement, les bons résultats enregistrés par la division l’ont placé en pointe, sous la menace des contre-attaques allemandes. Et bien sûr, les Allemands voient vite l’opportunité. Karl von Einem lance alors des éléments des 5. Garde-Division et 52. Infanterie-Division contre la 35th US Division qui a quasiment épuisé ses munitions et son ravitaillement. Les troupes allemandes réussissent à gagner sérieusement du terrain mais sont finalement arrêtés par les soldats du 110th Engineer Battalion – qui se retrouvent à servir comme fantassins –, le 128th Machine Gun Battalion et par la D Battery, 129th Field Artillery Battalion qui est commandée par le futur Président Harry Truman. De son côté, Joseph E. Kuhn relance sa 79th Division  à l’assaut  contre le butte de Montfaucon mais cela ne donne strictement rien. Pendant encore deux jours,

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6 – INTERROGATIONS  DES ALLIES

– Comme l’explique bien Peter Hart, outre l’inexpérience, la mauvaise prestation des troupes de Pershing est d’abord due à un souci structurel (unités peu maniables, manque de char) et à une planification bâclée. Pour Pershing, il est donc l’heure de revoir toute sa copie. On comprend mieux pourquoi Edmond Buat écrit dans son journal le 29 septembre que « l’état des forces américaines est lamentable ». Et il n’est pas le seul à le penser car les attentes envers les troupes de Pershing étaient grandes, surtout après l’attaque contre le saillant de Saint-Mihiel que Foch avait cédée au commandant américain. Le 30 septembre, Foch retrouve Haig et – aux dires de l’Ecossais – lui explique que Pershing a massé trop de troupes sur le front d’Argonne et qu’il serait plus pertinent d’alléger la structure opérationnelle américaine en cédant 3 divisions à Plumer, 2 autres pouvant être utilisées par Pétain pour effectuer une poussée vers Machault, au sud-est de Rethel (5).

– Furieux, Clemenceau va jusqu’à dire que l’échec américain des premiers jours de l’offensive « Meuse-Argonne » est d’abord le fruit de « l’incompétence administrative de l’état-major américain » (). Pétain est également refroidi, lui qui avait « attendu les chars et les Américains ». « Précis le sec » n’hésite pas à dire que la performance américaine « a coûté des vies françaises ». Mais devant cette bronca française, Foch joue au diplomate et calme le jeu. Il fait savoir que si Pershing a échoué, il le convaincra de préparer plus une seconde offensive en Argonne pour le 4 octobre. Ce qu’il fait rapidement (6).

Meuse-Argonne,_26_September–1_October_1918

 

Article dédié au Colonel Rémy Porte et à M. Sylvain Ferreira, pour leurs aimables contribution à mes travaux.


1) HART P. : « The Last Battle. Victory, defeat and the end of World War I », Oxford University Press, 2018
(2) HART P., Op. Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.

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