Passchendaele : l’impasse de boue – 9

LA BATAILLE DE LA ROUTE YPRES – MENIN (20-25 SEPTEMBRE)

S’emparer du Plateau de Gheluveld implique de crever une portion de Front de plus de 3,5 km qui se trouve être l’une des mieux défendues d’Europe de l’Ouest. Plumer souhaite donc procéder en quatre étapes, chacune devant abattre environ 1 km en 6 jours. L’objectif est d’assurer le contrôle de la crête de Gheluveld à la Second Army afin de permettre à la Fifth Army de reprendre son avance.

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1 – LA PRÉPARATION DE LA SECOND ARMY BRITANNIQUE

L’Operation Order No. 4 daté du 1er septembre 1917 détaille comme l’assaut britannique doit être mené. L’attaque doit ainsi sécuriser la portion sud du la Crête de Passchendaele qui va de Broodseine à Hollebeke et comprenant le plateau couvrant Polderhoek et Tower Hamlets. Deux corps seront chargés de l’assaut principal : le X Corps de Thomas Morland et le I ANZAC de William Birdwood qui doivent parcer l’Albrecht-Stellung par le « Polygon Wood » et Gheluveld. Les flancs doivent être sécurisés par le IX Corps de George Hamilton-Gordon, au sud, tandis que la Fifth Army devra étendre son front vers le nord. L’Opération consiste à contrôler trois lignes différentes – « Red », « Blue » et « Green ». Conformément à son idée du « Bite and Hold » (« Mordre et tenir »), le plan de Plumer consiste à prendre une portion limitée du front après une préparation importante. Et contrairement à Gough, Plumer préfère utiliser la Tank Brigade dans des attaques visant à sécuriser plusieurs points sur la route Saint-Julien – Poelcapelle. En revanche, hors de question d’employer les engins blindés dans une attaque générale sur la ligne de front (1).

– Le 6 septembre 1917, les Britanniques ont opéré la relève de leurs troupes. Le XIX Corps de Watts a cédé ses lignes au V Corps d’Edward Fanshawe qui s’est bien comporté durant la Bataille d’Arras. Au sud, le I ANZAC et le X Corps ont remplacé les divisions épuisées du II Corps de Jacobs. Si depuis la Bataille de Bullecourt, le I ANZAC de William Birdwood a pu approfondir l’entraînement de ses soldats, il a dû néanmoins amalgamer 9 000 recrues sans expérience en raison des pertes subies en avril et mai. En outre, la 4th Division – qui a participé à Bullecourt et Messines – a particulièrement souffert. Et pour finir, les Australiens n’usurpent pas leur réputation de soldats courageux mais indisciplinés. Et comme le fait remarquer Nick Lloyd, pour ne pas arranger les choses, les Australiens sont moins bien payés que leurs cousins européens, alors qu’ils s’estiment bien meilleurs soldats (2).

– Face aux nouvelles méthodes défensives allemandes, l’état-major de Plumer a fait rédiger un manuel qui insiste sur la discipline et l’emploi des sections d’appui sachant utiliser les mitrailleurs Lewis, les grenades à fusil et les grenades à main. Au sein de la 4th Australian Division, l’accent est mis énergiquement sur l’utilisation des trous d’obus, al progression dans la campagne et la discipline de tir de mousqueterie. Comme à son habitude, Plumer met l’accent sur la logistique. Du coup, Ypres reste une importante plaque d’activité, avec ses interminables colonnes de camions et de convois hippomobiles

– Plumer décide également de lancer des attaques localisées à petite échelle pour faire tomber quelques points de résistances. Ainsi, le 6 septembre, le XIX Corps doit lancer une attaque pour prendre Borry Farm, tandis que la 6th Division (Thomas Marsden) doit attaquer la Cote 35 le 10. Or, les soldats britanniques et australiens bénéficient d’une amélioration notable de la météorologie depuis la fin août. Des vents chauds et un ciel dégagé ont permis de sécher la boue du champ de bataille. Or, avec le ciel dégagé, les aviateurs reprennent leur vol, notamment pour l’observation et le relevé des cibles et secteurs à bombarder. Et par conséquent, la chasse allemande réplique. Ainsi, la Jasta 11 cause la mort de 11 pilotes. Et c’est le 9 septembre que Georges Guynemer, l’as des as français est abattu au-dessus du secteur de Poelcapelle. Et les bombardiers allemands (Gotha et…) donnent aussi du moteur, notamment de nuit, allant jusqu’à larguer 600 tonnes de bombes à l’Ouest de Saint-Omer. Du coup, le Major-General Hugh Trenchard ordonne au RFC de bombarder de jour les aérodromes allemands, les voies ferrées. En fait, malgré les plaintes de leurs pilotes, Trenchard et Haig estiment qu’il faut plutôt s’en prendre aux infrastructures plutôt qu’aux appareils, déjà difficile à détecter à distance, notamment de nuit. Néanmoins, malgré l’agressivité des pilotes du Kaiser (notemment du « Flugzeuge-Zirkus »* de Manfred von Richthofen), les observateurs britanniques réussissent à ramener 14 500 plaques photographiques, développés ensuite en 350 000 photographies. Particulièrement fier du travail de ses pilotes, Hugh Trenchard fait un bilan au QG du BEF à Montreuil le 28 août. Bilan qui impressionne Haig (3). De leur côté, les Engineers australiens et néo-zélandais s’efforcent tant bien que mal d’acheminer le ravitaillement en première ligne, malgré les menaces des gaz émanant des trous d’obus. Néanmoins, le 18 septembre, toutes les portions de route et de chemin de fer sont posées. Enfin, au sein des ANZACS, la transmission des ordres fait l’objet d’un flot de détails. Au sein du I ANZAC, tout le terrain a été reconnu et les officiers connaissent la configuration des lignes allemandes jusqu’au moindre contour. Comme pour Messines, une reproduction géante et détaillée du champ de bataille a été exposée à Busseboom. Toutes les untiés d’assaut sont informées de la (nature) de l’appui d’artillerie et donc, du chronomètre de progression à suivre. Les différents états-major impliqués se sont accordés sur le plan d’attaque combinant infanterie et feu :
1 –  A 05h40, l’infanterie devra suivre un barrage roulant qui doit s’écraser à 140 m du front et commencer la marche après trois minutes. 190 m environ (200 yards) doivent d’abord être couverts en 8 minutes pour ensuite marcher 100 m toutes les 6 minutes et atteindre Red Line (sur le versant est de « Glencorse Wood » et le long du ruisseau de Hanebeek).
2 – Pause de quarante-cinq minutes qui doit permettre aux brigades d’attaque de consolider leurs gains de terrain, s’assurer que les Battalions engagent bien le « saut de grenouille ».
3 – Attaque sur la Blue Line selon le même procédé, avec pour objectifs la lisière ouest du « Polygon Wood » et la majeure partie de la Wilhelm-Stellung.
4 – Arrêt de deux heures, puis poussée vers Green Line, l’objectif final, soit la prise du « Polygon Wood » (4).

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2- AFFAIBLISSEMENT DE LA DÉFENSE ALLEMANDE

– Malheureusement pour Plumer (et il n’y est pas pour grand-chose), les services de renseignements du HG « Nord » ont réussi, grâce à l’interrogatoire de prisonniers et à leur réseau d’espions dans les Flandres, à détecter les intentions britanniques. Mais le débat au sein de la IV. Armee se focalise plutôt sur le lieu de la prochaine attaque. Le positionnement de nouveaux ponts sur le Canal d’Ypres laisse penser certains que l’attaque aura lieu sur Kortebeek. D’autres rapports penchent plutôt pour une attaque sur la portion du front comprise entre Merckem et Hollebeke. Cependant, les Allemands doivent se passer des services de Fritz von Lossberg. Surmené, le talentueux chef d’état-major de la IV. Armee tombe malade mi-septembre. Mais les Allemands en viennent à se tromper. En effet, si les Britanniques font montre d’une intense activité d’artillerie, celle-ci vient à cesser le 12 septembre, faisant croire à un arrêt de la bataille. Les Allemands en profitent néanmoins pour effectuer des changements dans leurs organigrammes. La 27. ID, lessivée, laisse sa place à la 2. Gardes-Reserve-Division (A. von Petersdorff), tandis que la 3.RD est remplacée par la 236. ID (G. Mühry). Mais c’est finalement tout le dispositif allemand qui est réorganisé : après trois mois de combats intensifs, le III. Königlich-Bayerische-Korps – ossature du Gruppe « Iepern »  –, ses soldats partant pour un repos bien mérité à Mariakerke, une banlieue de Gand. En remplacement, le Gardes-Korps du Generalleutnant Ferdinand von Quast, formation d’élite, vient se placer en ligne. Outre, les hommes, les Allemands doivent également remplir les casiers d’obus (jusqu’à 400 000 coups tirés durant certaines journées dans le secteur d’Ypres) et remplacer les canons dont les tubes sont usagés. Ainsi, du 31 juillet au 25 septembre, les Allemands doivent changer 1 775 canons de campagne et 1 250 obusiers lourds (5). Au sein du Gruppe « Wytschaete », l’artillerie a joué un rôle majeur dans l’échec de l’offensive britannique. Cette période de calme toute relative sur le Front de l’Ouest est tout juste ce que souhaite Erich Ludendorff. Après le succès de l’offensive d’Osar von Hutier contre les Russes à Riga, il planifie – à l’appel de l’Autriche-Hongrie – l’offensive de Caporetto. Mais il sait que les capacités offensives de la Kaisers-Heer sont limitées. Pour cela, il stipule bien au Kronprinz Rupprecht quele front des Flandres ne doit pas craquer, d’autant que bon nombre de réserves (notamment l’Alpenkorps) ont été envoyées sur le Front des Alpes. Même, pour stimuler l’esprit combattif des soldats – mais aussi l’ardeur des civils – Ludendorff instaure les Wohlfahrts-Offiziere (littéralement : « Officiers pour le bien être ») munis « d’instructions patriotiques ». Mais ce nouveau type de gradé (sorte de proto-officier politique) ne peut pas faire grand-chose contre la vie chère, la nourriture de mauvaise qualité et la dégradation des conditions de vie du soldat. Et les discours concernant les forts sentiments d’attachement au « Vaterland » (la Patrie) et la confiance dans la victoire ne remplissent pas vraiment les ventres affamés. Et l’autre mission – de plus en plus difficile – des Wohlfahrts-Offiziere consiste à maintenir constamment la fidélité et l’affection des soldats envers Guillaume II et les Princes régnants (6).

– Cependant, comme l’ont bien montré Jean Lopez et Pierre Jardin dans un dossier spécial de « Guerres & Histoire » consacré aux mutineries de 1917, l’Armée du Kaiser n’a pas réellement l’image de solidité qu’elle affiche. Ainsi, dans certaines divisions qui ont subi de lourdes pertes, le moral est particulièrement bas et les cas d’indiscipline se multiplient (5). C’est le cas dans la 26. ID (Eb. von Hofhacker) – laminée en juillet et août 1917 – où quatre soldats de l’IR Nr. 121 sont condamnés pour insubordinnation et mutinerie (6). Parfois, comme le fait remarquer Nick Lloyd, les unités n’ont pas nécessairement besoin d’être placées en première ligne pour connaître des cas d’indiscipline. Ainsi, la 6. Königlich-Bayerische-Reserve-Division** (P. Ritter von Köberle) connaît des cas d’insubordinations, en subissant les bombardements britanniques, alors qu’elle se trouve placée en seconde ligne. En fait, l’artillerie britannique brise le moral de plusieurs soldats, à défaut de briser leurs lignes. Il faut dire aussi que la préparation de feu de Plumer a de quoi faire craquer nerveusement. Jouant avec les tirs de préparation importants, les tirs de barrage et les feintes, les artilleurs de la Second Army réussissent au moins à rendre anxieux l’état-major de la IV. Armee, tout comme les commandants des unités de première ligne. Or, avec le manque de réserves disponibles pour renforcer le front des Flandres, les lignes de la IV. Armee semblent dangereusement ténues. Ainsi, la portion du front entre Boesinghe et Hollebeke est tenue par 9 divisions (6 de ligne et 3 Eingreifen-Divn), alors que seulement 752 pièces d’artillerie seulement sont disponibles sur le tout le front du Saillant d’Ypres, soit moitié moins que ce qu’aligne Herbert Plumer. Plus grave encore, le Plateau de Gheluveld est tenu par 3 divisions complètement à bout (9. RD, Ersatz-Bayerisches-Division** et 121. ID). Et c’est contre elles que Plumer va lancer son assaut (7).

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Sir William Birdwood, commandant du I ANZAC

3 – LA PRISE DU PLATEAU DE GHELUVELD

– Le jour de l’assaut, Hubert Gough se trouve à son QG de La Lovie. Au regard de la pluie, il décide de suggérer à Plumer de reporter l’opération. Entendant la proposition et conformément à sa méthode de commandement, Herbert Plumer consulte ses commandants de Corps. Or, Morland, Birdwood et Hamilton-Gordon plaident pour le maintien de l’offensive. Plumer décide alors de maintenir son assaut. Il ne faut pas croire que pour Plumer, la décision fut facile à prendre, d’autant qu’il répugne à envoyer ses soldats patauger dans la boue. Mais il faut bien voir que pour le commandant d’une grande formation telle la Second Army, annuler une attaque implique un travail d’état-major particulièrement important. Il faut adresser immédiatement les ordres d’annulation, ce qui prend des heures, voire toute une journée. Et chaque état-major doit revoir ses plans établis jusque-là. De plus, on ne peut maintenir indéfiniment des troupes en ligne, ce qui affectera nettement leur moral. Et dans l’esprit de Plumer, retarder l’attaque aura pour conséquence de transformer son assaut initial en une série de combats d’attrition localisés et confus, ce dont ne veut sûrement pas entendre parler « Old Plum » (8).

– Le 20 septembre, les chefs de divisions de ligne allemands qui tiennent Gheluveld voient leurs pires craintes confirmées des mains d’un officier australien. Deux heures avant l’Heure H, l’infortuné « Aussie » s’est retrouvé séparé de sa patrouille et s’est fait capturé par les Allemands. Ceux-ci découvrent alors que l’ANZAC prévoit d’attaquer sur la route Ypres – Menin. Aussitôt, l’appui d’artillerie par est demandé afin de pilonner les lignes australiennes. Pour les Allemands, la course contre la montre est lancée. La 2nd Australian Division (N. Maskelyne Smyth) a la mauvaise surprise de subir un bombardement allemand alors qu’elle ne s’y attendait pas. Malgré cette mauvaise surprise, Plumer et ses subordonnés ne modifient rien. A 05h40, l’artillerie de la Second Army se déchaîne sur les positions allemandes, constituant un bouclier de feu et de fumée derrière lequel progressent les Battalions. Grâce à la sécurisation du flanc gauche par la Fifth Army (chaque Corps lançant une attaque d’appui avec 1 dvision chacun) et malgré les conditions météorologiques difficiles, on peut considérer, selon N. Lloyd, que l’offensive de Plumer est un succès, marquée par de durs combats, notamment pour la Cote 35 et « Pheasant Trench » (la « Tranchée du Faisan »), soit une portion de la Wilhelm-Stellung.

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Sir Thomas Morland, commandant du X Corps

– Dans le secteur de la 9th (Scottish) Division, la South-African Brigade (Tanner) s’empare de la « Borry Farm » et de « Potsdam House », deux positions fortement défendues. L’interrogatoire des prisonniers indiquent que les Allemands s’attendaient bien à l’attaque mais qu’aucune instruction précise n’avait été donnée pour la défense. Et les tubes britanniques ont complètement assommé les 6 divisions placées en première ligne. Mais l’effet du tir de barrage massif de Plumer se fait snesiblement sentir dans le secteur d’attaque du I ANZAC, avec les 1st  Australian Division (Harold Walker) et 2nd Australian Division qui attaquent épaule contre épaule. Selon le témoignage du Lieutenant Alexander Hollyhoke (7th Bn.), les « Aussies » attaquent même le sourire aux lèvres et la cigarette au bec, ne craignant pas d’être tant repéré que cela par les tireurs allemands. Mais les positions allemandes qui avaient donné des cauchemars à Gough et Jacobs finissent par tomber, malgré quelques furieux engagements ici et là : « Glencorse Wood », Nonne Boschen et « Black Watch Corner ». Les Australiens parviennent assez facilement à déborder les dernières défenses allemandes et à neutraliser les nids de mitrailleuse. Les succès de la première phase d’attaque permettent aux troupes de Plumer d’accrocher le sud-ouest du « Polygon Wood ». Comme le souligne toujours N. Lloyd, pour la 2nd Australian Division de Maskelyne Smyth, le succès est dû à une minutieuse préparation, à une bonne reconnaissance des lignes allemandes (par étude des observations aériennes et les actions nocturnes des Raiders) et un entraînement poussé des soldats Australiens, qui plus est se trouvent être en bonne condition physique (9).

– Plus au sud, l’attaque du Xth Corps de Thomas Morland sur le Plateau de Gheluveld est rendue difficile par la présence d’abris en dur et de Blockhäuse. Dans ce secteur, le feu allemand est beaucoup plus nourri mais les Tommys de la 39th Division (G. Cuthbert) parviennent à neutraliser les défenses ennemies par une bonne combinaison fusiliers – mitrailleuses Lewis – fusils lance-grenade. A 06h00, la division tienr la Red Line, permettant ainsi aux unités chargées du « leapfrogging » de poursuivre la progression. En revanche, la 23rd Division (J.M. Babington***) rencontre une résistance beaucoup plus dure face à « Inverness Copse », couvert par un ensemble de blockhaüse établis le long de la route Ypres – Menin. En dépit des lourdes pertes, la 23rd s’acquitte très bien de sa tâche grâce au savoir-faire individuel et collectif des soldats. Elle prend Red Line à l’heure prévue et chaque section avance sur Blue Line se fraye un chemin sur Blue Line de façon indépendante mais avec cohérence. La consolidation s’effectue, seulement troublée par les tirs de snipers allemands.

– A 10h15, les deux Corps ont sécurisé Blue Line et se sont sensiblement rapprochés de l’Albrecht-Stellung. Les Allemands sont alors confrontés à un cas de figure tactique semblable à Messines. Les Eigreifen-Divisionen sont rassemblées en vue de passer à la contre-attaque sauf que les lignes de communications ont été sérieusement ravagées. Du coup, il est impossible aux différents PC et états-majors de coordonner leurs efforts, ce qui profite largement aux britanniques. De plus, le RFC profite d’éclaircies pour se mettre de la partie. Les pilotes britanniques larguent près de 28 000 bombes dans la profondeur du dispositif allemand et sur les colonnes d’Infanterie en marche, ce qui vient accroître la confusion au sein de la IV. Armee. Et bien entendu, les observateurs aériens fournissent des informations précises aux artilleurs qui peuvent efficacement guider les tirs d’interdiction, empêchant ainsi les subordonnés de von Arnim de lancer des contre-attaques durant la matinée. C’est seulement dans le début de l’après-midi que les 236. ID (Muhry), 234. ID (K. von Stumpf) et 16. Bayerische-Division (A. Ritter von Möhl) s’approchent du champ de bataille depuis Menin, Moorslede et Westroosebeke. Sauf que le renseignement de la Second Army a anticipé leurs mouvements et des tirs de barrages sont rapidement dirigés sur les colonnes d’Infanterie. Du coup, quand les Eingreifen-Divisionen arrivent sur le front elles ne peuvent pas faire grand-chose, hormis tenter de s’abriter de l’ouragan de feu qui s’abat sur elles. Dans le courant de l’après-midi, elles parviennent à passer à la contre-attaque. Mais si l’Histoire officielle de l’Armée allemande clame que les contre-attaques ont permis de récupérer plusieurs portions importantes du terrain, dans la réalité, les Allemands n’enregistrent que des succès très locaux (10). Pire encore, l’artillerie britannique se montre efficace. Ainsi, elle fait mouche quand elle touche le PC de l’IR Nr. 459 (236. ID) décapitant ainsi l’état-major de cette unité. Selon les rapports que reçoit Haig, les Allemands ont perdu 20 000 hommes pour la seule journée du 20 septembre.

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4 – QUEL BILAN POUR LES BRITANNIQUES ?

–  Les 21 et 22 septembre, « The Times », porte-voix des Torries et de l’Armée se répand en termes élogieux envers l’Armée de Sa Majesté, célébrant des succès éclatants et faisant égal éloge des soldats des Comtés d’Angleterre, des Ecossais, des Sud-Africains et des Australiens. A Montreuil également, on exulte. Ainsi, après avoir traversé le Channel, David Lloyd-George rend visite à Haig à Montreuil. Il y trouve le commandant du BEF, le chef d’état-major Launcelot Kigell et John Charteris (patron du Renseignement du BEF) dans un état de joie manifeste. Mais très vite, Charteris se montre un peu plus circonspect et lucide. Comme le fait remarquer John Charteris, la défense allemande appuyée sur des Blockhäuse s’est révélée plus difficile à brise et à causé d’importantes pertes au sein de Battalions et Divisions, notamment chez Morland. Au sein de l’état-major de Plumer, la grandiloquence des journaux n’a pas vraiment cours non plus. Charles Harington reconnaît que l’entraînement à l’attaque doit être revu et perfectionné. Dans une armée où la rigidité du commandement a toujours cours, Harington insiste sur l’idée de mieux former les officiers subalternes (Lieutenants, Capitaines) pour les rendre autonomes et capables d’initiative. Au-delà des procédés tactiques, l’historiographie militaire britannique a fait l’objet d’intenses débats pour savoir si le bilan de Plumer était bien meilleur que celui de Gough. Pour Robin Prior et Trevor Wilson, la prise du Gheluveld représente un coût trop élevé (21 000 tués et blessés en cinq jours de combat) pour des gains de terrain très limités, en comparaison de l’attaque du 31 juillet. Prior et Wilson voient d’abord l’offensive de Plumer et ses succès localisés comme « un triomphe sur l’adversité » (11).

– Les défenseurs d’Hubert Gough tendent à penser que l’assaut du 31 juillet n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Pour eux, la Fifth Army a réussi à conquérir du terrain dans des conditions terribles. Certes, sauf que l’offensive de Gough, pensée d’abord comme une percée, n’a nullement donné les résultats escomptés au QG de Montreuil-s/-Mer. Pour Nick Lloyd qui défend plutôt le commandant de la Second Army, en général technicien, Herbert Plumer conçoit ses attaques EN FONCTION DE LA CAPACITE DE L’ARTILLERIE A APPUYER SES FANTASSINS. Ce qui implique, la portée, la concentration de feu et la vitesse de redéploiement des tubes sitôt les lines conquises une à une. Mais pour Prior et Wilson, l’attaque de Plumer a été perçue comme un succès AU REGARD DU CONTEXTE, soit après l’échec de Gough à percer le 31 juillet et à sa relégation temporaire sur le banc des remplaçants. Prior et Wilson vont donc jusqu’à dire que le succès de Plumer a été volontairement grossi. A cette assertion, Nick Lloyd répond que contrairement aux attaques « Bite and Hold » de Plumer qui ont permis de conquérir et tenir une partie du terrain, celles de Gough, moins bien appuyées, se sont conclues souvent par l’abandon de portions conquises. Et il ne faut pas oublier non plus que la Second Army a attaqué dans un secteur particulièrement bien défendu et que les troupes de Gough n’étaient pas vraiement parvenues à arracher aux Allemands (12).

– Plumer a également réussi à provoquer un regain d’anxiété au sein de l’état-major de la IV. Armee. Si certains officiers mettent en avant que la défense a tenu et que les Britanniques n’ont pas vraiment percé, d’autres s’inquiètent de la difficulté à remplacer les pertes en hommes et en chevaux causées du 20 au 25 septembre. Le Kronprinz Rupprecht s’inquiète également quand il explique que le manque d’informations exactes sur les intentions des Britanniques n’a pas réellement permis de préparer les contre-mesures adéquates.

– Le 22 septembre, après une l’échec d’une série de contre-attaques contre « Tower Hamlets », Hans von Kuhl (chef d’état-major du HG « Nord ») intime à la IV. Armee de revoir ses tactiques défensives de toute urgence. En plus, grâce à la découverte de plans sur un officier, les Allemands apprennent que les Britanniques utilisent des nouveaux procédés d’attaque. Ainsi, au sein de chaque Battalion, 3 compagnies de force égale attaquent en tête, alors que la quatrième doit se consacrer au leapfrogging quand les circonstances le permettent (13). Quoiqu’il en soit, au final, Herbert Plumer a employé – et amélioré – ses procédés tactiques employés à Messines. Si sur la carte, les gains paraissent bien maigres, au moins le terrain conquis est solidement tenu.

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[Suite]

*Division dans laquelle sert le Gefreiter Adolf Hitler
** Division bavaroise de remplacement.
*** Général populaire, Babington n’avait pas hésité à dépenser personnellement 17 000 Livres Sterling pour équiper ses soldats en vêtements. Ceci-dit, la 23rd Divison est alors une unité de bonne tenue au feu.


(1) LLOYD N. (Dr.) : « Passchendaele. A New History », Penguin Books, Viking, Londres 2017
(2) LLOYD N. (Dr.), Op.Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) JARDIN P. : « En Allemagne, l’illussion d’une armée conquérante mais trahie », in Dir. LOPEZ J. & HENNINGER L. : « Les mutins de la Grande Guerre 1917-1919 », in Guerres & Histoire N° 36, Avril 2017, éd. Mondadori
(6) LLOYD N. (Dr.), Op.Cit.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Ibid.
(10) Ibid.
(11) Ibid.
(12) Ibid.
(13) Ibid.

 

 

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