Somme 1916 : le sanglant« Big Push » du 1er juillet (1)

1 – POINT SUR LES DÉFENSES ALLEMANDES

– Les lignes allemandes que les Britanniques cherchent à crever et les Français à faire reculer sont situées dans le secteur de la II. Armee du General der Infanterie Fritz von Below. Sur la moitié nord, le XIV. Reserve-Korps de Hermann von Stein tient la série de trois lignes situées entre le secteur Montauban – Mametz et Gommecourt couvrant Serre, Beaumont-Hamel, Thiepval, Pozières, Ovillers, La Boisselle et Fricourt.  Il comprend la 52. Infanterie-Division (Karl von Borris), la 26. Reserve-Division (Franz von Soden) et la 28. Reserve-Division (Ferdinand von Hahn).
Le secteur tenu par le VI. Armee-Korps de Georg von der Marwitz est plus étendu, d’autant qu’il est à cheval sur la Somme. Il couvre Hardecourt, Maurepas et Cléry au nord de la Somme ; Frise, les Plateaux de Flaucourt et de Santerre, Belloy-en-Santerre, Ablaincourt et Chaulnes au sud de la rive gauche face aux armées françaises. Il compte la 12. Infanterie-Division (Charles Martin de Beaulieu) face au front sud-est des Britanniques ; la 11. RD (Richard von Werben) et la 121. ID (Kurt von Ditfurth) dans les secteurs faisant face à la VIe Armée française.
Battle_of_the_Somme_2
– Comme évoqué dans un article précédent, les défenses édifiées sous la direction de l’Oberst von Lossberg, commandant du Génie de la II. Armee sont plus fortes. Les première et seconde lignes sont séparés entre elles de 910 à 1 800 m.  Les Allemands s’appuient sur le maillage formé par les villages picards et les bosquets pour édifier un réseau de défense avec tranchées, fortins et redoutes reliés entre eux par des tranchées de communication. Mais le dispositif défensif n’est pas égal selon les secteurs. Si Fricourt, Thiepval et Pozières sont bien fortifiés, le secteur de Mametz-Montauban l’est moins car inachevé en juin. Certaines tranchées de seconde ligne n’ont que 50 cm de profondeur. Les postes de commandement sont reliés à l’arrière par des fils téléphoniques enterrés. Plusieurs redoutes gardent les routes le long desquelles les Britanniques doivent progresser. S’ils sont en infériorité numérique, ils disposent plusieurs nids de mitrailleuses à plusieurs. La Crête de Pozières est le point le plus fortifié avec parapets et postes de mitrailleuses. Enfin, des postes d’observation d’artillerie sont installés à l’avant pour diriger les tirs de riposte et de contre-batterie. Enfin, plusieurs escadrilles (chasse, reconnaissance et bombardement) réunissent 129 appareils en tout pour disputer le ciel aux alliés. Même si les Fokker III, redoutables en 1915, sont concurrencés par les modèles français et britanniques.

– Pendant plus d’une semaine, les soldats Allemands ont été privés de sommeil par les bombardements incessants. Et très vite, le sentiment de revanche et la motivation de combattre les gagne.

2 – LES EFFETS LIMITES D’UNE SEMAINE DE BARRAGE

– Du 24  au 30 juin, l’artillerie britannique déverse plus de 1,7 million obus, avec un point culminant le dernier jour avec 375 000 projectiles, transformant la campagne picarde en terrain lunaire crevé de cratères et de trous. Seulement, les artilleurs de Haig et Rawlinson ignorent que les Shrapnels n’ont pas ou peu entamé les lignes de fer barbelé, que des obus défectueux ont explosé en vol ou n’ont pas explosé du tout lors de l’impact. Et si les dégâts en surface sont impressionnants, les abris en dur n’ont pas été entamés. D’autre part, le mauvais temps a empêcher le RFC de faire décoller ses appareils pour relever certaines positions, ce qui rend les batteries aveugles. Ajoutons aussi la fumée causée par les explosions qui obstrue la vision des observateurs. Selon l’historien britannique Ralph Whitehead, la II. Armee allemande ne perd qu’un peu plus de 1 900 hommes avec le bombardement (1). Plus grave encore, une semaine de bombardement intensif prive les Britanniques de l’effet de surprise. Au début, les Allemands pensent à un bombardement classique comme il s’en produit dans les périodes sans offensives de part et d’autres. Mais ils se rendent vite compte que quelque chose de plus grande ampleur se prépare. Du coup, les fantassins ont ordre de s’abriter dans leurs abris en attendant la fin de la canonnade. Et les Allemands ripostent avec des tirs de contrebatterie, notamment dans le secteur du VIIth Corps (Hébuterne – La Boisselle) où ils causent de sérieux dégâts (3). Mais dans le secteur du VIIIth Corps de Congreve (Mametz – Montauban), le repérage aérien effectué avant le 24 juin a permis de localiser les batteries allemandes et de les détruire en quasi-totalité (4).

mineexplosion
Explosion des mines dans le secteur de Boisselle

3 – « LE JOUR LE PLUS SANGLANT DE L’HISTOIRE BRITANNIQUE »

 

1 – Le démarrage

– A 06h30, l’Artillerie britannique ouvre un violent tir de barrage préparatoire à l’assaut des fantassins. Celui-ci dure entre 50 minutes selon les secteurs mais avec des plans de feu différents selon les Corps d’Armée (5). Le fracas est si fort que la canonnade est entendu jusqu’à Hampton Heath en banlieue de Londres.  Mais là encore, l’efficacité n’est pas au rendez-vous. Dans les tranchées, les quelques 200 000 « Pals » et « Tommys » prennent leur petit déjeuner. Nombre d’officiers britanniques choisissent de monter à l’attaque avec un simple bâton à pommeau en main. Mais tous sont confiants après avoir été témoins du colossal bombardement d’une semaine ordonné par Haig et Rawlinson et opéré par 50 000 de leurs camarades artilleurs. Enfin, à 07h20, suivant d’autres ordres de Haig, les mineurs (notamment des Gallois et d’autres recrutés dans le nord de l’Angleterre) font sauter des tonnes de dynamite sous les positions avancées allemandes des secteurs de Beaumont-Hamel (Lochnagar Crater), La Boisselle, Fricourt et Mametz. Mais là encore, aussi impressionnant soit le spectacle depuis les tranchées, le résultat est médiocre, ne causant que la mort de quelques soldats allemands, certains disparaissant définitivement sous la terre.

– Mais tous sont confiants. En revanche, contrairement à une légende – qui a été vite véhiculée par les premières images tournées pour le cinéma anglais (voir photo en haut) – les instructions pour les sorties de tranchée diffèrent selon les Corps et les Divisions. 53 Battalions ont reçu pour ordre de sortir juste à la fin du tir de barrage à 07h20, en rampant vers les lignes allemandes sur plusieurs dizaines de mètres. 12 ont reçu l’ordre d’avancer au pas, tandis que quelques-uns ont eu pour ordre de courir vers les lignes ennemies (2). On constate encore le manque de rationalisation et de centralisation des instructions que décrivait Paddy Griffith.

A 07h30, le jeune Captain Billy Nevill du 8th Bn. West Yorkshire et membre d’une équipe de rugby, botte symboliquement un ballon de rugby vers les lignes allemandes pour signifier le début de l’avance britannique. Comme beaucoup de ses camarades, Billy Nevill ne reverra pas la Grande-Bretagne. A 07h30, les soldats britanniques sont sortis de leurs tranchées. Ceux qui ont reçu l’ordre de marcher en ligne et ceux qui attaquent dans les secteurs les plus fortifiés sont très vite pris sous le feu des mitrailleuses Maxim qui font un carnage.

1 – Secteurs des VIIth et VIIIth Corps (Gommecourt – Beaumont-Hamel)

– Conformément au plan communément établir par Haig, Rawlinson et Edmund Allenby, le VIIth Corps d’Oyly Snow, formant l’aile droite de la IIIrd Army, doit attaquer le saillant de Gommecourt afin de créer une diversion L’objectif est de réduire ledit saillant par une attaque en tenaille menée par deux divisions inexpérimentées de la NKA : la 46th (North Middlands) Division (Edward Montagu-Stuart-Worley) et la 56th (London) Division (Charles Amyatt Hull). Le saillant est tenu par la 2. Reserve-Garde-Division (Richard Freiherr von Süsskind-Schwendi) au nord et l’Infanterie-Regiment Nr. 170 (52. ID) au sud et par les Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 55 et 91 au centre et au nord. La 111. Infanterie-Division appuie la 2. GRD au nord.
Sans entrer dans le détail, l’assaut de Snow démarre mal puisque les Allemands attendent les britanniques de pied ferme. En outre, le bombardement préalable et le tir de barrage n’ont eu aucune efficacité. Résultat, l’attaque est mal coordonnée et la riposte allemande particulièrement violente. Résultat, plus de 6 700 soldats britanniques sont perdus pour la journée du 1er juin (plus de 2 400 à la 46th Div. et plus de 4 300 à la 56th) contre légèrement plus de 1 200 soldats allemands. L’attaque de la 46th (North Middlands) Division a été jugée si lamentable que son chef, Montagu-Stuart-Morley est contraint de quitter son commandement. Et la réputation de la division pâtira du fiasco durant deux ans.

– Dans le secteur du VIIIth Corps, l’assaut britannique commence par l’explosion géante des mines posées sous les lignes allemandes par les mineurs gallois du 9th Bn. Cheshire sous Hampton Ridge. Mais si des groupes d’Allemands sont morts enterrés, les lignes du XIV. Reserve-Korps n’ont pas été rompues dans ce secteur. Pire encore, l’effet de surprise est nul. L’attaque britannique est confiée à la 29th Division de Beauvoir de Lisle, unité d’active qui a connu le feu au Cap Helles face aux Turcs. Mais elle a dû compléter ses pertes avec des éléments inexpérimentés, comme le cas des Terre-Neuviens du 1st Newfoundland Regiment.

– Très vite, les Britanniques sont pris sous le feu des Allemands qui tiennent Redan Ridge. Les pertes de la 88th Brigade sont particulièrement lourdes. En plusieurs minutes, le 1st Newfoundland manque d’être complètement anéanti, laissant plus de 710 hommes à terre (sur 850) après avoir parcouru 180 mètres seulement. Mais les pertes les plus lourdes sont enregistrées par le 10th Bn. West Yorkshire  qui perd 733 soldats et officiers en tentant de s’emparer de Fricourt. Et les tranchées Ravin « Y » (Leiling Schlucht) et la « Tranchée Bismarck » (Bismarck Schlucht) sont solidement tenus par les soldats du Reserve-Infanterie Regiment Nr. 119. Pour la 29th Division, le « Z Day » se termine par la perte de 5 200 hommes, un bilan pire que ce que ses soldats les plus aguerris ont pu connaître à Gallipoli.

– La 4th Division de William Lambton (unité professionnelle) attaque à 07h30 entre Serre et Beaumont-Hamel. Si elle s’empare du « Quadrilatère » (« Heidenkopf ») au prix de lourdes de pertes, elle ne peut exploiter son succès par manque de soutien et en raison de l’échec de la 29th Division. De son côté, la 31st Division de Robert O’Gowan doit attaquer « Pendant Copse » et la Redoute de Hawthorn, qui a fait l’objet d’une explosion de mines, causant la mort de plusieurs soldats allemands, sans ébranler néanmoins le dispositif  rencontre une forte résistance de la part des fantassins allemands de la 26. Reserve-Division qui crachent jusqu’à 74 000 cartouches ! Si quelques éléments des Accrington Pals (12th Bn. East Lancashire) et des City of Sheffield (12th Bn. York and Lancaster), réussissent à atteindre « Pendant Copse » et Serre au prix de lourdes pertes, ils se heurtent à une très forte résistance de la part des wurtembergeois du Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 121. Durant la journée, le « Quadrilatère » fait l’objet d’attaques et de contre-attaques de part et d’autres. Mais aucun gain supplémentaire n’est enregistrée par les Britanniques qui ont perdu 3 600 hommes, soit plus de l’équivalent d’une brigade. Les Allemands accusent la pertes presque trois fois moindre (850 hommes).

[Suite]


(1) BOUTET Marjolaine et NIVET Philippe : La Bataille de la Somme. L’hécatombe oubliée, Tallandier
(2) BOUTET M. & NIVET Ph, Op.Cit
(3) CLARKE Dale : World War I Battlefield Artillery tactics, Osprey, London
(4) CLARKE Dale, Op.Cit.
(5) Voir l’article consacré à la préparation de l’artillerie

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s