Chemin des Dames 2 – Défense allemande

1 – FORCES ET DEFENSES ALLEMANDES

A – Les troupes allemandes solidement installées

– Nivelle sait que les Allemands défendront leurs positions mais a-t-il conscience que les défenses allemandes sont aussi solides que bien élaborées ? Le GAR va devoir attaquer dans un secteur que les Allemands ont renforcé depuis 1914, en profitant du sol crayeux pour creuser des abris et des dépôts, ériger des ouvrages défensifs bétonnés et maçonnés et consolider leurs arrières. Établies dès l’hiver 1914, les défenses allemandes rejoignent, dès février 1917, l’extrémité sud de la Siegfried Stellung (Ligne « Hindenburg ») dans la région de Saint-Quentin, formant ainsi un bras bétonné de près de 200 km de long. Sous les austères champs du Laonnois, les Pioniere des 7 et 1. Armeen ont creusé tout un dédale de galeries qui relient des logements, des dépôts de vivres et de munitions, des centres de transmissions, ainsi que des hôpitaux. Le plus célèbre de ses réseaux étant la « Caverne du Dragon » située sous le Plateau de Craonne.
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– Seul inconvénient notable, les sous-sols sont humides et propices à la propagation de virus et microbes, ce qui peut causer des dommages, notamment en cas de blessures. En revanche, en cas de bombardement d’artillerie, les abris et galeries situées à plusieurs dizaines de mètres sous terre sont une bonne protection contre les bombardements d’artillerie. Les Britanniques l’ont appris à leurs dépens l’année précédente. D’autre part, les Allemands peuvent disposer de 14 divisions de réserve entre Sedan et Laon, capables d’être acheminées rapidement par chemin de fer pour combler les vides. Du coup, si le 16 avril, les Allemands comptent une dizaine de Divisionen en première ligne, d’autres pourront vite relever celles éprouvées par les premiers jours de combat. C’est ce point fort logistique qui fait encore la force de la défense allemande en 1917. En outre, il faut bien rappeler que la défense allemande a fait ses preuves contre les Français. Les Allemands ont bien compris que des troupes bien retranchées et bien armées peuvent briser plusieurs vagues d’assaut supérieures en nombre. Ainsi, lors de la Seconde Offensive de Champagne (25 septembre 1915) par exemple, les troupes allemandes étaient en nette infériorité numérique (1 contre 3 environ). Et ça ne les a nullement empêcher de tenir et de ne céder que quelques kilomètres en infligeant des pertes terribles aux troupes françaises.

– Si elle est établie dans des positions solides, la défense allemande n’est pas rigide pour autant. Au contraire, si les AOK (Armées) restent les grandes unités chargées de coordonner la défense d’une portion de front, les opérations défensives de chaque secteur est confiée à un Gruppe, dont les effectifs correspondent à ceux d’un Corps d’Armée (Armee-Korps), sauf que chaque Gruppe bénéficie de l’autonomie opérationnelle, pouvant ainsi faire appel à des éléments divisionnaires appartenant à un autre Gruppe. Chaque Gruppe comprend des divisions d’infanterie et des éléments d’artillerie, du génie et de logistique qui lui sont directement rattachées. La doctrine défensive allemande prévoit d’employer plusieurs divisions en première ligne et d’autres chargées de lancer des contre-attaques contre l’ennemi en cas de percée (Eingreiffen-Divisionen). Et le même type d’échelonnement se retrouve à l’échelon divisionnaire et régimentaire, tout en jouant sur la profondeur et la « défense élastique ». Ainsi, au sein de chaque régiment qui défend la ligne, 1 bataillon se trouve en première ligne (Stellung I), 1 en seconde (Stellung II) et le dernier est maintenu pour la contre-attaque (avec des Sturmtruppen), avec l’appui de l’artillerie de campagne située derrière la troisième position (Stellung III). Et la contre-attaque doit s’effectuer dans une zone intermédiaire (Zwischenstellung) qui se situe entre les Stellungen I et II. Mais pour la défense du Chemin des Dames, les Allemands jouent également sur la profondeur… du sol. Selon une méthode déjà éprouvée durant la bataille de la Somme, ils laissent passer les Français ou les Britanniques au-dessus de leurs positions avant de surgir par surprise, ce qui désorganise l’assaut ennemi.

– D’autre part, comme nous l’avons vu pour la bataille de Vimy, les Allemands compensent les terribles pertes d’effectifs dans leurs rangs (près 900 000 hommes perdus pour l’année 1916) par la puissance de feu de leur infanterie. 1 bataillon (Abteilung) comprend une compagnie de 8 mitrailleuses Maxim (celle-ci ayant fait beaucoup de dégâts les années précédentes). Et chaque compagnie peut compter sur 6 mitrailleuses MG 08/15, de moins bonne qualité que les robustes Maxim mais facilement déplaçables. Quant à l’Artillerie, les Allemands ne l’utilisent plus vraiment comme arme offensive, mais plutôt comme briseuse d’offensives ennemies, en coopération avec l’infanterie. Celle-ci peut signaler les zones à bombarder, soit par fusées de signalisation en cas de positionnement en première ligne, soit par des réseaux téléphoniques, bien enterrés dans le sol crayeux. En matière de puissance de feu, l’Artillerie allemande porte encore beau. Si ces canons de campagne de 7.7 cm sont inférieurs aux « Glorieux 75 », ils restent néanmoins fort appréciés contre l’infanterie. En revanche, les obusiers de campagne de 15 cm sont d’excellente qualité. Quant à l’artillerie lourde, sa réputation n’est plus à faire avec les Mörsers de 21 cm, ou des pièces de 10, 12 et 13 cm. En revanche, en raison de l’étouffement économique du Reich qui prive l’industrie d’acier, l’Armée allemande est contrainte d’économiser sa consommation d’obus. Du coup, afin d’éviter le gaspillage et rendre les tirs plus destructeurs pour l’ennemi, les chefs de batterie se doivent de connaître parfaitement les secteurs qu’ils doivent couvrir. Mais l’artillerie a besoin du concours de l’aviation. Or, si l’aviation française a gagné en qualité, la Kriegsluftkräfte impériale a encore de beaux restes, grâce à de très bons avions (les Albatros D. III notamment) et des pilotes chevronnés. Au courant des projets français, ils accroissent leur parc aérien, bénéficiant de surcroît des aérodromes dans les départements occupés.

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2 – Effectifs et moyens

– Le dispositif défensif allemand est le suivant : la 7. Armee de Max von Böhm (4 Gruppen) couvre la portion ouest Chemin des Dames en s’étendant du Fort de Malmaison à Craonne. Etablie en angle droit suivant la configuration de la ligne de front, la 1. Armee d’Otto von Below (l’un des défenseurs de la Somme) tient l’aile ouest du Chemin des Dames depuis Juvincourt jusqu’à Moronvillers. Le tout aligne 163 000 hommes appartenant à 41 divisions, 2 430 canons et 640 avions. En voici les détails plus précis :

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2 – « UN SECRET DE POLICHINELLE »

–  Les Allemands ne sont pas dupes, ils s’attendent bien à une attaque des Français contre le Chemin des Dames. Profitant de la position qu’offre le Plateau de Craonne, ils ont tout loisir d’observer les préparatifs de leurs ennemis. Disputant rageusement le ciel aux pilotes français durant l’hiver et au début du printemps, les aviateurs allemands repèrent eux aussi les mouvements de troupes. En avril-mars, Mangin constate amèrement que des ballons d’observation planent en nombre au-dessus des lignes allemandes. Ce qui fait dire à l’impétueux colonial « l’offensive est maintenant un secret de polichinelle ! » (1). Pour l’effet de surprise, c’est donc manqué.

– Comme le fait également remarquer Jean-Yves Le Naour, en amont, les Français ont largement communiqué sur l’offensive à venir, par voie officielle ou voie de presse que la discrétion n’a guère primée. Du coup, après l’échec de l’offensive, le Commandement accusera – avec une dose de dédouanage et de paranoïa – un présupposé « ennemi de l’intérieur », avec des traîtres (révolutionnaires ou pacifistes) qui auraient transmis les plans d’opération aux Allemands. Mais une chose est vraie, juste avant l’offensive française, une unité d’infanterie allemande lance un violent raid contre les tranchées françaises et trouve des plans de bataille sur le corps d’un officier français. Cela confirme donc les soupçons des états-majors de von Böhn et von Below. Les Français vont bien attaquer et mieux encore, on sait où et quand. Avant même d’avoir donné le coup d’envoi à son offensive, Nivelle a déjà perdu la bataille du renseignement et de la surprise (2).

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Max von Böhn

 


(1) LE NAOUR J-Y. : « 1917. La Paix impossible », Perrin, Paris, 2014
(2) LE NAOUR J-Y., Op. Cit.

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