Verdun : Pétain entre en scène

– Castelnau vient de recommander Philippe Pétain pour prendre le commandement de la IIe Armée et défendre Verdun. Joffre aurait préféré un autre nom car il n’apprécie guère cet officier aux idées novatrices, notamment dans la conduite du combat. Peu connu aux yeux du public, il préconise l’économie du sang et l’emploi accru de la puissance de feu de l’artillerie (« le feu tue »). Encore peu connu du public, il manifeste des opinions politiques républicaines qui rassurent dans les milieux parlementaires et ministériels. Il fut même proche un temps d’Émile Combes comme du Général Alexandre Percin qui fut compromis dans l’Affaire des fiches en 1904. Et durant l’Affaire Dreyfus, Pétain s’est montré partisan du capitaine accusé, ce qui lui a valu d’être Gouverneur militaire de Paris par Waldeck-Rousseau. Enfin, il a aussi la réputation d’être un homme à femmes, fréquentant les maisons closes depuis ses années à Saint-Cyr. Terminons-en là pour le côté croustillant du personnage.101448241

1 – Le parcours avant Verdun

– Revenons sur son parcours militaire : né en 1856 à Cauchy-les-Tours dans le Nord au sein d’une famille de cultivateurs, il perd sa mère très tôt et supporte mal le remariage de son père. Sa vocation de soldat naît à travers les récits d’un de ses oncles, un prêtre qui a participé à plusieurs campagnes de la Grande Armée. Sa conscience de patriote se réveille en 1870 lorsqu’il voit l’Armée prussienne occuper sa ville natale. Après l’obtention de son Baccalauréat, Philippe Pétain décroche son entrée à Saint-Cyr en 1876 dans les derniers (Promotion de Plewna). Il a pour camarades de promotion, le Bienheureux Charles de Foucauld et son futur subordonné à Verdun, Georges de Bazelaire. A l’issue d’une scolarité durant laquelle il ne brille pas particulièrement (il est classé 229e à sa sortie), le Sous-lieutenant Pétain choisit l’Infanterie. Sa carrière militaire est rythmée durant plus de trente années par les affectations successives en Métropole et particulièrement dans des camps, centres d’instructions et dans les écoles. Au début du XXe siècle, il enseigne à l’École Supérieure de Guerre et à Saint-Cyr, se distinguant très vite par ses prises de positions presque iconoclastes face à la doctrine offensive qui domine la vie intellectuelle de l’Armée. Philippe Pétain s’élève contre les tactiques d’attaques qui négligent la puissance de feu, ce qui lui vaut de solides inimitiés dans l’Armée en dépit de ses amitiés politiques. En 1913, le Ministre de la Guerre, Eugène Étienne lui refuse les étoiles de Général.

– C’est donc un obscur Colonel à l’avancement piétinant qui se trouve mis à la retraite à la veille de l’orage de l’été 1914. Rappelé d’urgence, Philippe Pétain reçoit le commandement de la 4e Brigade d’Infanterie en Belgique. Après s’être distingué une première fois face aux Allemands, il reçoit le grade de Général de Brigade et prend la tête de la 6e Division d’Infanterie qui participe à la bataille de la Marne. Fin 1914, il est promu Général de Division, puis Général de Corps d’Armée. Dès lors, sa carrière décolle. En avril 1915, Foch lui confie le Continuer à lire … « Verdun : Pétain entre en scène »