La bataille d’Arras (11 avril – 16 mai 1917)

– Paradoxe de l’histoire militaire de la Grande Guerre, l’offensive britannique d’Arras qui s’étend sur plusieurs mois reste encore occultée par l’un de ses seuls succès offensifs, soit la prise de la Crête de Vimy. Initialement, l’offensive d’Arras doit se développer sur une ligne de 18 km, de Vimy au nord à Neuville-Vitasse au sud. Mais comme pour nombre d’offensives britanniques de 1916-1917, la bataille d’Arras va se caractériser par un enchaînement d’attaques localisées, avec des succès au début (Vimy), suivis presque immédiatement d’ échecs (Bullecourt) qui mettront fin aux rêves de percée décisive des généraux du BEF.
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– Comme dit dans un article précédent, le plan offensif allié pour le printemps 1917, retravaillé par Nivelle et accepté de plus ou moins bon gré par la britanniques comporte une offensive principale (Aisne) qui sera menée par l’Armée française, ainsi qu’une offensive de soutien effectuée par les Britanniques contre le saillant constitué par l’Ancre et Scarpe (Nord de la France). Le Plan de Haig consiste à lancer une attaque convergente, avec la Fifth Army (Hubert Gough) sur l’Ancre et la Third Army (Edmund Allenby) depuis le nord-ouest (Arras). Les Britanniques alignent en tout 14 divisions dont 2 Australiennes, ainsi qu’une forte artillerie et quelques dizaines de chars. L’attaque contre le Front d’Arras comporte également la prise de la Crête de Vimy qui revient au

Canadian Corps (J. Byng) qui forme l’aile droite de la Fisrt Army (Henry Horne). La prise de cette cote qui surplombe la Plaine de Douai et le Bassin minier de Lens doit priver les Allemands d’un important point d’observation d’artillerie. Au mois de mars, ayant pu constater le retrait allemand sur la Ligne « Hindenburg », Haig décide de fixer comme objectifs prioritaires, la Crête de Vimy (First Army) et Monchy-le-Preux pour forcer le cours de la Scarpe (Third Army). De son côté, la Fifth Army devra attaquer en soutien dans le secteur de Bullecourt – Lagnicourt.

– Du point de vue des unités engagées, la Third Army d’Allenby est chargé du gros de la mission, puisque elle engage ses 4 Army Corps, à savoir les VIth d’Aylmer Haldane (3rd, 12th, 15th, 17th, 29th et 37th Divisions), VIIth de Thomas d’Oyly Snow (14th, 21st, 30th, 50th et 56th Divisions), XVIIth de Sir Charles Fergusson (4th, 9th, 34th et 51st Divisions). Enfin, dans l’espoir d’exploiter une possible percée, Allenby – cavalier comme Haig – aligne également le Ist Cavalry Corps de Kavanagh (1st, 2nd et 3rd Cavalry Divisions).  Du côté de la First Army de Henry Horne, c’est son aile droite (sud-est), soit le Canadian Corps de Julian Byng qui est chargé de l’attaque de la Crête de Vimy, avec l’appui d’éléments des XIIth et  XVIIth Corps. Pour la première phase de son offensive sur la Scarpe, Haig confie l’attaque sur

– Il faut bien noter que la quasi-totalité des divisions d’infanterie britannique a gagné en expérience suite aux sanglants engagements dans la Somme. Ainsi, les soldats volontaires sans expérience de la New Kitchener’s Army (NKA) sont devenus tactiquement et techniquement plus compétents grâce aux retours d’expérience et à une instruction améliorée. Ainsi, l’infanterie emploie des tactiques d’attaque plus méthodiques, fondées sur la consolidation des positions conquises (mopping up), avec des sections complémentaires au sein desquels l’armement lourd individuel s’est accru en proportion avec l’adjonction de mitrailleuses Lewis Mk I et de fusils lance-grenades (1).

– Si Haig n’abandonne pas ses réflexes de cavalier, il modifie néanmoins son mode d’attaque en privilégiant une série d’assauts frontaux successifs contre le dispositif défensif allemand. Chaque assaut doit se séquencer selon la méthode visant à consolider chaque ligne conquise, avant de repartir à l’assaut. En revanche, comme pour la Somme, il mise encore trop sur les Tanks (Mk II, III et IV) pour obtenir les conditions de percée. Et ce, alors que les lourds engins souffrent encore de soucis mécaniques et ne se montrent pas complètement fiables, loin de là.

– Mais c’est à la fin du mois de mars 1917 que le travail des Tunneliers du Commonwealth est achevé. Ainsi, les souterrains et carrières sous et autour d’Arras peuvent abriter 24 000 soldats, avec entrepôts et hôpitaux (notamment le Thompson’s Cave  qui peut abriter 700 blessés), cuisines, sanitaires,  et points d’eau ; le tout équipé d’électricité. Avec un tel confort, les soldats du Commonwealth. Le réseau de tunnels est divisé en deux principaux secteurs : le premier, situé sous la route de Cambrai, reste le domaine des Ecossais de la 9th (Scottish) Division qui baptisent leurs galeries du nom de villes comme Carlisle et Glasgow, comme des anglais de la 35th Division qui font de même en nommant leurs galeries « Manchester », « Liverpool » et « Chester ». Sinon, à compter du 12 février 1917, les sous-sols du quartier de Ronville deviennent le territoire des Néo-Zélandais très vite baptisé « Wellington ».

– Outre les Tanks, les Britanniques alignent une nouvelle invention : le Projecteur « Livens » (Livens Projector). Conçu par le Captain William Livens, officier des Royal Engineers, il s’agit d’une sorte de mortier pouvant projeter des obus cylindriques au phosgène à plusieurs centaines de mètres.

– Enfin, Britanniques, Canadiens et Australiens partent également avec un moral particulièrement gonflé, avec l’annonce de l’entrée en guerre des Etats-Unis le 6 avril.
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2 – DÉFENSE ALLEMANDE

– Du côté allemand, le General Ludwig von Falkenhausen, commandant de la VI. Armee suit les recommandations de Hans von Höhn (son chef d’état-major) en optant pour une défense fixe en première ligne, soutenue par des contre-attaques méthodiques lancées à J+2 ou J+3 par 5 Ablösungsdivisionen tenues derrière Douai. Or, les Britanniques doivent attaquer  à l’extrémité nord de la Ligne « Hindenburg » (2) située à Telegraph Hill, entre  Neuville-Vitasse et Tilloy-lez-Mofflaines, secteur à partir duquel le système originel de 4 lignes couvre la route Neuvilles-Saint-Vaast – Bailleul. Moins de 5 km derrière, se trouve les lignes Wancourt–Feuchy – Le Point du Jour qui s’étendent de la Scarpe à la Crête de Vimy. Enfin, les Alliés n’ont pas repéré la nouvelle « Wotan Linie » (Drocourt – Quéant) qui appuie la Ligne « Hindeburg » à 6,5 km plus en arrière.

– En dépit de ce dispositif impressionnant, le commandant de la VI. Armee est soumis à vif débat. Ainsi, s’il estime que ses premières lignes peuvent tomber, von Falkenhausen mise sur ses 5 Ablösungsdivisionen pour arrêter l’assaut ennemi par une contre-attaque générale à J+1. Idée à laquelle s’oppose son propre chef d’état-major, Hans von Nagel qui préconise de lancer des contre-attaques directement avec les divisions tenant la ligne de front (Gegenangriffe). Le 7 avril, von Nagel estime que les Britanniques vont attaquer mais seulement contre la Crête de Vimy en préparation d’une plus grande attaque coordonnée avec les Français. Sauf que, en comparaison des offensives françaises 1915, les Allemands se rendent compte que les Britanniques font preuve de professionnalisme couplé à une plus grande sophistication technique. En effet, malgré le mordant des pilotes allemands, notamment ceux du Fliegende Zirkus (« Cirque volant ») emmenée par Manfred von Richthofen, les pilotes du RFC  – qui disposent d’une nette supériorité aérienne – repèrent plusieurs positions d’artillerie allemande, rapidement battues par le feu des tubes lourds de Sa Majesté (Heavy Artillery).

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Edmund Allenby

3 – LES SUCCÈS DE LA PREMIÈRE PHASE BATAILLE DE LA SCARPE 

– Trois semaines avant l’attaque, l’artillerie britannique déclenche son tir préparatoire afin de sectionner les fils barbelés et mettre à mal les lignes de communications allemandes. Si les Allemands ne perdent pas beaucoup d’hommes en proportion du déluge de feu qu’on leur inflige, les effets sur les nerfs des soldats allemands placés en première ligne est désastreux, si bien que dans certains secteurs, les rotations passent de quatre à deux jours (3).

– Le 9 avril, ce sont aux Canadiens de Byng (1st, 2nd, 3rd et 4th Canadian Divisions) d’ouvrir le bal contre le Gruppe « Vimy » de von Fasbender (VI. Armee), avec le soutien de 9 Heavy Artillery Groups. Après un entraînement particulièrement poussé et une préparation quasi scientifique, les Canadiens suivent le tir de barrage suivant un chronométrage savant. Résultat, en dépit des quelques déconvenues de la 4th Division de Watson, les Canadiens conquièrent la majeure partie de la Crête de Vimy, avec l’appui des 5th et 24th Divisions, la seconde attaquant dans la vallée de la Souchez. Les Canadiens prennent aussi Thellus, des Tilleuls, ainsi que la Ferme et le Bois de la Folie. Mais il faut attendre le 11 pour que la Cote 145 et le « Pimple » – secteurs les mieux défendus – sautent. Von Falkenhausen tentent bien de lancer une contre-attaque mais les Canadiens reçoivent l’ennemi à la mitrailleuse et à la bouche à feu (4). En revanche, Petit Vimy, Willerval et Farbus sont encore aux mains des Allemands.

– Suite au succès de Vimy, Haig donne ordre à Edmund Allenby d’enchaîner le 9 également, avec ses attaques sur le front de la Scarpe. Du côté du XVIIth Corps, les 34th (C. Nicholson) et 51st (. Harper) Divisions qui attaquent Roclincourt sont prises sous un violent tir de mitrailleuses et voient leur avance ralentie. En revanche, le VIth Corps d’Aylmer Haldane fait de meilleurs progrès. Ainsi, la 12th (Eastern) Division (A. Scott) s’empare de la Crête de l’Observation (Observation Ridge), au nord de la route Arras – Cambrai. Haldane pousse alors la 12th Division sur Feuchy et sur les seconde et troisième lignes allemandes. Au même moment, des éléments de la 3rd Division (C. Deverell) démarre son attaque au sud de la route Arras – Cambrai, s’emparant de ses objectifs initiaux, soit le Bois du Diable (Devil’s Wood), Tilloy-lès-Mofflaines et le Bois des Bœufs. En revanche, l’attaque sur la «Tranchée de Monchy » (Monchyriegel) qui s’atend entre Wancourt et Feuchy s’avère plus dire à casser, d’autant qu’elle couvre le village de Neuville-Vitasse transformé en forteresse par les Allemands. Le 13 avril, la 56th (1/1st London) Division (C. Hull) réputée solide, s’empare de Neuville-Vitasse au peix d’un furieux engagement mais ne peut s’emparer de la Monchyriegel. Néanmoins, les Britanniques peuvent consolider les positions conquises avant de bondir vers Monchy-le-Preux. Mais ils ont été aidés dans leur tâche par Ludwig von Falkenhausen lui-même. En effet, celui-ci s’est montré incapable d’employer la défense en profondeur à son avantage. Au lieu de cela, il a maintenu ses réserves dans le Bassin minier, craignant à une forte poussée britannique sur Lens (5).

– Au sud de la Scarpe, la 30th Division (W. Williams) formée de soldats de Liverpool et de Manchester, s’empare de Saint-Martin-s/-Cojeul, mordant un peu plus sur les positions alelmandes le long de la route Arras – Cambrai. Von Falkenhausen lance bien une contre-attaque mais celle-ci est repoussée par la 12th (Eastern) Division, alors que les Ecossais de la 15th (Scottish) Division (Fr. MacCracken) s’empare du Railway Triangle après un violent combat, puis progresse vers Feuchy, ouvrant une brèche dans la ligne allemande. Malheureusement, les Britanniques découvrent que dans ce même secteur, les lignes de fils barbelés n’ont pas été détruites par le bombardement préparatoire. Cela met en retard la 37th Division (E. Gleichen) qui doit attaquer Moncy-le-Preux et empêche tout élargissement de la percée.

– En revanche, au nord de la Scarpe, Haig et Allenby ont des raisons d’être satisfait dès le premier jour de l’offensive du XVIIth Corps de Charles Fergusson (9 avril). La 9th (Scottish) Division (H. Lukin), qui compte 2 brigades écossaises et la 1st South African Brigade prend d’assaut Saint-Laurent-Blangy, avant de capturer Athies. Selon le plan d’attaque, la 9th (Scottish) Division cède sa place à la 4th Division (W. Lambton) qui prend Fampoux et la « Redoute de Hyderabad », ouvrant une nouvelle brèche dans la ligne allemande. En revanche, la 34th Division de Nicholson butte contre le Point du Jour, bien défendu. Et c’est à ce moment que Haig retrouve ses réflexes de manœuvres de cavalerie, ne se départissant pas d’une sclérose intellectuelle qui le caractérisa durant la Bataille de la Somme. En effet, il ordonne aux 3 divisions de Cavalerie de Kavanagh de se mettre en ligne afin d’exploiter les brèches obtenues par l’Infanterie. Or, il ne semble pas vraiment tenir compte de la qualité des fortifications allemandes qui se dressent face à son armée. Sauf que lorsque la 3rd Cavalry Division se met en position, elle découvre avec déplaisir que les fils barbelés forment une barrière très difficile à franchir.

– Dans la nuit du 9 au 10 avril, la 37th Division élargit encore la brèche et atteint la pente nord d’Orange Hill, au nord de Monchy-le-Preux. Le 10, le nord-ouest du village est atteint après de violents engagements. A ce moment là, la XVIIth Corps a effectué une belle progression en s’enfonçant dans le système défensif allemand au sud de la Scarpe. Mais ses divisions commencent à essuyer un feu nourri de mitrailleuses bien installées dans les villages de Heninel, Wancourt et Guemappe. C’est là que Haig décide de lâcher les 3 divisions de cavalerie de Kavanagh, prévoyant que les 2nd (W. Greenly) et 3rd (J. Vaughan) Cavalry Divisions enveloppassent Monchy-le-Preux par une tenaille nord-sud, tandis que la 1st Cavalry Division (R. Mullens) progressât le long de la Scarpe.  Mais il se rend vite compte que cela est impossible en raison du manque de soutien d’artillerie, notamment pour faire taire les mitraillesues. Cependant, il ordonne de prendre Monchy-le-Preux avant d’aller plus loin. Fergusson et Gleichen envoient alors 2 brigades de la 37th Division, la 3rd Cavalry Division et plusieurs Tanks pour achever la besogne. L’assaut démarre à 05h30, avec fantassins et cavaliers et se transforme en violent combat de près de 03h30 qui s’achève grâce à l’arrivée des chars. Les Britanniques consolident leurs positions, ce qui leur permet de repousser plusieurs contre-attaques dans la journée.

– Le 11 avril, après a prise presque achevée de la Crête de Vimy et celle de Monchy-le-Preux, Haig veut pousser à son avantage, après avoir relevé les divisions victorieuses des deux premiers jours. Ainsi, au nord de la Crête de Vimy, la 24th Division (J.E. Capper) doit attaquer dans la Vallée de la Souchez afin d’épauler la 4th Canadian Division pour la conquête du « Pimple » et de la Cote 145. Mais le secteur, partiellement épargné par la préparation d’artillerie anglo-canadienne, est mieux tenue par le Gruppe « Souchez » (von Wichura) et ne tourne pas à l’avantage des britanniques. Toutefois, il allège l’effort des Canadiens, permettant à 2 Battalions de la division de Watson d’achever la conquête de la Crête (6). Du côté de la Third Army, Haig et Allenby chargent Fergusson de nettoyer les villages de Heninel et Wancourt. Lancée par la 56th Division et la 21st Division, l’attaque est un succès, complétée par la prise partielle de la Ligne « Hindenburg » au sud du Cojeul. La même division réussit également à atteindre Fontaine-lès-Croisilles, à environ 10 km au sud-ouest d’Arras. Le même jour, 1 brigade de la 50th (Northumbrian) Division s’assure le contrôle du plateau à l’est de Heninel avant de capturer la Tour de Wancourt En revanche, les Britanniques buttent sur Roeux et le complexe chimique près de la gare. Pis encore, les lignes de communication s’allongent sensiblement, ce qui casse la coordination entre les unités de tête et la logistique. Par conséquent, devant la fatigue de ses troupes après plus de cinq jours de combat, Haig décide d’arrêter les frais avant une prochaine relance de son attaque.

– Toutefois, de l’autre côté, la VI. Armee accuse le coup. Complètement surpris par la violence de l’assaut britannique, von Falkenhausen décide d’abord de contre-attaquer pour d’abord reprendre la Crête de Vimy. Mais comme nous l’avons vu, cette tentative échoue, ce qui conduit von Falkenhausen à ordonner un rempli sur Wancourt, abandonnant ainsi aux patrouilles anglaises et canadiennes Givenchy-en-Gohelle, Petit-Vimy, Bailleul, Farbus et Willerval. La retraite démare le 13 avril.  En Allemagne, la presse commence à s’allarmer. Mais averti de la situation, Erich Ludendorff ne panique pas. Tout d’abord, il commence par renvoyer Hans von Höhn de son poste de chef d’état-major de la VI. Armee pour le remplacer par Fritz von Lossberg, un expert de la défense reconnu qui fit des prouesses sur la Somme. Von Lossberg décide alors d’appliquer les préceptes de « défense élastique » et réorganise le dispositif des troupes allemandes.

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4 – PREMIER ÉCHEC DE GOUGH A BULLECOURT

Lire ici :
https://acierettranchees.wordpress.com/2017/05/16/les-batailles-de-bullecourt-avril-mai-1917/
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5 – LA SECONDE BATAILLE DE LA SCARPE : LES BRITANNIQUES PIÉTINENT 

– Après un coup d’arrêt donné le 14 avril, Douglas Haig s’obstine à lancer une autre offensive, cette-fois, dans un secteur couvrant Gravelle, Roeux, Guémappe et Fontaine-les-Croisilles. Haig espère autant soulager les Français qu’établir une nouveau front beaucoup mieux défendable. Mais comme pour certains films, le scénario commence à se répéter par rapport à l’année précédente. Ainsi, les Allemands mettent à profit les deux jours de réorganisation pris par les Britanniques pour renforcer leur défense.

– L’attaque est prévue pour le 16 avril, le jour où Nivelle déclenche son offensive sanglante contre le Chemin des Dames. Sauf que les éléments jouent contre les britanniques. Il fait toujours froid et un vent violent s’abat sur les plaines et vallons du nord de la France, ce qui contraint Haig et Allenby à retarder leur nouvelle offensive d’une semaine. Le 23 avril à 04h45, les Britanniques repartent à l’attaque et connaissent d’abord quelques succès. Du côté du VIIth Corps d’Oyly-Snow, le plateau à l’ouest de Cherisy est pris par une attaque conjointe des 30th et 50th Divisions, pendant que les Ecossais de la 15th (Scottish) Division avance vers Guemappe.
Sur le flanc, gauche du VIIth Corps, le XVIIth engrange quelques progrès, puisque depuis l’est de Monchy-le-Preux, la 29th Division (H. de Beauvoir de Lisle) – qui a connu Gallipoli et le premier jour de la Somme – s’empare d’Infantry Hill, tandis qu’au nord de la Scarpe, la 51st (Highland) Division engage un violent combat pour le bois de Roeux et le complexe chimique voisin. Enfin, du côté du VIth Corps, la 37th Division passe à l’attaque contre la Gare de Roeux, avec pour objectif Greenland Hill, au nord de la voie ferrée. Enfin, les Royal Marines de la 63rd (Royal Naval) Division (C. Laurie) s’emparent du village de Gravelle.

– Mais après ces premiers succès, les choses se gâtent pour les Britanniqeus. En effet, grâce aux efforts de von Lossberg, les Gruppen « Vimy » et « Arras » passent à l’attaque. Les combats sont particulièrement furieux, des deux côtés de la Scarpe. Au sud, si grâce au concours des mortiers Stokes, des mitrailleuses Lewis et Vickers, les Britanniques repoussent les assauts allemands, ils doivent céder la crête qui couvre l’ouest de Cherisy et Guémappe. Ce dernier village est repris mais aucun progrès supplémentaire n’est enregistré. Au nord de la rivière, Roeux reste toujours aux mains des Allemands, en dépit de la capture de près de 3 000 prisonniers allemands.

Le 24 avril, Haig sent que la résistance ennemie faiblit et décide d’attaquer de nouveau au sud de la route Arras – Cambrai. Sauf qu’il n’en est rien, au contraire, puisque la résistance allemande est particulièrement dure. En dépit de la prise d’une portion de voie ferrée par 1 Battalion de la 5th Division, aucun progrès n’est enregistré. A ce moment, le renseignement du BEF indique à Haig que les Allemands disposent de 22 divisions dans la région d’Arras – Lens. Enfait, il y en a moins mais le mordant affiché par les soldats du Kaiser lors des contre-attaques trompe les Britanniques (8).

– Haig décide alors de changer son axe d’attaque en forçant la défense allemande sur la rive nord de la Scarpe, entre Gravelle et Monchy-le-Preux pour atteindre Arleux-en-Gohelle et dégager le secteur d’Oppy. Pour cela, il met à la peine 4 divisions : la 1st Canadian Division (A. Currie, objectif Arleux) qui a gagné en réputation à Vimy ; la 2nd Division (C. Pereira, objectif Oppy), ainsi que les 37th et 12th Divisions (Greenland Hill et rive gauche de la Scarpe) qui commencent à en avoir plein les guêtres. Les Canadiens doivent attaquer les premiers. Sauf que pour cette fois, Currie a moins de temps pour préparer son assaut. Celui-ci démarre le 28 avril à 04h25 du matin mais aucun progrès notable n’est effectué rapidement, car l’effort de Currie est freiné par les contre-attaques allemandes. Seulement, la détermination et l’entraînement poussé des fantassins canadiens et la coopération avec l’artillerie finissent par faire la différence et Arleux tombe le 29 (7). Pendant ce temps, la 63rd Division soit repousser des contre-attaques qui lui causent de lourdes pertes.

– Haig met temporairement la Third Army au repos, pendant que Gough relance un nouvel assaut contre Bullecourt mais sans autre succès. Du coup, le chef du BEF décide de remettre la pression contre la VI. Armee pour le 4 mai, bien que la dynamique de son attaque se soit considérablement essouflée. Toutefois, la solide 18th (Eastern) Division (R.P. Lee) du VIIth Corps (9) réssit à s’emparer définitivement de Cherisy, pendant que la 2nd Division fait quelques progrès sur Oppy. Plus au nord, après avoir relevé les Highlanders la 4th Division finit par s’emparer de Roeux et des tranchées allemandes au sud du Fresnoy, permettant ainsi à la 1st Canadien Divsion d’investir le village et de le libérer après une heure de furieux combats et de lourdes pertes. 966 Allemands, dont une trentaine d’officiers sont capturés. Malheureusement, les Allemands ne restent pas les bras croisés. Grâce au concours de leur Mörsers et Kanone lourds, leur infanterie repasser à la contre-attaque, contraignant les Britanniques à quitter Roeux et Cherisy. Les Britanniques réussissent aussi à s’accrocher à Fontaine-lez-Croisilles mais les lignes ne bougeront pas plus jusqu’au 16 mai, malgré des affrontements sporadiques et des échanges d’artillerie qui rythmeront les jours après les combats du 4.
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6 – BILAN

– Dans ses Mémoires, Haig se félicite des quelques succès engrangés par les armées de Horne et d’Allenby. Or, au vu des pertes, il n’y aurait pas de quoi claironner : 158 000 hommes tués, blessés, prisonniers ou disparus pour la pédiode allant du 9 avril au 16 mai. La Third Army d’Allenby a le plus souffert avec plus de  87 200 pertes, contre plus de 46 800 à Horne (dont 11 000 Canadiens) et 24 000 à Gough (dont près de 11 000 Australiens). Les pertes allemandes sont moins quantifiables mais il est certain qu’avec plus de 78 000 pertes, les Gruppen « Vimy » et « Souchez », ont particulièrement souffert, notamment le premier qui a vu plusieurs de ses Regimente disparaître corps et biens. En revanche, les pertes du Grouppe « Arras » sont moins connues mais ont peut imaginer qu’elles ont été lourdes. En outre, les Britanniques affichent un tableau de 20 000 prisonniers, ce qui équivaut à un peu moins de deux divisions allemandes.

Stratégiquement, l’offensive d’Arras a permis de grignoter du terrain et d’avancer sur la Scarpe et de soulager quelque-peu l’effort français, bien qu’elle se soit vite transformée en une série de combats d’attrition. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’elle fut pensée comme une offensive de soutien et non décisive. Même sur ce point, Haig et Gough ont caressé plusieurs fois l’espoir d’obtenir la percée recherchée. Ce qui s’avéra encore une chimère. En revanche, lancée seulement quelque mois après la Somme, la bataille d’Arras montre, ne serait-ce que par l’exemple de la prise de la Crête de Vimy, la montée en puissance technique de l’Armée britannique pour 1917, en dépit de carences intellectuelles au niveau stratégique.


(1) Pour plus de détails, lire ici : https://acierettranchees.wordpress.com/2017/03/31/vimy-une-crete-pour-le-prestige-du-canada-partie-1/
(2) Pour plus de détails, lire ici : https://acierettranchees.wordpress.com/2017/02/21/la-premiere-ligne-siegfried-1917-1918/
(3) TURNER A. : « Vimy. Byng’s Canadians Triumph », Osprey
(4) TURNER A., Op. Cit.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) RAWLING B. « Survivre aux tranchées. L’armée canadienne et la technologie », éd. Athéna, Coll. Histoire Militaire, University of Toronto Press, Toronto, 2004
(8) Les Allemands peuvent s’appuyer sur une quinzaine de divisions entre Souchez et Bullecourt, avec plusieurs en réserve. Chaque Gruppe en compte 2 à 3 pour absorber le choc des attaques britanniques.
(9) Forgée en 1916 par Ivor Maxse, la 18th Division est l’une des premières à utiliser la tactique de consolidation, ce qui lui permet de remporter la majeure partie de ses objectifs le 1er juillet sur la Somme puis lors des combats pour l’éperon de Thiepval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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