La mitrailleuse Hotchkiss Modèle 1914

– S’il y a bien une dame qui reste dans l’ombre de l’Histoire des « Poilus », c’est bien la mitrailleuse « Hotchkiss » Modèle 1914, comparée à son adversaire allemande qui a laissé le souvenir sanglant de l’éclaircissement des rangs de pantalons garance durant les combats de 1914. Ensuite, la « Hotchkiss » apparaît assez discrètement dans les récits des acteurs des combats de l’époque, même si les photos en font nettement état. A vrai dire, les mitrailleurs effectuent des tirs de barrage et de suppression et n’ont pas à affronter l’ennemi « les yeux dans les yeux », contrairement aux « Poilus », Lebel ou Chauchat au poing, qui ont à traverser le no man’s land pour s’emparer de la tranchée convoitée par les états-majors. Et si les mitrailleurs français sont tout aussi vulnérables aux tirs d’artillerie, ils représentent aussi un « bouclier » défensif des positions, pouvant balayer l’ensemble du champ de bataille en un temps minimum et avec une très appréciable cadence de tir. Du coup, il convient de s’attarder à cette « dame » occultée par le Fusil Lebel et – disons-le – les armes allemandes.

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1 – ORIGINES AMÉRICAINES ET « FABRIQUÉE EN FRANCE »

– La « Hotchkiss » tient son nom d’un ingénieur américain, Benjamin B. Hotchkiss, qui était spécialisé dans la conception et fabrication de revolvers Colt. Après avoir connu la Guerre de Sécession, il vient s’installer en France en 1867 et monte une usine de cartouches dans l’Aveyron, à Viviez. Ensuite, il dépose de nombreux brevets pour des armes portatives ou à barillet. Après son décès en 1885, son usine – qui porte alors son nom – est reprise par un compatriote Laurence V. Benet. Ce dernier s’associe avec un jeune ingénieur français nommé Mercier.

– Restant d’abord dans la continuité de Hotchkiss, Benet achète dans les années 1890 le brevet d’une arme automatique conçue par un Colonel de l’Armée Austro-hongroise : August Odkolek von Augeza. S’ils estiment l’arme qui leur est présentée inutilisable, Benet et Mercier retiennent tout de même une idée : un piston actionné vers l’arrière grâce à l’énergie d’une partie des gaz. Sur cette base, ils conçoivent une arme automatique moderne. Le principe qui est encore largement répandu reste très simple : le piston recule et entraîne avec lui la culasse mobile et, ce faisant, comprime un ressort. Quand la puissance du piston devient nulle, le ressort ramène le mécanisme vers l’avant en prélevant une cartouche d’une bande rigide métallique ou lame-chargeur (ce qui est alors préféré aux bandes de toiles), puis en l’introduisant dans la chambre. Elle est alors percutée, ce qui fait continuer le cycle aussi longtemps qu’une pression est exercée sur la détente et que l’arme est alimentée.

– Bien que ce nouvel engin fonctionne parfaitement, il présente un sérieux inconvénient : l’échauffement rapide du canon. Si l’on considère que dix cartouches à grande puissance sont tirées par seconde, le fait n’est pas surprenant mais il faut y remédier. D’autres mitrailleuses de l’époque, notamment les Maxim, sont équipées de manchons à eau efficaces mais volumineux. Comme il faut constamment renouveler le liquide, cela pose de sérieux problèmes quand des opérations sont conduites dans le désert ou dans des régions semi-désertiques où l’on a déjà assez de difficultés à procurer de l’eau aux hommes et aux animaux. Laurence Benet, qui s’occupe de la question, arrive vite à la conclusion qu’il faut privilégier le refroidissement par emprunt de gaz et faciliter le procédé par l’installation d’une masse métallique au début du canon afin d’absorber la chaleur aussi près que possible de l’endroit d’où elle émane. Elle doit être profilée de façon à présenter à l’air une surface aussi grande que possible. La solution est d’entourer la base du canon de 5 disques de 80 mm de diamètre de métal épais qui multiplient immédiatement la surface du rayonnement par dix. Ce perfectionnement relativement simple en fait une arme de choix.
La nouvelle arme présente donc un aspect différent des mitrailleuses déjà existantes, même si elle se rapproche peu ou prou de la Saint-Etienne, puisqu’elle n’est pas dotée du manchon à eau des Maxim ou des Vickers. Mais elle nécessite à un affût à trépied pour le tir. Elle est longue de 1,311 m, pèse 25,2 kg (sans le trépied), avec un calibre de 8 mm. Enfin, elle peut tirer 400-500 coups/minute pour une vitesse initiale de 724 m/S, pour une portée de maximale de 4,5 km et une portée pratique de 2,4 km. Enfin, elle est alimentée par des bandes rigides métalliques de 30 cartouches. Il est néanmoins recommandée de bien glisser la bande métallique à 90° dans la chambre afin d’éviter les enrayages intempestifs. Enfin

– Curiosité de l’Histoire, la nouvelle mitrailleuse de Benet et Mercier fait un voyage outre-Atlantique, puisqu’en 1900, une commission de l’US Army l’essaie aux arsenaux de Springfield, dans le but, principalement, de comparer ses possibilités à celles plus orthodoxes d’une mitrailleuse refroidissement à eau. Les essais sont très durs, des milliers de cartouches sont tirés de façon presque continuelle. On constate après exactement quatre minutes de feu ininterrompu, que la totalité du canon est passée au rouge vif depuis le radiateur jusqu’à la bouche. Cinq minutes plus tard, le tir est repris et ce test sévère se prolonge de la sorte jusqu’à ce qu’un total approximatif de 5 000 coups soit tiré à une cadence qu’on ne peut rencontrer dans les plus furieux combats. Le rapport de la commission est très objectif, car s’il émet l’opinion que le refroidissement par eau et l’alimentation par bandes souples restent préférables au système Hotchkiss, il reconnaît cependant que ce dernier s’est remarquablement bien comporté.

 

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Avec le cache-flamme (fonds personnel)

2 – FIABLE, POPULAIRE ET POLYVALENTE

– On l’ignore mais les premiers à faire état de la Hotchkiss en combat sont… les Japonais. En effet, lors des combats de Port Arthur et de Moukden (Guerre russo-japonaise), l’armée de l’Empire Meiji use de ces mitrailleuses alors que les Russes utilisent une version de la Maxim, elle aussi promise à une longévité certaine. Et les troupes nippones font état d’un très bon fonctionnement de leur arme collective.

– Revenons en Europe. Contrairement à une idée reçue, les Français n’ont pas de moins bonnes mitrailleuses que les Allemands en 1914. Mais leur utilisation et le choix du modèle sont moins adaptés et moins concentrée, puisque les Allemands alignent une Compagnie de Maxim par Bataillon, alors que les Français concentrent les « Saint-Etienne » dans une section. Ainsi, quand éclate la Première Guerre mondiale, l’armée français éprouve de sérieuses difficultés par suite de pauvreté relative en armes automatiques dont la guerre de exige des quantités de plus en plus grandes. L’Infanterie d’active est équipée de la Saint-Etienne 1907 beaucoup moins fiable, alors que les unités de Réserve, les Bataillons de Chasseurs Alpins et les Troupes Coloniales ont adopté la Hotchkiss. Heureusement, la robuste et fiable Hotchkiss est disponible et le Gouvernement – via le Ministère de l’Armement –  lance la fabrication en masse en 1915, d’autant que l’Armée est de plus en plus demandeuse. Très vite, sur le front, les « Poilus » l’adoptent sans presque aucune réserve. De plus, ayant retenu les leçons des carnages de l’été 1914, le Commandement décide d’augmenter la dotation des Hotchkiss. En 1916, Chaque Régiment d’Infanterie compte 24 Hotchkiss, réparties en 3 compagnies de 8 armes. La « Hotchkiss » doit être servie par quatre hommes 1 tireur et 3 pourvoyeurs, dont 1 pour transporter les munitions et 1 second pour porter le trépied. Un cache-flamme de forme quelque peu tronconique peut aussi être fixé au bout du canon afin de rendre l’arme moins repérable lors des échanges de tir, notamment dans l’obscurité.

– L’arme fait vite ses preuves et on la retrouve sur toutes les parties du Front du côté allié : Artois, Champagne, Verdun, Somme, Chemin des Dames, Italie, Front d’Orient, ainsi que sur la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée, puisque la Marine l’adopte aussi. Ainsi, en 1916, à Verdun, une section de Hotchkiss demeure presque continuellement en action pendant dix jours, durant lesquels les pièces tirent le total surprenant de plus de 150 000 cartouches sas autres incidents que des quelques enrayages bénins auxquels il est rapidement remédié. Si en raison de sa taille, de son poids et de son mode de rechargement, elle ne peut vraiment être utilisée en combats aériens, elle est vite employée dans la défense contre les avions allemands. Pour cela, les soldats Français la fixes d’abord sur des roues de charrette pour lui permettre de tirer tous azimuts, avant d’adopter des affûts spéciaux permettant de maintenir le tir en l’air. En revanche, elle est installable sur des véhicules, comme des camions, puis sur les automitrailleuses Panhard-Genty 24 HP,  et bien entendu sur les Chars Schneider, afin de neutraliser les points de résistance allemands durant les phases de percée, avant d’être installée dans la tourelle amovible des Chars Renault FT 17 (si ce n’est le canon Puteaux 37) pour le même emploi, avec de bons résultats en 1918. Le Royal Tank Corps britannique l’adopte également pour ses Tanks Mk (I à V) et les Whippets (chars de poursuite), tout simplement parce que les Lewis et Vickers ont un canon au diamètre trop large pour être fixé en casemate mobile.

– Quand l’armée américaine arrive en 1918 en France, elle ne possède presque pas de mitrailleuses. Du coup, outre l’emploi des Lewis Guns britanniques, les Hotchkiss équipent 12 divisions du Corps Expéditionnaire américaine. Par une sorte d’ironie de l’Histoire, l’Armée qui l’avait testée la première finit par l’adopter. Enfin, la Hotchkiss équipe également l’Armée Italienne et l’Armée Serbe. Et sa carrière ne s’arrêtera pas, puisqu’elle sera utilisée en 1939-1945.

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Hotchkiss version anti-aérienne (Musée de Passchendaele, fonds personnel)

A mon arrière-grand-père, Louis Renault, servant de mitrailleuse de 1916 à 1918.

 

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