L’hydravion « Felixstowe » F.2 et F.2A

Une merveille de technologie aéronautique de la Première Guerre mondiale : l’hydravion biplan « Felixstowe » F.2A qui se révéla fort utile à la lutte anti sous-marine et à la surveillance des convois. Les faits d’armes de ses pilotes durant la Grande Guerre resteront bien sûr dans l’ombre des as du RFC mais le « Felixstowe » servira de base à la conception de plusieurs hydravions, dont le « Catilina ».

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– Avec la guerre menée contre les Unterseeboote et les Zeppelins du Kaiser, les Britanniques arrivent rapidement à la conclusion qu’ils ont besoin d’avions à plus long rayon d’action et à plus grande autonomie, afin d’équiper décemment le Royal Navy Air Squadron (les unités aériennes de la Royal Navy). Ils achètent d’abord aux Etats-Unis des Curtiss H4 et H8 américains, suivis par de H12 surnommés respectivement « Small America » puis « Large America ». Mais les deux modèles manquent de puissance et leur conception doit être revue (1).

– Cette tâche d’ingénierie est dévolue au RNAS Squadron Commander John Cyril Porte, commandant de la station aérienne navale de de Felixstowe (côte du Suffolk) et qui avait déjà travaillé avec Glenn Curtiss avant la guerre. Porte conçoit alors un « bateau volant »/hydravion bimoteur, désigné sous le nom de « Felixstowe », fruit de l’alliance entre la coque à deux redans et de 2 moteurs Rolls-Royce Eagle VI. Finalement, après plusieurs essais, l’appareil effectue son premier vol avec succès en février 1917 et est immédiatement mis en service, d’autant que Ludendorff a lancé la « guerre sous-marine à outrance », justifiant ainsi un emploi rapide de l’appareil pour la chasse aux U-Boote. Le F2 voit le jour mais très vite, une seconde version plus appréciée, le F.2A équipe le RNAS. Ce modèle est doté de 2 moteurs Rolls-Royce Eagle VIII de 345 Cv et à 12 cylindres. Trois autres versions seront également produites : le F.2c et le F5 pour les Britanniques, ainsi que la version américaine, le Curtiss H-16. Le « Felixstowe » sera produit à 173 exemplaires jusqu’en 1918, à raison de 100 modèles par Saunders S.E. ; 48 par May, Harden & May et 25 par AIRCO. Ces trois firmes fabriquent les voilures avant d’effectuer l’assemblage final. Mais les coques sont spécialement fabriquées par Aldous, Dixon Brothers & Hutchinson, Summers & Payne, et Norman Thompson/H.Williams. Enfin, 53 appareils sont livrés pour l’année 1917 et 59 pour 1918.

– En termes de caractéristiques, le « Felixstowe » mesure 14,10 m de long, pour une envergure de 29,15 m et une hauteur de 5,3 m. Il déplace une masse de 3,4 tonnes à vide et 4,5 en charge. Les moteurs Rolls-Royce (notamment les Eagle VIII) lui permettent de voler à 153 km/h à une altitude de 610 m. Mais il peut atteindre un plafond de 3 110 m et voler sur 950 km. Enfin, il embarque un équipage de 4 hommes (1 pilote, 1 mécanicien de bord et 2 mitrailleurs) et son armement (outre les bombes) se compose de 4 mitrailleuses Lewis (en raison du refroidissement à air et non à eau*) de 7,7 mm.

– Le « Felixstowe » se révèle un exemple de technologie aéronautique et l’un des meilleurs hydravions de sa génération. Etonnamment maniable pour sa taille, il apable de tenir sur l’eau et d’amerrir convenablement, doté d’une autonomie de 6 heures, bien armé pour la défense et pouvant embarquer deux bombes ASM de 95 kg environ (230 livres), il se révèle indispensable dans la lutte sous-marine et se retrouvera souvent aux prises avec des appareils allemands. Si le palmarès des pilotes de l’hydravion en termes de chasse aux U-Boote n’est pas spectaculaire, loin s’en faut, sa seule présence auprès des convois contraint les officiers sous-mariniers et austro-hongrois à faire surface ou à s’approcher tout près des convois. Néanmoins, un équipage put se targuer d’avoir abattu un Zeppelin à 2 400 m d’altitude au-dessus de l’Île de Heligoland. Les « Felixstowe » sont également employés dans les patrouilles « en toile d’araignée » (« Spider web patrols ») en Mer du Nord et jusqu’aux ports belges. Il s’agit de couvrir un « octogone » de mer de 4 000 miles, à partir d’un point central et en suivant plusieurs caps longs de 10, 20 et 30 miles (2).

– Le « Felixstowe » trouve son pendant sur bases terrestres avec le Blackburn « Kangaroo », plus léger mais capable également d’embarquer une appréciable charge de bombe. Mais conçu durant la guerre, les Britanniques n’eurent pas le temps de s’en servir avant l’armistice. Plusieurs observateurs et historiens ont d’ailleurs noté que le « Kangaroo » possédait une plus grande autonomie et une meilleure capacité de charge en bombes que l’Avro Anson de la Seconde Guerre mondiale (3). En revanche, en 1917-1918, les Allemands réussissent à lui trouver deux rivaux avec les hydravions Hansa « Brandeburg » W.12 et W.29, plus rapides et plus maniables. Mais ses appareils ne feront nullement pencher la balance de la guerre au-dessus des flots de la Manche et de la Mer du Nord.

* Le manchon des Lewis permet un refroidissement par air, alors que les Vickers (également utilisée sur les avions) nécessitent un refroidissement par eau.

 


(1) LAYMAN R.D. : « The naval Aviation in First World War. Its impact and influence », Caxton Publishing, 2002, Londres
(2) LAYMAN R.D., Op. Cit.
(3) Ibid.

 

 

 

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