8 août 1918 : jour de gloire et jour de deuil en Picardie – Partie 2

II –  8 AOÛT : RUPTURE DE LA PREMIÈRE LIGNE ALLEMANDE

– La nuit du 7/8 août est particulièrement calme. Les Allemands ne s’attendent pas à recevoir le choc des Alliés dans le pays de Santerre. Mais à 04h00, les forces d’attaque ont gagné leurs positions. A 04h20, les 3 700 pièces d’artillerie de tous calibres regroupées par les Français et les Britanniques déclenchent un respectivement un tir de préparation et un puissant tir de barrage sur les positions allemandes. A 04h20, les troupes britanniques démarrent leur attaque derrière les blindés.
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1 – L’ASSAUT DE LA FOURTH ARMY

– Sur la partie nord du front l’assaut du III Corps (12th, 18th et 58th Divisions) tourne à la confusion en raison du brouillard et de l’attaque allemande du 6 août. Toutefois, à 08h00, les Britanniques réussissent à s’infiltrer dans les lignes des 43. ID et 108. ID, à prendre le Bois Mallard et à sécuriser Sailly-Laurette sur le Canal de la Somme. Mais plus au nord, les 18th (Eastern) et 12th Divisions attaquent confusément et piétinent face aux Infanterie-Regimente Nr. 120 et 123 qui passent même à la contre-attaque.  A 06h20, la 12th Division lance une attaque secondaire avec la 35th Brigade contre Morlancourt. Malgré un coup d’arrêt sur le flanc droit, l’attaque est un succès, marqué par la capture de 300 prisonniers de l’IR Nr.  154.

– Au sud du Canal de la Somme, les Australiens attaquent derrière les Tanks Mk V. Il faut, à ce titre, se rendre compte de l’inconfort avec lequel doivent combattre les équipages de char : bruit assourdissant, mauvaise ventilation, odeur d’essence attaquant les narines et chaleur étouffante (1). Cependant, Australiens et équipages percutent durement les Bataillonen du XI. Armee-Korps de Viktor Kühne. La tâche des Australiens se trouve facilitée par l’absence de défenses allemandes adéquates, d’autant que les troupes allemandes se trouvent surprises en pleine relève de la 108. ID par la 43. ID. Contrairement à la doctrine en vigueur, la 13. ID déploie 13 compagnies à l’avant et 11 autres en réserve pour tenir le zone principale de bataille. De plus, le tir de barrage australien et la brume matinale aveuglent la défense allemande, ce qui permet aux brigades de tête des 2nd et 3rd Australian Divisions de progresser vite. Malgré une certaine confusion, les sections de tête dépassent systématiquement les postes avancés qui sont neutralisés (ou anéantis) par la seconde vague. Dès les premières heures, activement soutenus par les 2nd et 13rd Tank Battalions, les Australiens s’emparent de la Crête de Gailly et de Lamotte-Warfusée. Plus au nord, ils s’emparent de plusieurs batteries de canons positionnées entre Warfusée et le Canal de la Somme. En revanche, l’attaque sur Cerisy des 14th (Victoria) et 15th (Queensland and Tasmania) Battalions (4th Brigade – 4th Australian Div.), appuyés par le 8th Tank Battalion, se heurtent à une farouche résistance allemande qui mérite d’être soulignée. Australiens et tankistes britanniques se heurtent à l’IR Nr. 97 (43. ID) et aux IR Nr. 201 et 202 (108. ID) qui leur mènent la vie dure. Le commandant de l’IR Nr. 202, le Major Kuhlwein von Rathenow prend la défense de Cerisy en main. Il ordonne donc à ses soldats d’utiliser les techniques de combats antichars mises au point en 1917 et notamment, lors de la Bataille de Cambrai. Du coup, les fusiliers allemands tirent sur les chars avec des munitions « K », soit des balles de 7.92 mm pour fusil Mauser capables de perforer la cuirasse des Tanks. Ensuite, mitrailleurs arrosent copieusement les machines et les fantassins afin de laisser d’autres fantassins jeter des grenades spéciales à six charges explosives, sous la carapace  ou sous un roulement de chenille des engins blindés. Trois Mk V sont mis hors de service et des membres d’équipage sont tués. Malheureusement, von Rathenow n’a pas le loisir de goûter son succès puisque plus au sud, le 13rd (New South Wales) Battalion. réussit à déborder Cerisy par le sud, contraignant les trois régiments allemands à se replier vers l’est. Plus au sud, les Australiens viennent mordre dans la zone d’attaque canadienne et s’emparent de Marcelcave. Avant la reprise de leur avance, les « Aussies » ont déjà avancé de 3,7 km.

– Les Canadiens d’Arthur Currie frappent les 117. ID et 225. ID qui forment l’aile droite (nord) du LI. Armee-Korps (von Hofacker), entre Marcelcave et Hangard-en-Santerre. Mais comme le fait remarquer l’historien canadien Dean Chapelle, les « Canucks » sont moins familiers de la coopération avec les Tanks que les Australiens. Cela tient au fait que les troupes de Currie n’ont pas utilisé l’appui des Tanks durant l’année 1917 et du coup, les exercices de coopération ont été accélérés (2). En revanche, le terrain est beaucoup plus difficile dans le secteur de la vallée de la Luce, avec marais et valons. Et l’aile droite canadienne doit maintenir une liaison constante avec l’aile gauche du XXXIe Corps français qui doit attaquer 45 minutes plus tard. Afin de palier à ce besoin, Currie fait déployer les automitrailleuses de la Canadian Armored Machine Gun Brigade ou « Brutinel’s Brigade » (Raymond Brutinel), ainsi qu’un  soutien supplémentaire d’artillerie sur la droite de la 3rd Canadian Division afin de sécuriser son flanc droit et assurer une liaison constante avec les Français.  En outre, le Major-General Louis Lipsett, commandant de la division reçoit l’ordre d’atteindre des objectifs plus limités afin de ne pas trop distancer l’aile gauche du Général Toulorge.
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– Toutefois, contrairement aux Australiens, les Canadiens sont désavantagés par un terrain beaucoup plus marécageux qui casse leur rythme d’attaque. La 9th Brigade (3rd Division) perce à auteur de Demuin mais est rapidement engagée dans de durs combats pour la conquête du Rifle Wood. Mais grâce à l’intervention Tank, les Canadiens réussissent à contourner ces deux objectifs et à les dégager. De son côté, la 1st Canadian Division d’Archibald MacDonnell réussit à nettoyer le bois et le village de Hangard-en-Santerre. Les Mark V du 4th Tank Battalion mitraillent et canonnent implacablement les défenseurs qu’ils trouvent leur passage mais d’autres échappent au feu des chars et résistent. Du coup, cela contraint les Canadiens à mener des actions moins coordonnées pour éliminer les petites poches de résistance. En revanche, la 2nd Canadian Division de Henry Burstall progressent assez rapidement entre Marcelcave et Hangard, chassant les compagnies allemandes qui lui font face (2).

– L’attaque alliée secoue littéralement les états-majors des II.et XVIII. Armeen qui ne savent encore rien des aces d’attaque ennemis. Il faut dire qu’avec les appareils de la RAF de Salmond qui volent en essaims, les Allemands ne peuvent lancer des reconnaissances qui pourraient les informer des mouvements ennemis. Il n’en reste pas moins qu’à 06h30, Georg von der Marwitz ordonne aux bataillons de réserve des 233. ID (Em. von Dewitz) et 54. Reserve-Division (G. Köhler) de se mettre en marche vers la partie nord du front, afin d’aider la 243. ID (Fr. von Schippert) de lancer des contre-attaques. Pendant ce temps, la 26. RD (A. von Fritsch) est détachée de la XVII. Armee (O. von Below) pour venir prêter main forte au XI. Armee-Korps d’Alfred von Kühne, détache sa propre réserve, la 107. ID (O. Havenstein) depuis Foucaucourt. Von der Marwitz ordonne également à la 43. ID de contre-attaquer contre l’éperon de Chipilly, tandis que la 13. ID doit en faire de même dans la Vallée de Morcourt. Enfin, la 41. ID (Er. Gräser) doit former une seconde ligne de défense, avec plusieurs bataillons des divisions déjà positionnées en première ligne. Enfin, la 109. ID (K. von Behr) est envoyée à l’est de Harbonnières. Elle y parvient en fin de matinée (11h00), tandis que la 1. RD (G. von Waldersee), le 119. ID (K.W. Berger) et la 107. ID () parviennent respectivement, dans l’après-midi, dans les secteurs de Fresnoy – Beaucourt-en-Santerre, Vrély et Foucaucourt  Avec l’envoi de ses divisions de réserve, von der Marwitz souhaite que le LI. Korps déclenche une contre-attaque au sud de la voie ferrée Amiens – Chaulnes. Seulement, von Hofacker pense que l’attaque ennemie ne s’étendra pas au sud de la route Amiens-Roye et du coup, ordonne de retirer les bataillons non engagés des 14. KBD et 192. ID afin de renforcer les 117. Et 225. ID. Sauf que les Bavarois n’ont pas attendu l’ordre de leur chef pour se retirer au sud de Mézières. Les trois bataillons restants sont alors placés sous le commandement de l’Hauptmann Bellmann (commandant du III/IR Nr. 192), regroupés sous la dénomination « Regiment von Bellmann » et envoyé au nord de Beaucourt-en-Santerre (3).

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2 – CONQUÊTE DE RED ET BLUE LINES

– Entre 06h30 et 08h30, la phase de conquête du second objectif (Red Line) démarre. Juste avant, Britanniques, Australiens et Canadiens ont effectué le procédé de « Leapfrogging » qui permet aux Brigades et Battalions non engagés jusqu-là de se placer sur leur ligne de départ, soit sur la position conquise (Green Line). Parallèlement, les unités de Cavalerie sont introduites sur les flancs de chaque Corps avec les automitrailleuses et les Whippets. Profitant du lever du jour la Royal Air Force est en mesure d’intervenir constamment et d’assurer les missions de soutien à l’Infanterie. Mais l’Artillerie allemand commence également à donner de la voix (4).

– Sur la partie du nord du front, le III Corps de Butler repart à l’attaque pour prendre le Bois de Gressaire. Mais le feu des mitrailleuses allemandes empêchent la 58th Division de progresser. Toutefois, les Battalions de la 18th (Eastern) Division (53rd Brigade) réussissent à dépasser le nord du Bois avant d’être repoussés à leur tour.

– Au sud du Canal, les Australiens reprennent leur avance. Monash engage alors la 4th Australian Division d’Ewen Sinclair-MacLaglan et la 5th Australian Division de John Talbot-Hobbs, toutes deux appuyées par 84 Tanks Mk V et 12 automitrailleuses Austin du 17th Armoured Car Battalion. Parallèlement, Monash introduit la 1st Cavalry Brigade et les Whippet sur son flanc droit, afin d’assurer la liaison avec les Canadiens.  De leurs côté, les équipages des automitrailleuses assurent la sécurisation de l’ancienne voie romaine (la route Amiens-Brie). Mais comme l’a fait remarquer Dean Chapelle, le problème de la combinaison Cavalerie – Whippet tient au fait que les chars « rapides » (12 km/h) ne peuvent suivre le rythme des chevaux. Et par conséquent, Cavaliers et tankistes se retrouveront maintes fois séparés. En revanche, les automitrailleuses fournissent un appréciable appui-feu mobile. Raymond Brutinel a d’ailleurs ordonné d’embarquer des mortiers de 6 pouces Newton dans les engins de sa brigade (5).

A 08h20, les Australiens et les Tankistes britanniques repartent à l’assaut emporter leur portion de Red Line, tenue par des unités de combat des 13., 41. et 117. ID. Mais en l’absence de barrage roulant, les « Aussies » et les équipages de char doivent saturer  de feu les positions ennemies avant de les conquérir. Cependant les Sopwith, les DH9s, SE5 et RE-8 de la RAF ne tardent pas à intervenir pour larguer des bombes fumigènes sur les positions allemandes afin d’en aveugler les défenseurs. Mais les chefs de batteries allemandes connaissent bien (ou relativement bien) les secteurs qu’ils doivent cibler. Et la difficulté pour les Australiens sera de réduire au silence les batteries qui tirent depuis la rive nord de la Somme, quelque peu protégées par des zones marécageuses. Du coup, la 5th Australian Division subit de lourdes pertes devant Wiencourt et Bayonvillers. Cependant, le savoir-faire des Australiens et des Britanniques finit par prendre le dessus. En effet, grâce à leur coopération rapprochée, les « Aussies » et tankistes réussissent à contourner chaque batterie à la réduire au silence. Les 8th et 15th Australian Brigades se fraient alors rapidement un chemin vers Bayonvillers et s’en emparent (6). Juste après la prise de la localité, la 1st Cavalry Brigade (2nd et 5th Dragoon Guards et 11th Hussars) passent au travers des lignes de la 15th Australian Brigade et se portent au nord en direction de Harbonnières. Preuve que la Cavalerie retrouve de son utilité, Dragoons et Hussars isolent et capturent une unité allemande de transports (7).

– De son côté, la 4th Australian Division d’Ewen Sinclair-McLaglan progresset très bien par la Vallée de Morcourt en capturant 13 batteries de canons (soit une quarantaine de pièces). Bien que pris sous le feu de 3 Bataillons allemands et d’une compagnie de Pioniere ,qui sont néanmoins assez bien positionnés en hauteur pour interdire la progression de Tanks. Cependant, avançant sur l’ancienne voie romaine, les automitrailleuses Austin réussissent à enfoncer un coin du flanc allemand et à contourner les défenseurs, avant de les arroser copieusement. Ensuite, une batterie d’artillerie de campagne (canons Ordnance QF 18-pdr) vient se positionner pour appuyer l’attaque de 2 bataillons australiens (46th et 30th) de repartir à l’attaque, avec succès. Malheureusement, plusieurs éléments de Cavalerie qui appuient les Australiens sur leur flanc droit panique et finissent par se replier en désordre. Mais cela ne change rien à la donne tactique.

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Char de ravitaillement Mk I (ex Gun Carriage Tank Mk I)

– Sur le flanc gauche (nord) des Australiens, le 15th (Queensland and Tasmania) Battalion doit investir Cerisy avec l’appui de Mark V. Mais, plus que les Allemands, le terrain présente un problème pour les engins blindés qui ne peuvent progressent par un étroit défilé. Du coup, ils sont contraints de faire demi-tour et de contourner le village en grimpant la cote sud et attaquer Cerisy par l’ouest. Mais les Allemands ont le temps de réagir et de prendre les tanks britanniques et les fantassins australiens sous leur feu. Et comme si cela ne suffisait pas, les batteries allemandes positionnées derrière la rive droite du Canal de la Somme (Bois des Célestins et éperon de Chipilly) déclenchent un tir de barrage dans le secteur de Cerisy, détruisant plusieurs chars et ralentissant sensiblement l’attaque. Heureusement, le 14th (Victoria) Battalion réussit à contrôler l’est de la Vallée de Morcourt, forçant un batailon allemand à lâcher Cerisy (8).

– D’autre part, les duels d’artillerie entre Australiens et Allemands gagnent en importance à mesure que les premiers mettent en positions des batteries dans les zones conquises et que les seconds (Feld-Artillerie-Regiment Nr. 13), essaient de riposter de puis la rive nord de la Somme.  Ignorant les ordres de ne pas ouvrir le feu dans la zone du III Corps, la 38th Battery australienne engage les Allemands positionnés sur l’Eperon de Chipilly. Mais la riposte est puissante et la téméraire batterie est anéantie. Si les Australiens connaissent des difficultés pour s’emparer du second objectif, les choses se déroulent bien mieux chez les Canadiens. Les trois brigades engagées alors par (5th, 7th et 1st) s’emparent de Cayeux et Guillaucourt, enfonçant davantage le dispositif défensif de la 117. ID, malgré quelques résistances, entre 10h30 et 11h00.

– Pendant qu’Australiens et Canadiens enfoncent les lignes allemandes, les unités montées et les automitrailleuses poursuivent aussi leur avancée vers l’est, remplissant leur rôle de flanc-garde des deux Corps. Les 2nd et 5th Dragoon Guards réussissent à capturer des canons que les Allemands tentent d’évacuer et réussissent à atteindre Vauvillers. Pendant ce temps, progressant sur la voie romaine, le 17th Armoured Car Battalion réussit également à anéantir un QG allemand au nord de Framerville. L’unité mécanisée atteint ensuite Proyart, Chuignolles mais est arrêté par un violent feu de mitrailleuses à l’ouest de Foucaucourt.

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Automitrailleuses Austin

– Les Allemands tentent cependant de bloquer l’avance Australo-Canadienne mais dans la confusion, le Generalleutnant Viktor Kühne (XI. Korps) ne donne pas d’ordre précis. Par conséquent,  comme le montre Alistair McCluskey, suivant le principe de l’Auftragtaktik, le Generalmajor Höfer, patron de la 117. ID, prend les choses en main, en ordonnant à deux de ses Bataillonen de bloquer la voie ferrée face aux Canadiens et de tenir Harbonnières, pendant que les renforts arrivent. Toutefois, le mécontentement des soldats épuisés et mal nourris se fait clairement entendre. Certains se rendent après avoir tiré leurs derniers coups de feu. D’autres conspuent leurs camarades qui montent en ligne en les traitant de « briseurs de grève », comme le signale le Colonel H. Ortholan (9).

– Mais l’avance des 4th et 5th Australian Divisions reprend, avec l’appui des Tanks. Mais à l’approche de Harbonnières, les « Aussies » sont pris sous le feu des mitrailleuses et mortiers de tranchée du II/Grenadier-Regiment Nr. 2 (109. ID). et arrêtés dans leur avance. Toutefois, les reconnaissances de la RAF avertissent les Australiens que des renforts allemands convergent sur Harbonnières et Cayeux. Cela permet à Monash d’ordonner une efficace riposte d’artillerie qui permet d’arrêter la progression de plusieurs bataillons allemands. Ensuite, profitant de sa domination du ciel, les Sopwith, RE-8 et SPAD S. XIII de la RAF attaquent les formations d’infanterie ennemies. Ensuite, les Cavaliers et Tanks Whippet harcèlent les Allemands autour de Guillaucourt, enrayant sensiblement le déploiement des renforts. Toutefois, les Allemands ont réussi à constituer, en hâte, une ligne de défense entre Proyart en Méricourt, tandis que leur artillerie postée sur l’éperon de Chipilly tient toujours l’aile droite gauche australienne sous son feu (8). Du coup, McLaglan et Hobbs d’engagent qu’un bataillon chacun (16th et 48th) pour forcer la ligne Proyart-Méricourt. Mais les Australiens se heurtent une fois de plus à une vive résistance et l’attaque semble mal partie, quand… le feu cesse et des dizaines d’Allemands lèvent les bras et se rendent. Cela parmet aux deux bataillons australiens de sécuriser la pente de la Cote 84. Ensuite, appuyé par des chars, le 16th (Western Australia and South Australia) Battalion s’avance ver le troisième objectif, près de Méricourt. Mals les Tanks sont aussi fatigués et ne peuvent aller plus loin. En revanche, des petits groupes de mitrailleurs débarquent des Mark V* et se joignent à l’attaque. En début d’après-midi, les Australiens mordent Blue Line et consolident les objectifs conquis.  Et au sud de l’éperon de Chipilly, les fantassins du Dominion réussissent à s’emparer de canons allemand et d’éloigner la menace des tirs d’artillerie sur leur flanc gauche. De leur côté, les Allemands réussissent eux aussi à masser des renforts, notamment plusieurs régiments des 243. et 109. ID, entre Framerville et Proyart.

– Du côté des Canadiens, Arthur Currie maintient son rythme offensif en introduisant la 4th Canadian Division de David Watson et la 3rd Cavalry Division de Louis Lipsett sur son flanc droit. Currie introduit également la Canadian Cavalry Brigade (intégrée à la 3rd Cavalry Diviison), appuyé par 16 Whippet du 3rd Tank Battalion. Les Canadiens s’emparent de Beaucourt – y capturant 300 Allemands – et avançant sur le Bois de Beaucourt. En revanche, la 7th Cavalry Brigade britannique (3rd Cavalry Division7th Dragoon Guards, 6th Inniskilling Dragoons et 12th Lancers) ne peut pas coordonner son attaque avec les Whippet. En revanche, elle est capable d’arriver jusqu’au Bois de Cayeux et de capturer plusieurs batteries d’artillerie. La 7th Cavalry Brigade reçoit alors de poursuivre son avance vers l’est, talonnée par la 6th Cavalry Brigade (3rd Cavalry Division).  En fin de matinée, els Canadiens ont achevé la consolidation de leur second objectif.

– Arthur Currie relance alors son attaque pour conquérir Blue Line. Avec le 1st Tank Battalion, les éléments de la 4th Canadian Division repartent à l’attaque et s’approchent du Quesnel. Malheureusement, plusieurs tirs d’artillerie allemands font mouche et détruisent 9 engins. Du coup, les 11th et 12th Canadian Brigades doivent combattre durement contre le « Regiment von Bellmann » dans le Bois de Beaucourt. Mais très vite, von Bellmann doit replier ses forces affaiblies vers Caix-Le Quesnel. Du coup, les Canadiens peuvent engager  – en soutien de l’Infanterie – une formation mixte « picotin-pétrole » formée de la 9th Cavalry Brigade (15th et 19th Hussars) et du 6th Tank Battalion après 11h00 ; d’autant que la RAF signale une nette confusion derrière les lignes allemandes. L’occasion fait donc le larron et Currie ordonne aux troupes mobiles d’attaquer la portion de ligne Guillaucourt – Rozières. Pour sécuriser le dispositif offensif, la 2nd Cavalry Brigade est positionnée entre les 9th et 7th Cavalry Brigades (9).

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– Du coup, forte de ce soutien mécanisé, les 2nd Canadian Brigade et 2nd Canadian Division (Henry Burstall) attaquent en plusieurs vagues, pendant que les appareils de la RAF gênent considérablement les mouvements de renforts allemands par leur attaque au sol, tels des essaims de frelons. C’est le cas des 109. et 192. ID qui ne peuvent contre-attaquer efficacement, si bien qu’ils sont incapables d’empêcher les Canadiens de prendre Caix. Par conséquent, les Allemands sont contraints de s’établir sur la ligne Harbonnières – Le Quesnel.

– Enfin, sur le flanc nord, les éléments des 54. RD, 233. ID et 243. ID lancent des  contre-attaques (Gegenstoss) avec les bataillons de plusieurs régiments. Mais s’ils réussissent à repousser les Britanniques à l’ouest de la ligne Morlancourt – Chipilly, ils se retrouvent vite arrêtés par un efficace barrage d’artillerie, couplé à des attaques aériennes.

– Pour Henry Rawlinson et ses subordonnés, la journée du 8 août est un net succès, même si les Allemands ne se sont pas débandés. En dépit de quelques coups d’arrêts, Canadiens et Australiens ont enfoncé le front allemand sur près de 12 km en une seule journée. Du jamais vu depuis 1914. Et la combinaison entre Infanterie, Tanks et aviation a particulièrement bien fonctionné. En revanche, comme le signale Alistair McCluskey, beaucoup de chars ont été perdus, à cause de l’artillerie et des fantassins allemands mais majoritairement en raison de pannes mécaniques. Sur les 476 engins engagés, Rawlinson n’en dispose plus que de 155. Preuve qu’en dépit d’une bonne doctrine, l’emploi des Tanks est tributaire de la technologie et de la mécanique. Du côté de la Royal Air Force, 70 avions sont déclarés perdus et 52 doivent être renvoyés au hangar pour réparation. Il faut noter que la majorité des appareils perdus faisaient partie des escadrilles chargées d’attaquer les ponts sur la Somme et qui furent pris à partie par les Fokker Dr. VII des Jastas attachées aux II. et XVIII. Armeen. A ce titre, l’Oberleutnant Erich Löwenhardt, as de l’aviation allemande, revendiquera 13 victoires.

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3 – L’ATTAQUE DE LA Ire ARMÉE FRANÇAISE

– Nous l’avons dit précédemment, les Français engagent bien moins de moyens mécanisés que leurs alliés. Mais comme l’a dit Yves Buffetaut, les « Poilus », Zouaves et Coloniaux partageront la victoire avec les troupes du Commonwealth (10). Comme le signale Henri Ortholan, les Français attaquent dans un secteur assez difficile, avec les marécages qui flanquent les rives de l’Avre. Mais comme prévu, Debeney déclenche son attaque à 05h05. Pendant 45 minutes, l’Artillerie française déclenche un puissant tir de barrage qui quadrille le dispositif défensif de l’aile gauche du LI. Armee-Korps allemand entre Moreuil et Genonville. Sans l’appui de chars les 42e et 37e DI frappent complètement par surprise l’aile gauche de la 225. ID et la 14. Königlich-Bayerische-Division. Progressant derrière un tir de barrage, les fantassins français chassent les Allemands de leurs tranchées du Bois de Moreuil et à 07h00, la lisière est du bois – premier objectif du XXXIe CA – est sécurisée (). Malgré les pertes infligées au LI. AK allemand, les Français doivent faire une pause afin de laisser le temps à leur artillerie de campagne (pièces de 75 et 105 mm) d’avancer de 300 m afin d’allonger le tir. A 06h35, le Général Toulorge étend son attaque vers le sud-est (au sud de Moreuil) en engageant la solide 66e DI de Georges Brissaud-Desmaillet, dite la « Division Bleue » car formée de 9 Bataillons de Chasseurs Alpins (répartis en 3 groupements). Les Chasseurs Alpins encerclent Moreuil après deux assauts et percutent violemment les Könligliche-Bayerische-Regimente Nr. 4 et 8 (11).

– A 07h43, après s’être repositionné, l’artillerie de campagne allonge le tir de barrage, permettant au XXXIe Corps de reprendre son avance. La 42e DI de Deville t’ente d’envelopper Villers-aux-Erables mais est arrêtée par un violent feu provenant du Bois du Dé. La résistance face à la 37e DI se durcit également. Mais les Zouaves des 2nd et 3e Régiments*, ainsi que le 2nd Régiment de Tirailleurs Algériens (Lt-Col. d’Auzac de Lamartine) réussissent à faire taire plusieurs mitrailleuses dans des assauts à la grenade qui causent néanmoins des pertes (12).

A 09h00, Debeney et Toulorge décident d’exploiter le succès du début de matinée. Toulorge introduit la 153e DI de Goubeau – avec ses 2 Bataillons de Chars légers – entre les 42e et 37e DI, tandis que l’aile droite de la 66e DI démarre l’enveloppement de Moreuil. Même si la 42e DI se heurte à une vive résistance, la 153e DI réussit à talonner les Bavarois (14. KBD) et envoie ses premiers éléments à l’entrée ouest de Villers-aux-Erables. Mais un violent feu allemand l’oblige à s’arrête devant Mézières et le Bois du Dé. En revanche, la 37e DI achève de sécuriser Genonville et le Bois de Touffu, avant de déployer ses bataillons de second échelon avant d’avancer sur Plessier.

– En revanche, le IXe Corps de Garnier du Plessis se heurte à une vive résistance des 14. KBD et 192. ID le long de l’Avre. La 15e DIC  d’Emile Guérin réussit néanmoins à percer sur l’Avre en progressant dans les marais. Comme l’explique Henri Ortholan, sitôt atteint leurs objectifs, les « Marsouins » font une pause, pendant que plusieurs escadrons de Cavalerie forment un rideau devant eux. A ce moment-là, les soldats français comprennent qu’ils ont percé (13). Enfin, sur la droite du front français, la 3e DI réussit à établir deux têtes de ponts, à La Neuville et sur la Cote 82.

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Général Paul-Marie Toulorge

– Durant l’après-midi, Mézières est prise par les 42e et 153e DI, après un une préparation d’artillerie. Appuyée par la 326e Compagnie de Chars, la 42e DI s’empare du Bois du Dé et de Villers-aux-Erables. Mais l’attaque du XXXIe Corps commence à s’essouffler, car l’artillerie de campagne suit difficilement et les casiers d’obus sont quasiment vides. La 153e DI parvient devant Hangest-en-Santerre mais ne va pas plus loin à cause de tirs de mitrailleuses. Du coup, pour l’attaque sur Fresnoy, Toulorge doit attribuer la 332e Compagnie de Chars à la 42e DI. D’autre part, la coordination entre divisions s’affaiblit également, car la 153e DI décide d’attaquer Hangest de son côté. L’attaque a lieu à 18h30 par un tir de barrage d’artillerie. Cependant, les troupes françaises réussissent à envelopper Fresnoy et à en chasser les défenseurs bavarois, après un violent combat maison par maison. Dans ce cas de figure, les poilus doivent improviser tactiquement en attaquant chaque bâtiment à la grenade et à l’arme automatique, avant de le dégager au prix de violents combats rapprochés. Enfin, plus au sud-est, la 192. ID réussit à tenir encore sur la Ferme de Genonville, Braches et la Cote 95, avant de se replier sur le Bois de Genonville. Celui-ci est finalement sécurisé par la 15e DIC. Enfin, de son côté, la 3e DI talonne la 24. ID (R. Hammer) mais ne réussit pas à dégager Plessier (14)

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CONCLUSION

– Si elle ne s’achève pas sur un succès tactique comme nous pourrions l’entendre encore aujourd’hui, l’offensive du 8 août s’achève sur un net succès d’attrition. Les Allemands ne se sont pas débandés mais ils ont du se replier et abandonner la « ligne de défense d’Amiens ». En une journée, ils ont perdu 27 000 hommes, dont plus de 12 000 prisonniers Et parmi eux, 650 à 700 prisonniers (15). De leurs côtés, les Alliés ont perdu un peu plus de 13 000 hommes (dont 8 800 – 9 000 pour la Fourth Army). Cela incite vite Haig à relancer l’offensive. D’ailleurs, le succès fait dire à Arthur Currie : « Je ne sais pas quel fut le délai estimé par Haig pour la prise de la [ligne extérieure de défense d’Amiens] mais je sais que ni lui, ni personne d’autre, ne s’attendait à ce que nous l’atteignions au soir du 8 août » (16).

– En revanche, à Avesnes-s/-Help, Erich Ludendorff reçoit la nouvelle comme un violent coup de massue. Et c’est le second après l’Offensive alliée sur la Marne. Une fois de plus violemment secoué, Ludendorff parle du 8 août comme du « jour de deuil » ou « jour le plus noir de l’Armée allemande ». Le mot est resté célèbre.

* Commandés respectivement par les Lieutenants-Colonels de Metz et Mondielli.

[Suite]


(1) CHAPELLE D. : « The Canadian Attack at Amiens, 8-11 August 1918 », in Canadian Military History, 1993
(2) CHAPELLE D., Op. Cit.
(3) McCLUSKEY AL. : « Amiens 1918. The Black Day of the German Army », Osprey Publishing, Londres, 2009
(4) McCLUSKEY AL., Op. Cit.
(5) CHAPELLE D., Op. Cit.
(6) McCLUSKEY AL., Op. Cit.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) ORTHOLAN Col. H. : « 1918. L’année décisive », Tome 2, « La contre-attaque alliée », SOTECA, Paris, 2018
(10) BUFFETAUT Y. : « Août 1918. Amiens, une victoire française », in Tranchées Magazine, N°23, Ysec Editions, novembre 2015
(11) McCLUSKEY AL., Op. Cit
(12) Ibid.
(13) ORTHOLAN Col. H., Op. Cit.
(14) McCLUSKEY AL., Op. Cit.
(15) CHAPELLE D., Op. Cit.
(16) Ibid.

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