Douglas Haig

– Peu de chefs militaires britanniques auront connu une aussi forte controverse post mortem que Douglas Haig. D’abord célébré en héros lors de ses obsèques, il sera dénigré et affublé des surnoms de « boucher de la Somme » comme de « pire stratège de la Première guerre mondiale » durant les années 1960-1970. Durant les vingt dernières années, les biographes de Haig s’entre-déchiraient encore sur le personnage. Ces défenseurs comme Thomas Bourne le tiennent pour le général qui a su moderniser l’Armée britannique pour en faire une superbe arme en 1918. En revanche, son plus féroce détracteur, Dennis Winter l’accuse littéralement d’avoir falsifié la vérité historique dans la rédaction de ses mémoires. Winter dresse de lui un portrait noir, celui d’un officier qui ne dut sa carrière qu’à son réseau politique et un officier incapable. Pour cet article, tâchons de nous en tenir aux faits et à ce qui est avéré.

Field Marshal Douglas Haig, Earl Haig
– Douglas Haig, 1st Earl Haig voit le jour le 19 juin 1861 à Edinburgh dans le quartier de Charlotte Square. Contrairement à nombre de ses futurs collègues officiers, il n’est aucunement issu de l’Aristocratie militaire britannique. Son père John Haig est le propriétaire de la distillerie de Whisky Haig & Haig. Malgré un intérêt prononcé pour la bouteille, John Haig réussit à accumuler une fortune confortable et à mettre sa famille bien à l’abri du besoin. En revanche sa mère Rachel est bien issue de la Gentry mais sa famille s’est retrouvée sans fortune dans de mystérieuses conditions. Le jeune Douglas grandit sous la protection affectueuse de sa mère et au milieu de ses sœurs. La famille Haig est de confession presbytérienne et le futur général sera très vite empreint de la Foi protestante, jusqu’au mysticisme (John Keegan). En 1869, il est envoyé accomplir sa scolarité à Mr Bateson’s School in Clifton Bank à Saint Andrews. Mais il change vite pour la Collegial School d’Edinburg. En 1870, il intègre Orwell House dans le Warwickshire, puis le Clifton College dans lequel il reste jusqu’en 1879. C’est à cette même date qu’il perd ses parents.
Après avoir voyagé aux États-Unis, Douglas Haig se destine aux études et intègre la prestigieuses Université d’Oxford et plus précisément le Brasenose College. Il démarre alors des études de Politique, d’Économie, d’Histoire antique et de Littérature française. Il intègre le Bullingdon Club et en profite pour s’adonner au polo au sein de l’équipe universitaire. Il tente de passer les examens pour entrer à Sandhurst mais échoue pour des raisons médicales. Haig poursuit donc ses études avant d’intégrer le Royal Military College de Sandhurst en 1884. Il a alors vingt-trois ans, ce qui est au-dessus de la moyenne d’âge.
Sérieux sans pour autant se révéler particulièrement brillant et prometteur, il en sort diplômé en 1885 et reçoit l’épée d’Anson en guise de récompense. Le 7 février, le  Lieutenant in 2nd Haig est versé au 7th (Queen’s Own) Hussars.

– En début de carrière, Douglas Haig est affecté en Grande-Bretagne et aux Indes durant sept ans (1886-1892). Outre sa passion pour le Polo (il fondera l’India Polo Association), il se montre un officier très discipliné et porté sur l’entraînement. Il obtient le grade de Captain et est promu au poste d’adjudant de son régiment.
Douglas Haig quitte l’Inde pour la Grande-Bretagne en 1892 et prépare l’examen d’entrée au Staff College de Camberley (les cours d’état-major, l’équivalent de l’École de Guerre en France). Mais il échoue en raison d’une note insuffisante en mathématiques. Haig retourne en Inde quelque temps après un passage en Touraine à observer les manœuvres de la Cavalerie française. De retour en Grande-Bretagne, il devient aide-de-camp de Sir Keith Fraser alors Inspecteur général de la Cavalerie britannique. Fraser devient alors le protecteur de Haig et milite pour qu’il puisse intégrer le Staff College. Pour l’heure, Haig accomplit un voyage d’étude en Allemagne et sert comme officier d’état-major de John French.
En 1894, Haig intègre Camberley et se révèle un travailleur acharné. Cependant, il retient davantage les enseignements qu’il ne développe sa propre pensée. Ainsi croit-il que les guerres doivent être remportées grâce aux victoires décisives, sur le modèle napoléonien. L’autre modèle enseigné aux étudiants est celui du mouvement du Général Thomas « Stonewall » Jackson lors de la bataille de la Shenandoah durant la Guerre de Sécession. En revanche, la guerre d’attrition de fait aucunement figure d’exemple à suivre. Mais il n’est pas populaire auprès de ses condisciples qui lui préfèrent Edmund Allenby à la compétition du Drag Hunt et ce, même si Haig est réputé très bon cavalier. En 1896, il aide John French à rédiger un manuel d’emploi de la Cavalerie.

– En 1898, Douglas Haig rejoint les troupes de Lord Horatio Kitchener au Soudan lors de la campagne contre les Mahadistes. Il se montre favorable à une meilleure formation de l’Armée égyptienne. Durant la campagne, il se distingue lors des combats d’Atbara et Nukheila. Il commande un escadron de cavalerie de réserve lors de la bataille d’Omdourman. Le 15 novembre 1898, Douglas Haig reçoit son brevet de Major et à son retour en Grande-Bretagne, il intègre la 1st Cavalry Brigade (John French) à Aldershot.

– Promu Major, Douglas Haig continue son ascension dans la Cavalerie de Sa Majesté. Il est promu successivement Assistant Adjudant-General en septembre 1899, puis Assistant Adjutant General de la 1st Cavalry Brigade. C’est à ce poste qu’il participe à la Guerre des Boers (Elaandslaagte, Ladysmith, Colesberg, Kimberley et Bloemfontein). Mais Haig se retrouve au centre d’une lutte d’influence entre French et Lord Roberts, le commandant des forces britanniques en Afrique du Sud. En effet, Haig se fait ravir le poste d’Assistant Adjutant General au profit du Comte d’Errol, le protégé de Haig. Celui-ci se répand néanmoins en critique contre le commandant en chef, notamment sur les pertes en chevaux.
Lorsque Lord Kitchener remplace Roberts après les victoires de 1900 contre les Boers, toute une série de raids et d’escarmouches menées par Smuts, Joubert et Botha succèdent aux batailles rangées. Kitchener place alors Haig à la tête d’une forte colonne de 2 500 cavaliers avec pour mission de lancer patrouilles dans la région du Cap, comme des raids contre les fermes des Afrikaneers et de leurs soutiens.
French qui ne veut pas se passer de Haig, demande à ce que le commandement vacant du 17th Lancers revienne à Herbert Lawrence. Mais Roberts double French et octroie le commandement à Haig. Dégoûté, Lawrence quitte l’armée temporairement.
A la fin de la Guerre des Boers (1901), Haig participe à l’escorte du chef Boer Jan Christiaan Smuts pour les négociations de Verrninging. En récompense de ses services, Douglas Haig est fait Compagnon de l’Ordre du Bain et promu Lieutenant.Colonel.

En 1901, Haig quitte le 17th Lancers pour l’Inde où il est promu Inspecteur Général de la Cavalerie indienne, même s’il aurait préféré la brigade de Cavalerie d’Aldershot et retourner auprès de son mentor French. En 1902, il revient en Grande Bretagne et reste près d’un an en garnison à Edimburgh avant de devenir aide de camp du Roi Edouard VII jusqu’en 1904. Douglas Haig est promu Brigadier.General la même année. En 1905, il retourne en Inde et accompagne le Prince et la Princesse de Galles lors de la parade de Rawalpindi. Dans le même temps, il se rapproche de Kitchener qui le soutien dans l’emploi de la Cavalerie privilégiant la charge au sabre et à la lance, plutôt que le combat démonté.
Resté jusque-là célibataire, Douglas Haig épouse en 1906 Dorothy Vivian. Cela lui permettra de se hisser davantage dans les instances de l’Armée britannique car son épouse sera Dame d’Honneur de la Reine Mary. Les époux Haig auront quatre enfants : Alexandra, Victoria, George et Irene (la futur Lady Astor).

– En 1901, Haig quitte le 17th Lancers pour l’Inde où il est promu Inspecteur Général de la Cavalerie indienne, même s’il aurait préféré la brigade de Cavalerie d’Aldershot et retourner auprès de son mentor French. En 1902, il revient en Grande Bretagne et reste près d’un an en garnison à Edimburgh avant de devenir aide de camp du Roi Edouard VII jusqu’en 1904. Douglas Haig est promu Brigadier.General la même année. En 1905, il retourne en Inde et accompagne le Prince et la Princesse de Galles lors de la parade de Rawalpindi. Dans le même temps, il se rapproche de Kitchener qui le soutien dans l’emploi de la Cavalerie privilégiant la charge au sabre et à la lance, plutôt que le combat démonté.

– A la fin 1905, Sir Richard Haldane alors Secrétaire d’Etat à la Guerre (Cabinet Liberal de Sir Henry Campbell-Bannerman) fait appel à Haig au War Office afin d’organiser une réserve dans l’éventualité d’une mobilisation des forces armées. Haig se montre très favorable à l’emploi de la Cavalerie comme arme de mouvement mais beaucoup moins au développement de l’Artillerie. Haig fait également, sans succès, campagne pour la conscription. A défaut, il propose la constitution d’une réserve de 900 000 hommes mais Haldane réussit à convaincre le Parlement de lever le tiers. En novembre 1901, il est affecté à l’état-major comme Director to Staff Duties (service du personnel). Il incite – et oblige – les officiers à travailler avec les personnels d’état-major qui leur sont assignés et non à les choisir selon des préférences personnelles, comme c’est souvent le cas. Il publie également une étude sur la cavalerie et se consacre également aux exercices montés.

– En 1909, Douglas Haig pressent qu’une guerre contre l’Allemagne est imminente. Il rechigne alors à prendre le commandement de l’État-major impérial aux Indes. Cependant, il réussit à placer l’un de ses fidèles au Service du personnel, le Brigadier-General Kiggell. Haig est de retour aux Indes durant une année avec le grande Lieutenant.General. Entretemps, il en a profité – si l’on suit D. Winter – pour entretenir son réseau de Parlementaires, de Secrétaires d’Etat et de Ministres.
Après plus d’un an passé aux Indes, Haig prend le commandement d’Aldershot en mars 1912. Il se trouve alors à la tête de plusieurs unités de Cavalerie. Mais lors des manœuvres de l’Armée qui opposent deux camps, Haig est battu par Sir James Grierson, tout simplement parce qu’il a négligé l’emploi de la reconnaissance aérienne

– Quand éclate la Première Guerre mondiale, Haig est d’abord Aide de Camp du Roi George V avant d’être appelé par French pour prendre part à la mobilisation du Corps Expéditionnaire britannique (British Experditionary Force ; BEF). Fin août 1914, il est nommé commandant du Ist Army Corps. Aux côtés du IInd Corps de Horace Smith-Dorrien, les divisions de Haig sont engagées face aux Allemands dans la région du Cateau. Mais une mauvaise coordination entre les deux provoquent l’arrêt du Ist Corps à Landrecies, ainsi que la panique chez French qui ordonne un retraite. Les Britanniques reçoivent l’ordre de couvrir le flanc gauche de la Ve Armée française (Lanrezac) lors de la retraite vers la Marne. Après un accord entre Français et Britanniques, le BEF – d’abord composé de soldats d’active – est engagé dans la bataille de la Marne et Haig commande encore ses divisions dans les combats dans les secteurs de Coulommiers et la Ferté-sous-Jouarre.
Le BEF est envoyé ensuite vers le nord afin de contrer l’offensive allemande dite de « la course à la mer ». Le Corps de Haig est engagé dans le secteur d’Ypres face à la IV. Armee allemande. Les combats sont particulièrement violents et Haig doit monter sur son cheval pour exhorter ses hommes à combattre. Les pertes sont particulièrement lourdes, puisque à la mi-novembre, sur les 18 000 engagés, seulement 3 000 sont encore en état de combattre. Mais les Britanniques ont réussi à arrêter l’avancée allemande. La guerre s’enterre alors sur cette partie des Flandres. Le Ist Corps est ensuite relevé par des troupes françaises. French, qui souffre de soucis de santé et doit céder temporairement le commandement du BEF, propose de promouvoir Haig au grade de General. Celle-ci lui est accordée le 16 novembre. Entretemps, il estime que le General Henry Wilson le Chef d’état-major impérial, ne connaît rien aux questions militaires et propose à Kitchener (Ministre de la Guerre) de le remplacer par le Quartier-Maître général William Robertson. Et Haig reçoit le commandement de la toute nouvelle Ist British Army (quatre sont créées) grâce à l’apport des unités de la Territorial Army

– Au début de 1915, Haig se rend compte de l’utilité du nouveau Royal Flying Corps commandé par Hugh Trenchard. En effet, les appareils peuvent prendre des photos du champ de bataille et effectuer des reconnaissances d’artillerie. En mars, il reçoit l’ordre de lancer une offensive sur Neuve-Capelle avec le IVth Army Corps de Henry Rawlinson et l’Indian Corps, le tout regroupant 40 000 hommes. Un débat éclate entre Haig et Rawlinson, le premier souhaitant un bombardement court et l’autre un feu beaucoup plus long et méthodique. Le plan est d’attaquer de manière très concentrée contre deux divisions bavaroises. Le 10 mars, l’assaut est donné. Tactiquement, c’est un succès qui n’est pas exploité par la suite. 7 000 Britanniques et 4 200 Indiens tombent pour près de 12 000 Allemands. Mais pour son action, Douglas Haig reçoit l’Ordre de Grand Commandeur du Bain des mains du Roi. Il en profite alors pour tacler son ancien mentor French auprès de Kitchener. La mésentente entre les deux généraux devient de plus en plus palpable. Haig accuse de plus en plus French d’incompétence et l’accuse de prolonger inutilement le conflit. Haig avait notamment plaidé pour une offensive terrestre vers les ports de Zeebrugge et d’Ostende mais cette option n’a pas été retenue par French.

– En août 1915, en accord avec Foch, les Britanniques reçoivent l’ordre d’attaquer à Loos-en-Gohelle contre les positions de la VI. Armee de Bernhard Sixt von Arnim. Cette offensive a pour but d’appuyer la troisième offensive d’Artois un peu plus au nord (sur l’aile gauche des Britanniques). Pour l’assaut, c’est au XIth Corps de Haking que revient la charge de percer entre le Canal de La Bassée et Loos. Le IVth Corps de Rawlinson l’appuiera. Pour l’attaque, Haig décide d’utiliser les obus au phosphore contre les positions allemandes.
Le 25 septembre, les Britanniques déversent des milliers d’obus et du gaz sur les positions allemandes (voir article sur la bataille de Loos). Si les Écossais de la 9th Division remporte un succès tactique, la bataille s’enlise très vite et ne débouche sur rien.

– Au niveau du commandement et de la direction des opérations, les historiens militaires britanniques mesurés comme Robin Prior et Trevor Wilson montrent que Douglas Haig était certes déterminé mais il négligeait d’importants facteurs comme la météorologie, le choix du champ de bataille et ses objectifs. Il comptait davantage sur la Cavalerie, donnant des plans de tir trop irréalistes à son artillerie. Et cet entêtement aura de graves conséquences pour la vie des soldats. Paradoxe, si Haig ne s’intéresse pas à l’Artillerie mais il laisse ses subordonnés la développer. En 1918, grâce aux efforts de John Headlam l’artillerie britannique est bien dotée en batteries lourdes de réserve, sur le modèle français de la RGAL. Mais Haig préfère octroyer le commandement de son artillerie à l’un de ses protégés, James Birch. Et il en va de même pour l’emploi des blindés dont il laisse l’évaluation et l’emploi à ses subordonnés.

– Fin 1915, Douglas Haig milite de plus en plus ouvertement pour le départ de John French. Il le fait ouvertement savoir à Robertson, mais aussi à Lord Haldane, au Premier Ministre Herbert Asquith et à Bonar Law le chef des Conservateurs. Le 10 décembre 1915, Robertson décide de rappeler French – qui terminera sa carrière en Irlande – tandis que Haig le remplace à la tête du BEF. On espère alors un tournant plus professionnel à la tête des opérations. Chez les Français, le départ de French ne plaît pas nécessairement à Joseph Joffre et à Ferdinand Foch. En effet, avec French les Français pouvaient s’entendre sur les opérations, certes après de hauts débats. Avec Haig, les rapports sont plus ambivalents. Le Général anglais n’hésitant pas à dire que pour convaincre les Français, il est nécessaire d’avoir une bouteille de Cognac de disponible.
Pour l’heure, les opérations reprennent leur droit. Fin 1915, Haig confère avec les Généraux français sur la prochaine offensive prévue par Joffre. Le Généralissime a prévu d’effectuer une percée derrière les deux rives de la Somme. Initialement, les Français doivent engager une quarantaine de divisions, tandis que les Britanniques attaqueront en appui. Mais le 21 février 1916, les Allemands attaquent à Verdun et le Général de Castelnau (Chef d’état-major général) prélève les divisions qui étaient allouées à Foch (Groupes d’Armées du Nord) pour l’offensive sur la Somme. Par conséquent, la grande offensive prévue au printemps relèvera majoritairement du BEF (avec des troupes canadiennes, australiennes et néo-zélandaises). Les deux armées du Groupe d’Armées Nord de Foch (VIe de Fayolle et Xe de Micheler) seront chargées de dégager la rive droite, en direction de Bapaume, dans la région de Belloy-en-Santerre. Les Britanniques doivent lancer une vaste offensive (avec près de 40 Divisions) contre la II. Armee allemande d’Otto von Below vers Bapaume et dégager le route d’Albert. Haig choisit de percer dans la région de Thiepval-Pozières. L’assaut est confié à la nouvelle IVth Army de Henry Rawlinson, tandis que la Reserve Army de Hubert Gough (l’un des cavaliers protégés de Haig) sera chargée de l’appui. Haig prévoit un bombardement massif d’artillerie sur les positions allemandes bien aménagées. Ensuite, l’infanterie sera chargée de percer pour laisser l’exploitation à la Cavalerie anglo-indienne. Mais les recommandations dispensées aux jeunes soldats des divisions de la New Kitchener’s Army font avoir une conséquence catastrophique. En effet, Rawlinson et son supérieur recommandent d’attaquer par vagues resserrées successives et de « marcher à l’instinct ». Mais Haig est sûr de son succès, clamant au Cabinet de David Lloyd-George que « l’Allemagne s’écroulera à la fin de 1916 ».

– Prévue en juin, l’offensive sur la Somme est reculée au 1er juillet en raison du mauvais temps. A la date prévue, les batteries d’artillerie britannique ouvrent un formidable tir de barrage sur les positions allemandes. Mais celles-ci, maçonnés et bétonnés ont été bien aménagées et disposées par l’Oberst von Lossberg, commandant du Génie de la II. Armee. Résultat, les obus britanniques n’entament nullement l’infanterie allemande. Et lorsque les jeunes soldats de la IVth Army sortent de leurs tranchées, ils se font accueillir par un feu dévastateur des mitrailleuses, des fantassins et de l’artillerie allemande. Le « jour le plus sombre de l’Armée britannique » coûte 60 000 hommes dont près de 20 000 tués… en moins de dix minutes par endroits. Mais Haig se montre déterminé à percer. Il lance alors une série d’offensives dans le but de prendre du terrain aux Allemands (Bois de Haut, Bois de Delville, Pozières, Butte de Guillemont, Ginchy, Flers-Courcelette, Morval, Les Bœufs, Thiepval, Le Transloy et l’Ancre. Les combats durent jusqu’au 18 novembre et causent plus de 200 000 pertes à l’Armée britannique pour 15 km en moyenne de profondeur de gagnés. Cependant, l’offensive britannique a également causé de lourdes pertes à l’armée allemande qui, à force de défense, a perdu ses capacités offensives sur le Front de l’Ouest jusqu’en 1918. C’est ce qui justifie la stratégie adoptée par Hindenburg et Ludendorff de retrancher les armées du Front de l’Ouest derrière la Siegfried-Stellung (ou Ligne Hindenburg). C’est aussi lors de la Somme que sont engagés les premiers chars (Tanks).

– En 1917, malgré les critiques qui se font entendre à Londres, Douglas Haig décide de relancer une série d’offensives pour percer les lignes allemandes. Mais Haig devient furieux à l’idée que son BEF soit placé sous les ordres du Général Robert Nivelle. Mais les choses finissent par s’aplanir et le BEF retrouve sa pleine autonomie. Nivelle et Haig doivent alors planifier une série d’offensive pour percer définitivement le Front allemand. Au départ, il s’agissait de percer sur l’Aisne mais Haig estime qu’il serait plus fructueux d’attaquer dans le nord. Les Français maintiennent alors l’offensive du Chemin des Dames. De son côté, Haig déclenche en avril une première offensive dans le secteur d’Arras. Le Canadian Corps de Currie réussit une magnifique percée avec une coopération artillerie-infanterie millimétrée mais les Australiens et les Britanniques ne peuvent percer à Bullecourt. Haig décide ensuite de percer dans le saillant d’Ypres (troisième bataille d’Ypres), à Passchendaele dans les Flandres. Les raisons viennent également de la mer. En effet, depuis que les Allemands ont déclenché la Guerre sous-marine à outrance, les raids se sont accrus contre les convois marchands britanniques. Haig estime qu’il faut percer dans les Flandres afin de détruire les bases sous-marines situées sur la côté flamande (Ostende, Nieuport, Anvers…).  Ce sont les IInd et IVth Armies qui y sont engagées, appuyées au nord par la Ire Armée française du Général Anthoine. Cette bataille, toute aussi meurtrière que la Somme (entre 200 000 et 400 000 pertes) s’éternise de l’été à l’hiver. Si la IInd Army de Herbert Plumer parvient à s’emparer de la Crête de Messines, la Vth Army de Hubert Gough doit combattre durement pour la Cote 70, la Crête de Pilckem, de Langemarck, de la Route de Menin, du Bois du Polygone et de Broodseinde. Les Britanniques, Australiens et Néo-Zélandais doivent repousser dans la boue, plusieurs contre-attaques de la IV. Armee allemande. Mais en octobre-novembre 1917, les troupes de Haig ne peuvent s’emparer de la Crête de Passchendaele.

– Mais Haig ne s’arrête pas là. En décembre, il confie à la IIIrd British Army (Julian Byng) un assaut sur Cambrain avec l’appui de chars (492). Haig est conforté dans cette décision par le Brigadier-General Charteris, son chef du renseignement qui lui indique que les forces allemandes ne pourront se remettre du choc que quarante-huit heures après le déclenchement de l’assaut. L’attaque a lieu le 21 novembre par un froid rigoureux. Malgré la perte de plusieurs chars (en raison de pannes), l’assaut est un succès et les Britanniques avancent de 8 km. Mais le Major-General Harper commandant la 51st (Highland) Division refuse d’aller au-delà de Flesquières. Résultat, les Allemands se ressaisissent et contre-attaquent le 30 novembre à l’aide de troupes d’assaut (Sturmtruppen) qui reprennent le terrain perdu. En plus, les unités de renseignement de Charteris n’ont pas décelé la présence de la 55. Division.

– Fin 1917-1918, les échecs répétés et coûteux de Haig provoquent une crise au War Cabinet à Londres, corroborée par la presse. Après avoir dû s’expliquer à Londres avec Lloyd-George et Lord Derby son l’échec de Cambrai, Haig est contraint de purger son état-major. Il doit se séparer de Maxwell (Quartermaster-General) et de Launcelot Kingell (chef d’état-major) qui lui était loyal. Mais les relations avec Robertson se détériorent sérieusement. Lorsqu’on lui demande si les Allemands sont capable de lancer des offensives dans l’année, Haig prétend qu’ils sont tellement épuisés qu’ils ne pourront en lancer que quelques-unes sur des secteurs plus localisés. En janvier 1918, Lloyd-George et Maurice Hankey (Cabinet Secretary) effectuent une tournée dans le nord de la France auprès des cinq commandants d’armées. Ils repartent en Grande-Bretagne avec la certitude – leur assure-t-on – que les Allemands ne lanceront pas d’offensive prochainement.
Mais lors du Conseil Suprême de Guerre qui se tient à Versailles, Haig se trouve d’accord avec le Généralissime Philippe Pétain pour dire que les Alliés manquent d’hommes. Le Général britannique est d’accord pour la question d’une Réserve Générale alliée. On évoque que celle-ci puisse être placée sous les ordres de Foch avec Henry Wilson comme adjoint. Mais Haig refuse de recevoir ses ordres d’un général français et suggère clairement à Clémenceau que Foch doit démissionner. L’autre pierre d’achoppement entre Français et Britanniques reste l’envoi de divisions en Italie et au Moyen-Orient. Haig est clairement opposé à l’envoi de plusieurs divisions sur ces fronts.

– Peu avant l’offensive allemande du Printemps 1918, Douglas Haig inspecte les lignes britanniques dans les Flandres et en Picardie et s’inquiète du manque de réserves de la Vth Army de Hubert Gough. Prévenu d’une possible offensive allemande, il décide néanmoins de prévoir un retrait de la IIIrd Army de Byng du saillant de Flesquières entre Amiens et Arras.
Le 21 mars 1918, Erich Ludendorff déclenche sa série d’offensives contre le Front ouest avec 192 divisions (contre 175 alliées). La première, baptisée « Michael », frappe durement les IIIrd et Vth Armies. La première tient bon et réussit à se replier mais la seconde subit moins bien le choc et doit se replier vers Montdidier. Chez les Français, la situation préoccupe. Pétain planche pour une extension du front britannique mais Haig craint que le flanc sud britannique soit séparé des forces françaises. Pétain consent à expédier par camion le Ve Corps français de Maurice Pellé pour combler la brèche mais rechigne à envoyer la Ire Armée en Picardie, craignant une menace directe vers Paris. Comme l’explique Bénédicte Vergez-Chaignon dans sa biographie consacrée au futur Maréchal français, Pétain pense que les Britanniques vont d’abord se retirer vers la Manche pour défendre les ports du nord (Abbeville, Boulogne, Dunkerque). L’angoisse gagne autant le Parlement français que la Chambre des Communes. Clémenceau et Lloyd-George se mettent alors d’accord pour créer un commandement centralisé du Front Ouest. Les généraux alliés (Foch, Pétain, Haig et Pershing) se réunissent, avec Lord Milner et Tasker Bliss (respectivement représentants britannique et américain), le 26 mars à la Mairie de Doullens (Somme). Après des débats animés, Milner contraint Haig à se mettre sous les ordres de Ferdinand Foch (soutenu par Clémenceau qui le préfère à Pétain). En revanche, Haig obtient que Philippe Pétain ne fasse pas partie du nouveau haut état-major allié. Plus diplomate que stratège, Foch réussira à maintenir la coalition unie, à telle point que le Général Edmond Buat (proche de Pétain) lui reproche presque de se plier aux injonctions des Britanniques. Haig réclame des divisions françaises pour l’aider dans la Somme, Foch lui en octroie mais doit veiller à ne pas dégarnir les parties du front tenues par les Français.

– Outre les Français, Haig a maille à partir avec les membres du Cabinet de Lloyd-George. Aux Communes, le député Liberal Frederick Maurice réclame des comptes au vu des pertes enregistrées à l’issue de la première offensive allemande. De son côté, David Lloyd-George somme Haig de renvoyer Gough – guère convainquant depuis 1916 – du commandement de la Vth Army. Haig ne veut pas se passer de son subordonné mais Lord Derby lui fait parvenir l’ordre direct. Haig menace alors de démissionner mais propose que Rudolph Lambart (Lord Cavan) assure l’intérim à la tête du BEF. Lors de la réunion du War Cabinet du 8 avril, David Lloyd-George dit accepter la démission de Haig mais signale qu’il ne voit personne pour le remplacer. Maurice Hankey penche pour Herbert Plumer, l’un des plus compétents commandants d’armée. Mais Plumer n’a pas la faveur de Sir Henry Wilson qui le juge « aussi stupide que Haig ». On pense néanmoins que ce dernier voulait voir Plumer, Rawlinson ou Byng pour le remplacer. Finalement, Lloyd-George maintient Haig dans son commandement mais Gough est immédiatement remplacé par William Birdwood à la tête de la Vth Army.

– Revenons-en aux opérations. Fin mars, les Allemands déclenchent une offensive contre le secteur d’Arras (« Mars »). Mais elle est repoussée par l’action du Canadian Corps (Arthur Currie) et de l’Australian Corps (John Monash). Notons que Haig apprécie l’emploi des troupes des Dominions mais ne comprend pas la volonté de leurs officiers à vouloir maintenir les divisions canadiennes et australiennes au sein d’un même corps, plutôt que de les ventiler sur les parties du front. En revanche, Haig trouve « stupide » la volonté de John Pershing de ne pas intégrer les divisions américaines fraîchement arrivées dans des corps britanniques.
Mais le 9 avril, Lundendorff déclenche l’Offensive « Georgette » contre le front des Flandres (Ist et IInd Armies), afin de percer définitivement le Saillant d’Ypres (Quatrième bataille). Après de furieux combats, Français et Britanniques perdent le Mont Kemmel. Haig prend alors la décision d’évacuer le saillant d’Ypres afin de raccourcir son front et de protéger Hazebrouck et son nœud ferroviaire. Haig demande des divisions à Foch mais le soupçonne de vouloir ponctionner des troupes britanniques pour protéger les fronts de la Marne et de Champagne. On trouve néanmoins un accord avec l’envoi du IXth Corps de Gordon dans le secteur de la Ve Armée française dans la région de Reims.

– Mais l’Offensive « Blücher » lancée sur l’Aisne le 27 mai provoque encore une crise au sein du commandement allié. Foch est contraint d’engager des divisions françaises mais accuse Lloyd-George de retenir des troupes en Angleterre. Foch somme Haig d’engager des réserves mais l’intéressé menace de faire appel à son Gouvernement. Haig craint alors une nouvelle attaque contre ses positions en Flandres et en Picardie. Les choses finissent par se calmer, Foch et Haig acceptant de coordonner davantage leurs efforts par des réunions plus régulières. La coopération entre Français et Britanniques s’améliore quand les Allemands déclenchent l’Offensive « Gneisenau » (en complément de « Blücher »). Lloyd-George consent à envoyer 4 divisions à Foch pour défendre le front de l’Aisne. Et lors de l’Offensive « Friedensturm » contre la Montagne de Reims, Haig consent à prêter le XXIInd Corps (ex-ANZAC) d’Alexander Godley en cas de nécessité.

– Mais le 18 juillet, Français et Américains infligent un rude coup d’arrêt aux Allemands sur la Marne. Français et Britanniques s’accordent alors à lancer une série d’offensives entre la Somme et la Vesle. Haig ordonne alors à Henry Rawlinson (IVth Army) de lancer une grande offensive à l’est d’Amiens. Haig laisse alors à ses subordonnés (Horne, Plumer, Byng, Rawlinson et Birdwood) une certaine autonomie dans la conduite des opérations. Cet aspect du commandement fait dire à Edmond Buat – toujours critique – que « Haig donne l’impression de ne rien commander ». Il n’empêche que l’offensive du 8 décembre, déclenchée conjointement avec la Ire Armée française du Général Eugène Debeney est un succès. Placés en fer de lance avec plus de 400 chars en appui et des avions, Canadiens et Australiens enfoncent les lignes allemandes à l’est d’Amiens. Mais contrairement au souhait de Foch, Haig souhaite arrêter l’offensive d’Amiens pour en lancer une plus au nord (sur la Scarpe et l’Ancre) avec la IIIrd Army de Julian Byng. Cependant, en août-septembre, l’Armée britannique remporte d’incontestables succès malgré les pertes. La Hindeburg Linie est enfoncée, de même que le Canal de Saint-Quentin. Enfin, en octobre-novembre, les Britanniques reprennent le terrain perdu en Belgique.

– Après la Guerre, Douglas Haig refuse le titre de Viscount que lui propose Lloyd-George, se rappelant que French avait aussi reçu ce titre avant d’être remplacé à la tête du BEF. Il est néanmoins anobli du titre d’Earl et reçoit une pension de 100 000 Livres Sterling. Il reçoit également les remerciements officiels des deux chambres du Parlement britannique. De 1919 à 1920, il commande les forces intérieures (Home forces) avant de mettre fin à sa carrière. Il passe les huit dernières années de sa vie en voyages (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande), soutien à des associations (Royal British Legion), ainsi qu’au golf.
Douglas Haig succombe d’une crise cardiaque le 29 janvier 1928. Ses obsèques ont lieu à Westminster Abbey en présence de trois princes royaux. Foch et Pétain font partie des officiers encadrant son cercueil. Des délégations de soldats français et belges sont aussi présentes.

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