Passchendaele (Troisième bataille d’Ypres) : l’impasse de boue – 6

1 – SITUATION DÉBUT AOÛT : EN DIRECTION DE L’IMPASSE

– Les Britanniques découvrent avec amertume que la Bataille risque d’être bien plus longue que prévu et ce, en dépit des heures d’entraînement aux tactiques de plus en plus perfectionné, des colossaux moyens d’artillerie, et de la préparation logistique. En outre, comme le dit Bill Rawling, ils se rendent vite compte que leur nouvel ennemi n’est autre que la boue. La boue qui empêche d’avancer, qui encrasse les culasses et canons des armes, qui fait s’embourber camions et animaux de bât et qui rend bientôt l’artillerie inutilisable. Pire encore, il devient impossible de creuser des tranchées pour consolider des positions conquises et nombre de blessés meurent noyés, faute d’avoir été pris en charge à temps (1). Sur les cartes d’état-major, il n’est pas fait état de la mer boueuse qui enserre les villages et hameaux flamands. Bien entendu, les Tommys ne sont pas de cet avis.
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– Comme le signale l’historien britannique Nick Lloyd, pour beaucoup de soldats, les difficultés rencontrées et subies dans le saillant d’Ypres sont plus grandes que celles de l’année 1916. Selon Charles Carrington , qui a participé aux deux batailles : « on se retrouvait comme dans la Somme, à ceci-dit près que nous devions nous traîner

dans la fange ». Selon C.H. Dudley Ward, historien des Welsh Guards, les soldats ne gardent qu’un souvenir déprimant de leur expérience des combats. Ainsi, la capture d’un point ne signifie nullement la fin de leurs souffrances mais un nouveau commencement. Le sentiment de mener des combats inutile s’accroît avec la découverte d’un nombre moins élevés de soldats allemands tués que durant les combats de la Somme. La défense en profondeur, mieux organisée par von Lossberg a donc un effet psychologique néfaste qui s’en ressentira après la Bataille de Passchendaele elle-même (2).

– Du côté allemand, si une partie des fantassins souffrent dans leurs trous boueux (excepté l’autre bonne partie qui bénéficie des Blockhäuse et des abris en dur), les officiers et généraux se montrent plus optimistes que leurs adversaires. En effet, le 31 juillet ils ont arrêté des forces supérieures en nombre (deux contre un) et en moyens. Il est vrai que les Britanniques n’ont mordu que 3 km sur 16. Le grand coup décisif voulu par Haig et planifié par Gough ne s’est donc pas produit. Hans von Kuhl, chef d’état-major du HG « Nord » se montre alors confiant, estimant que « l’élan de l’assaut a été brisé ». De son côté, von Lossberg rédige un dossier détaillé intitulé « La conséquence favorable du premier grand combat défensif » dans lequel il écrit : « Une mêlée sanglante qui oscille entre l’arrière et l’avant mais dans laquelle, notre infanterie courageuse, appuyée par notre brave artillerie, a remporté la première manche » (4). A l’état-major du Gruppe « Wytschaete », Albrecht von Thär ajoute que les troupes allemandes n’ont perdu qu’une portion insignifiante de terrain, ironisant férocement « au regard des ses efforts surhumains, l’ennemi a bien procédé dans son attaque, si bien que nous pouvons remercier Dieu s’il continue de faire ainsi. » Néanmoins, von Thär ajoute : « Bien sûr qu’il y a toujours beaucoup à faire, jour et nuit. Chacun donne toutes ses forces. La pluie diluvienne est une aubaine pour nos troupes puisque le terrain flasque et détrempé entrave l’offensive britannique. C’est plus une gêne pour les britanniques que pour nous, car nous pouvons boucher les trous, réorganiser nos groupes et remplacer nos troupes fatiguées par des unités fraîches. Toutefois, bien entendu, nos soldats connaissent des conditions de combat atroces, notamment devoir rester allongé dans l’eau. Et spécialement pour ceux blessés dont l’évacuation ne peut se faire qu’au compte-goutte. (3) » 

– Les pertes allemandes ont été lourdes elles-aussi. Du 21 au 31 juillet, ils ont perdu 30 000 hommes, dont 9 000 disparus. En outre, les combats ont été dépensiers en munitions. Chaque batterie a dû tirer 300 coups par jour en juillet mais le 31 juillet, le nombre d’obus est monté à 1 200 pour une seule journée, soit 77 trains de munitions pour la IV. Armee.

– Chez les Britanniques, à Londres au GHQ et au QG du BEF à Montreuil, on s’interroge sur la nécessité de poursuivre l’offensive ? Le 1er août, Douglas Haig se montre encore d’humeur combative. Il envoie un officier de liaison expliquer à Pétain que son idée « de ne rien tenter de sérieux sur le Front de l’Ouest et d’attendre les Américains » ne fait que servir les Allemands, alors que ceux-ci sont obligés de mobiliser encore des réserves en Russie. L’autre argument lui est donné par son chef des renseignements (Chief of Intelligence) John Charteris, qui lui fournit l’information comme quoi 15 % des soldats allemands capturés appartiennent à la Classe 1918, « au moral bas ». Le Maréchal britannique ajoute même qu’il escompte voir l’Armée française coopérer avec le BEF dans un suprême effort qui doit tout emporter (4). Sauf que Pétain ne s’en laisse pas compter et maintient son projet d’offensives limitées dans la Meuse et l’Aisne, d’autant qu’il a généreusement octroyé le concours de la Ire Armée d’Anthoine. Haig n’aura rien de plus.

– Néanmoins, le chef britannique réunit Gough et Malcolm (le chef d’état-major de la Fifth Army) à La Lovie. Une fois de plus, il met l’accent sur l’importance que représente la Crête Passchendaele – Broodseinde et intime à son protégé de s’en emparer impérativement. Mais comme Davidson, Haig lui recommande de ne lancer l’Infanterie qu’après 2-3 jours de repos, le temps d’attendre que le temps se calme et que les pièces d’artillerie soient bien mises en positions et sur un terrain plus sec. Mais avec cet été pourri, il pleut sans discontinuer sur le nord de la France et la Belgique du 1er au 6 août. A Montreuil, John Charteris en est persuadé, la pluie a sauvé la IV. Armee allemande d’un désastre, arguant qu’avec « chaque heure qui passe, nous perdons l’avantage de l’attaque. » Du coup, comme le dit N. Lloyd, si les Allemands mettent le temps a profit pour se renforcer et réorganiser leurs positions, les Britanniques ne peuvent qu’attendre (5)

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2 – NOUVEAUX OBJECTIFS : LANGEMARCK ET LE « POLYGONE WOOD »

– Après l’attaque du 31 juillet, John Davidson rédige un mémorandum expliquant à Haig que l’attaque du II Corps ne doit pas être relancée prématurément, d’autant que plusieurs divisions ont entamés leur phase de relèves. De plus, il faut deux à trois jours pour qu’après la prise du Plateau de Gheluveld donnant une meilleure observation, les artilleurs corrigent leurs relevés, notamment pour cibler les nids de mitrailleuses dont les positions sont connues des Britanniques grâce à la capture d’une carte. Mais les positions conquises de Westhoek et d’Inverness Copse ne sont pas encore sûre et peuvent être soumises à des contre-attaques, ce qui conduit Haig et Gough à octroyer 2 divisions au II Corps de Jacobs. Alors ensuite, l’attaque pourra reprendre pour faire sauter les positions allemandes de Langemarck et Steenbek. Enfin, la Ire Armée française d’Anthoine – placée sous le commandement du BEF – sera également de la partie pour appuyer la Fith Army de Gough.

– Pour neutraliser les positions de mitrailleuses, une technique de tir est améliorée grâce à la coopération entre le Brigadier-General Ricardo, commandant de la 109th Brigade (36th Division) et de l’artilerie lourde du XIX Corps. L’état-major de Ricardo fournit alors les positions allemandes à bombarder suivant les indications cartographiques. S’ensuit un bombardement de troisi minutes, interrompu par une pause durant laquelle les observateurs d’artillerie apportent les corrections, puisque cartes et photographies sont sujettes peuvent être sujettes à des inexactitudes. Enfin, le 2 août, le Brigadier-General Hugh Elles commandant du Tank Corps, adhère à l’idée de laisser les Tanks Mk IV à l’arrière afin d’éviter qu’ils ne s’enlisent. Mais on va finalement se décider à en attribuer 8 à 2 divisions du XVIII Corps.

Mais le 5 août, les Allemands déclenchent l’Opération « Sommernacht », soit une contre-attaque lancée par le I/IR. Nr. 62 au nord-est de Hollebeke. L’opération est d’abord un succès qui permet aux Allemands de reprendre un point d’observation alors utiles à l’artillerie britannique et donc, leur permet de monter une attaque contre Hollebeke (209., 213. et 207. ID). Mais les Britanniques finissent par reprendre la position après avoir lancé de violentes contre-attaques appuyées par l’Artillerie

Le 5 août toujours, la 20th (Light) Division vient remplacer la 38th (Welsh) le 5 août pour dégager le secteur de Steenbek. Alors que l’Artillerie britannique s’emploie à détruire les positions allemandes, les bouches à feu de la IV. Armee s’emploient à museler les batteries anglaises, causant également quelques dégâts à l’infanterie. De leur côté, les fantassins britanniques – à l’exemple du 7th Bn. Somerset Light Infantry – se préparent à l’attaque prévue le 7 en utilisant des photographies aériennes et des cartes de tranchées. Tactiquement, il prévoit d’avancer avec chaque compagnie scindée en 3 sections, avec 2 à l’avant et 1 à l’arrière pour la consolidation. Et chaque section se répartit en 2 escouades de fusiliers à l’avant et 1 de mitrailleurs avec des Lewis. Face au feu ennemi, l’accent est mis sur le développement d’attaque par les flancs, avec l’amélioration de tirs d’enfilade et d’enveloppement des positions allemandes. Celles-ci doivent être dépassées par les premières lignes avant d’être anéanties par la troisième vague (les sections de réserve), avec 470 hommes au sein de chaque bataillon. Le 7 août, le 7th Bn. SLI, ainsiq ue les 10th et 11th Bns. The Rifle Brigade tentent de prendre le Blockhaus du Bon Gîte, à 270 m en aval de Steenbeek, repris par les Allemands le 31 juillet. Mais l’attaque échoue. La nouvelle attaque en force est prévue pour le 10 août, afin de faire sauter la ligne Langemarck – Saint-Julien – . Dans les plans du BEF, la seconde ligne allemande (Albrecht-Stellung) correspond au second objectif britannique (Black Line) qui a été capturé le 31 juillet, excepté le Plateau de Gheluveld, qui sera pris début août. Pour atteindre les différents objectifs, chaque division doit faire avancer ses Battalions en « saut de grenouille » (« leap-frogging »), soit assigner un objectif initial à 1 Battalion, puis lancer les Battalions de soutien depuis une ligne intermédiaire pour prendre l’objectif final (Green line). Chaque « leap-frogging » doit s’effectuer sur 300 – 350 m environ.

– Toujours en lice, le II Corps de Jacobs doit effectuer une avanced de 1,3 – 1,5 km de Stirling Castle à Black Watch Corner. La 56th (London) Division (Fr. Dudgeon) doit avancer sur le Bois du Polygon Wood, à la gauche de la 53rd Brigade (18th Division) qui doit passer par Inverness Copse pour prendre Black Watch Corner, au sud-ouest du Polygon Wood et formé un flanc défensif au sud. Du côté de la 56th (London) Division, les 167th et 169th Brigades doivent avancer ver le Polygon Wood, respectivement via Glencorse Wood et Nonne Bosschen. De son côté, la 8th Division (W. Heneker) doit attaquer entre Westhoek et la voie ferrée Ypres – Roulers et atteindre l’est du ruisseau de Hanebeek (sur la Green line).  8 Tanks sont également mis à la peine, alors que les Royal Artillery et Royal Garrison Artillery fournissent un appui de 216 canons de 18-pounder (180 pour le tir de barrage roulant et 36 pour un barrage fixe sur l’objectif final) et 72 obusiers de 4.7-inch. Enfin, 8 compagnies de mitrailleuses Vickers doivent effectuer des tirs de barrage sur le secteur qui couvre le nord-est du Polygon Wood à l’ouest de Zonnebeke.

– Plus au nord, les XIX et XVIII Corps doivent s’emparer de la Green Line, soit la troisième position allemande (Wilhelm-Stellung). Sur le flanc droit du II Corps, le XIX de Herbert Watts – avec les 36Th (Ulster) et 16th (Irish) Divisions doit avancer vers Saint-Julien (par le sud-ouest) et Frezenberg (par l’ouest). Sur on aile gauche, le XVIII Corps d’Ivor Maxse (11th et 48th Divisions) doit faire sauter la ligne comprise entre Langemarck et Saint-Julien.
Les divisions du XIX Corps peut compter sur un appui de 40 canons de 18-pdr, de 24 batteries d’obusiers de 4.5-inch et de 40 Vickers pour les barrages, en supplément des groupes d’artillerie lourde ordinaires. Chaque division compte ainsi 108 18-pdr et 36 obusiers de 4.5-inch. Dans le secteur du XVIII Corps, 1 brigade de la 48th Division et 1 de la 11th Division peuvent compter sur le concours de 8 Tanks chacune, afin de s’emparer de l’extrémité nord de Saint Julien et de White House à l’est de Langemarck.

– La 20th (Light) Division (du XIV Corps de Rudolph Lambart Earl of Cavan) prévoit de capturer Langemark avec ses 60th et 61st Brigades, en démarrant son attaque depuis l’est de Steenbeek. Son premier objectif (Blue Line) se situe à l’est de Langemarck ; son second (Green Line) se situe 460 m à l’est du village et son objectif final (Red Line) vise les défenses allemandes de Schreiboom (550 m plus loin). Signe d’adaptation tactique, la 60th Brigade attaque avec 1 Battalion à l’avant, les 2 suivants devant avancer en « leap-frog » pour atteindre le second et le dernie objectif. Cette attaque doit également prévenir une contre-attaque allemande attendue depuis Poelkapelle, tout en faisant peser la menace d’un encerclement sur les défenseurs de Langemarck. A l’inverse, la 61st Brigade lance 2 Battalions à l’avant en maintenant le dernier en réserve, afin de prendre le village de Langemarck. Pour faire sauter le verrou que représente le Blockhaus du Bon Gîte, il est prévu d’engager 1 Battalion de couverture et 1 Field Company des Royal Engineers. Enfin, pour l’Artillerie, en plus de ses propores pièces divisionnaires, la 20th (Light) Division peut également compter sur celle de la 38th, ainsi que sur les canons lourds du XIV Corps. Le plan de feu est séquencé comme suit :

1 – Pilonnage de 20 minutes sur le premier objectif simultané au barrage roulant de 4 minutes derrière lequel progressent les Battalions de tête à raison de 90 m de distance du lift.
2 – Pilonnage de 1 heure contre le second objectif pour détruire les défenses, causer des pertes aux troupes en retraite et empêcher les défenseurs de se mettre à couvert.
3 – Tir de barrage de l’artillerie lourde du XIV Corps à l’aide d’obus hautement explosif, « progressant vers l’avant » (autrement tir allongeant le tir constamment sur 300 – 1 500 m) afin de faire taire les nids de mitrailleuses.
4 – Tir d’obus fumigènes pour masquer l’avancée des troupes.
5 – Tir de barrage donné par les mitrailleuses afin d’accroître la puissance de feu de l’Infanterie.

– Enfin, la Ire Armée française d’Anthoine doit encore pressurer les Allemands par une attaque vers le nord, depuis la ligne Kortebeek – Drie Grachten afin d’atteinre Saint Jansbeck. Sauf que la préparation britannique connaît plusieurs lacunes. En effet, en dépit de l’importance donnée à la logistique – pose de parapets de tranchées par des travailleurs chinois et de planches pour faire passer les animaux de bât – le ravitaillement peine à arriver en première ligne à cause de la boue et la relève d’unités s’en trouve perturbée. Mais il y a pire, le Brigadier-General Freeth, commandant de la 167th Brigade (56th London) alarme Gough et Haig comme quoi ses officiers et soldats n’ont reçu qu’une formation de moins de vingt-quatre heures quant aux positions allemandes qu’ils devront attaquer. (6).

– Du côté, allemand, le 2 août, le renseignement du Gruppe « Ipern » indentifie la Wilhelm-Stellung comme objectif final des britanniques du 31 juillet et estiment que leurs ennemis lanceront davantage d’attaques contre le Plateau de Gheluveld, avant d’attaquer plus au nord en direction de Langemarck. Mais la situation devient également préoccupante pour les troupes du Kronprinz Rupprecht. En effet, à elles deux, les 3. et Reserve-Divisionen ont perdu 10 000 hommes, tandis qu’au sein du Gruppe « Wytchaete », 1 500 à 2 000 hommes ont été perdus par division, chacune comptant déjà 4 000 hommes de moins que pendant la Bataille de la Somme. En plus, il faut ajouter que l’acheminement des renforts s’effectue difficilement en raison des attaques britanniques au gaz qui surviennent sans prévenir. Ainsi la 6. Königlich-Bayerische-Reserve-Divison doit-elle renvoyer à l’arrière 1 200 soldats malades.

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 3– L’ATTAQUE : ENTRE PIÉTINEMENT ET SUCCÈS PARTIELS (10 – 16 AOÛT)

1 – L’attaque britannique

Le 10 août à 04h45, les Britanniques font donner leurs tirs de pilonnage et leurs barrages roulants. Derrière la pente de Westhoek, plusieurs soldats britanniques ont reçu des lampes-torches rouges afin de pouvoir se repérer et guider dans l’obscurité. Les défenseurs allemands tirent bien des fusées éclairantes pour demander le soutien de leurs tubes. Mais ceux-ci ne répondent que sporadiquement. Le barrage roulant qui s’abat sur les lignes allemandes est terrible. Mais s’ils souffrent les fantassins de von Arnim trouvent très vite le moyen de se mettre relativement à l’abri en s’allongeant dans leurs trous d’obus ou dans leurs abris. Malheureusement pour les Britanniques, les appareils du RFC sont sérieusement accrochés par la Jagdgeschwader I et notamment, par Manfred von Richthofen. Très vite, les mitrailleuses allemandes causent de sérieuses pertes à la 53rd Brigade de la 18th Division (II Corps) qui se retrouve stoppée au nord-ouest d’Inverness Copse. Néanmoins, l’un de ses Battalions parvient à progresser au nord et établir flanc défensif le long de la pente sud de Glencorse Wood.  En revanche, la 56th (London) Division ne fait aucun progrès, ses hommes s’enfonçant dans la boue, ce qui permet vite à des soldats allemands de réagir depuis leurs abris, empêchant toute progression. Pour Freeth, cet échec est d’abord imputable à la mauvaise préparation des fantassins. Sur le flanc gauche de la 56th (London) Division, la 8th Division avance mieux, derrière un barrage efficace et s’empare de Hanebeek et poursuit sont avance vers Anzac Spur.

– La situation s’avère pire au centre du dispositif britannique où le XIX Corps doit s’emparer d’une portion de terrain près de Gravenstafel. Attaquant quasiment épaule contre épaule, les Protestants unionistes de la 36th (Ulster) Division (O. Nugent) et les Catholiques irlandais de la 16th (Irish) Division (W. Hickie) – déjà bien fatigués après être restés en ligne pendant plusieurs jours en accomplissant des travaux manuels – doivent combattre dans un dédale de casemates et de fermes en ruines qui s’appuient mutuellement (Gallipoli Farm, Schuler Farm, Hindu Cott et Border House) et qui ne semblent pas avoir été ébranlées par le pilonnage de l’artillerie britannique. Là encore, les mitrailleurs allemands de la 183. ID (W. von Schüssler) causent de sérieux dégâts dans les rangs des Irlandais, anciens vainqueurs de la Crête de Messines, empêchant ainsi leurs adversaires de procéder au mopping-up. Et comme si cela ne suffit pas, peu après 09h00, la 12. Reserve-Division (K. Dumrath) lance-une contre-attaque avec ses 3 Régiments qui culbutent les soldats irlandais épuisés. Mais il semble que les Eingreifen-Divisionen, spécialement chargées des contre-attaques, n’ont pas reçu d’informations adéquates sur les objectifs et ont également été sujettes à la confusion (7).

– Mais c’est néanmoins, sur le flanc gauche (nord) que les choses se passent mieux. En effet, le XVIII Corps de Maxse, poussant ses 11th et 48th (South Middlands) Divisions réussit à prendre Saint-Julien et progresser sur Langemarck par le sud-ouest. Plus à gauche, le XIV Corps en liaison avec l’Armée française réussissent à franchir le Steenbeek et à bousculer la 214. ID (R. von Brauchitsch) du Gruppe « Dixmulde » et à arracher Langemarck à la 79. Reserve-Division (Er. von Bacmeister).

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2 – L’attaque française

– Flanquant toujours le flanc nord (gauche) de la Fifth Army, les Français doivent repartir à l’offensive depuis le hameau de Saint-Janschoek à l’est de la Steebeek, au nord de Bixschoote et sur les abord inondés de la route Noordschoote – Luyghem, celle-ci traversant l’Yperlee à Drie Grachten (« Les Trois Canals »). Ce dernier point est l’un des principaux secteurs fortifiés allemands du secteur, verrouillant la route Noordschoote – Luyghem, au-delà de la confluence Yperlee – Kortebeek (la réunion des deux rivières donnant naissance au Saint-Jaansbeek). La Ire Armée d’Anthoine, avec le Ier CA (G. Lacapelle) a donc pour mission de prendre Drie Grachten, Luyghem et Merckem afin d’avancer vers la Forêt de Houthouls. En plus, la prise de Drie Grachten priverait les allemands d’une tête de pont qui leur permettra de lancer une série de contre-attaques (9).

– Mais le secteur de Drie Grachten (situé entre le bas Steenbeck et le Canal d’Yperlee) est fortifié par un ouvrage en arc de cercle, construit en hauteur à cause du sol détrempé. En outre, les Allemands ont construit une série d’abris connectés par des tranchées, dont une reliée au PC. Enfin, sur la rive droite de la Steenbeek, le réseau fortifié allemand se compose de casemates, de petits Blockhäuse et de goulets de fils barbelés. Il se trouve également relié à l’ouvrage de Drie Grachten par une tranchée de liaison. A cela s’ajoute un rempart qui couvre la rive est de du Canal d’Yperlee, ainsi que la redoute de l’Eclusette et les défenses du secteur de Luyghem.

– Sauf que les Français ont de quoi préparer au mieux leur attaque. Bien renseignée, l’Artillerie française réussit à détruire bon nombre de positions allemandes établies le long de l’Yperlee et du Steenbeek. Simultanément, l’artillerie lourde et l’aviation bombardent les voies ferrées et les installations situées en profondeur. Et pendant la nuit du 15-16 août, l’aviation franco-belge bombarde les défenses allemandes, les bivouacs autour de la Forêt de Houthulst, ainsi que la station ferroviaire de Lichtervelde à 18 km à l’est de Dixmulde. Pour cela, les équipages français et belges volent à basse altitude afin de larguer leurs bombes et mitrailler les troupes allemandes, les trains et les aérodromes.

– Le 16 août, les divisions d’attaque du Ier CA franchissent le Canal d’Yperlee au nord-ouest de Bixschoote et au nord de la tête de pont de Drie Grachten et rejettent les allemands au-delà du petit triangle marécageux de Poelsee. Seulement, beaucoup de casemates construites dans les fermes en ruines ne sont pas capturées. Néanmoins, les Français franchissent le cours supérieur du Steenbeek à l’ouest de Wydendreft, avant d’infléchir leur assaut vers le sud-ouest de Saint-Janshoeek. Gardant le contact avec le XIV Corps britannique, les Français avancent sur la rive sud du Broombeek, pivotant à partir du Blockhaus de Mondovi qui tient toute la nuit. Mais pendant la nuit, les Allemands lancent une contre-attaque qui échoue. Les Français ont remporté leurs objectifs mais il reste à l’artillerie de neutraliser les dernières poches de résistance allemande, ce qui est fait le 17. Tombent alors les Blockhäuse de Mondovi et des Lilas, la Ferme de Champaubert, la Péninsule de Poelse et la Maison de Brienne. Chacune de ses positions est battue par les obusiers lourds (Schneider, Saint-Chamond et différentes pièces des RALGP*), 300 prisonniers allemands sont envoyés dans les lignes, tandis que les « Poilus » ramassent une appréciable quantité d’armes individuelles, de mitrailleuses et de mortiers de tranchées (10).

– La réussite des Français dans cette opération certes limitées, allège la Fifth Army mais surtout, la met à l’abri de contre-attaques sur son flanc gauche.

[Suite]


(1) RAWLING B. : « Survivre à la tranchée. L’Armée canadienne et la technologie 1914-1918 », Athéna, Toronto, 2004
(2) LLOYD N. : « Passchendaele. A new History », Penguin Publishing, Vicking, Londres, 2017
(3) LLOYD N., Op. Cit.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Ibid.
(10) Ibid.

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