Passchendaele (12) – Dernier acte

Après l’échec de l’ANZAC devant Bellevue, Douglas Haig ne compte pas relâcher la pression et espère obtenir un nouveau succès, même si plusieurs généraux ont durement accusé le coup, de même que les soldats australiens et néo-zélandais. Plus tard, Haig aguera que cette décision a été prise en raison de la nécessité de faire pression sur l’Armée française pour qu’elle reprenne l’offensive. Haig avait l’impression que les Français étaient affaiblis et ne voulaient plus se battre. Impression entièrement fausse, juge l’historienne britannique Elizabeth Greenhalgh, puisque les Français ont remporté deux nets succès, à objectifs limités certes, à Verdun et au Fort de la Malmaison. Mais sur le front de Passchendaele, Haig veut que le plateau tombe avant l’hiver (1). Mais pour quels objectifs finaux ?

 

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1 – LES DERNIÈRES ILLUSIONS DE HAIG

– Le 13 octobre, une réunion est tenue à Cassel (QG de la Second Army) en présence de Haig, Launcelot Kiggell (chef d’état-major du BEF), John Charteris (chef du Renseignement du BEF), John Davidson (chef des Opérations du BEF), Herbert Plumer et Hubert Gough. L’aéropoage débat de savoir si l’offensive doit être poursuivie, ou non. Selon Haig, peu découragé par la déconvenue de Bellevue, il faut relancer l’effort lorsque le temps sera redevenu clément et que le terrain sera moins détrempé. Sauf que le mois d’Octobre est particulièrement pluvieux, avec sept jours de fortes intempéries (7, 8, 13, 17, 24, 25, 26). Et comme personne ne conteste les ordres du Field Marshall la question est reformulée suivemment : si l’attaque est relancée, quel en sera le prix ?

– Haig confie donc l’attaque au Canadian Corps d’Arthur Currie qui se trouve au repos dans le nord de la France depuis la bataille de la Cote 70. Avec un parcours d’officier qui dénote et détonne, Arthur Currie a gagné en trois années une solide de réputation de général sérieux, professionnel et attentif au moindre détail. Avant la Guerre, ce Canadien exerce les métiers d’enseignant et de courtier en assurances. Malchanceux dans les affaires de courtage, il l’est moins pour sa carrière militaire. Entré dans l’Artillerie de la Milice du Canada, Arthur Currie s’intéresse aux questions militaires en autodidacte. Observateur et attentif à la technique, il apprend beaucoup. Sans être un génie de la tactique, Currie est un excellent technicien qui prépare ses hommes au combat suivant l’expérience des combats. A la tête de la 1st Canadian Division en 1916 et 1917, il conçoit une grande partie du plan de l’Offensive de Vimy. En juillet 1917, il remplace Julian Byng à la tête du Canadian Corps.

– Dennis Winner, l’un des historiens britanniques les plus critiques envers Haig a pu souligner que la communication entre le Fieldmarschall et ses subordonnés n’était pas souvent optimale. Or, Nick Lloyd rejoint ce point de vue lorsqu’il souligne que Haig se contente de donner l’ordre à Currie de prendre Passchendaele, enrobant ledit ordre de qualificatifs élogieux envers le Canadian Corps. Or, Currie s’interroge : pourquoi engager l’une des meilleures forces de frappe des forces du Commonwealth dans une offensive dont les objectifs ne sont pas clairement définis. Peu franc du collier même avec ses propres officiers quand il le décide, Haig n’ose pas avouer à Currie qu’il a dû revoir ses grandioses objectifs de percée avant d’effectuer un quart de tour vers la Mer du Nord et les ports flamands, d’autant que le côte et Roulers sont encore hors de portée de ses armées. Finalement, il donne pour ultime objectif de disposer d’une meilleure ligne de front avant l’hiver (2). En tout cas, après avoir étudié la situation, Arthur Currie s’oppose d’abord au plan de Haig qu’il considère comme voué à l’échec. Mais il n’a pas le choix et doit conduire la dernière attaque de la Troisième Bataille d’Ypres.

General Currie, Commander of the Canadian troops in France, and
Arthur Currie

2 – DES ALLEMANDS ÉPUISÉS MAIS TOUJOURS MORDANTS

– Chez les Allemands, on souffre également de la boue, de la maladie et des soucis de ravitailellement. Mais contrairement à ce que le renseignement britannique tente de (faire) croire, le moral des soldats allemands reste plutôt correct. Et ce, même si en amont plusieurs généraux et officiers vivent difficilement le fait d’expédier leurs soldats dans le maëlstrom boueux sans aucune forme de procès. Cependant, un rapport de la IV. Armee montre à quel point de nombreux soldats qui avaient participé aux combats de Verdun ou de la Somme sont surpris des meilleures méthodes de combat employées par les Britanniques.

– Sauf qu’en octobre, la situation des forces allemandes devient plus précaire. Et le déploiement des renforts s’effectue plus difficilement en raison de la congestion du trafic ferroviaire. Erich Ludendorff sait que le temps peut jouer contre les troupes allemandes. Le 21 octobre, il appelle Rupprecht de Bavière pour lui intimer l’ordre de « tenir quatorze jours ». Rupprecht estime que si les Anglais lanceront encore des offensives, une avance significative est devenue impossible.

– Il est aussi intéressant de noter qu’à l’instar des Français à Verdun, les Allemands ont constamment relevé leurs divisions durant toute la bataille de Passchendaele, en utilisant le réseau ferré belge. Ainsi, de mai à novembre 1917, ce sont 98 divisions sur 100 engagées qui ont été engagées dans le saillant d’Ypres. Selon les chiffes avancés par Nick Lloyd, 19 divisions virent en remplacer 21 en août. En septembre, 14 partirent et 12 furent déployées. En octobre, on compta 18 pour 31 et en novembre, 25 divisions quittèrent ce front contre 11 qui s’y installèrent. Mais durant les quatre mois de climax d’affrontements, soit du 10 juillet au 13 octobre, 63 divisions combattantes ont enregistré 159 000 pertes, la majeure partie à cause de l’artillerie lourde britannique (3). Et pas seulement durant les tirs de barrage, puisque nombre de pertes fut comptabilisé dans la profondeur du dispositif allemand, lorsque les canons et obusiers à longue portée cherchaient à atteindre les dépôts de munitions et les structures de communication. Mais les chiffres varient par division. Ainsi, durant juillet et août – période qui correspond aux offensives de Gough –, le nombre de pertes est constant, soit 1 500 – 2 000 hommes. En revanche, les Batailles de la route de Menin – Ypres, du Polygon Wood, Broodseinde et Poelcapelle,  menées par Plumer vit la IV. Armee ont vu les Allemands accuser leurs pires pertes avec 47 000 hommes perdus dont 16 800 tués (4).

– Afin de soulager le poids qui repose sur les épaules du HG « Nord » de Rupprecht, Ludendorff décide de créer un nouveau groupe d’armées, le HG « Staden ». Commandé par le General der Kavallerie  Wolf Freiherr von Marschall, formé à partir du Gardes-Reserve-Korps, il couvre un secteur compris entre la Fortêt de Houthulst et la lisière sud de Passchendaele. Anticipant la prochaine attaque britannique, le HG « Staden » doit barrer la route aux Anglais le long de la voie ferrée Passchendaele – Roulers qui est l’axe d’attaque le plus favorable. Les Allemands s’y enterrent comme ils peuvent mais sont prêts à en découdre. Von Marschall a renforcé la puissance de feu de ses premières lignes. Outre les Maxim des compagnies de mitrailleurs, les compagnies d’Infanterie sont dotées de 2 à 3 mitrailleuses portatives Maxim MG 08/15. Et chaque régiment s’est vu doté de 12 mortiers légers et 14 Minenwerfern (5).


passmap3 – LE CANADIAN CORPS, DERNIER COUP DE DES DE HAIG

– A la suite de son succès de la conquête de la Crête de Vimy en avril, le Canadian Corps a gagné en cote au QG de Montreuil malgré la réputation d’indiscipline des soldats de l’érable envers les autorités britanniques. Il faut dire qu’avec l’apport de 114 000 hommes (8 000 officiers et 106 000 hommes), les Canadiens forment le plus gros des effectifs du Commonwealth engagés en Europe. Alors que les divisions britanniques ne comptent plus que 16 000 hommes en raison de la saignée de 1916, les Canadiennes en comprennent 21 000. Et dans la composition du Corps il faut bien sûr ajouter ceux incorporés dans les unités de soutien (Génie, Logistique), dans l’Artillerie, les transports et dans les unités de travailleurs*. Et de plus, leur réputation n’est plus à faire en matière d’emploi technique de l’Infanterie et surtout, de l’Artillerie. Cette dernière étant placée entre les mains efficaces d’Edward G « Dinky » Morrison (ancien journaliste dans le civil). Le fonctionnement centralisé du Canadian Corps lui permet d’être particulièrement efficace, notamment pour la logistique (George Farmer) et la contre-batterie (Andrew MacNaughton). Durant la bataille de la Somme, les divisions canadiennes ont été engagées au sein de Corps britanniques. Mais depuis Vimy, au nombre de quatre, elles sont engagées ensemble (d’où la création du Canadian Corps), pour des raisons d’abord politique. En effet, l’opinion publique et le Gouvernement d’Ottawa canadien veulent voir leurs divisions rester ensemble et opérer ensemble.

– Mais la réputation d’excellence du Canadian Corps trouve vite ses limites confrontée à la météorologie et à l’état lamentable du terrain. Or, en avril et en août, les Canadiens avaient attaqué dans un terrain plus favorable – sol calcaire pour Vimy – ou par un temps plus clément (Cote 70). Or, avec les pluies d’automne, le champ de bataille devient une véritable mer de boue. Et la région étant située en-dessous du niveau de la mer, la situation empire, rendant les conditions de vie des soldats particulièrement inhumaines. Pire, la boue rend impossible le creusement de tranchées, exposant ainsi les fantassins de première ligne aux tirs ennemis. Mais les artilleurs font eux aussi partie des principales victimes de la boue. En effet, comme le signale l’historien canadien Bill Rawling, les canons s’enfoncent jusqu’à l’affût et la boue entre dans les culasses, ce qui empêche une bonne utilisation des armes.  Et les duels d’artillerie ont détruit plusieurs routes et chemins (notamment du côté allemand), ce qui nuit au déploiement et au remplacement des troupes. Toujours selon ce que rapporte Rawling, quand Edward Morrison fait la tournée des batteries britanniques et australiennes, il est horrifié par ce qu’il constate. 98 pièces lourdes sont hors d’usage et la majorité des 308 canons de campagne de 18-pounder sont littéralement « coulés » dans la boue (6). Currie se rend vite compte des difficultés que cause déjà la boue. Arrivé en retard à une réunion à Poperinge (à l’ouest d’Ypres), il se fait remarquer avec de la boue maculant ses bottes et le bas de son pantalon. Avec un regard particulièrement acide, il lance à un Haig interrogateur qu’il « voulait savoir où sont ses canons » (7).

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Wolf Freiherr von Marschall, commandant du Gruppe « Staden »

– Selon le plan de Currie, l’infanterie doit attaquer par bond. Dans un premier temps, les 3rd et 4th Canadian Divisions doivent avancer de part et d’autre du Ravebeek sur 600 m – 1,2 km environ pour s’emparer de Red Line (premier objectif). Sur la gauche, la 3rd Canadian Division (L. Lipsett) doit s’emparer de Bellevue, tandis que la 4th Can. Div. (D. Watson) doit prendre un « amas de tronc d’arbres » situé sur la voie ferrée Ypres – Roulers et nommé « Decline Copse ».

– Si les Canadiens sont chargés de l’effort principal, leur effort sera appuyé par des attaques sur leur flanc droit (nord), avec la Fifth Army de Hubert Gough, la Ire Armée française et même l’Armée Belge. Gough doit attaquer la Forêt de Houthulst, le long du Plateau de Gheluveld, avec les XIV (R. Lambart Earl of Cavan), XVII (Edward Fanshawe) et XVIII Corps (Ivor Maxse). Et sur le flanc droit des Canadiens, le X Corps (Thomas Morland) doit attaquer le Château de Polderhoek, au sud-est du Polygon Wood. Enfin, tout au nord du front, la Ire Armée française du Général François Anthoine, qui compte 1 division belge, doit achever le nettoyage de la Péninsule de Merckem, derrière la rive droite du Steenbeek, puis progresser vers le nord-ouest de la Forêt de Houthulst.

– Toutefois, Britanniques et soldats du Dominion vont entrer dans le combat dans des conditions qui sont loin d’être favorables. Avant l’offensive prévue pour le 26 octobre, la région d’Ypres subit des intempéries pendant que le brouillard couvre le champ de bataille. Et par conséquent, les repérages et les relevés des cibles d’artillerie se révèlent impossibles. Pire encore, selon un rapport de l’Artillerie canadienne, ce sont les tubes allemands qui mènent le rythme en déclenchant des tirs de harcèlement sur les routes, les dépôts, les lignes ferroviaires et les secteurs où l’artillerie a pu se concentrer. Britanniques et Canadiens sont donc victimes de leurs propres procédés (8).

– En dépit de sa bonne volonté, Currie ne peut pas vraiment faire de miracles. Du coup, avec l’Artillerie aveugle, l’Infanterie tente de trouver les tactiques adéquates pour percer et s’emparer des lignes allemandes. Comme le relève Bill Rawling, les officiers canadiens modifient quelque peu les tactiques d’attaque. Ainsi, au lieu d’utiliser les mortiers Stokes dans les phases de consolidation, ils les intègrent aux sections d’attaque.  Quoiqu’il en soit après qu’il eût étudié les objectifs qui lui sont assignés, le terrain et l’état des défenses allemandes selon les renseignements récoltés, Arthur Currie retrouve ses réflexes mathématiques de courtier en assurance. Il dit clairement à Haig : « cette offensive me coûtera 16 000 soldats » (8). La réalité ne lui donnera tort que très lègement… Et avant le 26 octobre, les soldats canadiens marchent en longues files sur les routes de bois et les caillebotis afin de prendre position dans leurs premières lignes.

– Très vite, les Canadiens se rendent compte que les Allemands vont leur donner du fil à retordre. Leurs positions de première ligne sont canonnées par les bouches à feu ennemies, ce qui ne leur laisse que peu de répit. A cela s’ajoute le problème du ravitaillement en eau.

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4 – AU-DELÀ DE PASSCHENDAELE, PLUS RIEN

– Le 26 octobre à 05h45, les deux divisions Canadiennes démarrent leur attaque contre les positions de la 11. KöniglichBayersisches-Division (P. von Kneussl). Les canons que Morrison  a pu rassembler déclenchent un tir de barrage sur les positions allemandes, suivant les plans de feu établis tant bien que mal. Mais les obus tombent dans la boue et ne font que peu de dégâts. En face, les Allemands sont près, bien retranchés dans leurs abris et casemates, avec les mitrailleuses placées à l’avant. Et les Canadiens s’en rendent vite compte. Plusieurs petits groupes de soldats allemands se battent jusqu’à la dernière cartouche avant que des grenadiers canadiens les réduisent au silence.

– Avec beaucoup de peine, les deux divisions canadiennes enlèvent Red Line. Le 30 octobre, elles repartent à l’attaque pour enlever Blue Line (second objectif) en progressant le long de deux routes principales Passchendaele – Gravenstafel et Passchendaele – Zonnebeke. Les objectifs assignés sont l’éperon de Goudberg (gauche), les maisons de Meetcheele (centre) et le point fortifié de Crest Farm (droite), très bien garni de mitrailleuses. L’assaut du 30 octobre est donc une répétition du 26. Les snipers allemands bien retranchés font souvent mouche en visant les officiers. Les fantassins canadiens doivent ramper dans la boue et agir en petits groupes bien entraînés regroupés autour de fusils lance-grenades et de mitrailleuses Lewis. Mais la mer de boue fausse la perception du terrain. Ainsi, beaucoup de soldats se perdent et ne repèrent plus leur itinéraire. D’autres ne savent plus où se situent leurs lignes et celles des Allemands. Les brancardiers connaissent un véritable calvaire eux aussi. Ils doivent progresser avec de la fange jusqu’aux genoux ou jusqu’à la taille pour aller chercher les blessés quand ils ne les trouvent pas agonisant dans la boue. Et il arrive bien souvent que des blessés qui auraient pu être soignés meurent étouffés par le mélange visqueux de terre meuble et d’eau.

– Les nids de mitrailleuses ennemis doivent être détruits à la grenade. La 4th Canadian Division parvient à s’emparer de Crest Farm en jouant sur la progression par groupes autonomes se couvrant mutuellement et l’utilisation d’armes lourdes collectives. En revanche, la 3rd Canadian Division piétine quand il s’agit d’avancer sur Meetcheele. Mais sa 8th Brigade réussit à s’emparer de Wolfe Copse. En raison des difficultés de planification de tir, l’Artillerie ne peut que donner un tir de barrage court à l’efficacité limitée. Avec un remarquable ténacité, les Canadiens réussissent néanmoins à s’emparer de Source Farm, de Vapour Farm et de Vanity Farm. Mais l’effort a été particulièrement coûteux. Mais certains Battalions ont perdu plus de 300 hommes (sur 820 – 850). Dans la nuit du 27 octobre, la 238. ID (H. von Below) contre-attaque contre Wolfe Copse et s’en empare avant de la reperdre le 28. Mais ce même jour, les Tommy Canucks ont déjà perdu 2 481 hommes (9).

– En accord avec Herbert Plumer, Arthur Currie décide de retirer les 3rd et 4th Canadian Divisions pour engager le 6 novembre, les 1st et 2nd Canadian Divisions (commandées respectivement par Archibald C. MacDonell et Richard Turner) jusque-là maintenues en réserve avec pour ordre de prendre Green Line (troisième objectif), avec Passchendaele, tout comme les petits hameaux de Mosselmarkt et Goudberg. Mais comme le relève Nick Lloyd, en raison de la boue envahissante, il est impossible de creuser des tranchées convenablement (il faut se contenter de protections faites de sacs de sable), ni même de déplacer l’artillerie convenablement. Les chevaux qui tractent les canons s’enfoncent jusqu’au garot et doivent être abandonnés ou abattus. On comprend pourquoi les soldats ayant participé à Passchendaele virent les Flandres comme « le pire front » de toute la guerre (10). Néanmoins, sous la conduite d’Edward Morrison et d’officiers de batteries, les Artilleurs canadiens font des prodiges pour concentrer le maximul de canons possibles avant l’assaut sur la Crête. Ainsi, au prix d’efforts quasi-surhumains, ils parviennent à aligne 1 canon de 18-pounder tous les 8 mètres et 1 obusiers tous les 32 mètres. La performance est inférieure à Vimy mais au vu des conditions c’est quasiment un exploit.

– La reprise de l’attaque canadienne démarre donc le 6 novembre à 06h00 par un violent tir de barrage qui balaie, plus efficacement, la profondeur du dispositif allemand sur environ 700 m. La 1st Canadian Division attaque sur la gauche de la Crête de Passchendaele, tandis que la 2nd  part sur la droite. Elles ont en face d’eux les éléments de la 11. Königlich-Bayerische-Division. Sauf que les fantassins canadiens se heurtent à un puissant tir de barrage allemand. Mais la boue sauve des vies en amortissant l’impact des obus qui n’explosent pas et produisent seulement de grosses gerbes visqueuses et collantes.  Cependant, le barrage roulant canadien s’est avéré beaucoup plus efficace en détruisant plusieurs postes de mitrailleuses. Et pire pour les soldats bavarois, le feu canadien a aussi ravagé une partie du réseau de fils téléphoniques, ce qui nuit gravement à la coordination de la défense. Ainsi, malgré des tirs nourris venus de Passchendaele, la 1st Canadian Division réussit à s’emparer du village, tandis que la 2nd s’empare de Mosselmarkt et de Goudberg. Du coup, von Kneussl n’a plus d’autre choix que de replier sa 11. KBD derrière Passchendaele. A Courtrai, le Kronprinz Rupprecht apprend la chute de Passchendaele. Passé la surprise, les Généraux Allemands se rassurent vite car leur front n’a pas rompu et les soldats ont fait montre d’une combativité élevée et d’un bon moral, deux facteurs qui ont joué dans la résistance opposée aux Canadiens et aux Britanniques. Rupprecht songe un instant à lancer une contre-attaque pour reprendre Passchendaele mais il se ravise estimant que ses troupes subiront de lourdes pertes avec une telle opération, l’expérience l’ayant déjà prouvé. Du coup, le Prince héritier général décide de maintenir ses lignes (11).

– Apprenant la chute de Passchendaele, Douglas Haig se réjouit mais a le triomphe amer puisqu’il s’agit du dernier acte de son offensive. D’autre part, en accord avec le Gouvernement français, Lloyd-George décide d’aider l’Italie après le désastre de Caporetto. Du coup, sans en référer directement à Haig, il demande à William Robertson d’expédier 2 divisions de l’autre côté des Alpes. Et en novembre, c’est tout le XIV Corps qui est envoyé en Vénétie. Par conséquent, Lloyd-George prive Haig de l’un de ses meilleurs généraux. En effet, Herbert Plumer est choisi pour prendre le commandement de la nouvelle Italian Expeditionnary Force. Selon Arthur Currie, Plumer est particulièrement affecté. Le 9 novembre, Plumer appelle le Canadien à son PC de Poperinge pour lui dire au-revoir. Selon Currie, le vieux général britannique a du mal à se contenir (12). Finalement, le Front du saillant d’Ypres se stabilise en saillant délimité du nord au sud par Nieucapelle, Poelcapelle, Passchendaele, le Polygon Wood, le Dumbarton Wood, Hollebeke et la Crête d’Oosttaverne (à l’est de Messines).

– Mais les combats ne se terminent pas avec le depart de Plumer. Du côté allemand, le 9 novembre, les 4. ID (E. Freyer) et 44. Reserve-Division (A. Digeon von Monteton) commencent à remplacer la 11. KBD épuisée. Le 10, novembre les Canadiens lancent une dernière action depuis Green Line, avec pour objectif la Cote 52, à l’extrémité nord du dispositif canadien, le long de la route menant à Westrozebeke. Mais en dépit d’un bon départ, l’attaque manqué de coordination avec la 1st Division britannique (P. Strickland). Les Allemands contre-attaquent violemment sur les flancs, forçant les Canadiens à se replier. Et Currie arête les frais. Une dernière attaque contre Westrozebeke échouera fin novembre – début décembre. Pour deux semaines d’engagement qui ont permis de grignoter seulement quelques centaines de mètres, Arthur Currie a perdu 15 654 hommes dont 4 000 tués. Dans son calcul d’estimations de pertes, Currie ne s’était trompé que de 356 hommes. Avec neuf Victoria Crosses de gagnées, les soldats canadiens n’ont nullement démérité. Mais beaucoup d’entre eux, ainsi que des auteurs et des historiens, se sont demandés si Haig n’avait pas lance un ordre aussi inutile qu’absurde. Pour beaucoup, Passchendaele deviendra le symbole du mépris des généraux pour la vie humaine. Vision comprehénsible mais c’est oublier qu’un officier comme Currie, à la popularité certes limitée, planifiait soigneusement ses offensives pour limiter les pertes ; bien qu’étant conscient qu’il faudra envoyer de nombreuses lettres annonçant des morts au combat.

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5 – ATTAQUES SUR LES FLANCS

– Sur la gauche des Canadiens, la Fifth Army démarre ses attaques de soutien. Le XVIII Corps d’Ivor Maxse attaque sur la Ferme Varlet, la Ferme Bray, Wallemolen et Banff House avec les Royal Marines de la 63rd (Royal Naval) Division (C. Laurie) et la 58th (2/1st London) Division (Albermale Cator). Les Britanniques s’emparent d’abord de Cameron House avant d’être arrêtés à Spider Crossroads par un tir de mitrailleuses. Les Britanniques réussissent à pousser sur la Ferme de Papa et Whitechapel avant d’être repoussés. Et une contre-attaque allemande est finalement repoussée par les renforts britanniques. Tout au nord, le XIV Corps lance plusieurs attaques de diversion avec les 57th (2nd West Lancashire) Divsion (Reg. Barnes) et 50th (Northumberland) Division (Perc. Wilkinson). La 57th attaque dans un marais et arête son avance avant de se poster aux Femres de Rubens et de Memlings. De son côté, la 50th Division avance vers la voie ferrée Ypres – Staden, atteint la Cote 23, Aden House et Tourenne Crossings, avant d’être arrêtée par de violents tirs de mitrailleuses. Le 27 octobre, la 63rd (Royal Naval) Division finit par s’emparer de Banff House.

– Sur le flanc droit du Canadian Corps, le X Corps de la Second Army, commandé par Thomas Morland, attaque Gheluveld (7th Division), Poldehoek et Scherriabeek (5th Division), avec pour mission de mordre davantage sur la route Ypres – Menin. La 7th Division (H. Shoubridge) s’empare de la Ferme de Hamp grâce à une attaque rapide et un violent corps-à-corps. En revanche Tower Hamlets et Lewis House restent hors de portée des Britanniques. Ceux-ci réussissent toute de même à atteindre l’église en ruines de Gheluveld, avant d’entrer dans le village sous un violent tir de mitrailleuses. Le village pris, la 20th Brigade tente de s’emparer du Château de Gheluveld mais s’en fait chasser par une contre-attaque allemande. De son côté, la 5th Division (Reg. Stephens) réussit à faire passer 3 Battalions par la vallée de Scherriabeek, avant de prendre le Château de Polderhoek qui doit être abandonné. Les Allemands en profitent pour y poster un groupe de mitrailleurs.

– Tout au nord du Front, les 1re DI (L. Grégoire) et 133e DI (Gén. Valentin) françaises (Ire Armée) et 1 division de l’Armée belge réussissent à occuper totalement la Péninsule de Merkem à la 8. Königlich-Bayerische-Reserve-Division (M. Jehlin). Le 26 octobre, après un violent bombadement, les troupes françaises réussissent à traverser le bas Steenbeek et le Saint-Jansbeek pour prendre ensuite le Bois de Papegoed et la Ferme Lucannes. Repoussant les Allemands derrière le Coverbeek, les Français prennent également position sur la route Steenstraate-Dixmude dans le secteur de Langewaede. Dans la nuit du 26 au 27 octobre, les pontonniers français – qui on de l’eau jusqu’aux épaules, posent des ponts flottants sur le Bas Steenbeek, ce qui permet à des renforts d’arriver depuis Drei Grachten et d’attaquer les défenses allemandes sur Luyghem. Français et Belges doivent alors faire sauter plusieurs verrous qui bloquent leur avancée vers la Fortêt de Houthulst. Il s’agit des villages et hameaux fortifiés de Verbrandesmis, Kippe, la Ferme de Jesiutengoed, Klootsermolen et Aschhoop. L’Artillerie de la Ire Armée – qui abien ajusté son tir – déverse une violente pluie d’obus contre Verbrandesmis, avant que l’Infanterie – suivant le chronométrage tir de barrage /progression – ne s’empre de la Ferme de Jesiutengod et de Kloostermolen. L’Artillerie allemande réplique en tirant sur les rives du Steenbeek, forçant les Français à traverser le cours d’eau rapidement. Malgré une difficile progression dans la boue, les Poilus parviennent à prendre Kippe et Aschhoop. En revanche, Luyghem reste encore aux mains des Allemand dans la soirée. Mais le lendemain, Français et Belges dégagent la chaussée menant à Luyghem. Les Belges dégagent le nord du village en employant des bateaux à fond plat armés, avant de sécuriser le secteur du Lac de Blanckaart. Luyghem est libéré par un assaut combine par le nord et l’ouest et 300 soldats allemands partent captivité. A la fin de la journée toute la peninsula de Merckhem est libérée. Belges et Français n’ont eu que des pertes légères durant ces trois jours de combat.

Graveyard at Passchendaele, 1917.

* Même si pour combler les pertes, les soldats incorporés aux unites du Labour Corps gagnent les rangs d’autres unites et laissent place aux travailleurs chinois durant l’année 1917.

 


(1) Cité in LLOYD N. (Dr.) : « Passchendaele. A new History », Penguin Books, Viking, Londres, 2017
(2) LLOYD N. (Dr.), Op. Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) RAWLING B. : « Survivre aux tranchées. L’Armée Canadienne et la technologie 1914-1918 », Athéna, Toronto, 2004
(7) LLOYD N., Op. Cit.
(8) RAWLING B., Op. Cit.
(9) LLOYD N., Op. Cit.
(10) Ibid.
(11) Ibid.
(12) Ibid.

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