Henry Sinclair Horne (1st Baron)

– Henry Horne est resté un général assez méconnu tout simplement parce qu’après sa mort, son épouse a détruit ses correspondances et notes sur la Guerre, privant ainsi les historiens militaires de sources. Mais sa figure a commencé à ré-émerger durant les années 1990 – 2000. S’il ne s’est pas révélé au niveau tactique, il fut néanmoins un notable technicien, notamment dans l’emploi de l’artillerie.

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– Henry Horne est né le 19 février 1861 à Wick (Caithness) en Ecosse. Se destinant à la carrière des armes, il entre en 1880 à l’Académie royale de Woolwich qui forme les artilleurs de l’armée de Victoria. Il en sort comme Lieutenant en 1883 et mène une carrière classique et assez terne dans l’Empire (Inde, Afrique…) marquée par son mariage avec Kate MacCorquodale avec qui il a une fille unique baptisée Kate (« Kitten »). En 1912, il est nommé Inspecteur de l’Artillerie  (Inspector of Artillery). Alors que l’armée britannique est aux mains d’une coterie de Horsemen (French, Haig, Allenby…), Henry Horne comprend vite que l’Artillerie sera une arme décisive et que l’armée britannique doit renforcer son parc de bouches à feu. Mais comme le dit l’historien Hew Strachan, si l’Armée britannique de 1914 apparaît comme un « nain » en comparaison des armées française et allemande, elle possède la plus forte proportion d’artillerie lourde en proportion des effectifs d’infanterie.

– Quand la Grande Guerre éclate, Henry Horne est Brigadier-General et commande l’artillerie du I Corps du BEF que commande Douglas Haig. Lors de la retraite de Mons, Haig lui ordonne de protéger le mouvement vers la frontière française. Horne s’acquitte de sa tâche avec une bonne discipline de feu qui retarde les troupes ennemies, permettant au BEF de se replier en bon ordre.

– En 1915, il commande la 2nd Division lors de la bataille de Festubert à l’occasion de laquelle in concentre le feu de son artillerie qui se montre efficace jusqu’à épuisement des munitions. Horne participe ensuite à la bataille de Loos (septembre 1915) où il utilise les gaz (sur ordre de Haig qui a remplacé John French) sans grande efficacité. En dépit de critiques, Haig le promeut Lieutenant-General (équivalent de Général de Corps d’Armée). Fin 1915, Henry Horne fait partie, avec Julian Byng, de la mission du General Charles Monro visant à évaluer les possibilités d’évacuer Gallipoli. Ensuite, lord Charles Murray (commandant des troupes britanniques pour l’Egypte) le charge d’organiser la défense du Sinai contre les Ottomans. Pour cela, Horne organise un réseau de tranchées et fait poser des rails pour envoyer renforts et ravitaillement depuis le Caire.

– En 1916, il est rappelé en France par Douglas Haig en prévision de la bataille de la Somme. Horne prend alors le commandement du nouveau XVth Corps (7th et 21st Divisions) formé de jeunes volontaires inexpérimentés de la New Kitchener’s Army et composante de la Fourth Army de Sir Henry Rawlinson. Toutefois, en tant qu’artilleur, Henry Horne met au point le barrage roulant « Creeping barrage » qui est censé appuyer l’avancée des Tommys contre les tranchées ennemies. D’abord imparfait, le procédé va se perfectionner au cours des mois à suivre. Pour l’offensive du 1er juillet, Horne a pour objectif de s’emparer des villages de Fricourt et Mametz. En dépit des lourdes pertes et de la coopération imparfaite entre infanterie et artillerie, les deux divisions de Horne réussissent à s’en emparer à J-0 et J+1, grâce en partie au « Creeping barrage ». En juillet, il s’empare du Bois de Mametz et du High Wood. En septembre, il contribue à la prise de Gueudecourt en faisant l’apprentissage de l’emploi des Tanks.

– Pendant cette période, Henry Horne fait l’apprentissage du commandement de grandes unités et fait preuve de qualités de commandement : discret, réfléchi, raisonné et consciencieux, il plaide pour un meilleur usage de l’artillerie et de la technologie pour des combats d’attrition plus longs visant à épuiser les Allemands. En cela, il se trouve proche de ce qu’avance également Herbert Plumer, alors que Haig pense encore en termes de manœuvres et de percée. En outre, à la différence de l’autre cavalier Allenby (alors commandant de la Third Army) qui peut faire preuve d’autoritarisme vis-à-vis de ses subordonnés, Henry Horne ne prend ses décisions qu’après avoir consulté son état-major, ses commandants de Corps ainsi que ses divisionnaires, encourageant également une meilleure communication entre états-majors.

En septembre 1916, après avoir été fait Chevalier de l’Ordre du Bain (KCB) Henry Horne et promu General (Général d’Armée) et prend la tête de la First Army, en remplacement de Sir Charles Monro parti commander la seconde campagne d’Iraq. Horne doit son nouveau commandement au War Office, alors que Haig avait préféré le Lieutenant-General Richard Haking, qui est pourtant davantage connu pour son inutile et sanglante offensive de Fromelles (juillet 1916) pour appuyer l’effort sur la Somme. Horne se trouve donc à commander un secteur compris entre Béthnune et Arras et comprenant les I, VI et XVII Corps, auquel s’ajoute le Canadian Corps de Julian Byng au début 1917.

– Dans le cadre de la bataille d’Arras (voulue comme un appui de l’Offensive Nivelle), le Canadian Corps doit s’emparer de la Crête de Vimy. L’assaut est convié directement par Haig à Byng et aux 4 divisions canadiennes mais Henry Horne contribue notablement au succès en fournissant à Byng l’appui conséquent des 7 Heavy Artillery Groups et de leurs 1 000 pièces lourdes. Après le succès de Vimy, Horne continue de fournir l’appui nécessaire aux Canadiens, notamment dans leur effort vers Lens et dans la prise d’Oppy et de la Cote 70. En revanche, Horne – qui reste un militaire britannique conservateur – doit s’habituer à coopérer avec son nouveau subordonné en la personne d’Arthur Currie, autodidacte et à l’attitude pouvant paraître peu conventionnelle. Cela n’empêche pas Horne d’estimer les soldats canadiens à leur juste valeur.

– En 1918, la First Army voit son front déplacé plus au nord pour couvrir le sud du saillant d’Ypres sur une ligne qui couvre le Canal de Comines, Armentières, Neuve-Capelle, le Canal de la Bassée, Givenchy et Festubert. Les troupes de Horne tiennent le sud du Saillant d’Ypres et le Canal de Commines et se voient attribuer le concours du Corps Expéditionnaire Portugais de Fernando Tamagnini de Abreu et Silva  (1re et 2nde Divisions) mais avec des troupes mal commandées et peu motivées. Pire encore, Henry Horne s’entend très mal avec Tamagnini de Abreu, ce qui n’est pas exceptionnel puisque généraux britanniques et portugais entretiennent des relations tendues. Enfin, après l’échec de l’offensive de Haig de 1917 dans les Flandres le moral de l’Armée britannique (pourtant arrivée à un très bon niveau technique) n’est guère au beau fixe. C’est avec cette situation que Horne va devoir enrayer l’offensive allemande du printemps 1917…

– Le 21 mars 1918, Erich Ludendorff déclenche sa grande offensive « Michael » qui malmène durement la Fifth Army sur la Somme. Mais n’ayant pas réussi à percer à Amiens, il décide de changer son axe d’attaque et ordonne au Kronprinz Rupprecht  (Heeres-Gruppe « Nord ») de lancer une offensive contre le saillant d’Ypres afin de pouvoir atteindre la Manche. Baptisée « Georgette », l’offensive démarre le 9 avril et est menée par la IV. Armee (Bernhard Sixt von Arnim) et la VI. Armee (Ferdinand von Quast) frappe durement les First et Third Armies britanniques. Les deux divisions portugaises s’effondrent face à 9 divisions allemandes qui leur fondent dessus et Horne doit tenir ses lignes avec 3 divisions – 34th (C. Nicholson), 40th (John Ponsonby) et 55th (Hugh Jeudwine) –  qui voient leur front allongé. Afin d’éviter une catastrophe, Haig doit raccourcir ses lignes et décide, la mort dans l’âme d’abandonner Ypres. Pour les Britanniques ont bataillé durement pour tenir et élargir le saillant depuis quatre ans, le coup est dur. De son côté, Henry Horne doit abandonner Armentières et La Bassée. Le 29 avril, après trois semaines de durs combats, von Arnim et von Quast décident de séparer Plumer de Horne et pour cela, lâchent plusieurs divisions, dont l’Alpenkorps, sur le Mont Kemmel qui tient grâce au sacrifice de la 28e Division française, qui fait partie de renforts octroyés par Foch aux Britanniques. Cependant, les Britanniques réussissent à tenir leur front. Au sein de la First Army, la 55th (West Lancashire) Division et la 51st (Highland) Division (T. Carter-Campbell) réussissent à arrêter les Allemands sur la Lawe. Et les Australiens arrivent également pour protéger l’accès à Hazebrouck. Néanmoins, le 12 avril, Henry Horne estime que le pire est passé et que les Allemands vont s’essouffler. Estimation vérifiée le 18 avril quand une dernière attaque allemande contre Givenchy, Festubert et Béthune est repoussée.

– En mai 1918, Henry Horne estime que les forces britanniques dans le Nord de la France et dans les Flandres ne sont pas encore assez fortes pour prendre l’initiative. Néanmoins, il lance plusieurs attaques à objectifs limitées. Le 13 mai, il déclenche une forte attaque au gaz employant 5 000 réservoirs. En juin, utilisant les techniques plus perfectionnées du barrage roulant, il assure la protection de Béthune et reprend le Bois de Nieppe.

– En septembre, après avoir reçu le renfort du Canadian Corps, Henry Horne reçoit l’ordre de chasser les Allemands du Canal du Nord et de franchir la Lignie « Hindenburg ». Après avoir instruit ses troupes (d’autant que la Guerre dite de mouvement a fait son retour), Horne mène une attaque méthodique bien appuyée par l’artillerie. Haig ordonne également à ses généraux d’encourager l’initiative personnelle des officiers dans une phase qui se veut offensive. Le Canal du Nord est franchi par les Canadiens de vive force le 27 septembre. Les défenses de Marquion et le Bois Bourlon tombent également. Malgré de furieuses contre-attaques allemandes (Cuvillier et Abancourt), la First Army avance vers l’Escaut en octobre et dégage Cambrai le 8, avant de franchir le Canal Douai – Haute Deule. Ces actions valent à Horne les félicitations de Lloyd-George. Du 24 octobre au 2 novembre, la First Army effectue une habile manœuvre qui dégage Valenciennes et permet de capturer de nombreux prisonniers allemands. Horne fait alors talonner les Allemands en retraite par le Canadian Corps d’Arthur Currie et le XXII Corps d’Alexander Godley qui atteignent la frontière belge le 4 novembre. Le 9 novembre, la route Maubeuge – Mons est atteinte, avant qu’Arthur Currie ne donne un dernier coup de rein à ses Canadiens pour prendre Mons.

– Après l’armistice, Henry Horne est fait Chevalier de Saint-Michel et Saint-George et est élevé au rang de Baron de Stirkoke par George V. Chef de l’Eastern Command de 1919 à 1923, il quitte ensuite l’armée avant d’être honoré de la charge de Master Gunner of Saint-James’s Park qui préside aux parades du Royal Artillery Regiment à Londres. Charge qu’il occupe jusqu’à sa disparition le 14 août 1929.


Sources :
– KEEGAN J. : « Histoire de la Première Guerre mondiale », Perrin
– TURNER Col. : « Vimy. The Byng’s Canadian Triumph », Osprey Publishing
– ULRICHSEN K.C. : « The First World War in Middle East »http://www.westernfrontassociation.com

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