Bataille de Cambrai – 1: un échec opérationnel britannique pour une première victoire de la technique

– Avec l’échec de deux grandes offensives (Chemin des Dames et Passchendaele) et quelques succès offensifs localisés (Messines, Verdun et le Fort de la Malmaison), l’année 1917 ne se termine guère sur une note positive pour les Alliés sur le Front de l’Ouest. Mais Douglas Haig ne renonce nullement à ses projets offensifs. Afin de soulager le Front des Flandres et dans l’espoir d’emporter un succès d’importance, le Fieldmarschall décide de lancer une offensive destinée initialement à soulager l’effort de Passchendaele. Ayant choisi le secteur de Cambrai, les généraux britannique qui ont planifié l’opération vont remporter un spectaculaire succès, marqué par de nettes innovations tactiques et techniques, le 20 novembre mais qui ne donnera pas suite.

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1 – ENTHOUSIASME MAIS MANQUE DE COHÉRENCE DANS LES OBJECTIFS

– Les Britanniques ont l’idée d’une attaque d’un nouveau style, assez différents des principes conventionnels du moment. John Frederick Fuller, chef d’état-major du Tank Corps propose en effet un raid massif à l’aide de blindés engagés en nombre. Jusque-là, les Britanniques avaient employé leurs Tanks comme « canons roulants » pour appuyer les attaques de l’Infanterie, comme ce fut le cas durant la Bataille de la Somme, à Bullecourt, Messines et Passchendaele. Mais à l’été 1917 durant la Troisième Bataille d’Ypres, Fuller et son supérieur, le Brigadier-General Hugh Elles se sont rendus compte qu’engagés en petit nombre, les Tanks pouvaient se retrouver isolés et beaucoup plus vulnérables. Il faut donc les employer de façon concentrée afin de percer les premières lignes allemandes de la Ligne Hindenburg avec l’appui d’une première vague de fantassins lourdement armés. Une seconde vague d’infanterie devra consolider les zones conquises à l’issue de la percée. Sur le papier, techniquement, le plan britannique est particulièrement novateur. Sauf qu’une fois de plus Haig et Byng retrouvent leurs (mauvais) réflexes de cavaliers, puisqu’ils prévoient de faire passer le Cavalry Corps de Kavanagh dans la brèche obtenue. Les Britanniques comptent sur l’effet de surprise, ce qui implique une préparation aussi minutieuse que secrète. Après avoir consulté le plan proposé par Fuller et Byng, Haig approuve (1).

– Le plan d’attaque étant défini, il faut cibler un secteur selon des conditions précises. L’expérience de Passchendaele ayant montré aux Britanniques que les engins chenillés sont inefficaces dans un sol humide et meuble (Passchendaele), il faut attaquer dans un secteur propice à la progression des Mark IV, soit un avec un sol relativement dur, comme ceux des département du Nord et du Pas-de-Calais plus calcaire que celui des Flandres. Deuxièmement, l’expérience a montré que les Tanks ne peuvent être efficaces dans un terrain criblé de cratères d’obus. Les engins étant encore mécaniquement fragiles, ils risquent de tomber en panne ou de ne pas sortir facilement des cratères. En se penchant sur les cartes les Britanniques estiment que le secteur de Cambrai est adéquat, car deux canaux relativement parallèles et séparés de 7-10 km peuvent couvrir les flancs des Tanks et de l’Infanterie. Il y a bien l’obstacle naturel formé par la Canal de l’Escaut mais sa traversée n’est pas jugée impossible. Dans le secteur de Cambrai, la « Siegfried Stellung » (Ligne « Hindenburg ») est puissamment fortifiée, sauf qu’elle est occupée par des divisions de seconde ligne aux effectifs réduits et non par des unités d’élite, celles-ci étant alors davantage concentrées derrière le front des Flandres. Enfin, Cambrai dispose d’un bon réseau ferré tout en étant situé sur trois voies de ravitaillement représentés par deux routes menant vers la Belgique et par le Canal de Saint-Quentin. Les Britanniques ont donc un coup à jouer et peuvent mettre à mal la logistique et le ravitaillement allemands. Après avoir consulté le plan proposé par Fuller et Byng, Haig approuve. L’offensive est fixée au 20 novembre 1917. Mais à cette date, la bataille de Passchendaele est achevée.

– L’attaque contre le secteur de Cambrai – Bourlon – Flesquières est donc confié à la Third Army de Julian Byng qui bénéficie de l’apport de 476 Tanks (Male et Female), de 1 000 pièces d’artillerie et de 300 avions (SPAD, Sopwith, etc.). Byng place le III Corps de William Pulteney sur la droite et le IV de Charles Woollcombe sur la gauche. Pas de renforts substantiels d’infanterie mais un puissant appui de troupes montées avec l’appoint de tout le Cavalry Corps de Charles Kavanagh (1st, 2nd, 3rd, 4th  et 5th Cavalry Divisions), ce qui donne un assemblage offensif brodequins – picotin – chenilles et pétrole.

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Julian Byng

– L’idée d’une nouvelle offensive dans le secteur de Cambrai n’a pas été décidée à l’automne 1917. En août, alors que la Troisième Bataille d’Ypres bat son plein, Haig cherche à lancer une offensive pour détourner une partie des forces du Front des Flandres. C’est en août 1917 que The Honourable Julian Byng, commandant la Third Army auréolé du succès de la Crête de Vimy, vient à proposer un plan à son supérieur. Byng demande à pouvoir lancer une attaque surprise contre Cambrai. Haig accepte et selon Launcelot Kiggell, chef de l’état-major du BEF, le « plan prend immédiatement de l’importance ». Byng devait être au courant qu’un premier projet avait été préparé par le III Corps de William Pulteney, alors subordonné à la IV Army de Rawlinson, après que Haig eût demandé à évaluer la possibilité de rompre les défenses allemandes dans le secteur de Cambrai. Plusieurs préparations ont été établies selon ce premier plan, avant que la partie du front englobant Cambrai ne soit octroyé à la Third Army. Suivant leur expérience des succès limités de 1917 (Vimy et Messines, entre autres), les Britanniques préconisent une offensive de type « bite and hold » (« mordre et tenir »). Rien d’original mais la méthode tactique a déjà fait ses preuves (2).

– Toutefois, l’enthousiasme est palpable au sein du GHQ dans l’optique d’employer les Tanks pour la première fois de façon massive et concentrée. Le Brigadier-General Hugh Elles, patron du Tank Corps en France et son chef d’état-major, le Lieutenant-Colonel John Frederick Fuller, se rendent au QG de Montreuil, ainsi que plusieurs fois au QG de la Third Army courant août.  Mais l’enthousiasme de Byng et le soutien de Haig ne suffisent pas à rassembler le nombre suffisant de forces pour l’offensive sur Cambrai, alors que la Troisième Bataille d’Ypres fait rage. Les unités mises au repos à l’entrée de l’automne 1917 ne peuvent être « retapées » rapidement en raison de pertes. Il faut compléter les effectifs avant de les entraîner, notamment à la coopération avec les Tanks. C’est le cas notamment des 20th (Light) et 36th (Ulster) Divisions. Officier GSO1 de l’état-major du GHQ, le Brigadier-General Edward Tandey se souvient qu’un après-midi de septembre 1917, il est convoqué à Montreuil par Haig qu’il trouve avec Byng. Tandey explique que Haig lui « annonce tranquillement qu’il avait décidé de lancer une attaque dans le secteur de Cambrai avec la Third Army pour le mois de novembre. Et il voulait que je dise à Byng de combien de division il pourrait disposer. Il m’en nomma 2 ou 3. Mais je lui répondis que celles-ci ne pourront être pleinement disponibles à la date voulue, puisqu’elles n’avaient pas encore pleinement incorporé leurs renforts, sans lesquels elles ne peuvent être des formations de combat. » Tandey termine avec cet humour pleinement anglais avec ses mots : « j’ai cru qu’il [Haig] allait me dévorer » (3). Mais Haig se ravise quand son propre Chef d’état-major, Launcelot Kiggell, lui confirme que les divisions nécessaires à l’offensive sur Cambrai ne sont pas disponibles. Du coup, Haig ne donne son accord final que le 13 octobre.

– Afin de bénéficier du terrain encore épargné par les bombardements, Elles et Fuller plaident pour un raid court mais brutal afin de causer le plus dommages et de désordre dans le dispositif allemand. En fait, deux conceptions s’opposent dans le plan. Elles et Fuller veulent infliger le maximum de pertes humaines et matérielles aux Allemands sans chercher à conquérir le terrain. Or, le Major-General John Davidson, chef des Opérations du GHQ et Julian Byng penchent pour une opération de plus ample manœuvre dans le secteur de Cambrai. Dans le même temps et de manière indépendante, le IV Corps de Charles Woolcombe a développé un plan pour une attaque surprise en utilisant l’artillerie. Elles approuve l’idée mais stipule à Woolcombe que le terrain ne doit pas être dévasté afin de permettre aux engins chenillés – et aux chevaux – de progresser correctement. Mais au final, tout le monde tombe d’accord pour arrêter un plan. Comme pour Vimy, Julian Byng entraîne ses forces avec les nouveaux procédés perfectionnés durant l’été et l’automne 1917 (4).

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John F.C. Fuller
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Brigadier-General Hugh Elles

– Les Britanniques ont l’idée d’une attaque d’un nouveau style, assez différents des principes conventionnels du moment. John Frederick Fuller, chef d’état-major du Tank Corps propose en effet un raid massif à l’aide de blindés engagés en nombre. Jusque-là, les Britanniques avaient employé leurs Tanks comme « canons roulants » en petit nombre pour appuyer les attaques de l’Infanterie, comme ce fut le cas durant la Bataille de la Somme, à Bullecourt, Messines et Passchendaele. Mais à l’été 1917 durant la Troisième Bataille d’Ypres, Fuller et son supérieur, le Brigadier-General Hugh Elles se sont rendus compte qu’engagés en petit nombre, les Tanks pouvaient se retrouver isolés et beaucoup plus vulnérables. Il faut donc les employer de façon concentrée afin de percer les premières lignes allemandes de la Ligne Hindenburg avec l’appui d’une première vague de fantassins lourdement armés. Une seconde vague d’infanterie devra consolider les zones conquises à l’issue de la percée. Sur le papier, techniquement, le plan britannique est particulièrement novateur. Sauf qu’une fois de plus Haig et Byng retrouvent leurs (mauvais) réflexes de cavaliers, puisqu’ils prévoient de faire passer le Cavalry Corps de Kavanagh (1st, 2nd et 5th Cavalry Divisions) dans la brèche obtenue. Au vu des expériences de l’année 1917, on peut se demander pourquoi Byng décide de faire une confiance à trois divisions de Cavalerie. Il ne faut pas oublier qu’en dépit des qualités techniques dont il a fait preuve à Vimy, Byng est un cavalier de formation et qu’il fait lui aussi confiance aux troupes montées pour manœuvrer dans les arrières du dispositif ennemi. Or, c’est là que le plan britannique est victime d’un hiatus : faut-il chercher un succès purement tactique en conquérant quelques portions de terrain mais avec des procédés perfectionnés afin d’infliger à l’ennemi de lourdes pertes ? Et il ne faut pas oublier que les Tanks disposent d’une autonomie très limitée pour de telles opérations : il faut les entretenir et réapprovisionner ces engins gourmands en carburant, ce qui ralentira forcément le rythme de l’offensive et contraindra les Britanniques à consolider leurs positions conquises. A sa décharge, Byng l’a bien compris. Mais on saisit moins son enthousiasme à faire passer sa Cavalerie dans les brèches qui pourront être effectuées. Or, les Britanniques ont pourtant eu l’expérience de la défense élastique allemande comme de leur défense en profondeur. Les Britanniques ont bien enregistré un succès de cavalerie en avril 1917, lors de la Bataille d’Arras. En effet, la 3rd Cavalry Division s’était emparée de Monchy-le-Preux MAIS avec le concours et le soutien de la 37th Division ET sur un objectif tactique limité. Quoi qu’il en soit, on se demande vraiment si le plan britannique est cohérent. Byng – et Haig derrière lui – espère venir à bout des défenses allemandes de façon brutale et rapide, avant de manœuvrer et pourquoi pas obtenir un succès sur une plus grande échelle. On croirait presque voir un plan dressé conjointement par Plumer et Haig, ce qui signifierait suivre deux conceptions quasiment opposées de la guerre. Ajoutons qu’avec 9 divisions alignées, la Third Army peut remporter un succès tactique sur une ou deux journées. Mais il lui en faudrait davantage pour faire reculer et disloquer l’ensemble des forces de von der Marwitz. De plus, en profitant du réseau ferroviaire et des routes disponibles, les Allemands ne manqueront pas d’envoyer des divisions en renfort, notamment plusieurs de celles qui tenaient le Front d’Ypres et qui se sont vues libérées de la pression britannique à la mi-novembre.

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2 – PLANS ET PRÉPARATIFS

– En revanche, ce que l’on peut mettre sur le compte de Byng, c’est la préparation secrète et minutieuse de son offensive qui nécessite pourtant d’importants moyens. Les 817 Tanks sont acheminés depuis l’arrière sur wagons grâce aux efforts des cheminots et travailleurs spécialisés du 1st Railway Regiment. Les travailleurs chinois du Chinese Labour Corps contribuent également à l’acheminement des moyens en creusant des routes et en posant les rails qui permettent d’assurer un ballet constant de convois routiers et ferroviaires. A l’arrière des lignes, des ateliers pour les Tanks ont été aussi aménagés, pendant que les dépôts et entrepôts – entretenus par une forte proportion de travailleurs chinois – abritent armes et munitions (5).

– Les Britanniques décident d’attaquer dans le secteur de Cambrai–Bourlon–Flesquières. Et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, la région du Cambrésis et la rive gauche du Canal de l’Escaut sont restés relativement calmes durant trois ans. Et par consequent, le terrain n’a pas été criblé de trous d’obus, ce qui permettra aux Tanks de progresser plus facilement. Deuxièmement, le sol est plus calcaire et non sablonneux et meuble comme dans les Flandres. Enfin, le secteur d’attaque choisi par la Third Army est délimité par deux canaux parallèles qui pourront couvrir ses deux flancs. Paradoxe, Julian Byng qui avait refusé d’engager des Tanks dans l’assaut contre la Crête de Vimy en avril 1917 (ne les ayant pas jugés utiles alors), se montre bien plus enthousiaste à suivre le plan proposé par Elles et Hugh. Ainsi, il dispose de 816 Tanks Mk IV « Female » (avec mitrailleuses Hotchkiss de flanc) et  « Female » (avec 2 canons de 6 pounder, soit 57 mm)  ; 476 seront  engagés le 20 novembre. 350 autres seront engagés avec le V Corps d’Edward Fanshawe dans les attaques d’exploitation du succès du 1er jour. Elles sera présent avec ses équipages dans son propre Tank baptisé « Hilda  ». Enfin, les projecteurs « Livens » (tubes de gaz) sont aussi déployés en face de Banteux.
– Suivant les préceptes du Major-General Henry Tudor (alors commandant de la 9th Scottish Division), l’effet de surprise devra être accru par un le déclenchement d’un violent tir de barrage le jour même de l’offensive et non pendant la semaine précédant le jour de l’offensif. L’artillerie lourde britannique devra cibler la profondeur du dispositif ennemi pendant que les zones de progression des chars devront faire l’objet d’un ciblage plus limité, afin de ne pas rompre la dynamique de l’assaut mécanisé à cause des trous d’obus. Il n’empêche, pour neutraliser le dispositif allemand, les Britanniques concentrent 900 000 obus de tous calibres dans leurs parcs d’artillerie (6).

– Julian Byng prévoit d’attaquer sur un front assez étroit (8 km) entre le Canal du Nord et le Canal de Saint-Quentin, avec pour objectifs une ligne Bourlon – Bois et crête de Bourlon – Fontaine – Rumilly et Masnières – Bantouzelle et Honnecourt. Sur la gauche, le IV Corps de Charles Woolcombe doit attaquer vers le nord et capturer Havrincourt, Flesquières, Graincourt-lès-Havrincourt et Cantaing. Pour cela, Woolcombe dispose des 36th (Ulster) Division (O. Nugent), 40th Div. (J. Ponsonby), 51st (Highland) Div. (G. Harper), 56th (1/1st London) Div. (Fr. Dudgeon) et 62nd (West Riding) Div. (W. Braithwaite). Sur la droite, le III Corps de William Pulteney doit s’emparer de Crèvecoeur, Bonavis, Marcoing et Masnières. Là, les divisions de Pulteney constitueront une tête de pont depuis laquelle s’élancera le Cavalry Corps. Pulteney dispose pour cette mission des 6th Div. (Th. Marsden), 12th (Eastern) Div. (A. Scott), 20th (Light) Div. (R. Davies) et 29th Div (H. de Beauvoir de Lisle). Ensuite, le V Corps d’Edward Fanshawe devra exploiter le succèss des deux autres en avançant vers Cambrai. Chaque division est appuyée par un Battalion de Tanks (désigné par une lettre) comptant environ 40 engins. Enfin, le flanc droit (sud) de l’attaque est protégée par le VII Corps de Richard d’Oyly Snow avec la 55th (West Lancashire) Division (H. Jeudwine).

– La défense du secteur de Cambrai est assure par des éléments de la II. Armee allemande du General der Kavallerie Georg von der Marwitz et plus exactement par le Gruppe « Caudry » (XIII. Korps) de Theodor von Watter composé des 20. Infanterie-Division (R. Wellmann), 54. ID (O. von Watter), 183. ID (G. von Schüssler) et 9. Reserve-Division (J. A. Hildemann). Les Allemands sont néanmoins au courant que les Britanniques mijotent encore un mauvais coup. La capture d’un soldat de la 36th (Ulster) Division révèle que celle-ci s’apprête à attaquer sur Havrincourt. Mais le Kronprinz Rupprecht de Bavière (commandant du Heeres-Gruppe « Nord ») y voit davantage un engagement partiel plutôt qu’une offensive générale. Mais le 19 novembre, la veille de l’attaque, le renseignement allemand détecte une inhabituelle activité téléphonique dans le secteur Riencourt. Il y est question de renforcement d’un régiment. Cette fois, Rupprecht prend les devant et renforcer le Gruppe « Caudry »  de Theodor von Watter avec la 107. ID (O. Havenstein) et la 20. Landwehr-Division (Th. Frhr von Hanstein), cette dernière étant composée de territoriaux d’âge mûr et n’a pas de réelles qualités offensives ou défensives. Enfin, de son côté, le Gruppe « Arras » est mis au courant qu’il pourrait être soumis à un bombardement entre 02h00 et 03h00 du matin. (7)

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3 – LE SUCCÈS FOUDROYANT MAIS LIMITE DU 20 NOVEMBRE

– Le 20 novembre 1917, les Britanniques déclenchent leur attaque qui surprend complètement les Allemands. La « Siegfried Stellung » est pilonnée par 1 000 pièces d’artillerie pendant plusieurs heures mais de façon violente et avec un ciblage particulièrement minutieux grâce au repérage visuel et sonique. Suivant le tir de barrage, 476 Tanks lancent leur attaque frontale, suivis par les sections de l’Infanterie. Le premier jour est un net succès pour les Britanniques. Complètement surpris et choqués par la puissance de l’assaut, les Allemands se replient, sauf à Flesquières solidement tenue. En revanche, la « Siegfried Stellung » est percée sur 10 km. Du côté du IV Corps Corps, les protestants unionistes nord-irlandais de la 36th (Ulster) prennent le Bois de Bourlon et s’approchent de Fontaine. Pendant de ce temps, les Ecossais de la 51st (Highland) et la 62nd (West Riding) Division prennent Havrincourt et Graincourt. Et du côté du III Corps, la 20th (Light) Division part de Gouzeaucourt et prend Masnière, tandis que sur sa gauche, la 6th Division s’empare de Ribecourt et de Marcoing, atteignant ainsi le Canal de l’Escaut. Enfin, au sud, la 12th (Eastern) Division prend Bonavis et le Bois de Lateux.

– Par contre, quand, après s’être emparée de La Vacquerie, la 20th (Light) Division atteint Les Rues Vertes, Masnières et le Canal de Saint-Quentin. Là, elle doit sécuriser le un pont afin de permettre à la 2nd Cavalry Division (W. Greenly). Si les fantassins sécurisent le pont, celui s’écroule sous le poids du Tank « Flying Fox ». Si l’Infanterie peut passer le canal, la Cavalerie ne peut suivre. Seul le B Squadron du Fort Garry Horse peut traverser. Et pour des raisons obscures, la possibilité de traverser le canal à Crèvecoeur-s/-Escaut n’a pas été relevé. Mais le Canal de Saint-Quentin n’est pas le seul responsable du retard des troupes montées. En effet, la 2nd Cavalry Divsion ne dispose pas de communications adéquates et n’est pas informées des progrès de l’Infanterie. Mais il semble aussi que le commandement de la Cavalerie n’ait pas été à la hauteur, à tel point qu’Aylmer Haldane, commandant du VIth Corps, vient à assigner un blâme à Charles Kavanagh pour avoir « été vague dans ses intentions ». Quoiqu’il en soit, la Cavalerie britannique ne brille pas particulièrement. Ainsi, quand la 6th Division s’empare de Ribecourt et ouvre le passage de la Siegfried Stellung à la 5th Cavalry Division, celle-ci est durement repoussée devant Noyelles (8).

– La 51st (Highland) Division de George Harper n’arrive en revanche pas à prendre Flesquières. L’historiographie militaire britannique a beaucoup critiqué le manque de confiance de Harper envers les Tanks. En effet, le commandant des Highlanders choisit sciemment de ne pas suivre les recommandations de Fuller et ordonne aux équipages des lourds engins des E et F Tank Battalions de rester 100 m en arrière de ses fantassins. Or, les Highlanders des 152nd et 153rd Brigades distancent les lourds engins, pendant que les Allemands se sont réorganisés. Du coup, les Ecossais sont violemment repoussés avec de lourdes pertes. Flesquières et sa crête éponyme restent donc aux mains du Gruppe « Charny », ce qui pose un sérieux retard au plan offensif britannique. Enfin, de son côté, la 62nd (2nd West Riding) Division s’empare des ruines de Havrincourt et de Graincourt pour e trouver à portée de fusil d’Anneux, dominé par le Bois Bourlon. Mais en dépit de son bon résultat, la division a couvert plus de 8 km en une journée est se trouve épuisée (9).

– En dépit, de l’échec de Flesquières, l’offensive de Byng est un net succès, si l’on tient compte de seuls objectifs tactiques. Succès tempéré par l’engagement inefficace de la Cavalerie. En revanche, la surprise a joué à plein et la combinaison infanterie-chars, quoiqu’imparfaite a fait ses preuves. Pour l’heure, le commandant de la III Army ordonne de consolider le terrain conquis. Mais Haig lui ordonne alors de poursuivre son effort contre la ligne Masnières – Beaurevoir afin de créer une brèche pour la Cavalerie. Byng ordonne également à Woolcombe d’achever la conquête de Flesquières et Bourlon avant quarante-huit heures. Mais à ce moment, il faut acheminer les troupes fraîches, alors que les Tanks sont affaiblis mécaniquement. A parti de ce moment, la dynamique du 20 novembre s’enraye et la pause que Byng impose à ses trois Corps et divisions est vite mise à profit par von der Marwitz. Profitant de l’arrivée des 30. ID (Fr. G. von der Wenge von Lambsdorff) et 214. ID (R. von Brauchitsch) – dépêchées depuis le Front des Flandres – von der Marwitz fait monter en ligne les 119. ID  (K.W. Berger) et 5. Gardes-Division (W. von der Osten). Ensuite, le 23 novembre, c’est tout le XXIII. Korps de Hugo von Kathen (5 Gardes-Div30., 34. et 220. Infanterie-Divisionen) qui vient se positionner devant le VII Corps britannique sur l’aile droite de Byng (10).

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4 – EMBOURBEMENT A FLESQUIERES ET BOURLON

– Le 22 novembre, Haig transforme ni plus ni moins le succès tactique de Byng sur un objectif limité en échec opérationnel. Le commandant du BEF ordonne à son subordonné de prendre le Bois de Bourlon et Flesquières, alors que Byng souhaitait faire monter le V Corps en lice pour remplacer relayer les divisions ayant opérer le mopping-up (phase de consolidation). En  Haig souhaite renforcer son flanc gauche à cause du saillant créé par la 36th (Ulster) Division, tout en enveloppant Cambrai par le nord via Bourlon, après constat qu’attaquer par le sud est impossible. Haig se montre encore trop ambitieux en imposant des objectifs difficilement atteignables pour ses troupes. Du coup Byng passe l’ordre à Harper qui s’exécute mais le 1/4th Seaforth Highlanders Bn. se casse les dents sur la Crête de Flesquières, âprement défendue par les 32. ID (G. von der Decken) et 224. ID (H. Rüstow). Du coup, comme pour la Somme, Arras et les deux premiers mois de Passchendaele, la bataille de Cambrai se transforme en une suite de combats successifs pour des objectifs limités qui font perdre toute cohérence à la bataille (11).

– Le 23 novembre, Byng ordonne à Harper de prendre Fontaine Notre-Dame et Moeuvres, après que la 40th Division de John Ponsomby ait relevé la 62nd fatiguée. Harper envoie le 1/6th Gordon Higlanders Bn. Seulement, si ses officiers lui demandent que leurs hommes suivent les Tanks qui ouvriront le passage, Harper refuse et ordonne aux engins de suivre les troupes à pied.  Du coup, les Ecossais buttent au Bois de la Folie sur une grosse ferme transformée en bastion avec mitrailleuses. Un char arrive pour neutraliser le point fortifié mais c’est un « Female » armé seulement de mitrailleuses Hotchkiss et qui ne parvient pas à faire taire les défenseurs. Et les Allemands, qui ne sont pas confrontés pour la première fois aux Tanks, utilisent de nouvelles techniques de riposte. D’une part, les artilleurs placent des canons de 7.7 cm (77 mm) à hausse réduite et tirent des obus perforants. Mais ceux-ci ne sont pas disponibles en grand nombre. Et il faut parfois recourir à des petits groupes de Sturm-Truppen qui attaquent les engins en lançant des grappes de grenades. L’autre solution trouvée est l’engagement de canons anti-aériens montés sur camions et tirant à l’horizontale. Le résultat est probant puisque tous les Tanks des E et F Battalions engagés alors (c’est-à-dire sans compter ceux déjà immobilisés) sont détruits.

– Pendant que les Highlanders tentent de conquérir leurs objectifs, la 40th Division arrive à marche forcée depuis la route Bapaume – Cambrai avant de s’engager pour la conquête de Bourlon et de son bois. Mais ses Tanks d’accompagnement (D et G Battalions) sont retardés à cause du carburant qui ne leur parvient qu’au compte-goutte. C’est à 10h10 que la 40th Division passe à l’attaque derrière un barrage d’artillerie de vingt minutes. Les 4 Tanks du D Battalion entrent dans le Bois de Bourlon mais les 15 du G Battalion sont repoussés à la lisière du village. Et les Allemands passent à la contre-attaque repoussant les Britanniques avant que le 18th Bn. The Welsh Regiment du Lt.Col. William Kennedy ne stabilise la situation, ce qui coûte la vie à ce dernier. Mais au soir du 23, Bourlon et son bois sont toujours aux mains des Allemands, exceptées les franges tenues par les Gallois de la 121st Brigade. Et ce, alors que les Britanniques ont laissé 21 Tanks sur le carreau. Enfin, de son côté, la 36th (Ulster) Division fait quelques progrès mais échoue à prendre Moeuvres.

– Par conséquent, Bourlon devient le secteur à prendre impérativement pour les Britanniques, ce qui indique clairement que la bataille perd en cohérence et se perd dans un engagement plus localisé qui mobilise des forces importantes qui auraient pu être déployées ailleurs ou économisées autrement. Byng envoie alors à Pulteney la Guards Division de Geofrey Feilding, ainsi que les 1st Div. (P. Strickland) et 2nd Div. (Ce. Pereira) pour faire sauter le verrou. Byng ordonne de reprendre l’attaque le 24 novembre pour 12h00 avec la 40th Division appuyée par 12 Tanks. Mais l’offensive prend trois heures de retard pour être finalement annulée. Mais suite à des soucis dans les communications l’ordre d’annulation ne parvient pas aux équipages et à la 121st Brigade qui passent à l’attaque. Etonnamment, les Britanniques repoussent les soldats du Brandebourg de la 214. ID et le 14th Bn. Highland Light Infantry réussit à pénétrer, presque par miracle, dans les ruines de Bourlon et à s’y cramponner. Mais isolés, ils ne peuvent tenir le terrain et les Allemands réussissent à détruire les chars un à un. Le courageux Battalion, isolé est anéanti. 80 rescapés se rendent sur 500 engagés dès le départ. En deux jours d’engagement, la 40th Division déplore 4 000 hommes perdus.

– Malgré cet échec, Haig est convaincu que les lignes allemandes sont sur le point de céder. Il ordonne donc à Byng de faire sauter les verrous formés par la Côte de Bourlon et Fontaine. Pressuré par son chef, Byng ordonne alors à la 62nd Division d’attaquer ses objectifs le 27. La division s’exécute et part à l’attaque à la date prévue à 06h20 mais sans l’appui des chars. Mais les Allemands bien positionnés dans le Bois de la Folie repoussent les Britanniques. Au nord du Bois de Bourlon, un Battalion de la 186th Brigade  réussit à entrer dans les ruines du village pour se faire immédiatement repoussé. La 187th Brigade attaque à son tour le village de Bourlon avec l’aide de 11 Tanks du F Battalion afin d’y faire sauter les barricades. Mais les Allemands résistent avec acharnement et réussissent à mettre 6 engins hors service. Le 28, les Britanniques décident d’arrêter les frais. L’offensive s’arrête aussi car à Londres, Lloyd-George a décidé d’aider l’Italie épuisée après Caporetto. Du coup, la dynamique des offensives – déjà fortement dépensières en sang et en acier – décroît fortement. A la fin de ce mois de novembre, Robertson n’a plus rien à envoyer à Haig sur le Front franco-belge. Néanmoins, Byng peut renforcer son dispositif avec des divisions qui n’ont pas été engagées, telles les 61st (2nd South Middlands) Div. (C. MacKenzie) et 29th Div. (H. de Beauvoir de Lisle) pour le III Corps ; de même que les 47th (1/2nd London) Div. (G. Gorringe) et 59th (2nd North Middlands) Div. (Ce. Romer) pour le IV Corps.

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4 – BILAN

– Au vu des pertes, on pourrait dire que la bataille de Cambrai n’est qu’un gâchis de plus, caractérisé par un énième grignotage de quelques kilomètre de front et rendu inutile par la fin des combats de Passchendaele. En une semaine, la Third Army a perdu 44 000 hommes dont plus de 16 000 tués, 20 000 blessés, 7 000 disparus et 9 000 prisonniers. Le succès de la contre-offensive allemande a en outre coûté aux Britanniques 165 canons, 600 mitrailleuses auxquels il faut ajouter les 90 Tanks perdus depuis le 20 novembre. De son côté, les troupes de von der Marwitz accusent entre 41 000 et 45 000 hommes perdus dont 11 prisonniers. Les Britanniques ont eu tendance à exagérer leur score avec 53 000 allemands tombés (12).

– Dans sa logique de manœuvre – dépassée par la guerre d’attrition – Haig a (encore) vu trop grand et assigné à ses forces des objectifs irréalisables, tout en misant sur un emploi irréaliste de la cavalerie pour exploiter les percées. Le Fieldmarschall commet donc la même erreur que pendant la Bataille de la Somme. D’autre part, les Britanniques ont surestimés les capacités de leurs Tanks en les engageant jour après jour, alors que la mécanique encore fragile de ses engins ne leur permettait un engagement limité. En revanche, l’idée de Fuller de les engager en masse et non en petit paquet pour appuyer l’infanterie s’est révélée payante sur des objectifs limités. Couplés à la préparation d’artillerie soudaine, courte mais intense a permis aux  divisions de Byng d’emporter relativement facilement leurs premiers objectifs. En fait, Fuller et Elles ont perfectionné le « Bite and Hold » cher à Plumer en lui donnant une plus grande dimension technologique. Cette fois-ci, l’Infanterie est devenue encore plus dépendante de la machine et de la technologie, processus entamé dès la Bataille de la Somme pour l’Armée britannique. Le succès du premier jour de la bataille va néanmoins servir de base de travail afin de perfectionner l’emploi offensif des blindés et la coopération avec l’Infanterie. Fuller vient donc d’initier une nouvelle discipline prometteuse dans l’emploi des forces mécanisées. Comme le dit Sylvain Ferreira, l’offensive réussie du premier jour marque un net espoir pour l’Armée britannique (13).

– Le succès du premier jour aurait pu être complet si Harper avait suivi les instructions d’Elles et de Fuller. L’échec de la 51st (Higland) Division devant Flesquières peut être vu comme « accidentelle », car si Harper avait suivi les instructions initiales, la suite de la bataille aurait pu être différente. En effet, Byng et Pulteney n’auraient pas gaspillé des Battalions et des divisions à s’emparer de Bourlon et Fontaine. Et si ses objectifs avaient été atteints dès le premier jour, Byng pouvait envisager une phase de consolidation en disposant d’une ligne conquise beaucoup plus cohérente et ensuite, entamer une nouvelle attaque limitée, du moins s’il l’avait vraiment souhaité. Faire du Plumer avec des Tanks** aurait été possible mais il est improbable qu’avec les effectifs limités déployés pour l’offensive, les Britanniques auraient effectué une poussée décisive car, connaissant trop bien ses adversaires, Ludendorff aurait rameuté des divisions par voie ferrée et bloquer le chemin aux Britanniques.

* Plumer n’avait qu’une confiance limitée dans les chars et préférait une bonne préparation d’artillerie couplée à un bon emploi de l’Infanterie.


(1) « The Cambrai Operations, 1917 » in The long, long trail, http://www.longlongtrail.co.uk
(2) Op. Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Ibid.
(10) BILTON D. : « The German Army on the Western Front 1917-1918 », Pen and Sword Publishing, Londres, 2007
(11) « The Cambrai Operations, 1917 », Op. Cit.
(12) Ibid.
(13) FERREIRA S. : « Cambrai 1917. Les Tanks attaquent », in

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