Batailles méconnues : Romani (4-12 août 1916)

– Dès la fin 1914, avec l’entrée en guerre de « l’Homme malade de l’Europe » aux côtés de Vienne et Berlin, la défense du Canal de Suez devient un enjeu stratégique pour Londres, en raison de sa position sur la route maritime vers l’Inde. En outre, la rive orientale du canal est longée par une voie ferrée qui relie Port-Saïd au nord, à Suez, débouché sur la Mer Rouge. La même voie ferrée est connectée au Caire par le nœud d’Ismailia, juste au nord-ouest du Lac Timsah. Et Ismaïlia marque le point de départ d’un pipe-line qui ravitaille en eau la capitale du protectorat britannique/royaume khédive sous protectorat. Un premier raid eut lieu le 20 décembre 1914 avec des chameliers, suivi d’une attaque de plus grande ampleur du 28 janvier au 5 février 1915 sur la station ferroviaire d’el-Kantara, qui s’était conclue par une victoire Anglo-indienne. Pendant le reste de l’année 1915, les Turcs commandés par le Général allemand Friedrich Kress Freiherr von Kressenstein lancent des raids de harcèlement sur les lignes britanniques. C’est donc une guerre de nature différente que celle du front européen, qui se joue aux portes de l’Égypte ; une guerre faite de mouvements, de flux et de reflux de troupes et d’offensives sur des secteurs limités. 

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1 – STRATÉGIES ET GÉOGRAPHIE

– Mais l’Égypte reste un pivot défensif pour l’État-major impérial et le Ministry of War, par lequel transitent les divisions qui sont envoyées dans la fournaise de Gallipoli durant la première moitié de 1915. Les effectifs les plus importants ont représenté 14 divisions d’Infanterie et plusieurs brigades de Cavalerie. Mais bon nombre de ses unités furent ventilées entre la Mésopotamie et l’Europe. En décembre, une commission militaire conduite par le Lieutenant-General Henry Horne arrive au Caire pour observer les défenses du canal de Suez. Horne et ses officiers concluent qu’il faut déplacer la défense du canal de la rive ouest à la rive est, afin de ne le tenir éloigné au maximum des pièces d’artillerie ottomanes. Et la défense devrait être assurée par 12 divisions (Infanterie et Cavalerie). Les britanniques comprennent l’importance de la logistique dans un environnement désertique. Comme l’a bien écrit Kristian Coates Ulrichsen (1), l’environnement désertique du Proche-Orient contraint les belligérants à adapter leur façon de mener des campagnes et leurs tactiques, en tenant compte de l’importance de l’environnement, notamment des températures, du relief et de la présence de l’eau. D’où la nécessité d’adapter également la logistique et l’approvisionnement, tout en s’assurant le contrôle des oasis.  A ce stade du conflit mondial, les Britanniques pensent que les Turcs ont massé près de 1 million de soldats en Palestine. Chiffres gonflés, d’autant que les infrastructures et le ravitaillement en eau de Palestine ne peuvent suffire à un tel effectif. Manquant de véhicules et de moyens pour étendre ses infrastructures ferroviaires vers l’ouest du Sinaï, l’Armée turque privilégie les dromadaires (plus répandus au Proche-Orient) et les chameaux qui deviennent en sorte, leurs bonnes à tout faire. Ces animaux ont l’avantage d’être endurant, pouvant se passer d’eau pendant des jours, voir des semaines dans le désert, contrairement aux animaux de bâts. En outre, les camélidés peuvent avancer dans un environnement dénué d’infrastructures routières, notamment dans les dunes de sables. En revanche, s’ils sont blessés, tués ou perdus, ces animaux sont difficilement remplaçables, contrairement aux pièces mécaniques. Dernier point relatif à l’environnement désertique, les températures contraignent aussi les généraux à adapter leurs mouvements. En août, le Sinaï se transforme en véritable fournaise, avec un thermomètre pointant jusqu’à 51°C par endroits.

– Placés en position défensive, les Britanniques ont comme impératifs de protéger les stations ferroviaires et les points d’eau. Du coup, ils profitant du réseau ferré déjà existant qui relie Pélouse et le Canal de Suez au Caire, ils choisissent d’élargir leurs lignes de rail.
Par conséquent, des milliers de travailleurs de l’Egyptian Labour Corps sont mobilisés pour poser des kilomètres de rails supplémentaires pour relier le Caire aux stations du Canal, de même que pour creuser de nouvelles positions défensives. Le train ayant davantage de capacités de transport que les camélidés, la logistique du Commonwealth va pouvoir envoyer un plus grand nombre d’hommes et de matériels aux secteurs défensifs du canal, dans un temps plus réduit, à hauteur de quatre rotations par jour. Enfin, les Britanniques disposent aussi d’un autre net avantage sur les Allemands : la supériorité aérienne, grâce à la disponibilité des appareils du Royal Flying Corps et des hydravions biplans du Royal Naval Air Service. Et profitant de la maîtrise des mers assurée par les unités navales d’Alexandrie, les Britanniques peuvent surveiller la côte nord du Sinaï avec des canonnières prêtes à faire feu sur les colonnes turques qui passent à portée de leurs pièces.

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Caravane des dromadaires dans le désert.


Fin 1915, le théâtre d’opérations d’Égypte est placé sous les ordres de Sir Archibald Murray, tout juste débarqué de son poste de chef d’état-major impérial au profit de Sir William Robertson. Murray plaide alors auprès du War Office pour des offensives limitées dans le secteur d’el-Arish afin d’interdire la route côtière aux Turcs, ainsi que pour placer les forces britanniques dans une position offensive plus avantageuse sur la route centrale. Murray décide de scinder la défense du Canal de Suez en trois secteurs : 1 (Sud), 2 (Centre) et 3 (Nord). Le secteur n° 3 étant placé sous la direction du Lieutenant-General Sir Herbert Lawrence (2). Seulement, en avril 1916, les troupes turques de Kress von Kressenstein lancent deux raids couronnés de succès contre Oghratina et Katia. Les Yeomen de la 5th Mounted Brigade qui tenait les deux points, se fait repousser. Néanmoins, les combats affectent peu la construction de voies ferrée, notamment le tronçon Romani – Mahamidiyah sur la côte. Et à partir de mai, 4 trains de la 276th Railway Company font l’aller-retour quotidiennement avec Le Caire.

 

– Après la déconvenue du 23 avril, Murray décide de doubler la présence militaire britannique à l’est du Canal de Suez et de lancer des attaques limitées. Plan approuvé à Londres par Sir William Robertson qui ne compte pas lancer de grandes opérations depuis l’Égypte, privilégiant la remise sur pied du Corps de Mésopotamie en vue d’une prochaine campagne vers Bagdad. Le lendemain (24 avril), la New Zealand Mounted Rifles Brigade et la 2nd Light Horse Brigade (cavaliers australiens démontés) de Granville Ryrie  – toutes deux appartenant à l’ANZAC Mounted Division (Harry Chauvel) – réoccupent Katia sans résistance. Entendons par Cavalerie, l’utilisation de troupes montées qui se déplacent à cheval mais combattent à pied, voire à la baïonnette, à la façon de dragons. C’est l’idée que traduit le terme de « Mounted Rifles » que l’on pourrait traduire par « tireurs/fusiliers montés ». Une partie de ses cavaliers sont des rescapés de la campagne de Gallipoli durant laquelle ils ont combattu démontés. D’autre part, la division de cavalerie de l’ANZAC n’est pas une unité de rupture, ou destinée à la charge. Elle est employée à des attaques de flanc ou à la poursuite, tactiques plus efficaces dans un environnement ouvert comme celui-du Sinaï. En outre, sa puissance de feu est accrue avec l’ajout d’un squadron de mitrailleuses Vickers par brigade et de trois batteries d’artillerie hippomobile (Horse Artillerie), chacune dotée de canons Ordnance QF 18-pounder. Les munitions sont également acheminées par obus dans des caissons montés sur roues.

– Aussitôt, Chauvel (policier monté australien avant la guerre et personnalité compétente) reçoit le commandement de l’ensemble des troupes les plus avancées du dispositif britannique ; soit les éléments écossais de la 52nd (Lowland) Division (Major-General Wilfrid Smith) à Dueïdar et la NZ Mounted Rifle Brigade d’Edward Chaytor (3)  à la station de Romani. Pour les Britanniques, preuve est faite qu’il faut reprendre l’initiative pour mettre le canal à l’abri. Mais au début juillet, les Britanniques apprennent que la 3e Division d’Anatolie (31e, 32e et 39e Régiments), un corps de chameliers et le Groupe « Pacha 1 » (1 bataillon de mitrailleuses à 8 compagnies, 2 compagnies de mortiers de tranchées, 60e Bataillon d’Artillerie lourde et artillerie anti-aérienne) ont quitté leurs bases de départ de Bersheeba le 9 juillet et ont gagné Oghratina et Bir el-Abd. L’ensemble compte alors près de 32 000 hommes, 5 000 chameaux et dromadaires, 1 750 chevaux, 40 pièces d’artillerie et près de 80 mitrailleuses. Le Groupe « Pacha 1 », dont les officiers sont allemands, compte 1 batterie de canons de 100 mm, 1 de canons de 150 mm et 2 de Mörser lourds de 210 mm.

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Friedrich Kress von Kreissenstein

2 – MISE EN PLACE DES DÉFENSES ET LE DÉPLOIEMENT GERMANO-TURC

 

– Murray, pense que l’attaque ottomane aura lieu dans le secteur nord, entre la Côte et Romani. Il ordonne d’alléger les dispositifs des secteurs 1 et 2. Pour Romani, il décide de ne pas renforcer les 4 Brigades qui défendent la station ferroviaire mais de leur octroyer les 160th et 161st Machine Gun Companys, ponctionnées respectivement aux 53rd (Welch) et 54th (East Anglian) Divisions, afin d’augmenter leur puissance de feu. Murray décide également de former une petite unité mobile formée du City of London Yeomanry, du 11th Australian Light Horse (2 escadrons chacun), comme des 4th, 6th et 9th Companies de chameliers de l’Imperial Camel Brigade. Du 10 au 14 juin, les Britanniques infligent un coup dur, d’ordre logistique, aux Turcs. Ainsi, la « Muksheib Column » formée de soldats du Génie, de chameliers indiens (Bikaner Camel Corps) et égyptiens (Egyptian Camel Transport Corps) et de cavaliers australiens (3rd LH Brigade) vient puiser 19 millions de litres d’eau dans les dernières sources du Wadi Muksheib, dernier point de ravitaillement sur la route centrale traversant le Sinai.Lawrence (PC à Kantara) a sous la main l’Infanterie de la 42nd (East Lancashire) Division (Sir William Douglas), 1 brigade de la 53rd (Welsh) Division avec 36 pièces d’artillerie et les Horsemen australiens de la 3rd Light Horse Brigade (John MacQuarie Antill). Et le dispositif du secteur n°2 est étoffé comme suit :

1 – Colline 70 (Hill 70), à 19 km à l’est de Romani : la NZ Mounted Rifles Brigade (moins le Wellington Regiment mais avec le 5th Light Horse Regiment), la 5th Mounted Brigade et la 126th (East Lancashire) Brigade (1/4th et 1/5th Bns East Lancashire ; 1/9th et 1/10th Bns Manchester ; 126th Machine Gun Company).

2 – Colline 40 (Hill 40), avec la station de Gilban : 125th (Lancashire Fusiliers) Brigade (1/5th, 1/6th, 1/7th et 1/8th Bns Lancashire Fusiliers ; 125th Machine Gun Company) et 127th (Manchester) Brigade (1/5th, 1/6th, 1/7th et 1/8th Bns Manchester ; 127th Machine Gun Company).
– Grâce au réseau ferré installé préalablement sur ordre de Murray, Herbert Lawrence peut achemine une partie de la 52nd (Lowland) Division sur Rovani pour renforcer la défense du secteur compris entre la mer et Romani. Les Ecossais ancrent alors leurs défenses dans de solides positions et sur un périmètre de 78 km2. Celui-ci couvre le sud de Romani et la route du nord partant d’el-Arish. 18 redoutes est donc construites au sud de Mahamdiyah (Katib Gannit) et à l’extrémité ouest du « Lagon de Bardawil ». Chaque redoute comprend entre 40 et 170 fusiliers, avec des Lewis Guns est soutenue par 2 mitrailleuses Vickers et appuyé par de l’artillerie. Lawrence et ses officiers s’attendent à ce que les Turcs attaquent sur Romani en cherchant à force la Colline 70, après avoir suivi la vieille route caravanière. Mais les Britanniques peuvent prévoir un tel mouvement grâce à la présence respective de la NZ Mounted Rifle Brigade et du 5th LH Regiment sur la Colline 70 et à Dueïdar.

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3 – LA BATAILLE DE ROMANI

– Très vite, Britanniques et ANZACS sont au courant des mouvements des Turcs, puisqu’à partir du 20 juillet, des patrouilles montées néo-zélandaises découvrent plusieurs de colonnes comptant 2 500 – 3 000 hommes avançant depuis Bir Bayud, Bir el Abd et Bir Samlana. Le 20 juillet, les 1st et 2nd LH Brigades repoussent une avant-garde grâce à leurs canons hippomobiles de 18-pdr. Le 28 juillet, quand 2 escadrons du Wellington Regiment commandés par le Lt-Col. Meldrum accrochent sérieusement un détachement turc, à la mitrailleuse et au canon, à Hod Um Ugba, à 8 km en avant de la ligne britannique. En tout cas, l’emploi des patrouilles montées permet à Lawrence et à son état-major de bien connaître l’avancée des troupes turques. Les Britanniques s’attendent alors à ce que leurs ennemis attaquent au sud de Katib Gannit. Et ils voient juste, les 32e et 39e Régiments Turcs (3e Division) attaquent en force contre Romani. Chargeant à la baïonnette quasiment épaule contre épaule, ils tombent dans les lignes de la 1st Light Horse Brigade australienne du Col. Meredith (4) qui résiste pied à pied, grâce à l’aide des mitrailleuses. Chauvel fait donner en renfort la 2nd Light Horse Brigade Lt-Col. du J. Royston (5) pour venir épauler la 1st LH Brigade. A l’aube, les Turcs s’en prennent aux Néo-Zélandais qui défendent « Wellington Ridge ». Après un dur combat, plusieurs soldats turcs réussissent à s’infiltrer dans les lignes de la NZ Mounted Brigade. Pressurés mais gardant leur cohérence, les Australiens reçoivent l’ordre de se replier et de tenir sur la seconde ligne de défense, articulée sur les Monts Meredith et Royston, pour se rapprocher des positions de la 52nd (Lowland) Division. Chauvel demande au Brigadier-General Eric Girwood, commandant les Ecossais de la 156th Brigade d’envoyer plusieurs de ses Battalions en contre-attaque en soutien des cavaliers australiens. Mais Girwood refuse, arguant que son unité doit rester en réserve afin de soutenir une attaque de sa division vers l’est. Pendant ce temps, la situation des ANZAC devient plus critique sur le Mont Royston, face à 2 000 Ottomans. A 11h00, Turcs et Allemands attaquent en force à l’aide d’obusiers. Les trois colonnes de von Kressenstein convergent alors sur les défenses des forces du Commonwealth. Mais la Horse Artillery des ANZACS et les pièces plus lourdes de la 52nd Division donnent de la voix, ce qui permet d’arrêter l’offensive ennemie.

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Herbert Lawrence au centre (alors chef d’état-major du BEF), encadré par Haig et Plumer

– Devant la situation, Herbert Lawrence ordonne à la 5th Mounted Yeomanry Brigade de Wiggin (6) et au reste de la NZ Mounted Rifle Brigade (soit le QG de la Brigade et le Canterbury Mounted Rifle Regiment) de se porter sur le Mont Royston, afin de lancer une contre-attaque. Pendant ce temps, la 3rd LH Brigade du Brigadier (7) reçoit l’ordre de se porter sur la Colline 70 et d’envoyer 1 régiment sur Dueïdar, tandis que la Mobile Column doit marcher sur Magreiba. Aussitôt arrivé, Edward Chaytor fait mettre à pied ses Auckland et Canterbury Mounted Rifles qui attaquent le Mont Royston par l’est avec l’appui des canons de la Somerset Battery, tandis que 1 Squadron (escadron) du Royal Gloucester Hussars et 2 Troops du Royal Worcestershire Yeomanry galopent par le sud du Mont Royston. La manœuvre réussit parfaitement et les unités ottomanes sont bientôt encerclées. 500 prisonniers sont capturés et l’arrivée de la 127th (Manchester) Brigade (de la 42nd Division) permet de nettoyer définitivement le Mont Royston, sur lequel des soldats turcs isolés préfèrent se faire tuer sur place que de se rendre. Dans l’après-midi toujours, Turcs et Allemands tentent d’enlever « Wellington Ridge ». Mais l’intervention de l’artillerie et l’arrivée de 2 Battalions de la 156th (Scottish Rifles) Brigade (7th et 8th Bns Scottish Rifles) vient arrêter l’offensive. Mais les Ecossais sont à leur tour arrêtés par un tir d’artillerie. Mais « Wellington Ridge » est fermement tenu par les Britanniques.

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Harry Chauvel, commandant de l’ANZAC Mounted Division

4 – UNE POURSUITE AUX OBJECTIFS TROP AMBITIEUX ?

– Le 5 août, Herbert Lawrence fait rassembler 50 000 hommes dans le secteur de Romani afin de pousser son avantage vers l’est. Le premier objectif consiste à dégager définitivement « Wellington Ridge ». L’affaire est réglée à l’aube par la 156th (Scottish Rifles) Brigade et les cavaliers australiens du 7th Light Horse, malgré une forte résistance par endroits. 864 nouveaux prisonniers sont envoyés dans les lignes du Secteur N°3.  Fort de ce succès, Lawrence ordonne à Chauvel d’engager une vigoureuse poussée vers l’est. Chauvel – qui a la haute-main sur les opérations de poursuite – fait donner la 42nd (East Lancashire) Division, maintenue jusque-là en réserve à la station de Pélouse, avec pour objectif la prise de Hod el Enna. Soutenue par l’Egyptian Camel Transport Corps et ravitaillée constamment en eau, la 42nd Division se met lentement en marche. Lawrence ordonne également à la 52nd Division de marcher sur Abu Hamm. Mais les troupes du Major-General Smith doivent se rassembler, ce qui prend du temps. Et elle doit aussi composer avec des problèmes de ravitaillement en eau. Par conséquent, elle prend du retard, permettant aux Allemands de s’échapper du piège que leur tend Lawrence. Par conséquent, ce sont les cavaliers qui avancent le plus vite. Ainsi, la 5th NZ Mounted Rifle Brigade et la 3rd LH Brigade s’approchent de l’oasis de Katia depuis le nord de la vieille route caravanière, tandis que les 1st et 2nd LH Brigades attaquent par le sud, en direction de Bir el-Hamisah, avec les unités de tête de la 52nd (Lowland) Division. De son côté, sur le flanc sud, la Mobile Column (11th Light Horse et 1 Squadron du City of London Regiment) attaque depuis le terminus de Ballah et trouve Mageibra inoccupée au jour du 5 août. Néanmoins, cette force constituée se révèle trop faible pour nuire gravement aux Turcs sur Bir el-Aweiia et Hod el-Bayoud.

– Mais les Germano-Turcs ont placé une solide arrière-garde à Katia. Et lorsque les cavaliers néo-zélandais et Australiens (1st et 2nd LH) mettent pied à terre avant de charger en ligne à la baïonnette, ils sont accueillis par un tir intense. Chauvel doit alors faire donner les pièces des Ayrshire et Somerset Batteries pour permettre aux Anzacs d’avancer. Il en va de même pour le 9th LH qui réussit néanmoins  lancer son assaut par le sud. Par conséquent, les Turcs quittent Katia en laissant 425 hommes et 7 mitrailleuses derrière eux. La perte de cette oasis empêche von Kressenstein de monter une contre-attaque contre les troupes de Chauvel, le contraignant à s’appuyer sur ses positions défensives. Ceci dit, les britanniques connaissent des difficultés liées à l’environnement. Ainsi, la 127th (Manchester) Brigade, partie de Pélouse, a déjà perdu 800 hommes en deux jours de marche en raison du soleil et des fortes températures. Cela contraint les chameliers indiens du Bikanir Camel Corps, à des détachements de régiments de Yeomen et aux unités médicales de chercher les rescapés dans le désert.

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Unité montée des ANZAC en patrouille

– Après la prise de Katia, Harry Chauvel ordonne aux Néo-Zélandais et aux Yeomen de poursuivre les unités ennemies et de capturer Oghratina pour le 7 août.. La NZ Mounted Rifles Brigade s’approche donc de la seconde oasis, suivie par la 5th Mounted Yeomanry Brigade et la 3rd LH Brigade mais sans l’aide de ses ambulances mobiles, celles-ci ayant été employés à secourir les soldats de la 42nd Division victimes d’insolation. Du coup, les trois brigades se retrouvent à attaquer Oghratina mais sans artillerie lourde. Heureusement, leurs pertes sont légères et la menace d’un enveloppement conduit tout simplement les Turcs et les Allemands à opter pour un repli sur Bir el-Ard à la faveur de la nuit du 7-8 août. Lawrence ordonne à Chauvel de s’emparer de ce dernier secteur. La tâche incombe alors aux cavaliers néo-zélandais et à la 2nd LH Brigade de Royston. Mais cette-fois, la noix est beaucoup plus dure à casser. En effet, Bir el-Ard est bien défendue, grâce au concours de troupes fraîches provenant d’el-Arich. Au vu de la défense agressive et après avoir consenti de la perte de 73 hommes, Chauvel décide de se replier sur Oghratina. Du coup, le 12 août, von Kressenstein en profite pour exécuter une retraite en bon ordre sur el-Arish. Chauvel lance alors la poursuite avec ses cavaliers mais les lignes de sa division montée commence à être trop étendue. Prudent, il décide de ne pas poursuivre les Germano-Turcs. Cette prudence a été reprochée a posteriori au Général australien. Mais les Turcs ne pourront plus s’approcher du Canal de Suez.

 

– Les pertes des troupes du Commonwealth sont légères, environ 2 000 hommes, dont une grande partie victimes du soleil. Les pertes les plus lourdes ont été enregistrées au sein de l’ANZAC Mounted Division, avec un peu plus de 200 tués et environ 900 blessés. De leur côté, Turcs et Allemands accusent la perte de 4 000 hommes.

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Insigne de l’ANZAC Mounted Division

 


1 – ULRICHSEN Kristian C. : The First World War in Middle East, Kansas University Press
2 – Aucun lien de parenté avec Thomas Edward Lawrence, le célèbre « Lawrence d’Arabie ». Officier distingué durant la Guerre des Boers, Sir Herbert Lawrence quitta l’Armée durant quinze années après s’être vu refusé un commandement en Afrique du Sud, au profit de Douglas Haig.
3 – Formée des Auckland, Canterbury et Wellington Mounted Regiments (à 3 escadrons et 1 squadron de mitrailleuses Vickers chacun)
4 – Formée des 1st, 2nd et 3th Light Horse Regiments, ainsi que du 1st Machine Gun Squadron
5 – Formée des 5th, 6th et 7th Light Horse Regiments, ainsi que du 2nd Machine Gun Squadron
6 – Formée des Warwickshire Yeomanry, Royal Gloucester Hussars et Queen’s Own Worcestershire Hussars
7 – Formée des 8th, 9th et 10th Light Horse Regiments, ainsi que du 3rd Machine Gun Squadron

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