La Bataille de la Somme : les objectifs britanniques

– Haig a donc décidé de confier l’offensive sur la Somme à la nouvelle IVth Army du General Sir Henry Rawlinson. Respecté, réputé intelligent et prudent, Rawlinson ne fait pas partie de la coterie des cavaliers (French, Haig, Allenby) qui règne au sein du corps des Généraux de Sa Majesté. Fantassin de formation, Rawlinson a commandé le IVth Corps à Ypres en 1915. Il a pour Chef d’état-major Sir Archibald Montgomery, qui l’accompagne dans cette fonction depuis le début de la guerre. Rawlinson réfléchit également à améliorer l’emploi de l’Infanterie du BEF. Cependant, sa réflexion comporte des lacunes qui auront de graves conséquences, comme nous le verrons.

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Henry Rawlinson

– Haig donne à Rawlinson le secteur allant de la rive droite de la Somme à Fonquevillers, à la jointure de l’aile droite de la IIIrd Army d’Allenby. Le secteur alloué à Rawlinson avait déjà été choisi par Joffre pour son projet d’offensive sur le Somme, le 14 février. Rawlinson installe alors son QG à Querrieu, entre Albert et Amiens. La IVth Army doit compter trois Army Corps mais le 24 mars, le IIIrd Corps de Sir William Pulteney était déjà arrivé dans son secteur au nord de la Somme. Haig demande à Rawlinson d’établir un possible plan pour une offensive combinée alliée en juin ou en juillet.

– Après évaluation, Rawlinson fait rédiger un rapport de projet d’offensive à Haig, le 3 avril. Le commandant de la IVth Army estime que sa zone d’attaque ne devra pas dépasser 19-20 km de large et une profondeur de 2 à 5 km. Il recommande alors d’attaquer entre

Maricourt et Serre, en deux étapes, par des poussées larges de 2 km chacune. La première attaque devra percer la première ligne. Ensuite, après l’acheminement de renforts et d’artillerie, la IVth Army devra s’en prendre à la seconde ligne après destruction de ses défenses. Mais comme l’ont montré Marjorie Boutet et Philippe Nivet dans leur ouvrage consacré à la Somme, les Britanniques négligent les renseignements qui leur parviennent sur l’état des forces allemandes. De plus, Français et Britanniques n’échangent guère d’informations. Il faut dire que Fritz von Below, commandant de la II. Armee et les autorités d’occupation ont pris soin d’évacuer les villes et villages situés derrière les lignes allemandes. Et les réseaux d’espionnage – auxquels l’état-major de Haig – ne prêtait pas nécessairement attention – ont été démantelés. Du coup, les Britanniques sont quasiment aveugles et ignorent que leurs adversaires ont presque tout l’ensemble de la ligne d’attaque du 1er juillet (1). Et concernant les effectifs, les observateurs de la IVth Army ne détectent que quelques bataillons, produisant ainsi des rapports aussi faussés qu’optimistes. Or, les Allemands alignent 34 bataillons entre Gonnecourt et Bray.
Mais Rawlinson adopte la doctrine d’artillerie (récemment établie) de John French ; à savoir un long bombardement des positions ennemies afin de détruire les lignes de fils de fer barbelés et les lignes de tranchées. La majorité des tirs doit s’effectuer de jour, afin de permettre aux observateurs au sol mais aussi aux aviateurs du Royal Flying Corps de repérer les positions et guider les tirs. L’approche de Rawlinson se rapproche de la méthode « bite and hold » (« mordre et tenir ») qui sera employée par Plumer à Messines et Ypres en 1917.

– Le 5 avril, Haig répond à Rawlinson quant à son plan d’offensive. Il se montre particulièrement assistant quant à l’idée que l’attaque doit être poussée au-delà de la première ligne de défense ennemie. Haig se fonde sur son expérience de la bataille de Loos qui lui a montré qu’après l’assaut contre sa première ligne, le dispositif ennemi se trouve désorganisé, avant l’arrivée des réserves. L’Infanterie doit culbuter la première et capturer les canons si possibles. Joffre et Foch pensent que cela est possible. Idée – hasardeuse – fondée sur les succès des Allemands à Verdun. Haig ordonne que l’attaque se situe sur un plus large front, ordonnant au flanc gauche de la IVth Army. Cet ordre conduit à étirer davantage le dispositif offensif britannique et non à le concentrer afin d’exercer plus de pression contre le dispositif adverse. Même Noel Birch, le conseiller de Haig pour l’Artillerie, estime que la ligne d’attaque britannique est trop étendue (provoquant) une dispersion des canons et obusiers, au lieu d’une meilleure concentration.

– Rawlinson pense que son supérieur à tort mais ne peut contester un ordre. Le 19 avril, lors d’une conférence tenue avec ses commandants de corps (Pulteney, Hunter-Weston, Morland, Congreve et Campbell), Henry Rawlinson explique qu’il doit changer son plan en considération des ordres reçus de Haig.  Le nouveau plan tactique prévoit de faire tomber les crêtes de Pozières, Grandcourt et Serre le premier jours, sans que les canons ne soient avancés dès le premier jour. Cette idée de Haig donne des sueurs froides à Rawlinson qui ne voit pas comment son infanterie puisse être couverte de manière adéquate. Mais visiblement, le commandant de la IVth Army, s’en remet à l’assurance du Commander-in-Chief. Pour Haig, le bombardement ne doit pas être effectué en soutien mais en ouverture de l’assaut pour assommer la défense adverse. D’où – selon lui – la nécessité d’une longue canonnade.

– La ligne des forces de Henry Rawlinson part de Hébuterne au nord (au sud de Gommecourt) à Bray au sud, sur la rive droite d’une des boucles de la Somme.

– Attaque s’effectue en parallèle des deux côtés de la route Albert-Bapaume, sur un axe sud-ouest – nord-est. Au nord, le VIIIth Corps d’Aylmer Hunter-Weston doit attaquer entre Hébuterne et la rive droite de l’Ancre. Sur son aile gauche la 31st Division (NKA*) de Robert O’Gowan doit contourner Serre par le sud. Au centre, la 4th Division (RA) de William Lambton doit percer la ligne de défense allemande entre Serre et Beaumont-Hamel. Enfin la 29th Division (RA) de Henry de Beauvoir de Lisle doit percer au sud de Beaumont-Hamel et avancer le long de l’Ancre. La 29th est appuyée sur sa droite par les Nord-Irlandais de la 36th (Ulster) Division (NKA), unité du Xth Corps positionnée derrière la rive droite de l’Ancre.

Le Xth Corps de Sir Thomas Morland doit attaquer le long de la rive gauche de l’Ancre au nord, et l’axe Ovillers – Pozières qui flanque la route Albert-Bapaume au sud. Sur son flanc gauche, la 36th (Ulster) Division d’Oliver Nugent doit progresser entre Saint-Pierre-Divion et la route Thiepval-Grandson. Sa mission est de faire sauter le verrou allemand formé par la « Redoute de Schwaben » à l’ouest de Thiepval. A la droite de la 36th (Ulster), la 32nd Division (NKA) de W.H. Rycroft doit avancer en dépassant Thiepval par le sud. Enfin sur le flanc droit du Xth Corps, la 8th Division (RA) de Havelock Hudson doit avaler le gros morceau avec pour objectifs de la seule journée du 1er juillet, Ovillers et Pozières.

– Le XVth Corps doit attaquer avec 3 divisions et une brigade sur un secteur incurvé sis la Boiselle sur la route Albert-Bapaume, Fricourt et Mametz. Sur la gauche, la 34th Division (NKA) d’Edward Ingouville-Williams doit s’emparer de la Boisselle et de Contalmaison avant de percer la seconde ligne allemande à Pozières. Sur sa droite, la 21st Division (NKA) de David Campbell doit percer les lignes allemandes entre Contalmaison et Fricourt. Ce dernier village est l’objectif de la 50th Brigade de la 17th (Northern) Division (NKA).

– Enfin, tout au sud-est du dispositif britannique, le XIIIth Corps de Sir Walter Congreve doit attaquer dans depuis une courbe qui va du sud de Mametz jusqu’à la zone marécageuse de la rive gauche de la Somme. A ses divisions Congreve a attribué les objectifs suivants : la 7th Division (RA) doit percer devant Mametz et s’emparer du village. Sur sa droite la 18th (Eastern) Division (NKA) d’Ivor Maxse doit avancer à l’ouest du village de Montauban. Celui-ci est l’objectif de la 30th Division (NKA) de Stanley qui doit aussi percer les lignes allemandes sur la dernière portion sud-est du front. De son côté, la 9th (Scottish) Division (TA) de William Fure  reste placée en réserve.  Enfin sur cette partie du front, les Britanniques vont pourvoir disposer de l’appui de l’artillerie française, notamment plusieurs pièces lourdes (155, 220 et 274 mm notamment).

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* Acronymes : RA pour Regular Army, TA pour Territorial Army et NKA pour New Kitchener’s Army

(1) : BOUTET M. & NIVET Ph : Op. Cit.

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