Lundi 21 février 1916, 07h12 : le « Jugement » tombe

– L’offensive « Gericht » a lieu avec plusieurs jours de retard en raison du mauvais temps. La pluie et de fortes bourrasques de vent ont balayé les lignes françaises et allemandes. Si aucun avion n’a pu décoller, les troupes au sol, notamment les Chasseurs à Pied du Colonel Driant ont mis ce temps à profit pour renforcer leur dispositif. La date du 21 février a donc été arrêté par les Allemands comme date de l’offensive. 80 000 soldats allemands des III. et XVIII. Armee-Korps, ainsi que du VII. Reserve-Korps, dont plusieurs milliers de Sturmtruppen, patientent dans leurs tranchées en attendant le signal. Von Falkenhayn a fixé comme objectif pour le premier jour, une ligne allant de la Côte du Poivre jusqu’au village de Douaumont. Le 20 février toujours, Guillaume II s’est fendu d’un communiqué adressé aux soldats de son fils :  Nous allons prendre Verdun, la plus grande forteresse des Français; après, ce sera la paix ». De son côté, le Kronprinz Guillaume dirige l’offensive depuis son QG de Stenay-en-Argonne.charge-c3a0-la-bac3afonnette

– Du côté français, le GQG pense qu’aucune attaque d’envergure ne se produira dans le secteur de Verdun. Mais durant le mois de janvier et au début de février, d’autres signes inquiétants parviennent au Général Herr et en amont, au 2e Bureau. Ainsi, plusieurs avions de reconnaissance ont survolé les lignes allemandes pour y photographier d’importants préparatifs. Enfin, le 15 février, deux déserteurs alsaciens de l’Infanterie-Regiment Nr. 172 de la 39. Division (formée d’Alsaciens et de Badois) se rendent aux Français et informent de l’imminence de l’offensive. Mais là encore, leurs avertissements ne sont pas pris en compte. Mais sur le terrain de la RVF, le Général Herr et ses subordonnés ont pris quelques mesures défensives qui auront un impact sur la suite des événements. Ainsi, des éléments de la 51e  DI (Général Boulange) sont venus renforcer la 72e Division qui se trouve en première ligne.

– Le dimanche 20 février est marqué par temps froid mais un radieux soleil d’hiver. Le lundi 21, à 08h12 heure de Berlin (07h12 heure de Paris) les 1 225 pièces lourdes de la V. Armee du Kronprinz – soit 72 batteries – déclenchent leur terrifiant « Trommelfeuer » de six heures sur un périmètre de 8 kilomètres de longueur seulement. Le déchaînement des bouches à feu allemandes est ressenti jusque dans les Vosges et s’entend autant en France qu’en Allemagne. Les canons longs de 380 « Langer Max » canonnent la ville de Verdun avec pour cible les ponts sur la Meuse et la ligne de chemin de fer. Plusieurs habitations sont gravement touchées faisant les premières victimes civiles. Mais  les villages de Beaumont, Douaumont et Fleury – heureusement évacués depuis l’été 1914 – sont  rayés de la carte sans forme de procès.  Mais ce sont d’abord les hommes des 37e, 51e et 72e Divisions d’Infanterie (XXXe Corps de Chrétien) qui subissent l’orage de feu et d’acier des obusiers de 420, 305, 210 et 170 mm. Des centaines d’hommes meurent enterrés vivants. Pour exemple, le malheureux 362e Régiment d’Infanterie du Colonel Bonviole (72e DI) ne compte plus que quelques centaines d’hommes vivants sur ses 2 400 théoriques. Dans le Bois des Caures, les chasseurs du Colonel Driant sont décimés. Des 1 200 hommes des 58e et 59e BCP, il n’en reste plus que 110. Les obus hachent les Bois de Hautmont et des Caures et causent un incendie sur quinze kilomètres. En revanche, si les obus secouent les forts de Douaumont et de Vaux (cibles des Grosses Bertha), elles ne les entament pas sérieusement. Les galeries dans lesquelles se réfugient les défenseurs restent épargnés. Il n’empêche, lorsqu’il reçoit les premiers rapports du bombardement, Konstantin Schmidt von Knobelsdorf lâche avec une satisfaction hâtive : « Parfait ! Nous en aurons terminé dès aujourd’hui ! »

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Après plus de six heures d’une terrifiante symphonie, vers 13h30, les Mörsers et canons se taisent pour laisser les Minnenwerfer donner de la voix. Le paysage boisé et vallonné du 20 février a pris une apparence lunaire et apocalyptique. Les arbres sont déchiquetés. Le sol est retourné et crevé de trous d’obus. Les témoignages de soldats allemands livrent le même point de vue. Comment les soldats français ont-ils pu résister à un tel déchaînement ? Beaucoup de jeunes soldats du Kaiser sont alors enthousiastes et pensent que la victoire sera acquise pour la soirée. A 16h30, les sifflets retentissent dans les tranchées allemandes. 60 000 soldats enthousiastes et confiants bondissent des tranchées de première ligne. Les Sturmtruppen sont placés en fer de lance, mêlant fantassins, Pioniere armés de lance-flamme et même des observateurs d’artillerie par endroit.

– Comme le disait Clausewitz, tout plan de bataille – aussi soigneusement préparé soit-il – est confronté à des frictions durant la phase des opérations. Or, les frictions sont de deux types : le terrain et la résistance inattendue des Français rescapés. Si les français sous le choc ne ripostent pas à l’artillerie, les soldats Allemands progressent plus difficilement à cause du bouleversement de terrain causé par leur propre artillerie. En outre, l’envoi de 60 000 homme à l’assaut d’un secteur particulièrement restreint finira par congestionner la progression. Ces éléments conjugués ne vont pas faciliter la conquête du terrain comme von Falkenhayn et le Kronprinz l’avaient espéré.

– Contrairement à ce qu’ils s’attendaient les soldats allemands tombent sur plusieurs noix dures à casser. Pensant ne trouver que des cadavres de soldats, les soldats allemands sont accueillis à coup de fusils dans ce qui reste des espaces forestiers. Remis du choc, les « Poilus » des 72e, 37e et 51e DI résistent avec acharnement sous la conduite d’officiers et de sous-officiers courageux. Il y a peu de redditions, les soldats français s’accrochent désespérément au terrain. Mais en amont, les Généraux Bapst et Deshayes de Bonneval ne peuvent coordonner efficacement leur défense. C’est en tout cas ce qui remonte au GQG, si l’on en croit ce que rapporte Edmond Buat dans son Journal. Mais après l’ouragan d’acier qui a balayé leurs positions, les communications sont bien souvent rompues entre les PC divisionnaires et ceux des régiments et bataillons. Bien souvent, la défense s’articule au sein de petites unités restées debout qui doivent combattre de façon isolée mais avec une incroyable ténacité.

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– Contrairement à ce qu’ils s’attendaient les soldats allemands tombent sur plusieurs noix dures à casser. Pensant ne trouver que des cadavres de soldats, les soldats allemands sont accueillis à coup de fusils dans ce qui reste des espaces forestiers. Remis du choc, les « poilus » des 72e, 37e et 51e DI résistent avec acharnement sous la conduite d’officiers et de sous-officiers courageux. Il y a peu de reddition, les soldats français s’accrochent désespérément au terrain. Mais en amont, les Généraux Bapst et Deshayes de Bonneval ne peuvent coordonner efficacement leur défense. C’est en tout cas ce qui remonte au GQG, si l’on en croit ce que rapporte Edmond Buat dans son Journal. Mais après l’ouragan d’acier qui a balayé leurs positions, les communications sont bien souvent rompues entre les PC divisionnaires et ceux des régiments et bataillons. Bien souvent, la défense s’articule au sein de petites unités restées debout qui doivent combattre de façon isolée mais avec une incroyable ténacité.

– Au centre de l’attaque allemande, le XVIII. Armee-Korps de von Schenk (21. et 25. Divisionen) qui doit nettoyer les Bois de Haut, de l’Herbebois, de Ville et des Caures, se heurte à une farouche résistance des restes de la 72e DI. Sa 21. Division (von Oven) a fort à faire dans le Bois des Caures face au Groupement de Chasseurs à Pied du Colonel Driant. Bien que réduits à environ 600, les « Diables bleus » (la plupart des réservistes) se défendent avec acharnement autour de leur abris et casemates. On se bat au fusil, à la baïonnette, au poignard, à la pelle et à mains-nues. Les Allemands doivent user des lance-flammes contre des points fortifiés pour en expulser les Français. Si l’arme ne provoque pas de dégâts colossaux – loin de là – ses effets psychologiques sont beaucoup plus redoutables. Aligné sur les Bois de Ville, de l’Herbebois et sur Ornes, le 164e RI du Lieutenant-Colonel Roussel résiste lui aussi avec ténacité face au III. Korps de von Lochow (5. et 6. Divisionen) qui débouchent du Bois de la Montagne et de Souzamannes-Saint-André.
Sur le flanc-ouest français (droite allemande), le VII. Reserve-Korps (13. et 14. Divisionen) de von Zwehl rencontre lui aussi des difficultés imprévues en attaquent entre Brabant et Hautmont. Placé à la gauche des maigres forces du Colonel Driant, 165e RI du Colonel Vaulet, avec ses 1er et 3e Bataillons (le 2nd étant maintenu en réserve sur la Cote 344) tient bon jusqu’au soir avec des pertes. Sur sa gauche, le 351e RI du Colonel Moisson résiste lui aussi face aux Allemands qui attaquent depuis le secteur de Consevoye.

– Pour von Falkenhayn et le Kronprinz, comme pour leurs hommes, la surprise est de taille. L’avance allemande ne se mesure qu’en quelques kilomètres et les objectifs de la Côte du Poivre et de Douaumont ne sont pas tombés. Un retard qui va profiter aux Français.

[Suite]

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