Bataille de la Somme : l’Artillerie britannique

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1 –  BREF HISTORIQUE SUR L’ARTILLERIE  DU BEF (1914-1916)

A l’aube de la bataille de la Somme, l’Artillerie britannique est surprise dans une période de mutation et de perfectionnement, ce qui ne se fait pas sans désordre.

En 1914, chaque batterie d’artillerie comprend 6 canons pour environ 200 hommes (5 officiers, servants, approvisionneurs, cochers, mécaniciens). Les canons plus lourds sont regroupés au sein de batteries plus petites (2-3 pièces). On trouve aussi 2 batteries de canons lourds sur rail. Mais la quantité de personnel servant ne varie pas. Et même, l’évolution de l’utilisation de l’artillerie et « l’alourdissement » des pièces et la diversification du rôle des batteries nécessitent une « spécialisation » des servants de batterie. En outre, les artilleurs sont moins exposés au feu que les fantassins, donc moins vulnérable. Bien que considérés comme « combattants », le taux de mortalité dans leurs rangs est moins élevé que dans l’Infanterie. Encore faut-il distinguer les servants de batteries de campagne placés plus en avant, des artilleurs de pièces lourdes qui peuvent actionner des pièces à plus de 10-20 km en arrière des lignes de tranchées. Si nécessaire, on ponctionne sur les personnels de l’Army Service Corps (logistique) ou de l’Army Ordnance Department (intendance).

– Les Artillery Brigades des corps et divisions étaient (conçues) comme unités organiques, avec leur propre état-major, à la différence des français qui séparent leurs régiments d’artillerie. Cependant, pour rationaliser leur utilisation, elles perdent en indépendance au profit d’une plus grande centralisation du commandement au niveau des états-majors divisionnaires ou de corps. En 1915, les Royal Engineers transfèrent la responsabilité des communications à l’artillerie, ce qui accroît quelque peu le nombre d’officiers au sein de l’état-major de chaque Artillery Brigade. De plus, il faut compter avec les nouvelles tâches administratives et techniques.

– Les Royal Field Artillery Brigades comptent chacune trois batteries de howitzers 18-pounders ou de 4.5-inch. Mais cela vaut uniquement pour les Regular Divisions car les Indian Divisions, les divisions de la NKA et de la TA ont une organisation différente. Des efforts sont entrepris en 1915 et 1916 pour réorganiser les batteries et les brigades mais ils échouent. Mais en 1917, un nouveau plan accouche d’une véritable structure unique pour les formations d’artillerie divisionnaire. Les FAB comptent 3 batteries à 6 pièces de 18-pounders et 1 avec des pièces de 4,5 inch. Encore qu’il s’agit là du schéma théorique, certaines divisions manqueront de pièces de 4,5-inch jusqu’en 1918. John French comprend que le corps des artilleurs avait besoin de disposer de sa propre autorité de commandement (GOCRA). Mais le GHQ le contredit immédiatement.[…] EnSous Haig, le GOCRA devient BGRA, et ne correspond qu’à un poste de coordinateur. En même temps est créé le commandement de l’Artillerie lourde de Corps (Corps Heavy Artillery).

– En 1914, la Royal Garrison Artillery est composée de brigades de deux types différents, du moins sur le papier. 2 Siege Brigades sont d’abord formées avec les obusiers les plus lourds disponibles. 2 Medium Siege Brigades, chacune comptant 2 batteries de 6-inch (152 mm) sont ensuite prévues, ainsi qu’une Heavy Siege Brigade avec des obusiers de 9.45-inch (210 mm ?). Toutefois, ces unités sont envoyées en France seulement par batterie et chaque batterie sera employée individuellement. Mais l’emploi des Siege Brigades échoue en raison de l’absence d’une structure de commandement. Les RGA Brigades ne prennent part à aucune manœuvre et quelques officiers seulement ont conscience de leur potentiel. En outre, la structure de commandement se trouve en décalage complet avec les besoins. Elles doivent être officiellement commandées par des généraux de divisions, alors que les officiers du Corps de l’artillerie n’avaient qu’un rôle de conseillers sans réelle autorité.

– Le regroupement des unités d’artillerie lourde est passé par plusieurs phases durant la guerre. Après la fin de la campagne de 1914, le commandement de Londres décide de créer des brigades pour l’artillerie lourde, chacune devant être attribué à un corps d’armée. Mais leur composition exacte n’est pas encore déterminée et plusieurs batteries sont formées avec des pièces de calibres différents. Or chaque brigade est chargée du contrôle de toute l’activité des pièces comme de l’administration dans le secteur d’un corps.

– Finalement, les obusiers lourds dispersés dans les différents corps sont finalement regroupés dans un échelon de commandement désormais dénommé « Brigades Royal General Artillery »/ « Brigades RGA ». En-dehors de ce problème d’organisation de ses brigades constituées (presque) de bric et de broc, il faut aussi résoudre des problèmes de discipline, d’entraînement et d’administration. Les Brigades RGA sont ensuite regroupées au sein de la Heavy Artillery Reserve Group (HARG) qui doit contrôler les canons et obusiers lourdes. Sauf que la HARG manque d’une autorité de commandement et doit définir quelles sont les missions précises de chaque brigade. Soit le bombardement, soit la contre-batterie. Il faut aussi définir le cadre du commandement du futur responsable du HARG.

– En 1916, on introduit des Groupes d’artillerie commandés par des Lieutenant-Colonels. Mais il s’agissait des Brigades sous un autre, avec leur lot de problèmes d’administration et de discipline au sein de chaque batterie. Néanmoins, des améliorations sont apportées, non pas grâce à la création de ces groupes mais par l’arrivée d’officiers plus expérimentés qui commencent à résoudre les problèmes de l’intérieur. Mais c’est seulement au début 1918 qu’intervient une véritable rationalisation de l’emploi de l’artillerie lourde britannique. En outre, quatre types de brigades sont créés : les mobiles, celles avec des obusiers de 8-inch (232 mm), celles avec les Howitzers de 9,2-inch et les mixtes. Avant la guerre, la division ne devait jouer qu’un rôle limité dans l’emploi de l’artillerie, la majeure partie du contrôle et du commandement étant exercé à l’échelon de la Brigade. Tout change soudainement et presque complètement, au début de la Guerre, lorsque l’on s’aperçoit que l’état-major divisionnaire ne peut s’employer à l’intégralité des tâches nécessaires à l’artillerie. Du coup, une grande partie de ces fonctions vient à relever du Corps d’armée. Du coup, fin 1914, French crée un commandement pour l’Artillerie du BEF (Commander, Royal Artillery ; CRA), seul habilité (théoriquement) à disposer de la haute main sur les batteries réparties dans les divisions. Mais dès 1915, cet officier se retrouve à devoir coordonner une pléthore de batteries, certaines n’étant ni endivisionnées, ni embrigadées. A cela s’ajoutent les problèmes de ravitaillement en obus, compte-tenu des calibres différents.

– S’il ne commande pas l’artillerie lourde, le CRA la contrôle néanmoins pour les phases de bombardement. Les plans de feu et les cibles sont en fait choisis au niveau supérieur de l’artillerie, avec l’implication notable d’officiers du GHQ. Mais les cibles restent localisées à l’échelon de la division, le commandement de celle-ci déterminant la puissance de feu nécessaire à employer. Celle-ci est ensuite déterminée par une concertation entre le commandant de division, le CRA et les commandants de brigades d’infanterie.

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Noel Birch

2 – POUR LA SOMME, UNE CONCENTRATION IMPORTANTE MAIS TROMPEUSE

Artillery

– En tout, on compte 1 437 canons et obusiers auxquels s’ajoutent 16 mortiers lourds français de 220 mm (alors obsolètes), 60 canons de 75 mm adaptés pour le tir d’obus chimiques et 120 canons de 120 mm pour le tir en profondeur. Pour le lecteur, il convient de rappeler la différence entre un canon et un obusier. Si le fonctionnement est le même, l’obusier a pour fonction de saturer une zone définie afin de préparer un assaut de fantassins. De son côté, le canon a pour fonction de viser et de neutraliser des objectifs précis (QG, dépôts, réduits…). Enfin, contrairement aux Français et aux Allemands, les Britanniques ne mesurent pas leurs obus en millimètres mais en Inches (pouces, soit 2,54 cm/1-in) et en pound (livres) selon le poids de l’obus.

– Si la « crise des obus » a été résorbée grâce à la réorganisation complète de l’industrie des munitions par la création des National Shell Factories, la majeure partie de la main-d’œuvre affectée à la fabrication des projectiles manque de qualification sérieuse. Et pour cause, les ouvriers les plus qualifiés (Skilled Workers) sont partis pour le front. Par conséquent, nombre d’obus sont mal assemblés – notamment les systèmes de percussion-détonation –, avec les proportions d’explosifs mal ajustés. Ainsi, nombre de ses obus n’exploseront pas lors du bombardement des lignes allemandes, tandis que d’autres exploseront avant d’avoir touché le sol. Pis encore, certaines fusées de détonation seront encore indisponibles pour les obus des pièces de 18-pdr HE (High Explosive), prévus pour éventrer les lignes de fer barbelés. En mai 1916, on constate également une pénurie d’obus de gaz, en dépit d’une commande effectuée par le War Office  de 10 000 projectiles par semaine (pour des pièces de 4.5-inch, 4.7-inch et 60-pdr). Mais aucun n’atteindra le front avant le début du déclenchement de l’offensive.

– Or, sur le front même, la disponibilité des pièces est toute relative. En dépit des tables d’effectifs plus qu’honorables, l’usage intense des bouches à feu a provoqué un accroissement des soucis mécaniques. Certaines batteries de 4.7-inch sont encore dotées de pièces obsolètes avec des tubes dangereusement défaillants. Certaines batteries utilisent encore des obusiers obsolètes de type 30cwt 6-inch (6,9 km de portée) et 25cwt 6-inch howitzers (11,5 km de portée). Pour boucher les trous dans certaines batteries lourdes, les Britanniques utilisent des 8-inch Howitzers, en fait un canon côtier de 6-inch reconverti, équipé de cales en bois anti-recul qui rendent le tir aussi lent qu’imprécis. Mais un modèle amélioré est en cours de fabrication, sauf qu’il n’apparaîtra derrière la ligne de front qu’en juillet 1916. Cependant, l’allocation de munitions est particulièrement colossale. Pour la préparation du 1er juillet, chaque batterie de canons de 18-pdr peut compter sur 354 obus, 200 pour chaque batterie d’obusiers de 6in (115 mm) et 90 pour chaque batterie d’obusiers de 8in (143 mm). Mais avec les approvisionnements, on arrive respectivement à 1 000, 650 et 500 coups par batterie. On en vient même à ajouter 250 obus par division pour les pièces de 18-pdr et 200 pour les pièces de 8in à l’échelon des Corps (1).

– Enfin, qui dit artillerie pendant la Première guerre mondiale pense immédiatement à l’observation. Et celle-ci commence à se perfectionner, même si les lacunes et les problèmes techniques restent tenaces. Toutes les données récoltées par les diverses unités sont collectées et traitées au sein d’une section spéciale rattachée à l’état-major de Birch ; la 1st Ranging and Survey Section, au début de 1915. En 1916, le relevé des zones à bombarder s’effectue par voie aérienne, avec des avions ou des ballons. Pour les observations par avion, les Britanniques utilisent une technique française consistant en une carte ou une grille embarquée sur laquelle les pilotes notent les positions des batteries ennemies. Le Royal Flying Corps se dote également d’appareils photos embarqués. Mais cette procédure est encore lente car elle nécessite des allers-retours constants pour les équipages, en plus du risque d’être pris en chasse par les appareils ennemis. Encore que, l’envoi d’appareils est plus adéquat AVANT les phases de bombardements que pour les tirs de contre-batterie car les pilotes doivent passer du temps en vol afin de relever les positions des canons et obusiers ennemis. Le relevé des batteries aussitôt effectué, les pilotes transmettent les coordonnées en morse grâce à un petit disque placé au-dessus de leur carte (technique du « clock code »). Enfin, les premiers essais de transmission sans fil ne se révèlent guère concluantes.

– Les Britanniques utilisent aussi des techniques de détection visuelle, notamment le « flash-spotting », par utilisation de puissants télescopes (« flash buzzer »). Le jour, les tirs d’artillerie produisent des flash lumineux détectables, même à une grande distance, alors que la nuit, ces mêmes tirs se reflètent dans le ciel.
La détection acoustique fait aussi son apparition. Mais elle est moins fiable car le système électrique à base de microphones mis au point par Lucien Bull se révèle trop sensible par rapport aux sons émis à basses fréquences. Enfin, la météorologie prend aussi de l’importance. Des rapports météorologiques quotidiens doivent être envoyés à chaque batterie à 09h00, 15h00 et 19h00. Ces bulletins donnent la force et la direction du vent, à base de relevés effectués au-dessus de la Manche.

 

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8-inch Howitzer Mark IV

3 – PLANIFICATION DU BOMBARDEMENT PRÉPARATOIRE

– Plusieurs discussions entre responsables du BEF, de la IVth Army et des Corps ont lieu pour décider comment répartir l’artillerie lourde disponible pour le tir de préparation. On décide de la répartir selon la force des fortifications allemandes. A la charge également de la IVth Army de répartir l’artillerie de contre-batterie. Chaque commandant de corps doit consulter les chefs de divisions afin de déterminer les surfaces à cibler dans chaque secteur divisionnaire. Et chaque commandant de division doit consulter ses chefs de brigades qui doivent eux-mêmes faire remonter les informations collectées par leurs commandants de Battalions. De plus, chaque général de division doit convenir des cibles avec ses homologues. Mais avec cette méthode de répartition des tâches, la décision et la direction du feu sont laissées à la seule appréciation de chaque commandant de corps, de son chef d’état-major et de son commandant d’artillerie. Par conséquent, les commandants d’artillerie des Brigades (au rang de Lieutenant-Colonels) sont exclus du processus de décision.
De plus, lors des discussions concernant les plans de feu, ce sont les fantassins qui exposent leurs souhaits aux artilleurs et non l’inverse. On voit le décalage entre la vision française d’alors qui a fait de l’Infanterie l’auxiliaire des bouches à feu, pour reprendre les termes du Colonel Goya. Mais les Britanniques n’ont pas encore totalement intégré la dimension industrielle de la guerre dans leurs manuels d’emplois des canons et obusiers.

– Si Haig et Rawlinson en viennent à débattre de l’emploi de l’artillerie, c’est parce qu’ils ont des responsabilités et des objectifs différents. Haig fonde sa décision sur une vision stratégique et cherche la percée. A l’inverse, Rawlinson pense sur l’échelon tactique, avec ses « frictions » et problèmes propres. Haig souhaite d’abord de faire donner un « ouragan de feu » sur les lignes allemandes le jour même de l’offensive, afin de faire jouer l’effet de surprise. Mais Rawlinson estime qu’il est préférable de saper le moral des Allemands avant de lancer ses fantassins à l’attaque. Sûrement que cet argument a fait mouche auprès de Haig, lui aussi obsédé par le moral de l’ennemi. Second argument qui décide les Britanniques à planifier un long tir de préparation : la décision de Foch de déclencher un long bombardement. Enfin, au regard de l’afflux considérable de munitions parvenues derrière leurs lignes, les deux généraux britanniques estiment qu’ils peuvent faire en user sans limites, ou presque.
Mais durant la phase de préparation d’artillerie, le GHQ finit par interférer dans le plan de tir. En fait, à mesure qu’approche la date d’offensive, Haig se montre de plus en plus confiant. Du coup, il ordonne à Rawlinson de limiter les tirs afin de pas fatiguer les artilleurs qui pourront être employés afin d’exploiter un succès de percée. Mais ces décisions ont été laissées au jugement des officiers de l’état-major de Haig, comptant une minorité d’artilleurs. Dans ses correspondances, le général écossais reste peu loquace à ce sujet. Rawlinson en parle néanmoins à son chef d’état-major, Archibald Montgomery, qui se trouve être un artilleur. On observe néanmoins que Noel Birch est promu Major-General, Royal Artillery durant la période de ces débats, ce qui ne change rien quant à la planification au final.

 

– Pour le bombardement de préparation, Rawlinson et Haig pensent que les tranchées et fils barbelés ne représentant pas un obstacle significatif. Rawlinson estime notamment que le bombardement se poursuivra « jusqu’à ce que les officiers commandants se trouvent satisfaits de la destruction des défenses allemandes ». Pour cela, il ordonne de matraquer les lignes allemandes dans l’idée d’anéantir les positions de mitrailleuses. Reste un autre problème : les réseaux de fil de fer barbelé. En effet, les britanniques n’ont pas encore trouvé le moyen d’en sectionner des portions pour permettre le passage de leur troupe. Même si, pendant que Haig et Rawlinson planifient leur offensive, Ernest Swinton met au point ses premiers modèles de Tanks, conçus dans cette optiqueLa première solution que les artilleurs trouvent consistent à bombarder les lignes barbelés au Schrapnel, sauf que ce type d’obus possède une efficacité limitée à longue portée, ce qui conduit les britanniques à faire usage d’une quantité assez inédite. Et cela conduit à consacrer des pièces lourdes de 4,7-inch et de 60-pounder à cet usage, alors qu’elles sont habituellement utilisées pour tirer des obus explosifs sur des cibles et secteurs précis.

 

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Obusier de 18-pounder, la principale pièce d’artillerie de campagne britannique

 

4 – BARRAGE ROULANT ET CONTRE-BATTERIE

– Le barrage roulant (« creeping barrage ») doit être effectué le 1er juillet, peu avant le déclenchement de l’attaque de l’Infanterie. L’instruction commune est de faire avancer l’Infanterie derrière un rideau de fer qui balaie (lift) une partie de la ligne allemande tous les 100 mètres environ pendant 1 à 2 minutes. Cette discipline de feu nécessite une très bonne coordination chronométrée entre les batteries et les Battalions. Du côté du VIIth Corps de Hunter-Weston, on estime que les Tommys avanceront sur 50 m à hauteur de 1 minute. C’est pourquoi les préconisé de balayer lentement les positions ennemies tous les 50 mètres. Mais si le VIIth Corps joue sur des distances restreintes,  plusieurs divisions préfèrent un balayage tous les 100 mètres. Le XVth Corps de Campbell préconise également un tir de barrage sur 50 mètres.
Au sein du Xth Corps de Morland, l’idée originale vient du Brigadier-General James Jardine, commandant de la 97th Brigade (32nd Division). Ancien observateur lors de la Guerre Russo-Japonaise, Jardine préconise de faire ramper les fantassins 40 mètres derrière le rideau de feu jusqu’à la première ligne allemande. Les ordres de tir les plus originaux – qui seront les plus efficaces le 1er juillet – sont édictés au XIIIth Corps de Congreve. Il est ainsi préconisé de balayer avant l’assaut, les secteurs séparant les lignes allemandes en quatre fois : à heure Zéro + 6 minutes, heure zéro + 16 minutes, heure zéro + 56 minutes et heure zéro + 146 minutes. Ordre est aussi donné aux obusiers de 4,5-inch de tirer des obus de gaz à heure zéro – 5 minutes jusqu’à heure zéro + 30 minutes, à raison de 2 coups par minutes. Enfin, pour la 18th (Eastern) Divsion, son chef Ivor Maxse recommande à ses hommes de progresser derrière un tir de barrage qui pilonnera les lignes allemandes tous les 50 mètres pendant 90 secondes (2).

– Durant les phases de bombardement, les artilleurs de chaque camp sont exposés au danger des tirs de contre-batterie visant à anéantir leurs capacités. C’est pourquoi les Corps de la IVth Army sont contraints de consacrer des batteries à cette tâche. Le VIIIth Corps mise sur les pièces lourdes (4,7-inch, obusiers et canons de 9,2-inch) pour détruire les pièces allemandes à l’issue des ripostes. Ici les britanniques misent sur la portée de leurs pièces lourdes (jusqu’à 21 km) mais font montre d’irréalisme concernant l’approvisionnement en munitions (20 coups par jour) et en ne confiant les missions d’observation qu’à un seul équipage.
Au Xth Corps, les tirs de contre-batterie doivent être coordonnés par un officier spécialement dédié à cette tâche et répartis entre un secteur nord et un secteur sud. Seul problème, l’allocation de munitions est insuffisante. Le IIIrd Corps consacre la contre-batterie à son artillerie lourde en la concentrant mieux ; soit 32 pièces de 60-pounder, 8 de 4,7-inch et 3 obusiers de 12-inch. Seulement, le mauvais temps qui s’abat sur le nord de la France et la Picardie dans la semaine précédant le 1er juillet empêche les équipages du RFC rattachés au IIIrd Corps de bien localiser les batteries allemandes.  Il en va de même au XVth Corps qui a lui aussi regroupé ses pièces de 60-pdr et 4,7 inch (3). Mais les progrès les plus remarquables peuvent être attribués au XIIIth Corps. Pour ainsi dire, les officiers d’artillerie de Congreve mettent les moyens pour leurs objectifs : 4 batteries de 60-pounder, 4 de canons de 6-inch, 1 d’obusiers lourds de 12-inch, 1 de canons de 4,7-inch, 1 d’obusiers de 4,5-inch et ½ de canons de 6-inch. Mais le but affiché n’est pas tant d’effectuer un tir de surpression sur les concentrations de canons allemands mais bien de les détruire par un tir intense. Et cette fois, les unités aériennes ont relevé les positions d’artillerie allemande AVANT le bombardement préparatoire, permettant aux artilleurs du Corps d’avoir le maximum d’informations sur les emplacements des bouches à feu allemandes avant l’arrivée du mauvais temps. Cette disposition permet aux artilleurs du XIIIth Corps d’engager 19 batteries allemandes le 26 juin et 13 le 27. Un bref retour du mauvais temps leur permet même d’en engager 32 ! Résultat, les batteries allemandes positionnées au nord de Mametz et Montauban sont pour la plupart détruites. Et l’artillerie de la 12. Infanterie-Division se trouve quasiment anéantie.

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12in Howitzer (obusier lourd de 12 inch, soit 280 mm environ)

 


(1) CLARKE Dale : World War I battlefield Artillery tactics, Osprey, London
(2) CLARKE Dale : Op.Cit.
(3) Ibid.

Voir aussi :
http://www.gutenberg-e.org/mas01/frames/fmas09.html

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