Vimy : une crête pour le prestige du Canada – Partie 2

4 – L’ASSAUT DU 9 AVRIL

– En ce  lundi 9 avril 1917 à 04h00 du matin, il fait particulièrement froid et le brouillard recouvre la crête de Vimy. Dans leur tranchée de première ligne, les Canadiens reçoivent leur ration de rhum, geste devenu presque un rituel. Certains soldats se sont même vus remettre des pourpoints de cuir afin de se jeter sur les fils barbelés qui n’auraient pas été sectionnés et de permettre à leurs camarades de passer (1). Mais durant la nuit du 8-9 avril, les Allemands ont cru découvrir les intentions ennemies. Il faut dire que le raid du Captain Kent a pu alerter. Des soldats allemands tirent des fusées éclairantes mais ils ne remarquent aucune présence suspecte dans le no man’s land.

– A 05h30, l’artillerie canadienne (983 pièces au total) déclenche un violent tir de barrage de trois minutes sur les positions allemandes. Après ces trois minutes d’un premier lift, les servants donnent aux pièces une hausse de 100 m. Puis, conformément au chronométrage établi par Currie et Morrison, une masse initiale d’infanterie de 15 000 hommes sort des tranchées, chaque soldat étant bardé de 18 à 40 kg. Selon le plan d’artillerie bien défini, les canons de 18-pdr crachent leurs shrapnels sur les lignes de tranchées allemandes ; les obusiers pilonnent les tranchées de communication et les pièces à plus longue portée pilonnent les routes et la profondeur du dispositif ennemi. Mais lorsque les fantassins suivent le barrage rampant en tirant sur les positions ennemies, plusieurs d’entre eux sont victimes de tirs amis. Et dans certains secteurs, ils sont couverts par les automitrailleuses de Raymond Brutinel qui crachent plusieurs milliers d’obus sur les positions allemandes, bien qu’Andrew MacNaughton ne voyait pas de pertinence au procédé. (2).

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– Pour traverser le no man’s land, les fantassins canadiens se placent en formation comme à l’entraînement. Mais celles-ci ne sont pas forcément uniformes. En effet, certains Battalions avancent avec 2 compagnies en avant, chacune formée d’une section de pointe, suivie d’une compagnie de nettoyage et 2 autres pour prendre l’objectif intermédiaire. D’autres, comme au sein de la 8th Brigade, attaquent avec 1 compagnie en tête chargée de conquérir une section spécifique de la ligne de front, 1 seconde chargée d’attaquer sur le second objectif, tandis que la troisième attaquera au sommet de la crête, tandis que la quatrième restera en réserve en cas de coup dur.
En tout cas, comme le montre l’historien canadien Bill Rawling, si le procédé d’assaut n’est pas vraiment uniformisé à l’échelle des brigades et des Battalions, une chose est sûre : les divisions et brigades canadiennes attaquent en profondeur au lieu de tenter une percée en masse. On est dans le combat des petites formations chargées de neutraliser des positions de mitrailleuses et des points fortifiés, bien souvent à la grenade. (3)

– Néanmoins, les Canadiens se heurtent vite à une difficulté que les planificateurs n’ont pas prévue. En effet, appliquant les ordres de Byng de protéger à tout prix l’infanterie, bon nombre de batteries tirent des obus fumigènes. Couplées au brouillard, elles ne permettent pas aux fantassins de bien s’orienter. Heureusement, suite aux répétitions de l’assaut, les officiers trouvent la parade à l’aide des cartes, des photos aériennes et des boussoles. Paradoxe : bien que dépendant de la technologie et de l’industrie de guerre, le soldat trouve parfois les moyens de s’en sortir par lui-même. Si quelques compagnies se perdent, la grande majorité parvient à s’orienter (5). Quand ils parviennent sur les lignes allemandes, les Canadiens s’emploient d’abord à couper les fils barbelés quand ceux-ci n’ont été que partiellement – sinon pas du tout – sectionnés par les obus. Pour cette tâche, certains fantassins sont équipés de pinces spéciales fixées à leur fusil Enfield (6).

– Mais les Canadiens doivent résoudre le problème des communications entre les QG et l’avant. Pour reprendre les mots de Bill Rawling, avec l’arrivée de l’infanterie dans le dispositif allemand, les unités de tête ont besoin de communiquer pour qu’on les relève ou qu’on leur envoie de l’approvisionnement et du matériel. Ce qui implique que les chefs d’unité sachent ce qui se passe à l’avant. Or, si des QG aux tranchées, le réseau filaire est plus perfectionné, bien étoffé et enfoui sous la terre (6,5 km par division), les petites unités ne disposent pas de téléphones ou de télégraphes. En fait, comme elles se déplacent vite, les unités des transmissions n’ont pas le temps de leur coller aux talons pour enfouir des fils électriques. Ce problème ne sera résolu que dans les années 1930 et durant la Seconde Guerre mondiale avec le perfectionnement de la TSF. Du coup, afin de palier à ce problème, comme pour les combats de 1916, les Canadiens doivent recourir à des moyens bien moins technologiques : drapeaux, signaux lumineux et pigeons voyageurs. Mais avec de tels procédés, les confusions sont monnaie courante. On essaie aussi d’employer les chiens comme porteurs de message, sauf que devenus meilleurs amis des soldats, ils refusent tout simplement de les quitter ! Par conséquent, le moyen encore le plus efficace reste toujours l’estafette, bien que vulnérable aux tirs d’artillerie dans le no man’s land et quand il retourne dans ses lignes.

– En face, les Allemands ne sont guère à la fête. [Quand ils ne sont pas inopérants], les fantassins allemands, déjà secoués par les bombardements préalables, tirent des fusées éclairantes pour demander une riposte. Malheureusement, la contre-batterie bien dirigée sous la direction d’Andrew MacNaughton fonctionne bien, d’autant que les pilotes du RFC 16 Squadron repèrent les pièces à neutraliser. Ainsi, hormis 2 batteries, toute l’artillerie du Gruppe « Vimy » trouve muselée. Au même moment, les mortiers de tranchées Stokes et les mortiers de 9.45in déclenchent pilonnent le « Pimple », la Cote 145, Les Tilleuls et Tellus.

– Comme pour l’attaque sur la Somme, Byng a ordonné de faire exploser des mines sous les lignes allemandes. Mais sur 18 emplacements prévus, 5 seulement font l’objet d’une explosion. C’est dans le secteur du 73rd Canadian Battalion de la 4th Division (flanc gauche) que le succès le plus impressionnant est enregistré quand trois mines font voler en éclat les emplacements de la garnison allemande qui s’y trouve. En revanche, de l’aveu même de l’Inspector of Mines, leur rôle a été limité ; d’autant que les galeries creusées sous le « Pimple » ont été victime de l’artillerie anglo-canadienne, puisqu’elles se sont écroulées à cause des détonations d’obus (7).

– Les Canadiens emportent leurs premiers objectifs à 06h15. Ceux des 1st et 2nd Divisions délogent même des fantassins allemands littéralement « cloués » dans leurs abris. Quelques Maxim sont mises en batterie et causent quelques pertes. En revanche, la technique de combat canadienne fait ses preuves. En effet, les fusiliers et soldats armés de fusils lance-grenade, bien appuyés par les Lewis Guns, neutralisent les abris ennemis. Mais les Canadiens connaissent vite un imprévu. En effet, nombre de jeunes officiers sont tués ou blessés dans les premières minutes de l’attaque. L’initiative revient alors aux sous-officiers aguerris, voire même à de simples soldats. Un bref instant coupé, l’élan repart (8).

– La 3rd Canadian Division de Louis Lipsett est plus lente face aux éléments de la 79. Reserve-Division. Mais cela tient plus aux Canadiens eux-mêmes qu’aux Allemands. En effet, les sections de tête n’ont pas pris la peine de reconnaître les positions allemandes. Par conséquent, les soldats s’égarent quelque peu face à la jointure des Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 262 (Major von Rotenhan) et Nr. 263 (Obersleutnant von Behr). Les Allemands répliquent alors plus efficacement que prévu et les Canadiens se trouvent freinés, avec de très lourdes pertes. Ainsi, certaines compagnies se retrouvent vite avec 60 hommes seulement et certaines d’entre elles se regroupent même dans un seul trou d’obus (10). La meilleure performance de la division est enregistrée par le Canadian Mounted Regiment qui capture 150 hommes du III/IR. Nr. 263.

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David Watson (Source: http://www.gutenberg.org)

– Un vent venu de l’Ouest pousse la fumée du tir d’artillerie sur les positions bavaroises de Thellus et aveuglent les défenseurs. A 07h30, tout un bataillon se réfugie sur Farbus, permettant à la 1st Brigade d’exploiter la brèche entre Blue Line et Brown Line. La  Zwischenstellung tombe sans délai. Allemands affamés, fatigués et débordés par des Canadiens bien préparés et combatifs.
Quasi-simultanément, le 16 Squadron RFC contacte les fantassins à l’aide de klaxons pour leur indiquer les objectifs à bombarder par l’artillerie. 1 avion réussit à repérer une batterie allemande (5.9 in) qui couvre la retraite d’une partie des forces allemandes. L’avion réussit blesse quelques chevaux mais réussit à communiquer la position de la batterie qui sera capturée par l’Infanterie.

– Tout à gauche du Canadian Corps, la 4th Canadian Division de David Watson doit attaquer aux limites conjointes des Gruppe « Souchez » (16. KBD) et « Vimy » (79. RD). David Watson a remanié son dispositif peu avant l’attaque. Ainsi, les 11th et 12th Brigades (46th et 47th Canadian Battalions) doivent se porter en avant, pendant que la 10th Brigade doit capturer le « Pimple » pour le 10 avril. Enfin, la 12th Brigade doit capturer les deux premières lignes allemandes et assurer la jonction avec l’aile droite du Ist Corps britannique. La 79. RD d’Ernst August von Bacmeister tient notamment la Cote 145, avec le RIR. Nr. 261 qui a disposé 2 Abteilungen (Bataillons) à l’avant.
La 4th Division fait d’abord de très bon progrès en refoulant les Allemands sur Givenchy. Placés en avant, les 38th (Ontario) et 72nd (Seaforth Highlanders of Canada) Battalions de la 12th Brigade, sont contraints de ralentir car ils ne peuvent suivre la cadence du barrage d’artillerie. Très vite, le 72nd Can. Battalion se retrouve aux prises avec des Bavarois de la 16. Königlich-Bayerisches-Division et réussissent à les contourner. De son côté, le 38th Can. Battalion combat durement des éléments de l’IR. Nr. 261, ce qui indique que les Canadiens peuvent crever la jointure entre les deux Gruppen. Le 38th finit par atteindre la « Black Line » mais épuisé, il ne peut aller plus loin et s’emploie vite à consolider sa nouvelle position. Malheureusement, des tirs nourris de mitrailleuses Maxim positionnées sur le « Pimple » contraint les 72nd et 78th (Winnipeg Grenadiers) à se replier (9).

– Si la 12th Brigade enregistre une progression honorable avant d’être bloquée, l’attaque de la 11th Brigade manque de tourner à la catastrophe. Le responsable ? Le Major Harry Shaw, commandant du 87th Can. Battalion (Canadian Grenadier Guards). Pensant jouer au plus fin, Shaw demande à l’artillerie qui appuie son unité de rester silencieuse afin de préserver l’effet de surprise, ce qui contrevient aux ordres donnés. Résultat, quand le 87th Can. Battalion attaque, il se fait presque tailler en charpie par les fusiliers et mitrailleurs allemands et perd la moitié de son effectif. De leur côté, les 54th (Kootenays) et 102nd (Northern British Columbia) Can. Bns réussissent à s’emparer de « Red Line ». Mais la déconvenue du 87th  les prive d’un appui et bientôt, le 54th est menacé de flanc par les Allemands et doit se replier.
A 07h00 du matin, en plus de l’inconséquence du Major Shaw, Watson a de quoi être furieux et inquiet. En effet, presque tous ses Battalions divisionnaires sont bien sortis mais sont bloqués sous les tirs allemands. Mais il ne faut pas oublier que la 4th Canadian Division a sans doute hérité de la noix la plus dure à casser, puisque sur les autres parties du front canadien, l’avance ne piétine pas.

– En effet, à la droite de la 4th, la 3rd Canadian Division de Lipsett reprend son avance. Malgré quelques tirs de mitrailleuses qui les gênent, les fantassins canadiens progressent derrière le barrage qui pilonne « Black Line » et font sauter le bouchon. Ainsi, le 2nd Bn. The Canadian Mounted Regiment conquiert d’un bond la Zwischenstellung entre la première et la seconde ligne. A 07h30, après de furieux combat, les Battalions avant de Lipsett ont atteint la Ferme de la Folie et la Crête de Vimy. Très vite, les « moppers up » franchissent le no man’s land pour venir consolider la conquête, avec l’appoint notable de 130 mitrailleuses Vickers.

Sauf qu’à la jonction des 7th et 8th Brigades, le 4th Bn. Canadian Mounted Regiment et The Royal Canadian Regiment se retrouvent empêtrés dans les restes d’un ancien verger. Du coup, les Allemands en profitent et le II/IR. Nr. 262 – formé de Saxons – lance plusieurs contre-attaques déterminées. De son côté, le 42nd Can. Bn. (Canadian Black Watch) se retrouve sus des tirs en enfilade qui proviennent de la Cote 145 et perd 200 hommes. Du coup, A.H. MacDonnell, commandant de la 7th Brigade doit ordonner au 42nd Can. Bn. de se replier afin de constituer une ligne de défense. En revanche, meilleure nouvelle, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry accroche Red Line (10).

Orpen, William, 1878-1931; Colonel (Temporary Major General) Louis James Lipsett (1874-1918), CB CMG
Louis Lipsett

– Plus au nord, le 78th Can. Bn réussit à atteindre Red Line et à consolider sa position. En revanche, la 87th Can. Bn complètement démoralisé pour la soirée et n’avance plus.  Quand la 3rd Canadian Division atteint le Bois de La Folie, elle est la première unité canadienne à voir la Plaine de Douai s’étendre devant elle, avec les habitats de mineurs du Bassin de Lens.

– Si les 4th et 3rd Canadian Divisions n’avancent pas totalement comme prévu, les 1st et 2nd Canadian Divisions enregistrent les meilleures performances de la matinée. Du côté de la 2nd Canadian Division de Henry Burstall, Red Line est atteinte rapidement par les 20th (Central Ontario) et 21st (Eastern Ontario) Can. Bns  de la 4th Brigade, laquelle s’empare du hameau des Tilleuls qui forme une position en croix entre la Zwischenstellung et la « Redoute du Turc ». Là, les Canadiens se lancent dans un furieux engagement avec des compagnies de Bavarois et de Prussiens mais finissent par prendre le dessus.
La 1st Canadian Division d’Arthur Currie fait encore plus fort. Les soldats avancent dans un chronométrage quasi-parfait derrière le barrage d’artillerie. Certains rapports feront même état que la 1st Brigade de Griesbach atteint Red Line à 07h00 seulement. D’autres estimeront plus tard que la performance a été un peu gonflée. Quoiqu’il en soit, la 1st Brigade doit faire une pause, consolider les positions conquises et ne peut reprendre son avance qu’à 09h25 (11).

– Un vent venu de l’Ouest pousse la fumée du tir d’artillerie sur les positions bavaroises de Thellus et aveuglent les défenseurs. A 07h30, tout un bataillon se réfugie sur Farbus, permettant à la 1st Brigade d’exploiter la brèche entre Blue Line et Brown Line. La  Zwischenstellung tombe sans délai. Allemands affamés, fatigués et débordés par des Canadiens bien préparés et combattifs. Quasi-simultanément, le 16 Squadron RFC contacte les fantassins à l’aide de klaxons pour leur indiquer les objectifs à bombarder par l’artillerie. 1 avion réussit à repérer une batterie allemande (5.9 in) qui couvre la retraite d’une partie des forces allemandes. L’avion réussit blesse quelques chevaux mais réussit à communiquer la position de la batterie qui sera capturée par l’Infanterie.

– Juste à la gauche du XVIIth Corps (aile gauche de la 51st Highland Division), la 1st Division doit s’emparer d’une portion de la Zwischenstellung car sa 2nd Brigade doit s’arrêter près de ses objectifs sur Red Line. Le 1st Can. Battalion exécute la besogne en capturant 125 bavarois hébétés et assoiffés. A 11h30, les compagnies de tête atteignent Blue Line et consolident leur position. Du côté de la 2nd Canadian Division, l’avance est plus lente, d’autant que les 8 chars attribués à l’attaque tombent en panne mécanique ou sont détruits par des tirs d’artillerie autour des Tilleuls. Néanmoins, les 28th et 31st Can. Bns s’emparent de Thellus, puis de la Tranchée de Thellus  (Zwischenstellung) sur le coup de 11h15. Au nord, la 13th Brigade britannique ouvre son avance par une capture de la Zwischenstellung menée brillamment. Son chef, le Brig.Gen. Jones note que ses hommes progressent derrière un barrage d’artillerie particulièrement bien réglé. Le bataillon de tête, le 2nd King’s Own Scottish Borderers entre dans le Bois du Goulot par le nord et le nettoie par un enveloppement. Jones avait estimé que l’endroit pouvait abriter des snipers. Mais la vraie menace vient sur le flanc gauche des Britanniques, depuis le Bois de Bonval. Mais la consolidation prend du temps et le Royal West Kent ne dépasse le Bois du Goulot qu’à 13h00, tandis que les 6th et 1st Brigades avancent bien derrière un barrage roulant ajustés en plusieurs « sections ». Malgré les barbelés qui causent nombre de blessures et de cicatrices, les Canadiens réussissent à franchir l’obstacle et à neutraliser des batteries allemandes au fusil à grenades et à la baïonnette. Là encore, les Lewis ont joué leur rôle de couverture. Pour la consolidation, le 27th Can. Bn arrive pour nettoyer les pentes des derniers défenseurs. Les Canadiens capturent le commandant du Königlich-Bayersiches-Reserve-Regiment Nr. 3, le Major Maier et la moitié de son état-major. Les Tranchées allemandes sont donc occupées et renforcées. Enfin, les éléments de réserve de chaque Battalion arrivent avec des outils et des sacs de sable pour constituer les défenses (12).

 

General Currie, Commander of the Canadian troops in France, and
Arthur Currie

5 – CONSOLIDATION ET RÉACTION ALLEMANDE

 

– La journée du 9 a coûté environ 9 300 hommes au Canadian Corps, dont 1 660 tués et 6 800 blessés. Ceux-ci, de même que 815 prisonniers allemands blessés, sont pris rapidement en charge par la chaîne médicale et évacué derrière la ligne de front grâce aux Subways. [Sur la Crête, les Canadiens s’activent. Des patrouilles sont envoyées vers la Plaine de Douai afin de sonder l’ennemi. Et elles mettent la main sur des canons que les Allemands n’ont pas pu évacuer.
Très vite, après le succès de la guerre de mouvement, la guerre de position reprend ses droits. Il faut d’abord avancer les canons, ce qui nécessite l’emploi de pontonniers permettant aux artilleurs d’acheminer leurs pièces dans le no man’s land. Sur la crête, les soldats préalablement équipés de pelles, de pioches et de pics s’emploient à creuser des tranchées et à la fortifier à l’aide de sacs de sables. D’autre part, les unités de télégraphistes et de téléphonistes arrivent sur les talons des fantassins afin d’enfouir les fils dans des tranchées et installer les postes. Pendant ce temps, les Field Companies (compagnies d’intendance) apportent ravitaillement, eau, pelles, bois, pioches, haches, jeux de cisailles, munitions et grenades. En revanche, les chevaux se fatiguent vite et les fantassins doivent porter les Stokes à dos d’hommes. Suivent également les servants de mitrailleuses lourdes Vickers. Cinq hommes sont nécessaires pour transporter l’arme, le trépied, les munitions et le refroidisseur à eau.

– Il ne faut pas croire que les Allemands n’ont pas voulu réagir. A 11h00, von Bacmeister pour reprendre la Cote 165 avec le I/262 et 2 Abteilungen de réserve de la VI. Armee, le I/IR Nr. 118 (80. ID) et le III/RIR Nr. 34 (56. ID). Von Fassbender approuve et demande à la 1. KBRD de von Bechmann de lui octroyer trois de ses bataillons de réserve. L’objectif est de reprendre la Cote 135, l’attaque devant avoir lieu à 18h00. Von Rotenhan regroupe alors les bataillons de von Bacmeister afin de renforcer la II. Stellung à l’est du Bois de la Folie. Ordre est donné aux Bavarois d’improviser des défenses. Pendant ce temps, 6 Bataillons viennent renforcer le Gruppe « Souchez » dont 3 de sa propre réserve ponctionnés à la 16. KBD. 5 sont maintenus derrière le Bois de Hirondelle et Méricourt, tandis que le I/KBIR Nr. 14 est envoyé à Givenchy. Ces unités tentent de monter une contre-attaque pour reprendre la Cote 145 à 20h00 mais ils manquent de coordination. Aucune avance n’est effectuée sérieusement et les Vickers ont veillé. Il faut aussi mettre au compte de l’échec des Allemands le manque de soutien sérieux et efficace d’artillerie.
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6 – PRISE DU « PIMPLE  ET ATTAQUE SUR SOUCHEZ

– De son côté, grâce au début réussi de l’offensive de la Third Army d’Allenby, la Gruppe « Arras » se retrouve également soumis à une forte pression. Allenby cherche également à atteindre la Green Line le 10. Mais là encore, le défi pour la Third Army est d’acheminer l’artillerie de campagne à mesure que ses troupes avancent. A contrario, Byng cherche à consolider ses gains acquis en prévoyant toute contre-attaque allemande. Il devient alors évident que cette mesure – nécessaire – est suffisante pour empêcher toute contre-attaque mais insuffisante pour exploiter le succès du jour. En plus, l’infanterie se trouve occupée à consolider ses positions et donc, à améliorer les tranchées et les parapets. En outre, il faut laisser le temps à l’approvisionnement de parvenir en première ligne, ce qui implique de traverser le no man’s land, ce que des camions ne peuvent en quelques heures seulement.

– A 18h00, Watson ordonne à Hilliam de mettre en lice ses 44th et 50th Can. Bns d’attaquer sur la Cote 145. Le 10 avril à 15h15, les deux Battalions attaquent en direction de la Black Line  sous le couvert d’un important tir de barrage d’artillerie. La limite est du Bois de La Folie est atteinte en 5 minutes seulement par les compagnies d’assaut. En revanche, on se bat durement pour la conquête de la Cote 145, à la grenade et à la baïonnette. Sur la gauche, le 50th Can. Bn achève son travail à 15h45, prenant 135 prisonniers appartenant à l’IR. Nr. 261 et au I/IR. Nr. 118. Le Battalion perd 229 hommes mais gagne une Victoria Cross. Il s’agit du Pvt John Pattison qui a réduit au silence un nid de mitrailleuses à lui tout seul. En soirée, le 47th Can. Bn relève les 44th et 50th, leur permettant de se regrouper pour capturer le « Pimple ».

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Henry Burstall

– Pour von Fassbender, la perte de cet objectif vient confirmer l’idée de la directive du Kronprinz Rupprecht que le Gruppe « Vimy » doit se replier sur la III Stellung (ligne Oppy-Méricourt), soit 6 km plus à l’est, pour le 13 avril. Von Falkenhausen préférerait laisser les bataillons de réserve pour former un barrage sur la II. Stellung juste au-dessous de la Crête mais il se rend compte que l’idée est dépassée lorsque des observateurs d’artillerie canadienne s’y trouvent déjà. Alors que les Eingreifen-Divisionen approchent du front dans la journée du 10 avril, elles se trouvent placées immédiatement sur la III. Stellung, afin de renforcer les restes de la 79. RD et de la 1. KBRD. Le Gardes-Grenadier-Regiment Nr. 5 (4. Gardes-Division) prend position dans les lignes occupées par la 16. KBD. A cette étape, von Falkenhausen n’a plus vraiment les moyens de tenir le « Pimple » (Giessle-Höhe) et doit couvrir la retraite. Une ligne plus adéquate est fixée entre Loos et Avion, ce qui conduit à l’abandon de la Giessle-Höhe, située trop à l’ouest.

– Simultanément, Henry Horne planifie une attaque de la 73rd Brigade (24th Division) au nord de la Souchez. Restée dans l’ombre de Vimy, cette opération a pour objectif Bois-en-Hache qui domine le saillant britannique depuis la vallée de la rivière et s’ancre sur le « Pimple ». Commandée par le Brig.Gen. William Dugan, la 73rd Brigade doit consolider le première ligne allemande – qui devient son nouveau front – et occuper la tranchée de soutien avec les postes avancés. Le flanc droit située au plus près de la Souchez doit être attaqué par le 2nd Leinster (Irlandais) avec le 9th Bn. Royal Sussex Regiment sur les pentes nord à gauche. Le 13th Bn. Middlesex Regiment sécurise le flanc de la rivière et 1 Battalion de pionniers ponctionné aux Sherwood Foresters devront consolider le terrain gagné et creuser des tranchées de communication.

– Sur le plateau au sud de la Souchez, le 50th Can. Bn nettoie les portions nord, renforcé par 2 compagnies du 46th. Le 44th Can. Bn se trouve à droite du « Pimple », sur les pentes sud de l’éperon dominant Givenchy. Ils doivent maintenir le lien avec le 73rd Can. Bn à l’extrémité nord de la Crête de Vimy. Même s’ils ont déjà combattu le 10, ces deux Bns sont choisis pour avoir mené des attaques à succès/relancé des attaques avec succès plusieurs fois. « Le Pimple » est un labyrinthe dense de tranchées et de Blockhäuse défendus par deux unités allemandes fraîches ; le III/Gardes-Grenadier Regiment Nr. 5 (sur la crête) et le I/IR Nr.93 au sud. Tous deux sont arrivés dans la journée du 10.
Les deux brigades chargées de l’attaque du 11 entrent en ligne entre 19h30 et 23h30. Mais les Allemands sont sur leurs gardes, s’attendant à une attaque imminente. Et pour rendre le moment plus sinistre, il neige et le froid se fait mordant (l’Hiver 1917, particulièrement dur, frémit encore). L’attaque a lieu à 05h00 du matin. 112 canons de 18-pdr effectuent un tir de préparation sur les objectifs canadiens, contre 46 pour les Britanniques. « Tommys » et « Canucks » piétinent dans la boue et son pris pour cibles par les Allemands. La première vague du 2nd Bn Leinster perd tous ses officiers. Néanmoins, les Britanniques réussissent à atteindre leurs objectifs en profitant de l’obscurité et engagent un furieux duel à la grenade contre les Gardes du GGR Nr. 5.
Au sud, les 44th et 50th Bns doivent combattre dans des conditions épouvantables. Ils perdent 20 minutes à marcher et se retrouvent trop loin du barrage d’artillerie. Les Britanniques pataugent également et ne peuvent consolider leur ligne. Ni le Royal Sussex, ni le Leinster ne parviennent à remplir cette mission, en dépit de l’exploit du Corporal Cunningham, un irlandais qui résiste avec une ténacité inouïe aux contre-attaques allemandes, à la Lewis Gun et à la grenade.
Chez les Canadiens, les 44th et 50th Can. Bns atteignent leur seconde ligne vers 05h45 mais alors qu’ils réduisent les défenseurs allemands au silence, le 44th Can. Bn perd le contact avec le 73rd au sud, alors qu’ils sont pris sous des tirs provenant du Bois de Givenchy. Les Lewis de la D Coy du 44th réduisent alors la menace au silence, contraignant les Allemands à se replier. Les Canadiens évacuent alors leurs blessés et consolident leur ligne, en prenant garde aux tirs de snipers allemands. La ligne devient plus calme, excepté une contre-attaque allemande à 14h30 très facilement repoussée par les Lewis.

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6 – L’ATTAQUE SUR SOUCHEZ

– Simultanément, Henry Horne planifie une attaque de la 73rd Brigade (24th Division) au nord de la Souchez. Restée dans l’ombre de Vimy, cette opération a pour objectif Bois-en-Hache qui domine le saillant britannique depuis la vallée de la rivière et s’ancre sur le « Pimple ». Commandée par le Brig.Gen. William Dugan, la 73rd Brigade doit consolider le première ligne allemande – qui devient son nouveau front – et occuper la tranchée de soutien avec les postes avancés. Le flanc droit située au plus près de la Souchez doit être attaqué par le 2nd Leinster (Irlandais) avec le 9th Bn. Royal Sussex Regiment sur les pentes nord à gauche. Le 13th Bn. Middlesex Regiment sécurise le flanc de la rivière et 1 Battalion de pionniers ponctionné aux Sherwood Foresters devront consolider le terrain gagné et creuser des tranchées de communication à travers le no man’s land et le terrain nouvellement conquis.
Les deux brigades chargées de l’attaque du 11 entrent en ligne entre 19h30 et 23h30. Mais les Allemands sont sur leurs gardes, s’attendant à une attaque imminente. Et pour rendre le moment plus sinistre, il neige et le froid se fait mordant (l’Hiver 1917, particulièrement dur, frémit encore). L’attaque a lieu à 05h00 du matin. 112 canons de 18-pdr effectuent un tir de préparation sur les objectifs canadiens, contre 46 pour les Britanniques. « Tommys » et « Canucks » piétinent dans la boue et son pris pour cibles par les Allemands. La première vague du 2nd Bn Leinster perd tous ses officiers. Néanmoins, les Britanniques réussissent à atteindre leurs objectifs en profitant de l’obscurité et engagent un furieux duel à la grenade contre les Gardes du GGR Nr. 5.
Au sud, les 44th et 50th Bns doivent combattre dans des conditions épouvantables. Ils perdent 20 minutes à marcher et se retrouvent trop loin du barrage d’artillerie. Les Britanniques pataugent également et ne peuvent consolider leur ligne. Ni le Royal Sussex, ni le 2nd Leinster ne parviennent à remplir cette mission, en dépit de l’exploit du Corporal Cunningham, un irlandais qui résiste avec une ténacité inouïe aux contre-attaques allemandes, à la Lewis Gun et à la grenade.
Chez les Canadiens, les 44th et 50th Can. Bns atteignent leur seconde ligne vers 05h45 mais alors qu’ils réduisent les défenseurs allemands au silence, le 44th Can. Bn perd le contact avec le 73rd au sud, alors qu’ils sont pris sous des tirs provenant du Bois de Givenchy. Les Lewis de la D Coy du 44th réduisent alors la menace au silence, contraignant les Allemands à se replier. Les Canadiens évacuent alors leurs blessés et consolident leur ligne, en prenant garde aux tirs de snipers allemands. La ligne devient plus calme, excepté une contre-attaque allemande à 14h30 très facilement repoussée par les Lewis (14).

 – Le 13 avril, selon les ordres du Kronprinz Rupprecht, la VI. Armee allemande exécute un mouvement de retrait sur la ligne Oppy-Méricourt (III. Stellung). Au nord le Gruppe « Souchez » s’ancre à l’est d’Avion dans une ligne qui couvre la banlieue de Lens. Les Allemands gagnent au moins cette bataille du renseignement, puisque le Canadian Corps, préoccupé davantage par les mouvements de renforts, ne détecte pas ce mouvement de retrait. De son côté, Byng fait relever les 7th et 8th Brigades de la 3rd Canadian Division par la 9th et renvoie la 13th Brigade britannique à l’arrière pour reconstituer l’ensemble de la 5th Division. Le 16 Squadron et des patrouilles de jour font état de défenses allemandes vides. Byng ordonne une dernière poussée pour la journée. Vimy, Givenchy et Willerwal sont occupés rapidement et concomitamment avec la poussée sur Bailleul par la 51st (Highland) Division et celle de la 24th sur Angres. En revanche, Arleux reste aux mains de troupes fraîches allemandes et Byng ordonne à ses hommes de s’enterrer, d’autant que les canons de campagne ne sont pas encore arrivés derrière les brigades d’infanterie.

– Finalement, le 14 avril, Haig met fin à l’offensive d’Arras puisque la Third Army d’Allenby – qui a pêché par optimisme – n’a pas réussi à exploiter ses succès du 9 avril. Si à cette date, la 37th Division (VIth Corps) a capturé Monchy, 7 km dans la profondeur de la ligne de front allemande. En revanche, la situation est moins brillante au VIIth Corps, puisque la 21st Division a été sévèrement étrillée par une contre-attaque allemande. Et fidèle à son habitude, Haig avait ordonné que les 2nd et 3rd Cavalry Divisions se tiennent prêtes à exploiter des percées qui ne se sont jamais vraiment produites.
Mais la grosse déception est venue de la Fifth Army de Gough. En effet, l’ANZAC de William Birdwood qui doit attaquer sur Bullecourt tombe dans un pan de la Ligne « Hindenburg » (« Siegfried Linie ») défendu par la 27. Würtembergisches-Division. Premier responsable de l’échec ; Hubert Gough qui croit encore que son artillerie peut détruire les fils barbelés et que ses 8 Tanks pourront percer.

– Pour le Canadian Corps, les pertes sont lourdes : 7 707 hommes perdus dont 2 967 tués. Le 14 avril, ces deux nombres vont monter à 10 602 et 3 598, toujours d’abris Rawling. Mais en comparaison des offensives précédentes, le chiffre consenti n’est pas le plus élevé, notamment par rapport à la bataille de la Somme à l’issue de laquelle le Canadian Corps a perdu 24 000 hommes. La 4th Canadian Division a le plus souffert avec 4 401 tués et blessés, soit en moyenne 1 000 de plus que les trois autres. En revanche, les Canadiens ont fait 4 000 prisonniers, tués et blessés 15 000 Allemands et mis la main sur 54 canons et 124 mitrailleuses (15). Autant dire que le Gruppe « Vimy » qui compte un peu plus de 20 000 hommes le 8 avril est littéralement rayé des tableaux.

– Il n’en reste pas moins que la préparation a particulièrement payé. Bien que très peu charismatique, le soldat technicien qu’est Arthur Currie rend hommage à l’ensemble de ses soldats par ces mots : « Ils s’étaient entraînés à ce travail. Ils avaient répété l’attaque à plusieurs reprises et tous et chacun savaient exactement où se diriger lors de l’assaut et quoi faire une fois rendu. Chaque élément de la défense allemande fut scruté et l’on avait dressé, pour surmonter chaque obstacle, tous les plans qu’il est humainement possible de dresser avant une attaque. » Forts de cette expérience, le Canadian Corps sera vite considéré comme l’une des meilleure force de frappe du BEF sur le Front de l’Ouest. Pour lui, l’année 1917 va s’avérer particulièrement sanglante (16).

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* Pour le lecteur, les bataillons allemands, unité tactique régimentaire, sont désignés par un chiffre romain. III/IR. Nr. 263 doit être donc lu : 3e Bataillon du 263e Régiment d’Infanterie.


(1) RAWLING B. « Survivre aux tranchées. L’armée canadienne et la technologie », éd. Athéna, Coll. Histoire Militaire, University of Toronto Press, Toronto, 2004
(4) RAWLING B., Op. Cit.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) TURNER A. : « Vimy. Byng’s Canadian Triumph », Osprey, London, 2006
(8) TURNER A., Op. Cit.
(9) Ibid.
(10) Ibid.
(11) Ibid.
(12) Ibid.
(13) Ibid.
(14) Ibid.
(15) RAWLING B., Op. Cit.
(16) Ibid.

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