Verdun 1917 : exemple de reconquête par le feu (seconde partie)

3 – L’ATTAQUE DU 20 AOÛT

– L’attaque française démarre à 04h40 par un tir de barrage roulant complété par un barrage donné par les canons de 75 contre les premières lignes allemandes. Comme pour l’automne 1916, l’infanterie progresse de façon minutieusement chronométrée avec l’Artillerie. L’infanterie doit avancer également par étapes échelonnées et de façon méthodique. Chaque division lance d’abord 2 Régiments sur 3 ou 4 et en maintient 1 ou 2 en réserve pour les phases suivantes. Ensuite, les commandants de régiments lancent d’abord 1 bataillon en tête, le quel lance 1 compagnie en tête, suivie des deux autres. Le même schéma se répète pour chaque section au sein desquels opèrent des groupes autonomes de soldats diversement spécialisées (mitrailleurs légers, grenadiers).

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– Aussi, des groupes de servants de canons légers M 37, ou de pièces de montagne, peuvent suivre les vagues d’assaut afin de réduire les abris et nids de mitrailleuses. De plus, entre chaque phase d’attaque, reconnaissance doit précéder chaque assaut, pour permettre également aux artilleurs de corriger leur pointage suivant les données rapportées par les observateurs, de même qu’aux servants de canons de 75 mm divisionnaires de rapprocher leurs batteries pour optimiser l’appui-feu. Chez les chefs français, la prudence et la méthode sont de mise. Si des ouvrages ou des positions ne peuvent être prises d’assaut par les fantassins, il est recommandé aux chefs de Bataillon ou de Régiment de demander l’appui d’artillerie. Cela nécessite donc de bonnes communications entre les PC, d’où l’installation préalable de réseaux filaires et de TSF. En revanche, les fantassins de première ligne devront compter sur la débrouillardise et des méthodes moins technologiques (fanions et signaux lumineux pour communiquer avec l’aviation), faute de moyens portatifs.

– Cependant, compte-tenu de la configuration défensive ennemie, le tempo de l’offensive peut-être ralenti – voire cassé – par les points de résistance qui subsistent après le passage des premières vagues. Cela nécessite qu’au sein de chaque Régiment/Bataillon, plusieurs unités soient engagées dans des opérations de nettoyage afin de mettre fin à toute menace sur les arrières.  Enfin, chaque objectif conquis doit être rapidement consolidé et réorganisé avec des renforts et des mitrailleuses Hotchkiss, pendant que les brancardiers et ambulanciers évacuent les blessés vers l’arrière. En cela, les Français utilisent des tactiques d’attaque assez proches de celles des Canadiens et des Britanniques utilisées en 1917. De leur côté, les Allemands pour qui l’attaque française ne fait plus secret, s’apprêtent à pratiquer leur « défense élastique », en comptant sur l’appui de points fortifiés et de nids de mitrailleuses.

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 – Rive gauche de la Meuse

– Durant les premières heures de la matinée du 20, les 4 Divisions françaises avancent bien, malgré un terrain particulièrement difficile les pertes dues à la forte résistance ennemie. Tout à gauche (XIIIe Corps), la 25e Division s’empare des Ouvrages de Palavas et du Peyrou, de l’abri des Cavernes et du Ravin des Aunes. A 07h00, le 16e RI doit repousser une contre-attaque allemande. Mais en fin d’après-midi, la 25e DI a poussé son effort et atteint l’Ouvrage Martin. De son côté, la 26e DI s’empare du Crochet, de la Tranchée Dorothée, de l’Ouvrage Triangulaire, la Tranchée de l’Abeille, le Peigne, l’Ouvrage de Vassincourt, le Boyau Elsa et la Tranchée Koenig. Malheureusement, en raison du feu des mitrailleuses et de l’artillerie allemande, le 121e RI ne peut s’emparer de la Cote 304. Néanmoins, la 26e DI est solidement installée pour pouvoir reprendre son attaque. Les Français ont perdu 3 146 hommes – officiers compris – mais ramassé 1 200 prisonniers.

– Du côté du XVIe CA, l’attaque de la 31e DI et de la Division Marocaine démarre de manière synchronisée. Fantassins, Tirailleurs, Zouaves et Légionnaires avancent vite en direction du Mort-Homme si bien que lorsque les Allemands font donner leur tir de barrage, les obus tombent derrière les soldats français. La 31e atteint l’Ouest du Mort-Homme, franchit ensuite la Tranchée de Silésie pour s’emparer dans la foulée d’une partie de la Tranchée de Hambourg et accrocher le Plat de Cumont qui tombe à son tour malgré les Maxim.
De son côté, la « Marocaine » emmenée par Degoutte (général prometteur), enlève en moins de cinq heures la Tranchée de Foix, la Tranchée d’Ulm, le Tunnel Gallwitz (qui tombe après avoir été nettoyé par le 7e RMT) et le Ruisseau des Forges. Ce succès rapide permet ensuite à Degoutte de réorganiser ses régiments pour relancer l’assaut vers ses objectifs initiaux et rapprocher ses batteries de 75 mm. Ainsi, les Légionnaires du Colonel Rollet (RMLE) enlèvent la Cote 174, le Boyau des Forges, la Cote 265 et le Bois de l’Oison.
A la fin du 20 août, le XVIe CA a fait mieux que le XIIIe avec la capture de 3 813 Allemands, 120 mitrailleuses et 54 pièces d’artillerie (canons et Minenwerfern). Comme pour Vimy et la Crête de Messines, la seconde offensive de Verdun montre la limite de la « défense élastique » et des contre-attaques lancées immédiatement (Gegenstoss aus der Tiefe) par des Sturm-Bataillonen ou des Sturm-Kompanien pour repousser les Français. Manquant de coordination, elles s’avèrent stériles.

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– Rive droite de la Meuse

– Du côté des XVe et XXXIIe Corps, le succès est au rendez-vous en dépit des perturbations causées par les mitrailleurs allemands. La 126e DI s’empare de la Tranchée du Tacul et de la Cote du Talou. Sauf que le secteur de Samogneux est trop bien défendu et les Français décident de l’attaquer le lendemain dès que l’Artillerie aura corriger son pointage. De plus, les 103e et 173e RI doivent repousser des contre-attaques allemandes venues du Boisdes Caures. De son côté, la 123e DI s’empare des tranchées du Jutland et de Trêves, du Boyau de Karlsruhe (difficilement enlevé à cause des mitrailleuses), avant de repousser également des contre-attaques allemandes venues du Ravin de la Mamelle, du Bois des Caures et de la Cote 344. Enfin, au sein du XXXIIe Corps, la 42e DI s’empare de presque tous ses objectifs, excepté l’Ouvrage de Nassau, permettant ainsi de sécuriser l’aile droite de la IIe Armée.

– Quoiqu’il en soit, le bilan est amplement positif pour les Français. Hormis Samogneux et la Cote 304, tous les objectifs majeurs sont pris et le terrain conquis est solidement tenu. Les Allemands font donner leur artillerie contre les zones arrières sans reprendre du terrain

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4 – POURSUITE DE LA BATAILLE (21 AOÛT – 18 SEPTEMBRE)

– La journée du 21 août commence par un bombardement aux gaz et des contre-attaques allemandes toutes repoussées par les 4 Corps français. Mieux, les objectifs qui ne sont pas tombés le 20 sont pris d’assaut : Regnéville, la Tranchée d’Augsbourt et Samogneux. La suite de la Seconde Bataille de Verdun se traduit en un enchaînement de combats localisés mais méthodiquement menés qui permettent aux troupes de Guillaumat de dégager les deux rives de la Meuse et le nord du Saillant. Ainsi, les 22-24 août, les XIIIe et XVIe CA conquièrent définitivement la Cote 304 et le Ravin des Forges, l’Ouvrage des Forges et le Ravin de Lorraine. Rien n’est tenté contre l’Ouvrage des Platenes, trop bien défendu. Mais le 25 août, les positions perdues après les combats terribles de l’hiver 1916 sont de nouveau aux mains des Français qui les réorganisent et s’y cramponnent solidement.

– Sur la rive droite, l’Ouvrage de Nassau et Beaumont tombent à leur tour. Mais à partir du 25 août, les Allemands se montrent beaucoup plus combatifs. Les XVe et XXXIIe grignotent alors le terrain plus méthodiquement en repoussant trois contre-attaques allemandes le 3 septembre. Néanmoins, du 8 au 18 septembre, les troupes de Riols de Fonclare et de Passaga conquièrent le Bois des Fosses, la Crête de Caurières et la Cote 344. Mais sentant poindre la Bataille d’usure – ce qu’il veut à tout prix éviter pour des questions techniques et de moral – Pétain ordonne à Guillaumat d’arrêter toute attaque. Pour les objectifs modestes assignés, le succès est net. Pétain peut alors se consacrer à l’offensive limitée qu’il prépare contre le dispositif ennemi autour du Fort de la Malmaison dans l’Aisne. Les Allemands, qui ont perdu 10 300 prisonniers (sans compter les morts et les belssés) lanceront plusieurs contre-attaques en octobre mais les Français ne céderont rien.

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