Atteindre la Ligne « Hindenburg » (août-sept. 1918) – Partie 2

PARTIE 2 – L’OFFENSIVE BRITANNIQUE SUR LA SCARPE ET LA SOMME
1280px-The_Hundred_Days_Offensive,_August-november_1918_Q6917
1 – LE PLAN DE HAIG

– L’objectif principal britannique est d’avancer sur l’axe Arras – Cambrai afin de repousser les Allemands vers la Belgique et les frontières du Reich. Et dégager Cambrai permettra de mettre la main sur un important axe routier qui connecte le nord du front français à la Belgique. Les ordres de Haig sont les suivants : la Third Army de Byng, en charge de l’attaque principale, doit ouvrir le feu depuis la portion de la ligne située entre le secteur Mercatel – Neuville-Vitasse et la périphérie nord d’Albert. Mais si les Allemands manquent d’hommes, ils ont puissamment fortifié le secteur avec la « Wotan-Stellung », ce qui indique que Britanniques et Canadiens vont devoir cogner dans plus dur qu’à l’est d’Amiens.

Le dispositif d’attaque de Byng est donc réparti comme suit :

1 – Sur l’aile gauche (nord), le VI Corps d’Aylmer Haldane* (2nd, Guards et 62nd Divisions) doit dégager le nord d’Achiet-le-Grand, de même les secteurs de Croisilles, Saint-Léger, Béhagnies, Sapignies, avant d’aborder l’extrémité nord de la Siegfried-Stellung.
2 – Au centre, le IV Corps de George Harper (37th, 5th, New-Zealand et 42nd Divisions) doit avancer de part et d’autres de l’axe Achiet-le-Grand – Bapaume et reconquérir Biefvillers, Grévillers, Favreuil, Avesnes, le Bois de Loupert et Miraumont.
3 – Sur l’aile gauche, le V Corps de Cameron Shute** (17th, 21st et 38th Divisions) a pour mission de reconquérir un secteur lourd de symbole pour les Tommys puisqu’il s’agit des secteurs marquants de la Bataille de la Somme de 1916 : Authuille, Ovillers, Grandcourt, Thiepval et sa crête, Pozières, Courcelette, Contalmaison, Bazentin-le-Petit et Bazentin-le-Grand. Byng aura en face de lui la XVII. Armee allemande d’Otto von Below, qu’il avait repoussé en mars-avril 1918 et des éléments de l’aile gauche de la II. Armee de Georg von der Marwitz.

Plans Anglais
Source : « The Second Battles of Arras » in The Long, long Trail (Site internet)

– Enfin, sur l’aile gauche de Byng, la First Army de Henry Horne doit progresser vers la Wotan-Stellung, la ligne fortifiée qui permet de connecter la Siegfried-Stellung (Ligne « Hindenburg ») avec le Front des Flandres. Horne a pour mission d’effectuer une poussée sur sa gauche et son centre entre la Lys et la Scarpe avec le XXII Corps d’Alexander Godley (4th et 56th Divisions), pour repousser le flanc sud de la VI. Armee de Ferdinand von Quast (qui lui avait donné du fil à retordre en avril) vers Bailleul et Armentières. Mais l’attaque principale aura lieu plus au sud, puisque le Canadian Corps d’Arthur Currie (1st, 3rd et 4th Canadian Divisions ; 11th Division britannique) est chargé de la mission cruciale d’approcher de la « Wotan-Stellung » en attaquant depuis la ligne Feuchy (au sud de la Scarpe) – Neuville-Witasse – Mercatel. Currie doit également concourir au dégagement de l’extrémité nord de la Ligne « Hindenburg » à hauteur de Neuville-Vitasse. Ensuite, les Canadiens doivent dégager « Orange » Hill, « Chapel » Hill, Moeuvres, Monchy-le-Preux, Guémappe et Wancourt, avant de franchir le Cojeul pour atteindre Vis-en-Artois et Chérizy.

– Le 21 août, Julian Byng attaque les positions de l’aile droite de la II. Armee de Georg von der Marwitz entre Miraumont et Movenneville, entre Albert et les abords nord-ouest de Bapaume. Byng engage le IV Corps de George Harper et le VI Corps d’Aylmer Haldane*. Renforcés par le concours de tanks Mark V et de Whippet, les Britanniques doivent cependant mener de durs combats contre des positions allemandes – quoique moins étoffées – qui n’ont pas été entamées depuis les derniers combats majeurs dans ce secteur en avril.
Canadian_troops_on_Arras-_Cambrai_road-1918
2 – LE BEF SUR LA SOMME ET LE CANAL DU NORD (22-AOÜT – 10 SEPTEMBRE)

Le 22 août, Byng et Rawlinson déclenchent leur offensive sur un front de 53 km entre Mercatel et Lihons. Les deux généraux peuvent compter sur le savoir-faire de leurs troupes, démontré pendant l’offensive du 8 août, notamment en matière de coopération infanterie-artillerie-chars-avions. Inutile de revenir sur les aspects techniques qui ont déjà été traités dans l’article consacré à l’Offensive du 8 août. Nous ajouterons cependant un détail souligné par l’historien Lee Kenneth. Ayant compris que les canons allemands peuvent détruire facilement les chars dès qu’ils les repèrent, les Britanniques engagent des escadrilles et des détachements d’avions pour voler au-devant des engins. Ainsi, les appareils peuvent repérer les canons allemands et soit les signaler aux chars ou bien, en les neutralisant par des attaques au sol.

– Voyons à présent les opérations plus en détail. Au sud de la Somme, Britanniques et Australiens menés par Henry Rawlinson avancent particulièrement bien, dégageant Herleville et Chuignes en faisant 2 000 prisonniers. Ensuite, la Fourth Army dégage ses anciennes bases de 1916 en dégageant l’Ancre et en libérant Albert. Ensuite, la route Albert – Bray-s/-Somme est atteint. Au nord de la Somme, les IV et VI Corps relancent leur avancent et emportent Gomiécourt, Ervillers et Boyel, capturant 5 000 Allemands et une forte quantité de canons. Mais Harper se montre lent à l’exécution de l’offensive, alors que Haldane impose un rythme soutenu à ses divisions. A tel point que le second se plaint de la lenteur du premier et tambourine auprès de Haig pour que Harper aille plus vite.  Byng a beau pousser Harper, celui-ci – qui veut épargner le sang de ses hommes*** – n’avance pas plus vite. Haldane enrage et demande à Byng qu’il soit relevé mais le commandant de la Third Army s’y refuse. Cependant, sur le terrain, les Tommys réussissent à dégager Achiet-le-Grand ce qui leur permet de dégager la voie ferrée Arras – Albert sur laquelle  s’ancrait une partie de la défense allemande. Pressurés, par les forces de Byng, les troupes de von der Marwitz doivent évacuer rapidement la Crête de Thiepval. Le 29 août, talonnant les éléments de la II. Armee en retraite, le V Corps britannique libère Bapaume.

mw188026
Julian Byng

– Le 26 août, c’est autour de Horne et du Canadian Corps d’entrer dans la danse en étendant la bataille plus au nord afin d’avancer sur l’axe Arras – Cambrai. Le Canadian Corps tombe littéralement sur l’aile droite de la XVII. Armee d’Otto von Below qui est prise par surprise. Les Canadiens s’accrochent vite à la ligne Croisilles – Moeuvres et avancent sur la Scarpe. Le 29 août, Fontaine-lès-Croisilles (qui dut être abandonnée fin mars) est reprise, ce qui permet aux Canadiens d’accrocher la « Wotan » Stellung. Mais Otto von Below lance de violentes contre-attaques locales qui freinent la progression Canadienne. Si « Orange » et « Chapel » Hills, ainsi que Wancourt, sont repris, les troupes de Currie buttent sur Cherizy où les Canadiens Français du 22e Royal Régiment – les « Van Doos »  – se font tailler en pièces***. Mais les Canadiens ont réussi à atteindre la ligne Quéant – Docourt, leur permettant d’accrocher un pan de la Ligne « Hindenburg ».

449355

 

Henry Horne

– Au sud de la Somme, la situation empire. L’Australian Corps de Monash et le IX Corps de Monash avancent tambour battant en direction de la Somme. Georg von der Marwitz ordonne alors au LI. Armee-Korps de von Hofacker (119. et 21. ID, 1. Reserve-Division et 5. Königlich-Bayerische-Div.) de verrouiller le Mont de Saint-Quentin, un excellent point d’observation pour l’Artillerie allemande, qui domine à la fois, Péronne par l’ouest, le cours moyen de la Somme et la Santerre. Le 30 septembre, les 1st, 2nd et 5th Australian Divisions s’en approchent. Rawlinson ordonne alors à Monash de prendre rapidement le Mont de Saint-Quentin. Le 31 août, le général australien ordonne à la 2nd Australian Division de Charles Rosenthal de prendre d’assaut le Mont mais l’opération échoue. En revanche, durant la nuit, les Australiens découvrent un passage non gardé qui leur permet d’accrocher le Mont par l’Ouest. Le 1er septembre, le Mont est pris par un assaut appuyé par un puissant barrage de l’Artillerie australienne. Malgré des contre-attaques de la 21. ID (K. von Wahlen-Jürgass), les Australiens tiennent le mont et le lendemain, le reste de la 2nd Division entre dans Péronne, autre vieille cité médiévale, laissée en ruine, exceptés une partie des remparts****. En parallèle, les 1st et 3rd Divisions s’emparent de Bouchavesnes et Frégicourt, Allaines et Sainte-Radegonde. Résultat, les Australiens ont constitué une solide tête de pont derrière la Somme, ce qui connecte définitivement le front de Rawlinson avec celui de Byng. Plus au sud, le IX Corps de Braithwaite occupe Chaulnes et Nesle.

– Dans le camp adverse, les Allemands se rendent compte que leurs positions à l’ouest des Lignes « Wotan » et « Hindenburg » deviennent intenables, compte-tenu de la forte pression qu’exercent le BEF. Et lorsque Monash s’empare de Péronne, il crée un saillant dans l’aile droite de la II. Armee, ce qui représente un risque pour la jointure entre le HG « Rupprecht » et le HG « von Böhn ». Du coup, le second demande expressément à Ludendorff (dès le 27 aoput) d’évacuer la ligne Ham – Noyon pour constituer une ligne défensive sur le Canal de Saint-Quentin qui se situe quasiment SUR la Ligne « Hindenburg ». Les 28-30 août, les XVII. et XVIII. Armeen allemandes entament leur repli en bon ordre et en menant des combats d’arrière-garde. Au nord, von Below replie ses forces sur la ligne Cléry – Combles – Frémicourt – Bullecourt – Heudecourt.

– Pour Foch, ce premier succès offensif des Britanniques en appelle un suivant. Le Maréchal de France écrit alors à son homologue écossais : « Poursuivez vos opérations sans laisser de répit à l’ennemi et en étendant la largeur de vos actions. C’est celle étendue croissante d’une offensive nourrie par derrière et fortement poussée en avant, sans objectif limité, sans préoccupation d’alignement et d’une liaison trop étroite qui nous donnera les plus grands résultats avec les moindres pertes… Les armées du général Pétain vont repartir immédiatement dans le même style. »

– A partir du 2 septembre, après une période de pause. L’ensemble des forces britanniques repart à l’assaut sur les axes Arras – Cambrai et Péronne – Saint-Quentin. Au nord, la First Army, notamment le Canadian Corps, appuyé par des Brigades de Tanls Mk V, MkV* et Whippet enfonce les lignes allemandes de 10 km et mord dans le dispositif de la Ligne « Wotan ». Appuyant les Canadiens, le XVII Corps de Sir Charles Fergusson (57th, 52nd et 63rd Divisions) opère une savante opération d’encerclement de Quéant qui lui permet de capturer 10 000 prisonniers allemands, ce qui raye l’équivalent de 1,5 division en un temps record. Ce succès permet alors aux Canadiens  de progresser de 20 km en plus pour aborder le Canal du Nord à Marquion et Arleux le 4 septembre, même si les forces d’Arthur Currie se trouvent confrontées à une résistance beaucoup plus résolue des 1. Garde-Reserve-Division (P. Tiede et 3. Reserve-Division (R. Rusche). Mais le Canal, situé sur la Ligne « Wotan » va être une noix particulièrement dure à casser. Pour la percée, Currie devra user de rapidité et d’ingéniosité en combinant infanterie, chars, artillerie – notamment avec l’emploi d’obus fumigènes –  mais aussi le Génie (notamment les pontonniers et les unités de franchissement).

 

– En l’espace d’un mois, Britanniques et Français ont repoussé davantage la ligne de front vers l’est pour arriver au pied des ouvrages défensifs de la Ligne « Hindenburg », le dernier obstacle avant d’approcher des frontières belges. Les pertes alliées ont été lourdes pour cette partie de la campagne, Edmond Buat note dans son journal de guerre : « nous avons pris 58 000 prisonniers et 1 200 canons ».

8500251532_fe600c18db_z

* Haldane est une connaissance de Winston Churchill. Les deux hommes se sont connus en Inde puis retrouvés durant la Guerre des Boers. D’abord amis, leur relation sera empreinte de rancœur après que Churchill eût décidé de s’évader d’une prison Boer avant Haldane qui avait monté en partie le plan d’évasion.
** Ancien commandant de la Royal Naval Division, Shute y avait laissé un souvenir déplorable pour sa mauvaise gestion… des latrines. Cela lui valut un poème satirique très populaire, rédigé à son attention par le Lt. A.P. Herbert.
*** On se souvient que les atermoiements de Harper, qui refusa de faire avancer sa 51st (Higland) Division au plus près de la vague de Tanks, a coûté aux Britanniques un plus net succès à Cambrai en novembre 1917.
*** On relèvera plus de 580 tués et blessés sur 800 hommes.
**** Ce fut à Péronne qu’eut lieu la fameuse entrevue entre Charles le Téméraire et Louis XI à l’issue de laquelle le Roi de France dut signer – contre son gré – la remise des villes de la Somme (Abbeville, Amiens, Péronne) au Duc de Bourgogne.


Sources :
– ORTHOLAN Col. H. : « 1918. L’année décisive », Tome 2, « La contre-offensive alliée », SOTECA, Paris, 2018
– KENNETH L. : « La première guerre aérienne 1914-1918 », Economica
– BUAT Gén. Ed. : « Journal de Guerre 1914-1923 », GUELTON Col. Fr. & SOUTOU G-H. (Prés.), Perrin, Ministère de la Défense
– NOTIN J-CH. : « Foch », Perrin, 2009
« The Second Battles of Arras » in The Long, long Trail (Site internet)
« The Battles of Hindenburg Lines », in The Long, long Trail (Siter internet)
« Mont St Quentin and Péronne : Australian Victories » in Australian War Memorial (Site web)

 

 

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s