7 juin 1916 : le Fort de Vaux tombe avec les honneurs

– Après l’enlisement à Fleury-devant-Douaumont, comme après l’échec de la tentative de percée dans le secteur du Mort-Homme et de la Cote 304, von Falkenhayn reporte son effort sur son centre et son aile gauche, c’est-à-dire à la droite des Français. L’idée est de forcer le secteur de Vaux – Souville, derniers verrous qui permettent de déboucher sur Verdun. Si les Allemands parviennent à s’emparer de Souville, ils pourront dominer et menacer la ville et donc, la logistique de la IIe Armée.

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– Il s’agit donc pour les Allemands de percer sur les flancs de l’ouvrage, tout en mettant fin à la résistance française dans les fortifications. L’attaque contre le secteur de Vaux est confiée à trois divisions à effectifs pleins.  La 7. Reserve-Division de Bogislav von Schwerin, avec ses vétérans saxons et berlinois, doit lancer une série d’attaques contre le Bois de la Caillette (gauche de Vaux), pendant que la 1. Infanterie-Division d’Albert von Schoch doit dégager le Bois de Furmin. Enfin, la prise du Fort de Vaux et de ses environs est confiée à la 50. Infanterie-Division de Georg von Engelbrecht. Chaque division se voit rattachée une batterie d’artillerie lourde (Howitzer de 150 mm et Mörser de 210 mm) pour l’écrasement des zones fortifiées. Des téléphonistes et des observateurs d’artillerie sont également rattachés aux compagnies d’assaut. On peut voir que le procédé d’attaque est quelque peu perfectionné, comparé aux attaques précédentes : Trommelfeuer et envoi de compagnies d’assaut chargées de disloquer le dispositif français, en laissant l’infanterie de soutien occuper le terrain. A cela près que le Kronprinz doit consacrer toute une division à la prise d’un fort, qui plus est bien défendu.

– En face, la défense française s’articule autour des forts de Vaux et de Souville, distants l’un de l’autre d’environ 2,5 km. L’ouvrage de Vaux est moins important en taille que le Fort de Douaumont. Mais couplé au Fort de Souville, il permet encore de tenir les Allemands en échec. Bien que moins important que le Fort de Douaumont en termes de taille, le Fort de Vaux comprend un bon système de contre-sapes, redoutes et tunnels. Mais il a déjà été fortement endommagé le 26 février par un obus de 420 mm, à l’issue du premier assaut allemand. Afin d’éviter une nouvelle humiliation du type Douaumont, Pétain a fait ordonné de renforcer la défense de Vaux dès la fin du mois de février. Du coup, les canons-revolvers ont été remplacés par plusieurs mitrailleuses Hotchkiss. De plus, une réserve de 1 500 à 2 000 grenades a été constituée. Le 1er juin, le Fort de Vaux est tenu par 500 hommes appartenant aux 3e et 6e Compagnies du 142e RI, auxquels s’ajoutent 1 compagnie de mitrailleurs du 53e RI, des rescapés du 101e RI, 30 hommes du Génie et 30 soldats coloniaux. Le tout est commandé par le Commandant Jean-Sylvain Raynal. Officier aux idées socialisantes, proche de Jean Jaurès avant-guerre, Raynal est Capitaine en 1914. Commandant une compagnie de Tirailleurs d’Afrique du Nord lors du début de la Guerre, il est sérieusement blessé à la jambe, ce qui l’empêche de commander directement au feu. Néanmoins, en ce printemps 1916, Raynal s’est porté volontaire pour servir en première ligne et se retrouve donc au Fort de Vaux. Enfin, la 6e Division d’Infanterie du Général Ferdinand Pont tient les ravins attenants au Fort.

– Le 1er juin, les Allemands déclenchent leur attaque durant la matinée par un terrible barrage d’artillerie. Pendant plusieurs heures, les bouches à feu de 150 et 210 mm. Le feu d’acier balaie les lignes de la 6e Division d’Infanterie. Les 28e et 5e RI souffrent particulièrement. Après le tir de barrage, trois régiments allemands (IR Nr. 39, 53 et 158) passent à l’attaque contre les ravins de Bazil et de Hardaumont, tenus respectivement par les 119e (Lt-Col. Henry) et 24e RI (Col. Giarsilly). Après de furieux combats, les deux régiments français sévèrement étrillés sont contraints à la retraite vers le sud. Giarsilly est blessé et Henry doit assurer le commandement des restes des deux régiments. Par conséquent, les Allemands parviennent à aborder les flancs du Fort de Vaux. A l’intérieur, la situation s’aggrave de manière imprévue. En effet, un obus allemands crève la citerne d’eau, ce qui prive les défenseurs d’une ressource nécessaire. De plus, les obus allemands ont cisaillé les lignes du réseau téléphonique. Et les défenseurs n’ont que les pigeons voyageurs pour communiquer avec l’extérieur. Les Allemands lancent un premier assaut contre le fort mais se heurtent à une forte résistance sur les positions R1 et R2.
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– L’assaut reprend le lendemain 2 juin. Malgré la résistance des soldats de Raynal, les Allemands finissent par s’emparer des coffres forts nord-ouest et nord-est. Par conséquent, les défenseurs – qui commencent à souffrir de la soif – doivent se réfugier dans la casemate. De plus, les restent du village de Damloup tombent aux mains des Allemands. Les Français tentent alors de dégager le fort une première fois. Mais l’attaque lancée à la hâte par le 53e RI (124e Division) se solde par un échec. Le 3 juin, les Allemands atteignent le grand couloir, malgré la défense du secteur R1 défendu par le Capitaine Delvert. Mais les Français résistent encore en formant des barrages dans le Fort et le coffre de contre-sape. La soif leur brûle la gorge et beaucoup de soldats de Raynal doivent boire leur urine pour survivre. Des deux côtés, on se bat à la grenade et à l’arme individuelle.
Le 4 juin, les Allemands grignotent encore 25 m à l’intérieur du fort et attaquent par la gaine ouest. Une nouvelle tentative de dégagement a lieu avec cette fois, l’attaque du 298e RI (132e Division). Mais elle ne réussit pas plus que la précédente. Raynal adresse un dernier message aux unités françaises situées au sud de Vaux. Ledit message est acheminé par son dernier pigeon, Vaillant. Celui-ci meurt intoxiqué après avoir rempli sa mission. Il fera partie des animaux de l’Armée décorés de la Croix de Guerre. A 22h00, Raynal tente d’évacuer le fort. L’opération est menée à la nuit par l’Aspirant Buffet. A 01h30, le 5, une centaine de Français atteignent les lignes amies.

– Le 5 juin, les Allemands grignotent encore plusieurs mètres de galeries à l’aide de lance-flammes. Mais les hommes de Raynal ne cèdent toujours pas. Devant la situation du Fort de Vaux et ne souhaitant pas voir tombé l’une des clés de voûte de la défense française, Robert Nivelle ordonne à la 63e DI d’Edouard Hirschauer de lancer une contre-attaque de dégagement, avec les 321e et 238e RI.
La troisième attaque française a lieu le 6 juin mais les deux régiments français sont implacablement repoussés par les mitrailleuses et l’Artillerie allemandes. Mais Nivelle ne renonce pas et ordonne au Colonel Savy de former une nouvelle brigade avec son 2e Régiment de Zouaves et le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc. Mais avant que cette unité improvisée ne passe à l’attaque, Raynal a déjà pris sa décision. Le 7 juin, il envoie le Sous-Lieutenant Farges du 142e RI en parlementaire auprès des Allemands. Finalement, les 100 derniers défenseurs du Fort de Vaux, affamés, épuisés et assoiffés, se rendent aux Allemands qui leur présentent les honneurs. Le Kronprinz fera même tourner la scène à des fins de propagande. Raynal part en captivité. Arrivé au poste de commandement d’une unité allemande, on lui apprend son élévation au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur. Dans les jours qui suivent, le courageux Commandant est envoyé au QG du Kronprinz à Stenay-en-Argonne. Preuve que la Grande Guerre put donner lieu à des gestes de respect entre adversaires, le fils de l’Empereur offre à Raynal un poignard de pionnier pour le féliciter de sa résistance, s’excusant que ses soldats n’eussent pas retrouvé son sabre d’officier français dans le fort.

 

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Le Commandant J-S. Raynal (au centre) avant son départ en captivité


– Mais le 8 juin, Nivelle ordonne une ultime contre-attaque pour dégager et reprendre Vaux. Les Zouaves et fantassins coloniaux de Savy attaquent et parviennent à s’approcher du fort. On se bat durement à la grenade mais la 50. Infanterie-Division est bien maîtresse du terrain. Les pertes sont énormes pour trop peu de gains enregistrés. Les Coloniaux du Maroc ont particulièrement souffert avec 850 hommes perdus en une seule journée.

Vaux ayant sauté, il reste alors le secteur de Souville sur le chemin des soldats du Kronprinz.

 

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